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Gestion de l'environnement et développement durable HP 6.3 .pdf



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Volume 6 • Numéro 3 • Été 2018

HAITI

PERSPECTIVES
Revue thématique

Gestion de
l’environnement
et développement durable

Haïti
Perspectives

Sommaire

Revue thématique du GRAHN
Éditeur en chef

Samuel Pierre, Canada

L'accroissement de la vulnérabilité environnementale d'Haïti compromet-elle
la qualité de vie des Haïtiens ?  Bénédique Paul

4

Èske ogmantasyon frajilite anviwonnman nan peyi Ayiti diminye chans Ayisyen
genyen pou yo viv byen ?  Bénédique Paul

5

Environmental lead exposure and its impact on the health of children,
pregnant women and the general population in Haiti 

Éditeur associé
Bénédique Paul

Directeur de production
James Féthière, Canada

Éditorial

3

Coéditeurs invitées

Editoryal

Evens Emmanuel et Carlo Prévil

Révision scientifique

Yvens Chérémond, Evens Emmanuel, Renaud Govain,
Bénédique Paul, Haiti ; Carlo Prévil, Sébastien
Weissenberger, Marguerite Wotto, Canada ;
Pascal Saffache, Alphonse Yapi-Diahou, France

Révision linguistique

Nicole Blanchette et James Féthière, Canada; MichelAnge Hyppolite, Canada

Collaboration spéciale

Alexandra Emmanuel et Yanick Simon

Responsable de la distribution

Analyse
Alexandra Emmanuel et Yanick Simon

Cahier thématique

13 Gestion de l’environnement et développement durable 
Evens Emmanuel et Carlo Prévil
15 Mot des coéditeurs  Evens Emmanuel et Carlo Prévil

Tatiana Nazon, Canada

17 Pawòl ko-editè yo  Evens Emmanuel et Carlo Prévil

Comité de distribution

19 Haïti : vulnérabilité, résilience et changements climatiques  Sebastian Weissenberger

Directeur et responsable Europe : Raymond Kernizan,
France ; Directrice adjointe et responsable Canada :
Tatiana Nazon ; Responsable Haïti :
Claude Agénor et Jerry Jacquet, Haïti ;
Responsables États-Unis : Mirlande B. Alexandre,
New Jersey ; Évangéline Roussel, Boston ;
Florence Deltor Jean-Joseph, New York

Illustrations

James Féthière, Canada

Production Web

Stéphane Debus & GRAHN-Monde

Tradiksyon

Michel-Ange Hyppolite, Sauveur Joseph Sauveur,
Canada ; Serge Bellegarde, États-Unis

Graphisme

Danielle Motard, Canada

Impression

Marquis imprimeur, Canada
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
ISSN : 1929-4433
Nombre de lecteurs : 50 000
Les auteurs des articles publiés dans Haïti
Perspectives conservent l’entière responsabilité
de leurs opinions. Toute reproduction est autorisée
à condition de mentionner la source et les auteurs.

Contact : h aiti-perspectives@grahn-monde.org
www.haiti-perspectives.com

PIGM

Presses internationales GRAHN-Monde

27 Le rôle de l’évaluation environnementale stratégique dans la gestion
de la vulnérabilité en Haïti  Elmyre Clervil, Ketty Batthazard-Accou, Farah A. Dorval
34 Intégration de l’évaluation environnementale stratégique (EES) dans le processus
de l’évaluation environnementale (EE) en Haïti  Ketty Balthazard-Accou et Elmyre Clervil
42 Gestion environnementale dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince :
entre le droit et la participation citoyenne, le cas de Canaan 
Neptune Prince, Anne-Laurence Verret, Yolette Jérôme et Anie Bras
49 Influence de l’assainissement sur la qualité de l’eau de baignade à Port-Salut 
Franky Zamor, Edwige Petit et Yvens Chérémond

Appel à contribution

54 Changements climatiques
56 Femmes et sciences
58 Risques sismiques, prévention et préparation

Demann pou tèks

55 Chanjman klimatik
57 Fanm nan lasyans
59 Risk pou tranbleman tè, prevansyon epi preparasyon

Call for papers

55 Climatic Changes
57 Women and Science
59 Seismic risks, prevention and preparation

GRAHN–Monde ® Branches et Chapitres
GRAHN–Monde
Président  Samuel Pierre, ing., Ph. D.
V-P principal Programme et projets 
Michel Julien, M.A.
V-P Financement  Raymond Kernizan, M. Sc.
V-P Communication et service
aux membres  James Féthière, Ph. D.
V-P Développement de chapitres
et recrutement  Ludovic Comeau Jr, Ph. D.
V-P Science et technologie 
Jean-Marie Bourjolly, Ph. D.
V-P Justice sociale et droits
humains  Kerline Joseph, Ph. D.
V-P Affaires administratives
et secrétaire  Tatiana Nazon
Trésorier  Valéry Dantica ing., M.Sc.A.
Conseillers-Conseillères  Mélissa Georges,
ing., M.Sc.A., Dre Marie-Hélène Lindor,
Myrlande Pierre, Pierre Toussaint, Ph. D.

HAÏTI
GRAHN – Haïti
Président  Narcisse Fièvre
Secrétaire  Bénédique Paul
Trésorier  Jerry Jacquet
V-P Communications  Harold Isaac
V-P Relations Publiques et
Développement des chapitres
(Ouest)  Nemours Damas
V-P Développement des Chapitres
(Grand Nord)  Harold Durand
V-P Développement des chapitres
(Grand Sud)  Jean D. Lajeunesse
V-P Relations avec les milieux
du Savoir  Evens Emmanuel
V-P Innovation et Créativité
  Serge Michel
Conseiller Principal  William Eliacin
Conseillers  Ascencio Paul, Faidlyne Policard
Conseillère et présidente sortante 
Laurence Gauthier Pierre

GRAHN – Acul-du-Nord
Président  Fausnel Pierre
V-P principale  Guerline Nérélus
V-P recrutement  Lucien Guerrier
Secrétaire  Misma Exavier
Secrétaire adjoint  Michel-Ange Augustin
Trésorier  Ronald E. Pierre
Trésorier adjoint  Julien Joseph

GRAHN – Cap-Haïtien
Présidente  Lynda Ossé
V-P Principal  Harold Durand
V-P Coordination du Chapitre 
Jonas Cheristin
Trésorière  Maryse Philomène Pierre
Secrétaire  Yves Noël
V-P Relations publiques 
Colette Semexant
V-P Affaires administratives 
M. Salomon Gabriel
V-P Développement du Chapitre 

Jacquelin Alcius
V-P adjoint Développement du Chapitre 
Joel Clairesia

GRAHN – Cayes
Président  Oriza James
V-P de projet  Jean Mario Charles
V-P Relations publiques  Lamarre Evens
V-P de recrutement  Wesly Milard
V-P Développement du chapitre 
Maxime Marion
V-P Financement  Jean Rigaubert Gilet
Trésorier Principal  Régis Estère
Trésorier adjoint  Willy Fortune
Secrétaire Principale  Ingrid Joseph
Secrétaire adjointe  Francelene St-Clair
Conseillers  Museau David, Kerry Jean-Louis,
Martine Gérard, Dorsainvil Wilson

GRAHN – Hinche
Président  John Wesley Augustin
V-P Principale  Larosaire G. Germain
V-P Relations publiques  Malherbe Charles
Trésorier  Miradieu Poidieu
Secrétaire  Wichemise D. Augustin
Conseillers  Jean Robert Charles,
Vernet Simon

GRAHN – Léogane
Président  Yves Sainsiné
V-P principal  Pierre Charles Bazile
V-P relations publiques  Jean David Lambert
V-P adjoint relations publiques  Dayana
Remfort
Secrétaire  Daphkar Compère
Trésorière  Mirlande Zaré
Conseillers  Kenson Césare et Pierre Joseph
Célestin

GRAHN – Les Anglais
Président  Marc Jean-Noël Paget
V-P  Jude Pierre-Arnold
V-P Relations publiques  Lamy Guy Benson
Trésorière  Agathe Charles
Trésorière adjoint  Ridza Jean Mardy
Responsable logistique  Orcelin Toussaint
Secrétaire  Patricia Cadet
Secrétaire adjoint  Jean Tramil St-Cyr
Conseillers  Marie-Andrée Jean-Charles,
Patrick Vital, Robert Thélusca

GRAHN – Limbé
Président  Charlot Kily
Secrétaire  Donalson Louis
Trésorière  Rose Samantha Pierre
Responsable relations publiques 
Robeans Multidor
Délégué  Merlin Saint-Fleur

GRAHN – Plaine-du-Nord

GRAHN – Mauricie

Président   Ascencio Paul
V-P Principal projets  Robens Daly
V-P Relations publiques et recrutement 
Ronel Mesidor
Secrétaire  Ange-Blonde Metellus
Secrétaire adjoint  Edolphe Daly
Trésorier  Jeff Toussaint
Trésorier-adjoint  Edwin Daly
Conseillers  Louis-Phanor Joseph, Ebed Paul

Président  Claude Bélizaire
Secrétaire  Jean-Michel Ménard
Trésorière  Nicole Philippe

GRAHN – Port-au-Prince

GRAHN – France

Présidente  Faidlyne Policard
Vice-Président  Nemours Damas
Secrétaire  Claude Agenor
Trésorière  Germine Séide
Conseillers  Jules Bellerice, Marc Lionel
Armand, Frantz Ochny, Nathaelle Buteau
Président sortant  Gilbert Buteau

GRAHN – Port-de-Paix
Président  Dartiguenave Léon
Vice-Présidente  Solange B. Saturne
Secrétaire  Erlande Pierre
Trésorier  Me Arnel Auguste
Conseiller  Jean-Riguerre Toussaint

GRAHN – St-Marc
Président  Rodney Mento
V-P  Pierre Jean Resky
Secrétaire  Anna Fils Aime
Secrétaire adjoint  Jean Mary Frantz
Trésorière  Carline Dorainvil
Conseillers  Marc Edouard Similien,
Cadet Pierre Richard

CANADA
GRAHN – Canada
Président  James Féthière, Ph. D.
Trésorière  Marlène Chouloute-Hyppolite
Secrétaire  Georges Mercier, ing.

GRAHN – Montréal
Président  James Féthière, Ph. D.
Secrétaire  Valéry Dantica, ing., M.Sc.A.
Trésorière  Mélissa Georges, ing., M.Sc.A.

GRAHN – Ottawa/Gatineau
Présidente  Marlène Chouloute-Hyppolite
Vice-Président  Robert Nonez, ing.
Trésorier  Dr Faudry Pierre-Louis
Secrétaire  Michel-Ange Hyppolite, ing.
Conseillers  Gérard Sylvestre,
Gustave Boursiquot, Ph. D., Jude Jean-François
Michel-Ange Hyppolite (Kaptenn),
Jean Perrin-Jean, Edzer Charles, Violène Gabriel

GRAHN – Québec
Président  Jean-Joseph Moisset, Ph. D.
Vice-présidente  Alourdes Amédée
Secrétaire  Philippe Nazon, ing., Ph. D.
Trésorier  Harold Augustin
Conseiller  Serge Vicière

GRAHN – Sherbrooke/Estrie
Président  Dr Raymond Duperval
Secrétaire  Dr Henry Labrousse
Trésorier  Georges Mercier, ing.

FRANCE
Président  Raymond Kernizan
V-P Relations publiques  Paul Baron
V-P Communication 
Reynold Henrys
Secrétaire  Barbara Dambreville
Trésorière  Vicenta Palomares
Conseillers  Daniel Derivois, Renaud Hypolite,
Paul Jean-François, Ronny Lappomeray, Daniel
Talleyrand

SUISSE
GRAHN – Suisse
Président  Dodly Alexandre
Vice-Président  Hérard Louis
Secrétaire  Malick Matthey
Trésorier  Jacques-Michel Dieudonne
Trésorier adjoint  Olivier Pierre
Conseiller  Dominique Desmangles

USA
GRAHN – USA
Président  Ludovic Comeau Jr, Ph. D.
Conseillers  Jean-Wilner Alexandre (New
Jersey), Léonce Avignon (Washington D.C.),
Charlot Lucien (Boston/New England)

GRAHN – Chicago
Président  Lionel Chéry, MBA
Vice-Président  Me Tania Luma
Secrétaire  Carole Théus, M. Sc.
Trésorier  Serge Fontaine
Directrice de programme  Maude ToussaintComeau, Ph. D.,
President sortant  Ludovic Comeau Jr, Ph. D.

GRAHN – New England/Boston
Président  Charlot Lucien
Secrétaire  Lyns Hercule
Secrétaires exécutives  Sarah Hendricks,
Évangéline Roussel
Trésorier  Ghislain Joseph

GRAHN – New Jersey
Président  Jean Wilner Alexandre
Directrice exécutif  Mirlande B. Alexandre
Secrétaire  Davilus Jean
Trésorière  Roselore Brignolle
Ressources humaines  Dr Lou Alexandre
Relations publiques 
Pasteur Thelusca Joseph

Éditorial

L'accroissement de la vulnérabilité
environnementale d'Haïti
compromet-elle la qualité de vie des Haïtiens ?
Bénédique Paul

Q

ue ce soit en économie, en physiologie, en physique, en chimie
ou en écologie, les réflexions sur l’environnement montrent
une primauté de celui-ci sur l’élément constituant, ici l’homme
en particulier. Évidemment, l’environnement peut être considéré
comme étant partiellement une construction humaine, en plus du
capital naturel dont il est constitué. Justement, ce caractère trophique détermine largement sa vulnérabilité.
Dans le cas d’Haïti, la vulnérabilité environnementale est forte, au
point que le pays est classé parmi les plus vulnérables de la région.
Sans minimiser les capacités ingénieuses des hommes à résoudre
les problèmes auxquels ils sont confrontés, la primauté de l’environnement sur les individus crée un cercle vicieux qui entraîne,
dans une situation de pauvreté comme celle d’Haïti, le développement de comportements totalement irrationnels faisant craindre le
pire pour les générations futures.
L’injustice intergénérationnelle ainsi créée remet en cause tant la
capacité régulatrice de l’État que l’action citoyenne bien intentionnée de la minorité dont la conscience écologique est éveillée.
En effet, cette catégorie de bons citoyens ainsi que la génération
future se trouvent prisonnières de l’action collective irrationnelle
présente défavorable au maintien d’une qualité acceptable de l’environnement.
De la même manière que l’État, devenu institutionnellement trop
faible, est incapable de contraindre les comportements des habitants en matière de dégradation et de pollution de l’environnement,
beaucoup d’individus pris isolément semblent penser pouvoir, à
court terme, tirer profit ou satisfaction de cette action de détérioration. Or, même si les institutions légales deviennent inefficaces,

l’autorité de la nature est là pour rendre à long terme irrationnel le
comportement individuel trop risqué en matière environnementale.
Malheureusement, les sanctions de la nature sont généralement
très sévères et non discriminatoires.
Il semble qu’il y ait bel et bien une corrélation entre la qualité environnementale d’Haïti et sa performance économique. C’est pourquoi, en plus des individus et des autorités étatiques, le secteur
privé haïtien (allant des agriculteurs aux entreprises industrielles)
devra emprunter la voie du management de la qualité. L’accréditation ISO 9001 recherchée par de nombreuses entreprises dans
d’autres pays n’est jusqu’à présent pas l’objet d’un intérêt particulier pour les entrepreneurs haïtiens. Il en est de même pour la responsabilité environnementale ; or, la norme ISO14001 est là pour
favoriser une gestion environnementale plus saine. De la distribution de produits de basse qualité (comme l’essence plombée ou
les aliments emballés dans des contenants non biodégradables)
aux comportements individuels irresponsables comme la disposition de rebuts dans l’espace public, ou encore à la négligence
de l’administration publique/territoriale de mettre à disposition
du public des poubelles et de les vider régulièrement, toute la
société haïtienne apparaît insouciante face aux problèmes environnementaux, déjà aggravés par les changements climatiques et
la mutualisation internationale des effets de pollution des pays
industrialisés. Il y a néanmoins quelques citoyens haïtiens, comme
le montrent les contributions à ce numéro, qui demeurent écologiquement bien éveillés. La question suivante demeure : les autorités
négligentes ou la majorité insouciante doit-elle toujours décider
pour la minorité conscientisée ? Le débat est ouvert.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

3

Editoryal

Èske ogmantasyon frajilite
anviwonnman nan peyi Ayiti
diminye chans Ayisyen genyen pou yo viv byen ?
Bénédique Paul

K

it se nan pèspektiv ekonomi, fizyoloji, fizik, osnon chimi, kit
se nan ekoloji, brase lide ki fèt sou anviwonnman an montre
enpòtans faktè sa a sou eleman kle a, sou endividi a espesyalman.
Li klè anviwonnman an kapab konsidere tankou yon chapant, kote
se moun an pati ki mete li sou pye, ansanm avèk eleman lanati ki
fòme chapant li. Nan kontèks sa a, se kalite konstitisyon sa a menm
ki pral defini vilnerablite li..
Nan ka Ayiti a, anviwonnman an danje anpil e danje sa a rive nan
yon nivo ki fè yo klase peyi a pami yonn nan peyi ki pi vilnerab
nan rejyon an. Konsa, se pou nou rekonèt gwo kapasite endividi
yo genyen pou yo rezoud pwoblèm ki ap toupizi yo, enpòtans
enpak anviwonnnman an sou yo, lakòz yo antre nan yon move
laviwonndede e nan kondisyon lamizè pèp la ye Ayiti a, sitiyasyon
sa a fè yo vin gen yon konpòtman irasyonèl nèt, ki fè moun gen
anpil enkyetid pou jenerasyon ki nan wout ap vini yo.
Enjistis, ki kontinye ap layite kò li nan yon jenerasyon rantre nan
yon lòt, vin lakòz, pou yo rekonsidere nonsèlman wòl Leta pou li
reglemante, men aksyon sitwayen yon minorite ki gen bon dispozisyon e ki veyatif sou kesyon anviwonnman an. Kategori bon
sitwayen sa yo, ansanm ak pwochen jenerasyon an vin wè yo paralize poutèt aksyon kolektif irasyonèl gwoup ki pa enterese pou yo
genyen yon anviwonnman dirab, ki akseptab, e ki gen bon kalite.
Menm jan Leta ak enstitisyon li yo, ki vin twò fèb, pa kapab kontwole
konpòtman sitwayen ki ap andomaje epi kontamine anviwonnnman
an, gen anpil endividi ki sanble konprann yo kapab, nan jounen jodi
a, pwofite osnon jwi sitiyasyon degraba sa a. Men, menmsi enstitisyon legal yo pa fonksyone, pouvwa lanati kanpe fèm pou montre

4

kouman konpòtman endividi sa yo, ki ap menase anviwonnman an,
irasyonèl. Malerezman, lè lanati move, jeneralman, li frape ak anpil
fòs e li pa fè distenksyon.
Sanble, se vre gen rapò ant kalite anviwonnman Ayiti a avèk pèfòmans ekonomik li. Se poutèt sa, anplis endividi yo ak otorite Leta yo,
sektè prive ayisyen an (depi kiltivatè yo rive sou faktori endistriyèl
yo) ap gen pou yo angaje tèt li nan jesyon kalite a. Pou koulye a,
patwon ayisyen yo pa sanble yo pi enterese pase sa pou yo jwenn
akreditasyon ISO (Òganizasyon entènasyonal Nòmalizasyon) 9001
(Prensip jesyon kalite). Se yon bagay anpil patwon biznis nan lòt
peyi ap chache. Se menm apwòch pou reskonsablite anvironmantal
la. Prensip ISO 14001 egziste pou fasilite yon jesyon anviwonnman
an ki pi kòdyòm. Soti nan distribisyon pwodui bon mache (tankou
paregzanp gazolin ki gen plon ladan, osnon manje ki anpakete nan
kontenè ki pa degrade), rive sou konpòtman endividi neglijan ki ap
jete fatra nan lari ; osnon ankò, lè ou ap gade neglijans administrasyon piblik/teritwa a ki pa mete bwat fatra nan lari a pou piblik la,
epi ki pa ranmase fatra regilyèman ; sanble se tout sosyete ayisyen
an ki pa pran konsyans pwoblèm anviwonnman an. Sitiyasyon an
deja ap vin pi grav poutèt chanjman klimatik yo epi konsekans kontaminasyon entènasyonal ki soti nan peyi endistriyalize yo. Men,
si nou konsidere kontribisyon ki rive jwenn nou pou preparasyon
nimewo sa a, nou ka di gen kèk sitwayen ayisyen ki rete ak je yo
byen kale sou zafè anviwonnman an. Men, se toujou menm kesyon
an ki poze : èske se otorite neglijan yo, osnon majorite san konsyans
la ki pou toujou ap deside pou minorite veyatif la ? Diskisyon an
louvri.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Analyse

Environmental lead exposure and its impact
on the health of children, pregnant women
and the general population in Haiti
Alexandra Emmanuel1, 2* + and Yanick Simon1, 2 +
Groupe Haïtien d’Études et de Recherche en Environnement et Santé (GHERES), BP 15888, Pétion-Ville, Haïti
Association Haïtienne Femmes, Science et Technologie, 218 Avenue Jean Paul II, Haut de Turgeau, Port-au-Prince, Haïti
+
The authors contributed equally to this work.
*Corresponding author
1

2

Abstract: Exposure to lead is well known to have detrimental effects on the environment and human health, including almost every organ and system in the body. In
Haiti, although leaded gasoline has been banned since 1998, lead is still present in the
environment due to its persistence and bioaccumulative capacities. In addition to lead
air emissions, urban groundwater resources are exposed to lead. The Haitian population is exposed to a widespread urban health problem that especially affects children
and pregnant women who are more vulnerable. In order to understand environmental
lead pollution in Haiti, a literature review in the MEDLINE/PUBMED database was
conducted on lead in drinking water from 1997 to 2016. The inclusion criteria included
all studies that reported the prevalence of blood lead levels in the general population
and studies assessing the risk of exposure to lead in drinking water in different regions
of the country. This work gives an overview of exposure to lead in the environment, its
impact on the health of the Haitian population and indicates requirements for future
policy responses and interventions.

Rezime: Kontak ak plon se bagay moun konnen byen poutèt gwo dega sa fè sou
anviwonnman an ak sou sante moun, san konte dega li fè sou preske tout ògàn ak
sistèm nan kò moun. Nan peyi Ayiti, menm si yo entèdi gaz ki gen plon depi 1998,
plon an toujou kanpe kinalaganach nan anviwonnman an akoz pèsistans li ak kapasite byoakimilasyon li genyen. Anplis, plon an gaye nan lè a (emisyon atmosferik),
rezèv dlo anba tè nan vil yo riske kontamine ak plon. Popilasyon ayisyen nan vil yo
ap viv ak yon pwoblèm sante an jeneral ki afekte sitou timoun yo ak fanm ansent ki
pi fèb (vilnerab) yo. Pou nou konprann polisyon anviwonnman an sou zafè plon nan
peyi Ayiti, nou fè yon revi leterati nan baz done MEDLINE / PUBMED sou plon nan dlo
potab soti 1997 rive 2016. Kritè yo te rasanble tout etid ki te rapòte depasman limit
kantite plon ki menase popilasyon an an jeneral ansanm ak etid ki evalye ris espozisyon plon ki genyen nan dlo potab nan diferan kalite rejyon nan peyi a. Travay sa a
bay yon apèsi sou espozisyon ak plon nan anviwonnman an, sou enpak li genyen sou
sante popilasyon ayisyen an epi li bay egzijans pou genyen bon jan repons ak bon jan
entèvansyon politik pou lavni.

INTRODUCTION

properties and the influence of environmental factors. Many metal
compounds are stable, which explains their wide use and their
ubiquity in the environment. The release of metals through natural
processes, such as volcanic activity, erosion and bioaccumulation;
intentional anthropogenic processes, such as mining, smelting,
industrial uses and cultural practices, and unintentional human
processes, such as incineration and fossil fuel combustion, all lead
to the environmental exposure of humans and ecosystems [5].
HM constitute an ecological and human health problem because
they do not undergo biological degradation, unlike certain organic
pollutants [6]. Although their effects can be harmful some of them
are also essential for human life. For example iron (Fe), copper (Cu),
cobalt (Co), manganese (Mn), zinc (Zn) and chromium (Cr) are
essential for humans and deficiencies are characterized by clinically

T

he World Health Organization (WHO) has recognized that
environmental pollution can affect the quality of human health
[1]. The demographic explosion contributes considerably to environmental pollution [2]. Indeed, this explosion results in increasing demands for foodstuffs, leading to the utilization of excessive
amounts of organic and inorganic fertilizers to increase the unit
output of agricultural production. Most of these fertilizers come
from farm manure, municipal solid waste, sludge and industrial
waste, all of which contain large amounts of heavy metals (HM) [3].
HM is an imprecise term that covers a group of elements having a
specific density greater than 5 g/cm3 [4].
Metals are natural constituents of the Earth’s crust. The distribution and fate of metals in the environment is governed by their

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

5

Analyse

diagnosed abnormalities. Other metals are known to be non-essential for any animals. These metals are mainly mercury (Hg),
cadmium (Cd), arsenic (As) and particularly lead (Pb) [5].

and on water resources in Haiti. It will allow us to: i) better define
the most vulnerable populations, ii) understand the contamination
of drinking water in the Haitian urban areas, and iii) suggest interventions to determine Pb levels in acquifers in urban areas.

Pb is the most common persistent toxic metal in the environment
[7]. It has been widely distributed in the environment since prehistoric times and causes adverse effects on human health [8]. During
the industrial revolution, environmental contamination increased
considerably with an increase in the incidence of diseases related
to Pb [9]. It can cause physiological, biochemical, and behavioral
dysfunctions in humans and animals [10]. Despite its toxicity, it is
difficult for humans to avoid its use due to its valuable properties
such as softness, malleability, ductility, low conductivity and high
resistance to environmental corrosion [7]. Human contamination
by Pb can occur occupationally or environmentally through inhalation, smoking, water and dietary intake [11]. Generally, Pb is highly
toxic, especially to children [12]. Its concentration in surface water
ranges from 10 to 30 µg/L [13]. This level can be increased by many
factors such as the drainage of untreated urban and industrial
wastewater into the subsoil [14]. After drinking water, the different
sources of Pb contamination are house paint containing Pb [15],
automobile exhausts containing leaded gasoline [16], Pb-glazed
household ceramics [17], industrial emissions and mining activity
[18], Pb in interior dust [15] and soil [19]. However, the severity of
the adverse effects of this metal in the environment depend on the
duration of exposure, its bioavailability, how much of it enters the
body and how much reaches the critical target organ(s) [6].

MATERIALS AND METHODS
The MEDLINE/PUBMED databases were searched using the
keywords “Haiti” and “heavy metals”, “lead toxicity”, “Port-auPrince”, “children”, and “water supply”. Our search focused on 46
scientific papers. Among of them, 35 were peer-reviewed articles,
8 were book chapters and 3 were oral communications at international conferences. These scientific papers comprised 32 that
included data from other countries and 14 that included information on the Haitian population. Of the 32 scientific papers used,
28 were peer-reviewed articles. Databanks from the World Health
Organization and 25 of the 28 publications were used to estimate
heavy metal exposure. In addition, 3 of the 28 articles give detailed
descriptions of water resource management and recommendations
for the medical management of exposure to Pb.
To understand the Haitian context of human exposure to Pb in
drinking water, we used 7 peer-reviewed articles, 5 book chapters
and 2 oral communications at international conferences. One of
these reports confirmed the presence of Pb in the blood of Haitian
children, while 6 of them studied the presence of Pb in drinking
water, wastewater and soils. A book chapter was chosen to understand the sewage-drainage system in Port-au-Prince. We excluded
all studies evaluating exposure to Pb via atmospheric emissions
because we focused on exposure to Pb in drinking water. In general,
drinking water is a potential source of Pb contamination for the
population. In addition, 2 other articles on the situation in Haiti
were rejected because they did not address exposure to Pb. A summary of the different publications used in the development of this
work is shown in Table 1.

In developing countries, HM concentrations have been detected
in groundwater samples and some of them are higher than the
threshold values fixed by WHO [20]. In Haiti, the presence of Pb in
the urban wastewater of Port-au-Prince has been reported [6], [21].
Groundwater resources are exposed to the risk of pollution by Pb
infiltration due to poor solid waste management [22]. Moreover, Pb
has been detected in drinking water [23]. The aim of this article is to
develop a synthesis on the general effects of Pb on human health

Table 1  This table summarizes the different publications used in the development of this work.

Scientific papers

 

INTERNATIONAL DATA

HAITI DATA

TOTAL

32

14

46

*PRA

*BC

*CO

*PRA

*BC

*CO

 

28

3

1

7

5

2

Lead exposure and toxicity

24

3

1

1

4

x

32

Water resource management

4

x

x

x

x

x

5

Drainage and sanitation system

x

x

x

x

1

x

1

Risk assessment/water and soil

x

x

x

6

x

2

8

* PRA: Peer-reviewed articles     * BC: Book chapter     * OC: Oral communication

6

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

 

Analyse

GENERAL EFFECTS OF Pb ON HUMAN HEALTH
In developing countries, the management of Pb poisoning remains a public health problem,
more in young children than in adults [24], [25]. Its effects can be neurotoxic, nephrotoxic and
carcinogenic, and it can affect reproductive and neurobehavioral/development [24]. Many of its
toxic properties are due to its capacity to mimic or compete with calcium in a variety of cellular
and physiological processes such as calcium transport [11, 24, 26]. It inhibits the entry of calcium
into cells, cellular respiration and calcium kinetics [11]. Its capacity to interfere with biochemical
events in body cells may explain the multi-systemic adverse effects observed in adults and
children [27]. What is more, the toxicity of Pb in children is higher than that in adults [7, 24]. It is
responsible for decreased intellectual capacity, loss of hearing, reduced hand-eye coordination,
and impaired ability to pay attention [12]. Exposure to Pb in children can start in utero [11, 28, 29].
Maternal Pb exposure leads to risks of spontaneous abortion and affects the transport of
calcium through the placenta. It can also cause low birth weight associated with endocrine
disorders and may also be responsible for metabolic disorders apparent during later life [29]. It
has been reported that a low level of Pb exposure during pregnancy, even at levels considered
safe for adults, can harm the development of the fetus [11]. Another aspect of the problem is the
impact of tobacco smoke on the concentration of Pb in pregnant women’s blood. The results
of Chelchowska et al., demonstrated a significant increase in Pb concentration in blood during
each trimester of pregnancy among pregnant smokers compared to non-pregnant women [28].
At low doses, chronic Pb exposure can lead to metal accumulation in many tissues, particularly
bone [28]. As the fetus grows, there is an increase in calcium which mobilizes the calcium stored
in the mother’s bones. In turn, this calcium level increases not only the blood calcium level, but
also the blood Pb concentration [30].

EXPOSURE TO Pb IN DRINKING WATER: A CASE STUDY IN HAITI
Haiti is located on the Caribbean island of Hispaniola, shared with the Dominican Republic to
the east. With 10 911 819 inhabitants, it is geographically divided in 10 departments consisting
of 42 arrondissements and a total of 140 communes [31].

Figure 1  Discharge of the urban effluents from Port-au-Prince into the bay

The capital city of Haiti, Port-auPrince, was founded in 1743. It
faces the island of La Gonâve in
the gulf and is currently the home
2 618 894 inhabitants [31]. Over the
years, the Haitian health system has
faced many challenges in a context
of chronic limitations of financial and human resources [32]. The
public health system is faced with
the onerous burden of managing
responses to an array of infectious
diseases [33]. However, the pollution
of groundwater by heavy metals is a
well-known and significant environmental problem [6]. Despite many
studies conducted on the risks of
these pollutants on the environment,
they have not been considered in any
Haitian public health policies. Indeed,
groundwater resources in Port-auPrince are vulnerable to contamination due to leachates, cesspools
and septic tanks, storm water runoff,
waste oil discharging, over-irrigation and industrial discharging [34].
In this study, the authors focused
on Port-au-Prince, but assume that
the scenario is probably the same in
other cities in Haiti. To understand the
issue of effluents in Port-au-Prince, it
should be borne in mind that all the
sub-basins of the city flow into the
bay of Port-au-Prince (Figure 1).
The bay of Port-au-Prince receives
untreated rainwater and urban wastewater from residential areas and
commercial and industrial activities,
all sources that contribute significantly to the pollution of the bay [35].
The hazards of urban effluents are
related to chemical (for example Pb)
released in the effluents and which
can induce modifications in the structure and function of aquatic ecosystems [36]. These hazards are also a
consequence of high concentrations
of organic matter in urban discharges
which lead to an increase in the
consumption of dissolved oxygen,
and potentially to a decrease in the
concentration of dissolved oxygen
in the natural environment [37]. The
different consequences of this situation generate risks for the environment and for the local population.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

7

Analyse

Thus, the health risks caused by this
situation can have an impact on fish
morbidity and the bacterial contamination of seashells and beaches
[38]. Furthermore, Port-au-Prince
is considered a typical example of
a city whose drainage systems are
relatively poorly developed and
badly managed. The density of the
population living in the urban area
and the paved surfaces of the latter
significantly modify the physical properties of the land, with a decrease in
infiltration. This results in fast runoff
with high peak flows and significant
pollution problems [39].
Various studies have been carried
out on the risk to human health
caused by chronic exposure to lead
in the public water supply of Portau-Prince, to wastewater from paint
manufacturing and to lead in soil.
Emmanuel et al., found a mean Pb
concentration of 245μg/L in a public
water tank serving a population of
90 000 [23]. In another study, Angerville et al., [40] measured levels of Cu
and Pb in wastewater from the paint
industry, as they can be present in
the pigments used. The contact of
paint manufacturing effluents with
aquatic ecosystems leads to a risk
directly related to the existence of
the hazardous substances in these
which can have potentially negative
effects on the biological balance of
natural environments [41]. Thus, a
high concentration of metallic pollutants can cause biological imbalances
in aquatic ecosystems [40].

manufacturing effluents discharged in Port-au-Prince [40]. In this study, their effects on different levels of the marine food chain were measured on the algae (Asterionella glacialis and
Asterionella japonica) and the crustacean (Cancer anthonyi). The results showed a maximum
concentration of 700μg/L of Pb, and demonstrated the need for complete physicochemical
and ecotoxicological analyses to characterize the paint production effluents discharged in the
Port-au-Prince bay to understand the potential toxic impacts on the bay’s resources [40]. Following the results obtained by Emmanuel et al., showing the presence of Pb at concentrations
ranging from 10 μg·L−1 to 90 μg·L−1 [6], Fifi et al., investigated the potential capacity of Pb, Cu
and Cd to sorb on soils of the Cul-de-Sac plain [34].
The Cul-de-Sac plain (Figure 2) is the largest source of groundwater used by the population of
Port-au-Prince area for its water consumption. This situation may explain the overexploitation
of this aquifer. Despite this, the city of Port-au-Prince is not subject to water stress. However,
some scientists think that this problem could be topical in the next 3 decades [22]. Fifi’s study
showed that the soil of Port-au-Prince has a high capacity to sorb metal ions, especially
Pb2+ > Cu2+ > Cd2+ [34]. The results (10-245 µg/L) of these different studies showed that the
concentration of Pb measured in drinking water in Port-au-Prince exceeds the level of 15 μg/L
set by the US Environmental Protection Agency (US EPA) [33]. In a previous study, the dosage
of blood Pb was a parameter considered in the medical check-ups carried out on adopted
children who had immigrated to France. This study was conducted in France on 24 Haitian
children adopted between 2005 to 2006. On their arrival in France, high levels of Pb, i.e. between
102 and 236 µg/L, were found in the blood of 9 of them while 6 had a normal blood Pb level
[43]. These studies confirmed the urgent need for the ongoing health risk assessment of urban
water supplies and the monitoring of human exposure to heavy metals.

DISCUSSION
Despite the studies carried out in Haitian university laboratories on the chemical hazards
of heavy metals, especially Pb, no policy has been developed by the Haitian government to

Figure 2  Map of the Cul-de-sac plain (Fifi et al., 2010).

However, the lack of wastewater treatment plants and a policy aimed at eliminating the pollutants in effluents
means that the wastewater from
paint manufacturing is discharged
directly into the aquatic ecosystem of
Port-au-Prince bay. The presence of
contaminants in untreated municipal
wastewater poses a risk to aquatic
organisms and greatly affects the
balance of the bay’s ecosystem [42].
In the context of discharges into the
aquatic ecosystem, Angerville et al.,
evaluated the ecological risk of heavy
metals, particularly Pb in the paint

8

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Analyse

protect the population against HM. No laboratory specialized in
the treatment of wastewater or in monitoring the quality of the
environment and food safety has been set up. There are several
reasons why Pb exposure should be taken seriously. Pb poisoning
has been associated with low iron levels in the serum. In addition,
the correction or prevention of iron deficiency in the newborn
would reduce blood Pb levels. However, excess Pb in children can
also be transmitted during pregnancy from mother to child [43].
To date, we have no data on the level of Pb contained in the blood
of mother-child pairs. We believe that this information would
make it possible to: i) evaluate the correlation between the Pb level
in women’s blood before and during pregnancy, and in that of
their babies at birth; ii) better appreciate any possible correlation
between birth weight, the level of maternal blood Pb and the level
of Pb in breast milk.
Many studies found associations between low level environmental Pb exposure and chronic kidney disease, a general term
for heterogeneous disorders affecting the structure and function
of the kidney (CKD) [7, 24, 44, 45]. Benjelloun et al., reported that
chronic Pb nephropathy is correlated with years of Pb exposure
[46]. This nephropathy is characterized by chronic tubulo interstitial
nephritis with fibrosis that reflects tubular injury (such as moderate
focal atrophy, loss of proximal tubules, and prominent interstitial
fibrosis) revealed by kidney biopsy [44]. Other studies indicated
that Pb is nephrotoxic even at blood Pb levels lower than 5 μg/dL.
This situation is observed particularly in susceptible populations,
such as those with hypertension and diabetes mellitus, which are
among the main causes of CKD [7, 44, 45]. In addition, it is known
that the cumulative load of Pb in the body tends to increase with
age, as does the risk of kidney disease due to other factors [45].
In the case of Haiti, the prevalence of diabetes (12%) and hypertension (47%) led nephrologists to predict exacerbated CKD levels
and an increase in the number of patients requiring dialysis as a
renal replacement therapy in the future [47]. In this context, it is
necessary to conduct research to better define the contributions
of Pb exposure to the health state of CKD patients. However, the
situation of Haitian patients with CKD is very complicated. According to Exantus et al., the average weekly cost of three hemodialized
sessions is US$600 in private centers and ranges from US$66 to
US$460 in public hospitals. In addition, patients are sub-dialyzed
with one to two sessions due to the number of stations available
in public hospitals compared to the number of patients treated
in them [47]. The low economic level of the population, (72% of
Haitians live on less than US$2 a day), and the lack of health insurance for all, are factors that must be considered so that politicians
can establish a health policy focused on the prevention of chronic
kidney disease. It should be recalled that Haiti is located in an area
exposed to natural disasters such as hurricanes and earthquakes.
The country is also subject to violent tropical storms that cause
severe floods (2008: Fay, Gustav, Hanna, Ike, 2004: Jeanne, 1998:
Georges, 1994: Gordon, 1963: Flora, 1954: Hazel). With regard to
earthquakes, the history of Port-au-Prince has been marked by
two major earthquakes in 1751 and 1770 [39] and more recently in
January 2010 the earthquake of magnitude 7.3 on the Richter scale
almost destroyed the city [39]. Unfortunately, risk management has

focused on preventing hurricanes because earthquakes are less
common. To date, no studies have been conducted to determine
which pollutants were released into the environment as a result of
collapsed building, as most of these buildings were painted with
paints containing Pb. To this end, we believe that new public health
strategies must involve environmental actions to improve human
health in order to ensure sustainable development for future generations.
The reality of environmental pollutants requires understanding the
legal framework for regulating them. In developed countries, Environmental Risk Analysis (ERA) is not only a scientific framework for
analyzing problems of environmental protection and remediation
but also a tool for setting standards and formulating guidelines
in modern environmental policies [22]. However, the application
of international conventions and even national laws relating to
environmental issues may be difficult to apply in some countries
because of their socioeconomic, political and ecoclimatic realities.
To protect the environment, French legislation in support of the
European Commission’s directives considers quantitatively restrictive standards [48].
In the case of Haiti, the country’s legislation has addressed the
issue of environmental pollution since 1962. Thus, the Rural Code
published in the same year prohibits the discharge of wastewater
from industrial facilities and residences into natural watercourses,
and irrigation and drainage canals. In 1977, Haitian environmental
laws empowered the Haitian government to develop control standards to prevent biological hazards for the aquatic system [49]
(COHPEDA, 1995). Recently, in January 2006, standards were established for the treatment of industrial wastewater [50] (Moniteur,
2006). However, these standards are not well defined and are not
known by the population. On the other hand, programs to combat
biological contaminants are often established, which is not the case
with environmental pollutants. When such programs do exist, the
standards determined are not always disclosed to the public. Most
often they have been proposed by non-governmental organizations or other foreign institutions that finance these programs. Do
the standards proposed by these international institutions take
into account the results of the studies conducted in Haiti? Most
often these standards stem from the results of studies conducted
in other countries that do not share the same socio-geographic
reality as Haiti, so they are not adapted to the Haitian situation.
These reasons explain why health and environmental problems
have always remained as they are in Haiti, despite the funds disbursed to solve them.
Generally, the development of standards must take into account
scientific results on the issue of environmental pollutants in Haiti.
This will bring together government authorities, enterprises and
scientists in decision-making. In this framework, the government
fulfils its sovereign function by working to regularize standards.
Enterprises that produce pollutants must be aware of the danger
to which the public is exposed. Science stands at the interface
and plays a mediating role. It must take into account the different variables so that once standards are established, they do not
become obsolete.

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9

Analyse

CONCLUSION
Several studies conducted in Haiti by Quisqueya University in collaboration with French laboratories on the physicochemical characteristics of urban effluents have reported the presence of Pb
and its inorganic derivatives in urban effluents [34, 51, 6, 40, 42].
Furthermore, the pollutants in urban effluents can significantly disrupt terrestrial and aquatic ecosystems, by causing the loss of biodiversity and higher levels of Pb and other heavy metal pollutants
than the thresholds imposed by the regulations on the discharge
of wastewater into the natural environment [51]. If we consider
that in developing countries fish is an important source of protein
for poor families [52], it is therefore logical to assume that seafood
is a source of Pb contamination. In Haiti, awareness of chemical
hazards must be a priority for governmental authorities. To solve
this problem, it would be interesting to develop joint work involving
several actors: politicians, industrial companies and scientists. As
suggested by some scientists working on the water resources and
environment of Haiti, “joint actions must be carried out by these
different actors to ensure the integrated management of urban
liquid discharges and aquatic biodiversity” [51].
We are interested in the environmental effects of pollutants on
the Haitian population. To this end, we intend to characterize Pb
concentrations in various operational boreholes used to supply the
population with water. Knowing the impact of leaded gasoline car
exhausts as a source of contamination, we aim to conduct a Pb characterization campaign in urban areas. This campaign will: (i) focus
on urban areas with dense automobile traffic; (ii) test the quality
of gasoline distributed in Haiti; (iii) characterize the concentration
of Pb in the different aquifers. This study will lead to the production of a Pb concentration map for the Haitian urban environment.
Furthermore, we will be able to set up absorption facilities with
inexpensive materials and simple experimental procedures. At the
same time, we intend to carry out epidemiological studies on the
exposed population: children, pregnant women, workers in gas stations, patients with CKD. Given the high prevalence of CKD in adults
in Haiti, it would be interesting to check whether there is a relationship between chronic exposure to Pb and this kidney disease.
These epidemiological studies will update data on the prevalence of
Pb poisoning and CKD in the most vulnerable communities. These
studies will identify Pb-intoxicated patients, sources of contamination, and allow developing therapeutic protocols to care for these
patients. Thus, we will educate health professionals to carry out
routine screening of Pb in individuals in at-risk populations.

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1995, 274 p.
50  W. Edouard. Le Moniteur. Journal Officiel De La République D’Haïti,
pp. 1- 32, 2006
51  E. Emmanuel et al., “Pollution et altération des eaux terrestres et maritimes.
Conséquences de la dégradation quantitative et qualitative de la ressource
en termes de perte de biodiversité,” 2008, pp. 165-184.
52  S. Pollard and A. Simanowitz. Environmental flow requirements: A social
dimension. Proceedings of the 23rd WEDC Conference, Water and Sanitation
for All: Partnerships and Innovations. Durban, South Africa. 1997.

Alexandra Emmanuel, M.D., Ph.D., is a physician, graduated from the Faculty of Health Sciences of Quisqueya University (UniQ-Haiti). She holds
a Master’s degree in Parasitology-Mycology from Pierre and Marie Curie University (France) and a PhD in Immunology from Descartes University
(France). In 2009 she joined the Haitian Women’s Association of Science and Technology (Association Haïtienne Femmes, Science et Technologie). In
collaboration with other Haitian researchers, she founded GHERES (Groupe Haïtien d’Études et de Recherche en Environnement et Santé) in April 2016.
emmanuel1603@gmail.com
Yanick Simon, M.D., M.Sc., is a physician, graduated from the Faculty of Health Sciences of Quisqueya University (UniQ-Haiti). She holds a Master’s
degree in Cell Biology from Sherbrooke University in exchange with Quisqueya University. At present, she is pursuing a PhD program at the same
University. She is a regular member of SPES-Haiti, Solidarité-Haiti, the Haitian Women’s Association of Science and Technology (Association Haïtienne
Femmes, Science et Technologie), GRAHN and GHERES. yanicksimon@outlook.com

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique

Gestion de l’environnement
et développement durable
Evens Emmanuel et Carlo Prévil
Coéditeurs invités

Comité éditorial








Yvens Chérémond, Ph.D, Hati
Evens Emmanuel, Ph.D, Haïti
Renauld Govain, Ph.D., Haïti
Bénédique Paul, Ph.D., Haïti
Carlo Prévil, Ph.D., Canada
Pascal Saffache, Ph.D, France
Sebastian Weissenberger, Ph.D,
Canada
• Marguerite Wotto, Ph.D, Canada
• Alphonse Yapi-Diahou, Ph.D.,
France

D

La qualité et la soutenabilité (ou durabilité) de la vie dans les espaces urbains, plus
particulièrement dans les pays en développement (PED), sont affectées par l’interrelation complexe qui existe entre la croissance et le développement économique, la gestion de l’environnement et le bien-être des citoyens. En effet, l’accroissement incontrôlé
de la population et l’industrialisation archaïque ou moderne entraînent une demande
accrue de ressources naturelles et ne permettent plus à l’environnement urbain des PED
de disposer d’un écosystème sain et équilibré. La nécessité d’adopter des approches
coordonnées pour d’abord comprendre les grands problèmes environnementaux et de
durabilité auxquels sont confrontées les Villes du Sud devient de plus en plus urgente.
Ce cahier thématique cherche à mieux comprendre les interdépendances multidisciplinaires entre la croissance économique, la gestion de l’environnement et le bien-être
individuel en essayant de répondre aux questions suivantes :
• Y-a-il lieu d’identifier et de retenir en Haïti des interrelations écosystémiques entre
la croissance durable, la bioéthique et la pauvreté ?
• En quoi l’économie et la performance organisationnelles peuvent-elles conduire à
une meilleure gestion environnementale, au progrès individuel et au développement
durable dans les villes du Sud ?
• Comment arriver à établir et maintenir une relation équilibrée dans les villes du sud
entre la santé humaine et écosystémique, les ressources en eau et le recyclage ?

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Presses internationales

Presses internationales GRAHN-Monde

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GRAHN-Monde

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Mot des coéditeurs
Evens Emmanuel et Carlo Prévil

L

a qualité et la soustenabilité (ou durabilité) de la vie dans les
espaces urbains, plus particulièrement dans les pays en développement (PED), sont affectées par l’interrelation complexe qui
existe entre la croissance et le développement économique, la
gestion de l’environnement et le bien-être des citoyens. En effet,
l’accroissement rapide de la population et l’industrialisation progressive ou moderne entraînent une demande accrue de ressources
naturelles. De telles situations ne permettent pas toujours aux pays
du Sud de s’organiser pour disposer en milieux urbains d’écosystèmes sains et équilibrés. La nécessité d’adopter des approches
coordonnées, pour mieux comprendre les grands problèmes environnementaux et les défis de durabilité auxquels sont confrontées
les Villes du Sud, devient de plus en plus urgente.
En effet, « L‘environnement urbain se dégrade souvent dans les pays
en développement par suite du faible niveau de vie de la population,
lui-même lié au chômage. Les ressources des municipalités sont très
insuffisantes pour maintenir la qualité de la vie : absence de système
d’égouts, insuffisance des adductions d’eau et du système de ramassage des ordures, d’où pollution de la nappe phréatique ; prolifération
des nuisibles (rongeurs, insectes, bactéries…)1 ». Dans les villes du
Sud2, la croissance démographique provoque l'hétérogénéité des
ménages déshérités jusqu’à des formes variées de lumpenprolétariat outre les inégalités socioéconomiques et la polarisation
sociale accrue. Au-delà de ces phénomènes anthrophiques et de
leurs conséquences socioéconomiques, il semble opportun, dans
le cas spécifique des villes haïtiennes, de tenir compte de la forte
exposition aux risques multiples (naturels, et anthropiques).

Atlantique. En plus des imperfections environnementales4 liées à sa
localisation, Haïti dispose d’un environnement géophysique caractérisé d’abord par des phénomènes climatiques hydrologiques et
biogéographiques particuliers5. Ces événements naturels déterminent des formes d’ablation dévastatrices : glissements de terrain,
éboulements, érosion en nappe ou en ravinement, sapement des
berges des cours d’eau6.
Par ailleurs, l’histoire des espaces urbains d’Haïti est marquée par
un certain nombre de faits environnementaux, d’événements naturels qu’on qualifie, à partir de leur degré d’impact sur les écosystèmes, de catastrophes7. Entre 2004 et 2016, on peut notamment
citer les événements majeurs qui ont frappé le territoire haïten 
(i) l’ouragan Jeanne aux Gonaïves (2004), (ii) les 4 Ouragans de
l’automne 2008, (iii) le séisme du 12 janvier 2010, et (iv) le cyclone
Matthew (2016). En plus de l’impact de ces catastrophes naturelles
sur la vie de la population, leurs impacts socio-économiques ont
été non négligeables.
Dans ce cahier thématique, le GRAHN cherche à mieux comprendre
les interdépendances multidisciplinaires entre la croissance économique, la gestion de l’environnement et le bien-être individuel en
essayant de répondre aux questions suivantes :
• Y-a-il lieu d’identifier et de retenir en Haïti des interrelations
écosystémiques entre la croissance durable, la bioéthique et
la pauvreté ?
• En quoi l’économie et la performance organisationnelles
peuvent-elles conduire à une meilleure gestion environnementale, au progrès individuel et au développement durable
dans les villes du Sud ?

La République d’Haïti occupe la partie occidentale de l’île d’Hispaniola dont la partie orientale constitue la République Dominicaine. Haïti tarde à s'affirmer dans le concert des pays émergents
au XXIème siècle. Le pays est plutôt considéré, selon le cas, comme
pays en développement (PED)3, pays du Sud, pays du Tiers-monde
et quelquefois du quart monde, pays le moins performant de l’hémisphère occidental et de l’Amérique latine, etc. Située au cœur des
Grandes Antilles, Haïti est non seulement à la frontière de deux
plaques tectoniques : la plaque nord-américaine et la plaque des
Caraïbes (située sous la mer des Antilles), elle est également sur le
trajet des cyclones tropicaux qui prennent naissance dans l’océan

On comprend que ces questions ne puissent pas être posées sans
renvoyer au contexte de : (i) la vulnérabilité des sociétés urbaines
en Haïti, (ii) la santé humaine et l’environnement urbain, (iii) l’évaluation environnementale, (iv) et de résilience aux changements
climatiques. La revue Haïti Perspective du GRAHN regroupe dans

1.

Gubry P. (1996). L’environnement urbain. In. Polulation et environnement dans
les pays du Sud. Paris : Karthala, pp.273-288.

4.

Panayotou T. (1990). Gestion des ressources naturelles en vue d’un développement durable en Haïti. Port-au-Prince : BDPA/SETAGRI.

2. Jaglin S. (2001). L’eau potable dans les villes en développement : les modèles
marchands face à la pauvreté. Revue Tiers Monde, t. XLII, 166 :275-303.

5.

Saint-Vil J. (1985). Le relief d’Haïti. In : Atlas d’Haïti. Bordeaux : Centre d’Etudes
de Géographie Tropicale (CEGET-CNRS), Université de Bordeaux 3.

3.

6.

Emmanuel E, Lindskog P. (2002). Regards sur la situation actuelle des ressources
en eau de laRépublique d’Haïti. In : Actes du Colloque International Gestion
Intégrée de l’Eau en Haïti. Port-au-Prince : Université Quisqueya, p. 30-52.

7.

Emmanuel E. (2010). La situation environnementale des villes haïtiennes après
le tremblement du 12 janvier 2010. In. : Haïti : les limites de la résilience. Paris :
EHESS, le 19 novembre 2010.

Selon la Banque Mondiale (2017), Haïti dispose d’un Produit intérieur brut (PIB)
de 8 380 920,00 USD (Information disponible sur : https ://data.worldbank.org/
indicator/NY.GNP.ATLS.CD, et d’un PIB par habitant de 760,00 USD (montant largement inférieur à celui de la République Dominicaine qui est de 6 630,00 USD)
– (Information disponible sur : https ://data.worldbank.org/indicator/NY.GNP.
PCAP.CD ).

• Comment arriver à établir et maintenir une relation équilibrée
dans les villes du sud entre la santé humaine et écosystémique,
les ressources en eau et le recyclage ?

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

ce cahier thématique 6 articles qui permettent d’aborder de manière
analytique ces différents contextes.
a) Dans la rubrique Analyse précédant ce cahier thématique,
Alexandra Emmanuel et Yanick Simon approchent la problématique du déséquilibre existant dans les villes du sud entre
la santé humaine et écosystémique sous l’angle de la pollution
environnementale aux métaux lourds. Elles étudient dans leurs
travaux l’exposition environnementale au plomb et son impact
sur la santé des enfants, des femmes enceintes et de la population générale en Haïti. Selon ces auteurs, la population haïtienne est exposée à un problème de santé urbaine généralisée
qui affecte particulièrement les enfants et les femmes enceintes
qui sont les plus vulnérables.
b) Sebastian Weissenberger traite de la mise en œuvre de l’approche de résilience pour l’adaptation climatique en Haïti. En
se situant dans le cadre conceptuel des systèmes socioécologiques, cette démarche met l’accent sur la capacité de réaction
et de transformation des systèmes socioécologiques et donc de
leurs qualités intrinsèques, elle permet de prendre en compte
les risques multiples – climatiques, sismiques, économiques, de
sécurité alimentaire – présents en Haïti.
c) Elmyre Clervil et al. retiennent les catastrophes naturelles et
la dégradation de l’environnement parmi les facteurs de vulnérabilité les plus inquiétants en Haïti. À la lumière des effets
néfastes de deux catastrophes majeures ayant frappé Haïti le
12 janvier 2010 et le 4 octobre 2016, ces auteurs analysent la
pertinence de l’utilisation de l’EES dans la planification stratégique des actions de réduction de la vulnérabilité multirisque
d’Haïti face aux catastrophes naturelles.
d) Ketty Balthazard-Accou et Elmyre Clervil partant du retard
considérable constaté dans le domaine de l’évaluation environnementale et des importants des défis à relever pour permettre

la prise en compte effective des enjeux environnementaux et
sociaux dans l’élaboration des politiques publiques en Haïti, ces
deux auteurs retiennent l’évaluation environnementale parmi
les outils les plus impartants de tout processus de développement. Ils fournissent des arguments, résultant d’analyses, sur la
nécessité d’intégrer l’évaluation environnementale stratégique
dans les programmes publics devant permettre à Haïti d’atteindre les objectifs de développement durable.
e) Neptune Prince et al. montrent que la non participation des
citoyens, prise sous l’angle de l’absence de performances organisationnelles et sociétales, semble entraver la soutenabilité des
villes de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, ces auteurs
examinent, à la lumière des observations sur la construction
urbaine de Canaan, les éventuels effets de l’écart entre les
normes et les pratiques de gestion environnementale dans les
espaces urbains en mettant l’accent sur la présence des « […]
sans eau, sans électricité, sans emploi, sans route, sans école, sans
avenir, sans État, etc.8 ».
f) Franky Zamor et al. analysent l’influence de l’assainissement
sur la qualité de l’eau de baignade à Port-Salut. En effet, ils
démontrent comment la mauvaise gestion des eaux usées dans
une zone touristique peut entraîner la dégradation de la qualité
des eaux de baignade des plages et de l’environnement dans
l’ensemble.
Les conclusions et perspectives de ces articles fournissent un cadre
théorique de réflexions et d’actions non seulement sur la vulnérabilité naturelle et anthropique des villes haïtiennes, mais également
sur la nécessité pour les autorités du pays de repenser les politiques
publiques en matière de gestion de l’environnement urbain.
8.

Théodat J.-M. (2014).  Port-au-Prince en sept lieux. In. : L. Hurbon (dir.), Catastrophe et environnement. Haïti, séisme du 12 janvier 2010, Paris : École des
études en sciences sociales, p.144.

Evens Emmanuel, Ph.D. est professeur à l’Université Quisqueya (UniQ ). Il est le fondateur et ex-directeur du Laboratoire de Qualité de l’Eau et de
l’Environnement (LAQUE) toujours à l’UniQ. En septembre 2003, il a mis en place le Master Recherche en Écotoxicologie, Environnement et Gestion
des Eaux (MEEGE) et depuis octobre 2005 s’est lancé dans la formation doctorale de certains diplômés du MEEGE. Il détient un master en sciences
dans le domaine du génie sanitaire de la Universidad de San Carlos de Guatemala, et un doctorat en sciences de l’environnement de l’Institut National
des Sciences Appliquées de Lyon. Il a décroché son diplôme d’Habilitation à Diriger des Recherches en juin 2008 à l’École doctorale « Chimie de Lyon »
– spécialité : Sciences de l’Environnement Urbain et Industriel. Il a publié plus de 80 articles, incluant 35 conférences internationales. Sa thématique
de recherche est l’évaluation des risques sanitaires et écologiques liés à l’eau de boisson et aux eaux usées.Professeur Emmanuel est le Directeur de
l’École doctorale « Société et Environnement » de l’Université Quisqueya, Directeur du Collège doctoral d’Haïti, Président de la Commission régionale
d’Experts du Bureau Caraïbe de l’AUF et membre du Conseil scientifique de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Professeur Emmanuel
est le Vice-recteur à la recherche et à l’innovation de l’uniQ. Il préside le Conseil scientifique du Groupe Haïtien d’Études et de Recherche en Environnement et Santé (GHERES). Il assure la Vice-présidence des relations avec les milieux de savoir de GRAHN-Haïti. Il est membre fondateur et membre
régulier de l’Académie Haïtienne des Sciences. evens.emmanuel@gmail.com
Carlo Prévil, Ph.D. est ingénieur-agronome de formation. Il a obtenu son doctorat en sciences géographiques à la suite d’une maîtrise en aménagement du territoire et développement régional (M. ATDR) et d’un DESS en développement rural intégré. Il a également effectué un stage postdoctoral
en sys­tème intégré d’aide à la décision (SIAD) en gestion par bassin, grâce à un financement du Réseau de Centres d’excellence GEOIDE (géomatique
pour des interventions et des décisions éclairées). Ses intérêts de recherche portent sur l’aide au processus décisionnel territorial par l’application des
méthodes de la science de l’information géo­graphique et de l’analyse multicritère. Il s’attarde particulièrement à la caractérisation du sens du lieu, à la
modélisation territoriale multi-échelle de l’affectation du sol et à l’implémentation d’instru­ments de connaissances pour faciliter la partici­pation du
public dans les démarches d’aide à la décision territoriale. Il est actuellement professeur cher­cheur à l’Université du Québec en Abitibi- Témiscamingue
(UQAT). chercheur associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE, Université
du Québec à Montéal), professeur associé à l’Institut des sciences, des technologies avancées et des études supérieures (ISTEAH), membre du Réseau
de recherche « Conception de systèmes informatiques envi­ronnementaux et agricoles », membre du Comité consultatif national de la Chaire UNESCO
en démocratie, citoyenneté mondiale et éduca­tion transformatoire (Université du Québec en Outaouais). Carlo.Previl@uqat.ca

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Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Pawòl ko-editè yo
Evens Emmanuel et Carlo Prévil

R

elasyon antre soti (entèrelasyon) konplike ki genyen ant kwasans ak devlopman ekonomik, ant jesyon anviwonnman ak
byennèt sitwayen yo afekte kalite ak dirablite lavi nan vil yo, plis
espesyalman nan peyi an devlopman yo (PAD\PED). Reyèlman vre,
ogmantasyon popilasyon an, yo pa kontwole a, mete sou endistriyalizayon ansyen oubyen modèn vil yo pa kite nan men vil peyi
PAD yo ankò yon ekosistèm ki ni sen ni ekilibre. Nesesite pou nou
adopte metòd ki byen kowòdone pou nou konprann dabò gwo
pwoblèm anviwonnman yo ansanm ak pwoblèm dirablite vil peyi
PAD yo konfwonte ap vin pi ijan chak jou Bondye mete.
Se vre, « anviwonnman nan vil yo souvan ap degrade nan peyi
an devlopman yo akoz nivo lavi popilasyon an, nivo sa a menm
makònen ak chomaj. Resous lakomin yo pa sifi ditou pou garanti
kalite lavi a : pa gen sistèm rego, distribisyon tiyo dlo pa sifi epi se
menm bagay pou sistèm ranmase fatra a, kidonk kantite dlo ki anba
tè a kontamine ; vèmin ki ap monte pil sou pil (rat, ensèk, bakteri…)1 ».
Ogmantasyon popilasyon an kreye yon debalansman nan fanmi
moun ki pòv yo. Sa lakòz divès kalite moun nan loumpennpoletarya a; apa inegalite sosyoekonomik yo ak yon opozisyon sosyal
ki pi laj. Pi plis toujou pase fenonmèn antwofik yo avèk konsekans
sosyoekonomik ki mache avèk yo, li ta bon, pou nou konsidere
nan vil Ayiti yo espesyalman, tout kalite risk wòdpòte (risk natirèl,
risk pou moun)
Repiblik Ayiti, peyi ki nan pati lwès zile Ayiti a (yo te rele Ispanyola),
kote pati lès la se Dominikani, se yon PAD2. Li chita nan mitan
gran Antiy yo, ant 18 ak 20 degre latitid Nò (eksepte zile Latòti
ki depase yon ti kras 20èm degre vè Nò) ak 71º3’ epi 75º lonjitid
Wès, Ayiti, nonsèlman chita nan fwontyè de plak tektonik, plak
Amerik dinò a ak plak Karayib yo (ki anba lanmè Antiy yo) ; men
tou, li chita sou wout siklòn tropikal ki soti nan oseyan Atlantik
la, anplis enpèfeksyon anviwonnmantal3 ki lye li ak kote li ye a, li
genyen yon anviwonnman jewofizik ki chita sou fenomèn klimatik,
idwografik ak byojewoklimatik patikilye4 Evènman natirèl sa yo, bay
fòm ewozyon devastè : glisman tèren, deboulonnman tè, ewozyon
ki fè kouch tè a ale nan marekay oubyen nan ravin, rivyè yo5 defale.

1.

Anplis, gen yon sitiyasyon anviwonnmantal, yon kantite evènman
natirèl moun kalifye ki make istwa espas vil Ayiti yo, apati degre
enpak yo genyen sou ekosistèm yo, sou katastwòf yo. Sòti 2004
rive 2016, nou kapab konte gwo evènman malouk yo ki te frape
tèritwa Ayiti a (i) siklòn Jeanne nan Gonayiv (2004), (ii) 4 kat siklòn
pandan otòn 2008 la, (iii) tranblemantè 12 janvye 2010, ak (iv) siklòn
Matthew (2016). Anplis enpak katastwòf6 natirèl sa yo sou lavi
popilasyon an, enpak sosyoyekonomik yo pa piti.
Nan kaye tematik sa a, GRAHN ap chèche konprann pi byen
relasyon ki genyen nan divès branch travay ant kwasans ekonomik,
jesyon anviwonnman an epi byennèt chak endividi apati repons li
ap jwenn pou kesyon sa yo :
• Èske an Ayiti, li posib pou nou idantifye relasyon ki genyen
nan ekosistèm lan ant devlopman dirab, biyoetik epi lapovrete
• Nan ki fason ekonomi an ak pèfòmans nan òganizasyon yo
kapab debouche sou pi bon jesyon anviwonnman an, sou
pwogrè pou chak grenn moun, epi sou yon devlopman dirab
nan vil ki nan Sid yo ?
• Kouman pou nou rive tabli, epi aji pou nou genyen yon
relasyon ekilibre nan vil sid yo ant sante moun epi ekosistèm
lan, dlo kòm resous epi resiklaj ?
Nou dwe konprann, pyès moun pa kab poze kesyon sa yo san yo
pa konsidere pwen sa yo : (i) fason divès gwoup sosyal ki nan vil
yo an danje, (ii) sante moun epi anviwonnman nan mitan vil yo, (iii)
evalyasyon anviwonnman an, (iv) mete sou sa aspè reziyasyon an
devan chanjman klimatik yo. Nan kaye sa a, revi tematik GRAHN
lan, Haïti Perspectives, rasanble 6 atik ki abòde ànalitikman diferan
pwen sa yo.
a) Nan ribrik Analyz ki anvan kaye tematik sa a, Alexandra
Emmanuel ak Yanick Simon abòde pwoblèm ki poze nan
dezekilib ki genyen ant vil nan sid yo sante moun yo epi ekosistèm lan apati metal lou yo ki ap polye anviwonnman an.
Nan travay yo fè a, de (2) medam sa yo etidye prezans yon
metal kou plon nan anviwonnman an epi enpak li genyen
sou sante timoun, sou fanm ansent epi sou popilasyon Ayiti
a an jeneral. Daprè medam sa yo, ki ekri tèks la, popilasyon
Ayiti a ap viv avèk yon pwoblèm sante ki toupatou nan vil
yo. Pwoblèm sa a gen efè patikilyèman sou timoun ak fanm
ansent. Se yomenm ki pi an danje.

Gubry P. (1996). L’environnement urbain. In. Polulation et environnement dans
les pays du Sud. Paris : Nan

2. Selon Banque Mondiale (2017), Pwodui enteryè brit (PEB\PIB) Ayiti se
8 380 920,00 USD (Enfòmasyon disponib sou : https ://data.worldbank.org/
indicator/NY.GNP.ATLS.CD, epi PIB pou chak tèt moun se 760,00 USD (montan
sa a pi piti anpil pase pa Dominikani an se 6 630,00 USD) – (Enfòmasyon an
disponib sou : https ://data.worldbank.org/indicator/NY.GNP.PCAP.CD ).
3.

Panayotou T. (1990). Gestion des ressources naturelles en vue d’un développement durable en Haïti. Port-au-Prince : BDPA/SETAGRI.

4.

Saint-Vil J. (1985). Le relief d’Haïti. In : Atlas d’Haïti. Bordeaux : Centre d’Etudes
de Géographie Tropicale (CEGET-CNRS), Université de Bordeaux 3.

5.

Emmanuel E, Lindskog P. (2002). Regards sur la situation actuelle des ressources
en eau de laRépublique d’Haïti. In : Actes du Colloque International Gestion
Intégrée de l’Eau en Haïti. Port-au-Prince : Université Quisqueya, p. 30-52.

b) Sebastian Weissenberger fè yon refleksyon sou metòd
rezistans (rezilyans) pou adaptasyon klimatik an Ayiti epi sa ki
rann li apwopriye nan kontèks ayisyen an. Apati kad konseptyèl sistèm sosyoekolojik yo, travay sa a chita posiblite pou
6.

Emmanuel E. (2010). La situation environnementale des villes haïtiennes après
le tremblement du 12 janvier 2010. In. : Haïti : les limites de la résilience. Paris :
EHESS, le 19 novembre 2010.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

sistèm sosyo­ekolojik yo reyaji epi reyaji, transfòme pwòp tèt
yo, apati pwòp kalite pa yo. Sa pèmèt nou konsidere (rismiltip),
tankou-ris move tan, ris tranblemanntè (goudou goudou), ris
ekonomik ris sekirite alimantè ki chita kò yo an Ayiti.
c) Elmyre Clervil et al. konsidere katastwòf natirèl yo pami faktè
ki mete Ayiti an danje. Se yomenm ki fè moun plis pè. Otè sa
yo itilize enfòmasyon yo genyen sou konsekans de (2 ) nan
gwo katastwòf ki te frape Ayiti yo, sa 12 janvye 2010 la, ak sa
4 oktòb 2016 la, pou yo demontre fason kòrèk pou nou sèvi
ak EES la (Evalyasyon anviwonnman estratejik ) nan planifie
estrateji aksyon nou dwe antreprann pou diminye danje ak ris
tout kalite, ki pandye sou tèt Ayiti lè katastwòf natirèl yo frape
peyi a.
d) Lè Ketty Balthazard-Accou et Elmyre Clervil konsidere
gwo reta ki genyen nan domèn evalyasyon anviwonnman an
epi gwo defi nou genyen pou nou leve pou nou kab evalye
tout gwo pwoblèm ki genyen nan anviwonnman an epi nan
sosyete a pou nou devlope yon aksyon piblik an Ayiti, otè sa yo
kwè, pami divès posiblite ki ekziste nan domèn lan, evalyasyon
anviwonnman an se zouti ki pi enpòtan nan kèlkeswa travay
ki genyen pou fèt nan pwosesis devlopman an. Otè yo bay
agiman, apati analiz, sou nesesite ki genyen pou nou entegre
evalyasyon anviwonnman estratejik la nan pwogram piblik, ki
pou pèmèt Ayiti rive satisfè tout objektif ki nesesè nan aksyon
pou devlopman dirab.

e) Neptune Prince et al. demontre lè moun yo nan peyi a sispann kolabore, nou vle di mank kolaborasyon sou plan pèfòmans yo onivo òganizasyon epi nan sosyete a, sa devlope yon
konpòtman, ki vle bloke ekilib anviwonnmantal la nan vil ki
alantou espas anba lavil Pòtoprens lan. Otè sa yo ekzamine,
apati obsèvasyon yo fè sou konstriksyon vil ki rele Kanaran an,
tout fopa ki genyen ant nòm yo epi pratik jesyon anviwonnman
an nan espas vil yo. Pou yo rive la, yo ensiste sou prezans moun
« ki pa gen dlo, ki pa gen kouran elektrik, ki pa gen travay, ki pa
gen wout, ki pa gen lekòl, ki pa gen avni, ki pa genyen yon Leta,
elatriye.7 ».
f) Franky Zamor et al. analize enpak yon bon netwayaj genyen
sou dlo moun ap sèvi pou yo benyen nan Pòsali. An fèt, yo
demontre kouman move jesyon dlo sal yo nan yon zòn touristik kapab lakòz degradasyon nan kalite dlo moun itilize pou
yo benyen sou plaj yo epi degradasyon anviwonnman an an
jeneral.
Konklizyon epi pèspektiv atik sa yo bay yon kad teyorik pou
refleksyon epi aksyon nonsèlman sou danje natirèl epi antwopolojik vil yo an Ayiti, men tou sou nesesite pou otorite yo, nan peyi
a, chanje plan aksyon piblik yo sou jesyon anviwonnman an nan
vil yo.
7.

Théodat J.-M. (2014).  Port-au-Prince en sept lieux. In. : L. Hurbon (dir.), Catastrophe et environnement. Haïti, séisme du 12 janvier 2010, Paris : École des
études en sciences sociales, p.144.

Evens Emmanuel, Ph.D. est professeur à l’Université Quisqueya (UniQ ). Il est le fondateur et ex-directeur du Laboratoire de Qualité de l’Eau et de
l’Environnement (LAQUE) toujours à l’UniQ. En septembre 2003, il a mis en place le Master Recherche en Écotoxicologie, Environnement et Gestion
des Eaux (MEEGE) et depuis octobre 2005 s’est lancé dans la formation doctorale de certains diplômés du MEEGE. Il détient un master en sciences
dans le domaine du génie sanitaire de la Universidad de San Carlos de Guatemala, et un doctorat en sciences de l’environnement de l’Institut National
des Sciences Appliquées de Lyon. Il a décroché son diplôme d’Habilitation à Diriger des Recherches en juin 2008 à l’École doctorale « Chimie de Lyon »
– spécialité : Sciences de l’Environnement Urbain et Industriel. Il a publié plus de 80 articles, incluant 35 conférences internationales. Sa thématique
de recherche est l’évaluation des risques sanitaires et écologiques liés à l’eau de boisson et aux eaux usées.Professeur Emmanuel est le Directeur de
l’École doctorale « Société et Environnement » de l’Université Quisqueya, Directeur du Collège doctoral d’Haïti, Président de la Commission régionale
d’Experts du Bureau Caraïbe de l’AUF et membre du Conseil scientifique de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Professeur Emmanuel
est le Vice-recteur à la recherche et à l’innovation de l’uniQ. Il préside le Conseil scientifique du Groupe Haïtien d’Études et de Recherche en Environnement et Santé (GHERES). Il assure la Vice-présidence des relations avec les milieux de savoir de GRAHN-Haïti. Il est membre fondateur et membre
régulier de l’Académie Haïtienne des Sciences. evens.emmanuel@gmail.com
Carlo Prévil, Ph.D. est ingénieur-agronome de formation. Il a obtenu son doctorat en sciences géographiques à la suite d’une maîtrise en aménagement du territoire et développement régional (M. ATDR) et d’un DESS en développement rural intégré. Il a également effectué un stage postdoctoral
en sys­tème intégré d’aide à la décision (SIAD) en gestion par bassin, grâce à un financement du Réseau de Centres d’excellence GEOIDE (géomatique
pour des interventions et des décisions éclairées). Ses intérêts de recherche portent sur l’aide au processus décisionnel territorial par l’application des
méthodes de la science de l’information géo­graphique et de l’analyse multicritère. Il s’attarde particulièrement à la caractérisation du sens du lieu, à la
modélisation territoriale multi-échelle de l’affectation du sol et à l’implémentation d’instru­ments de connaissances pour faciliter la partici­pation du
public dans les démarches d’aide à la décision territoriale. Il est actuellement professeur cher­cheur à l’Université du Québec en Abitibi- Témiscamingue
(UQAT). chercheur associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE, Université
du Québec à Montéal), professeur associé à l’Institut des sciences, des technologies avancées et des études supérieures (ISTEAH), membre du Réseau
de recherche « Conception de systèmes informatiques envi­ronnementaux et agricoles », membre du Comité consultatif national de la Chaire UNESCO
en démocratie, citoyenneté mondiale et éduca­tion transformatoire (Université du Québec en Outaouais). Carlo.Previl@uqat.ca

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Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Haïti : vulnérabilité, résilience
et changements climatiques
Sebastian Weissenberger

Résumé : Cette contribution vise à offrir quelques réflexions sur l’approche de résilience
pour l’adaptation climatique en Haïti et ce qui la rend appropriée dans le contexte haïtien. L’approche de résilience se situe dans le cadre conceptuel des systèmes socioécologiques. En Haïti, autant les sous-systèmes sociaux que les sous-systèmes écologiques
contribuent à la vulnérabilité. On note aussi la présence de rétroactions renforçant
la vulnérabilité, par exemple celles qui ont cours entre le développement urbain et
péri-urbain, la dégradation des coraux et des mangroves, le risque d’inondations, la
diminution des revenus de pêche, le développement de l’agriculture dans les terrains
pentus et la dégradation des bassins versants. Étant donné que l’approche de résilience
met l’accent sur la capacité de réaction et de transformation des systèmes socioécologiques et donc de leurs qualités intrinsèques, elle permet de prendre en compte les
risques multiples – climatiques, sismiques, économiques, de sécurité alimentaire – présents en Haïti. Il faut cependant se garder de ne considérer que les risques ponctuels,
et aborder aussi les questions de développement et d’occupation du territoire à plus
long terme. Là réside aussi une des difficultés de l’action environnementale en Haïti,
qui est le plus souvent portée par des ONG et organismes intergouvernementaux, sur
la base de programmes limités dans leur étendue et leur durée.

Rezime : Objektif kontribisyon sa a se pou fè kèk refleksyon sou metòd rezistans
(rezilyans) pou adaptasyon klimatik an Ayiti epi sa ki rann li apwopye nan kontèks
ayisyen an. Metòd rezilyans la chita nan kad lide sistèm sosyoekolojik yo. Nan peyi
Ayiti, menm jan ak sistèm sosyal yo, sistèm ekolojik la kontribye nan feblès la. Nou
remake tou prezans retwoaksyon ki ranfòse feblès la, paregzanp retwoaksyon ant
devlopman vil la ak zanviwon vil la, degradasyon koray yo, pye manng yo bò lanmè
a, ris inondasyon, diminisyon kòb lapèch la, devlopman agrikilti nan tèren an pant
yo ak degradasyon basen vèsan yo. Plis pase metòd rezilyans la konsidere kapasite
reyaksyon ak transfòmasyon sistèm sosyoekolojik yo epi kapasite natirel yo genyen
nan yo menm, li pèmèt yo konsidere tout kalite ris (rismiltip)-ris move tan, ris tranblemanntè (goudou goudou), ris ekonomik ris sekirite alimantè ki chita kò yo nan peyi
Ayiti. Sepandan, fò nou pa rete chita sou ris yo lè yo rive sèlman, nou dwe abòde tou
kesyon devlopman ak okipasyon tèritwa a pou pi lontan (plilontèm). Se la a difikilte
aksyon anviwonnman an chita nan peyi Ayiti, kote se ONG ak òganis entègouvènmantal ki pote dosye a sou yon baz ki limite sou tèritwa epi ki pa dire lontan.

1. INTRODUCTION – RÉSILIENCE, SYSTÈMES
SOCIOÉCOLOGIQUES ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES

dont les inondations, les sécheresses, les ouragans ou les tempêtes
tropicales, et en partie dans une sensibilité sous-jacente du système
socioécologique récepteur de ces aléas. Entre 1990 et 2008, Haïti a
été le pays des Caraïbes le plus touché par des catastrophes naturelles (3 sécheresses, 1 épidémie, 22 inondations, 23 tempêtes et
ouragans) ; les 53 milliards de dollars US de dommages encourus
par le pays durant cette période représentent 39 % des dommages
subis par toute la région [8]. En 2004, l’ouragan Jeanne a fait plus
de 3 000 morts. Les quatre ouragans de la saison 2008 ont détruit
80 % des récoltes et affecté 800 000 personnes. En 2012, les ouragans Isaac et Sandy, succédant à une période de sécheresse, ont
anéanti le tiers des récoltes et laissé planer la menace de malnutrition sur 450 000 personnes [9, 10]. L’ouragan Matthieu de 2016
a dévasté la partie sud du pays, causant des dommages considérables aux récoltes et aux infrastructures.

L

a résilience s’impose de plus en plus comme cadre d’action pour
aborder l’adaptation aux changements climatiques. Le Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)
définit la résilience comme « la capacité d’un système et de ses composantes à anticiper, absorber, accommoder, ou récupérer des effets d’un
évènement perturbateur rapidement et efficacement, lui permettant de
maintenir, restaurer ou améliorer ses structures et fonctions de base1 ».
La résilience s’est initialement développée dans les domaines de
l’écologie et du génie mécanique [1], et s’est ensuite étendue aux
sciences sociales [2]. La résilience socioécologique offre une perspective plus large en intégrant les aspects d’auto-organisation,
d’apprentissage et d’adaptation [3, 4]. La notion de résilience s’insère dans le concept de système socioécologique, qui intègre les
sous-systèmes sociaux (humain) et écologiques (biophysique) en
interaction mutuelle et de plus en plus indissociables [5, 6].

2. VULNÉRABILITÉ FACE AUX RISQUES CLIMATIQUES
Haïti est considérée comme un des pays les plus vulnérables face
aux changements climatiques [7]. Cette vulnérabilité est en partie
ancrée dans une exposition exceptionnelle aux aléas climatiques,
1.

IPCC (2012). « Glossary of terms », dans C. B. Field et coll. (dir.), Managing the
Risks of Extreme Events and Disasters to Advance Climate Change Adaptation,A
Special Report of Working Groups I and II of the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), Cambridge, R.-U. ; New York ; Cambridge University Press,
p. 555-564.

2.1 Impact des changements climatiques
La mesure dans laquelle les changements climatiques aggraveront
la situation reste à voir. Des simulations effectuées pour Haïti à
l’aide du modèle de circulation générale de l’Université d’East Anglia
prévoient une augmentation des températures de 0,8 °C à 1,0 °C
pour l’année 2030 et de 1,5 °C à 1,7 °C pour l’année 2060, ainsi
qu’une diminution des précipitations de 5,9 % à 20,0 % pour 2030
et de 10,6 % à 35,8 % pour 2060 [11, 12]. Il est difficile de savoir quel
sera l’impact des changements climatiques sur la fréquence des
ouragans, mais on peut très probablement s’attendre à une augmentation de la fréquence des ouragans de forte amplitude [13, 14].
Au cours des dernières décennies, l’indice de dissipation d’énergie

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

des ouragans de l’Atlantique Nord a augmenté et peut être corrélé
à l’augmentation de la température de surface de l’océan [15]. L’augmentation du niveau de la mer contribuera à fragiliser les zones
côtières et à exacerber le risque de submersion et d’érosion côtières.
La diminution possible des précipitations annuelles de 12 % dans
la région pourrait faire augmenter le risque de sécheresse, mais le
niveau d’incertitude reste élevé [16]. Les épisodes de sécheresse du
20e siècle (1923-1924, 1946-1947, 1958-1959, 1966-1968, 1974-1977,
1981-1985), qui ont causé des baisses des rendements agricoles,
ont été associés à des conditions « El Niño », potentiellement plus
fréquentes dans l’avenir [17].

2.2 Sensibilité du sous-système géophysique
En Haïti, le contexte géographique et le contexte socioéconomique
contribuent à rendre le milieu récepteur très sensible aux aléas
hydrométéorologiques et sa capacité d’adaptation, fort limitée. En
taïno, Ayiti signifie « pays des montagnes ». La topographie est un
aspect important de la vulnérabilité puisque le relief très montagneux (75 % du territoire est occupé par des massifs montagneux
avec des pentes de plus de 40 %) favorise les écoulements torrentiels, surtout dans les minces bandes littorales [18] (figure 1). Or,
c’est dans cette bande littorale et dans les plaines deltaïques que
sont situées les plus grandes villes du pays (Port-au-Prince, Carrefour, Gonaïves, Cap-Haïtien, Léogâne, Saint-Marc, Les Cayes, etc.).

2.3 Sensibilité du sous-système socioéconomique
Le produit intérieur brut (PIB) d’Haïti n’était que de 1 300 $US par
personne par an en 2011, ce qui place Haïti au 205e rang mondial.
La population dépend fortement de l’agriculture, qui emploie 38 %
de la main-d’œuvre et fait vivre directement ou indirectement les
deux tiers de la population. Un taux de chômage officiel de 40 %
témoigne de la faiblesse du marché du travail et de l’importance du
secteur informel. La richesse est très inégalement répartie : l’indice

Gini de 60,8 % (donnée de 2012 de la Banque mondiale) place Haïti
au troisième rang mondial des pays les moins égalitaires. La situation politique du passé récent a été difficile. Les décennies suivant
la fin de la dictature des Duvalier en 1986 ont été ponctuées par
de longues périodes d’instabilité politique, culminant dans le coup
d’État de 1991, la démission d’Aristide en 2004 et l’intervention de
la force des Nations Unies, la MINUSTAH, jusqu’en 2017. La croissance démographique rapide pose des problèmes au regard de
l’économie et du territoire. La moitié de la population a moins de
18 ans et la population urbaine, en croissance rapide, représentait
près de 60% de la population en 2016 [19].

3. DÉFORESTATION ET DÉGRADATION DE SOLS
La déforestation et la dégradation des sols contribuent très fortement à la vulnérabilité climatique. Le risque d’érosion est fort ou
très fort sur 30 % du territoire, et plus de 36 millions de mètres
cubes de terre sont érodés par an [20]. L’érosion augmente le risque
d’inondations éclair, du fait de la capacité réduite des bassins versants à retenir l’eau et de l’envasement des cours d’eau (figure 2).
Le lessivage de sédiments vers les eaux côtières fait augmenter la
turbidité et contribue ainsi à la dégradation du corail [21]. L’érosion
cause aussi l’ensablement des rivières, ravines et retenues, à l’image
du réservoir Péligre, qui a perdu 50 % du volume utile entre 1956 et
2001, réduisant ainsi leur capacité à réguler les écoulements [22].
La déforestation en Haïti est un phénomène complexe. Elle a ses
origines dans la colonisation, avec le défrichage des terres pour
installer les cultures d’exportation, et s’est poursuivie jusqu’au
20e siècle à cause de l’exportation de bois, de sorte que le couvert forestier ne représente plus que 3 à 4% du territoire [18, 23].
Aujourd’hui, le besoin de terre arable, l’urbanisation, la demande de
bois de construction et la production de charbon de bois et de bois
de chauffe, qui couvrent 70 % de la demande énergétique primaire
d’Haïti [24], continuent à exercer une pression sur la forêt (figure 3).

Figure 1  Rues et infrastructures détruites à Léogane à la suite des inondations en 2012


Photos : Sebastian Weissenberger, 2012.

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Figure 2  Dragage de sédiments issus de basaltes friables de la chaîne de la Selle mis à nu
par l’érosion dans la région de Léogane

La protection des forêts et l’afforestation
sont difficilement envisageables à court
terme. En revanche, les systèmes agroforestiers mixtes (figure 4) contribuent à un
couvert arboricole qui atteint 10-15 % du
territoire, sans compter comme un couvert
forestier, qui est défini par l’Organisation
des Nations Unies pour l’Alimentation et
l’Agriculture (FAO) comme une superficie
boisée continue d’au moins 0,5 hectare
[23]. Ces systèmes bénéficient aux producteurs et contribuent à la biodiversité
– 150 espèces fruitières connues [22] – en
plus de soutenir efficacement la lutte contre
la dégradation des sols et ainsi amenuiser le
risque d’érosion et d’inondation.
On peut observer plusieurs rétroactions
au sein du système socioécologique.
L’une implique l’agriculture pratiquée sur
des pentes trop abruptes, qui mène à une
accélération de l’érosion, potentiellement
amplifiée par les changements climatiques
si les précipitations extrêmes s’accentuent.
Évidemment, cela conduit à une dégradation des sols, à une perte de productivité et
de revenus, ce qui oblige les agriculteurs à
aller exploiter des terrains de plus en plus
défavorables (figure 5).

Photo : Sebastian Weissenberger, 2012.

Figure 3 

Vente de charbon de bois sur un marché de Port-au-Prince

Photo : Sebastian Weissenberger, 2012.

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Figure 4  Différents types de boisement et d’agroforesterie sur le Plateau Central et en Artibonite

Photos : Sebastian Weissenberger (haut), Alex Bellande (bas).

Figure 5  Rétroaction positive renforçant la dégradation des sols en pente. [CC = changements climatiques]

22

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4. ZONES CÔTIÈRES
4.1 Risques multiples liés aux changements
climatiques
Haïti possède 1 771 km de côtes. Seul un des dix départements
(le Centre) ne donne pas sur la mer. Les changements climatiques
auront des impacts variable qui s’échelonneront dans le temps
(figure 6).

Figure 6  Effets des changements climatiques sur la zone côtière en
fonction de la durée et du degré de confiance scientifique

Le développement urbain et périurbain est particulièrement problématique dans le cas de quartiers paupérisés comme Cité-Soleil, Cité
Saline, Cité l’Éternel et Cité de Dieu à Port-au-Prince, Raboteau aux
Gonaïves ou La Faucette au Cap-Haïtien, qui sont installés sur des
franges côtières, souvent sur l’emplacement de mangroves rasées,
extrêmement propices aux inondations [25], qui ne possèdent à
peu près aucune structure de défense et qui présentent une faible
capacité de réponse aux urgences. L’absence de système de collecte
de déchets fait en sorte que ceux-ci s’accumulent dans les ravines
et empêchent l’écoulement des eaux de crue.

4.2 Impact sur les écosystèmes
Le développement rapide des zones côtières s’effectue souvent aux
dépens des écosystèmes naturels, qui ne peuvent ainsi plus jouer
leur rôle de protection contre les aléas hydrométéorologiques. Les
deux principaux écosystèmes côtiers menacés sont les coraux et
les mangroves. Bien qu’il n’existe pas d’inventaire scientifique des
coraux à l’échelle du pays, des études récentes [25, 26] ont mesuré
une très faible quantité de poissons (0,5 à 5 par 100 m2), conséquence de la pêche intensive et de la détérioration de la qualité de
l’eau. C’est essentiellement le même constat que faisait JacquesYves Cousteau en 1986 dans son documentaire Haïti, l’eau de chagrin [27]. Les superficies de mangroves ont rapidement diminué au
cours des dernières décennies, victimes du développement côtier
(figure 8) et de l’abattage pour le bois de chauffe ou de construction.

Le développement urbain et périurbain en zone côtière est générateur de vulnérabilité, d’autant plus qu’il s’effectue sans prendre en
compte la nature inondable des territoires développés, notamment
dans la Plaine du Cul-de-Sac et sur le versant sud du golfe de la
Gonâve (figure 7).

4.3 Rétroaction avec les activités côtières
Les activités en zone côtière sont nombreuses et variées : pêche,
agriculture, cabotage, tourisme, production de sel, extraction de
matériaux de construction, commerce, industrie, etc., qui s’effectuent

Figure 7  Développement récréotouristique à fleur d’eau, secteur
Carrefour-Léogane.

Figure 8  Reste de mangrove dans la baie de Port-au-Prince, près
de Carrefour.

Photo : Sebastian Weissenberger, 2012.

Photo : Sebastian Weissenberger, 2012.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

23

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pour la plupart sans contrôle et régulation et avec peu de considération pour
le long terme, étant donné les besoins
immédiats de la population. La dégradation des bassins versants et la diminution de la productivité agricole incitent de
nombreux agriculteurs à venir s’installer
en zone côtière dans l’espoir d’y trouver
de meilleures conditions de vie. Or, l’agriculture et d’autres activités pratiquées
sur les bassins versants causent une érosion accrue, qui achemine des sédiments
dans les eaux côtières, où ils nuisent à la
qualité de l’eau et en particulier au corail,
qu’ils privent de lumière. Ceci a pour
conséquence de réduire les revenus de
la pêche et d’obliger les pêcheurs à intensifier leurs activités d’agriculture, bouclant ainsi une boucle de rétroaction qui
accroît la vulnérabilité du milieu, surtout
si les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes côtiers sont
pris en compte (figure 9).

Figure 9  Rétroaction positive entre les activités de pêche et d’agriculture dans le bassin versant, renforcée par les impacts des changements climatiques. [CC = changements climatiques]

5. ADAPTATION, RÉSILIENCE
ET APPROCHE MULTIRISQUE
L’adaptation aux changements climatiques s’effectue à toutes les échelles.
À l’échelle locale et individuelle, on
retrouve des réflexes d’adaptation
réactive comme l’érection de barrages
de fortune ou de murs de protection
par les propriétaires plus aisés [11]. Au
niveau institutionnel, Haïti s’est engagé
dans la Convention-cadre des Nations
Unies sur les changements climatiques
(CCNUCC, signée en 1992, ratifiée en
1996), le protocole de Kyoto (2005) et
l’Accord de Paris (signé en 2016, ratifié
en 2017). Haïti a publié plusieurs plans et
programmes dans le cadre de ses engagements internationaux, dont les deux
communications nationales de 2001 et
2012 dans le cadre de la CCNUCC, le Plan
d’action national d’adaptation (2006), les
Mesures d’atténuation appropriées au
niveau national (NAMA), la Contribution
déterminée au niveau national (2015)
ainsi que des plans sectoriels comme
le Programme national d’alerte précoce
en cas d’inondation (2011), le Système
national de gestion des risques et des
désastres (SNGRD) ou le Plan national
de sécurité alimentaire et nutritionnelle
(2010), la Politique du Ministère de

24

l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural pour l’aménagement
des bassins versants (2010-2025), la Stratégie de montage de l’Agence nationale des aires
protégées (2009), ou le Programme pilote sur la résilience climatique (2013).
L’approche de résilience, en renforçant le système socioécologique à la base, permet en
principe de répondre à plusieurs types de risques. En Haïti, le risque sismique est très
présent à cause de deux failles, la Septentrionale au nord et celle d’Enriquillo au sud, et
s’est manifesté de manière dramatique avec le séisme du 12 janvier 2010 (figure 10), qui
n’était qu’un des nombreux séismes ayant touché Haïti, dont celui de 1842 qui dévasta
le Cap-Haïtien ou d’autres survenus en 1751 et en 1770 dans le sud du pays. Le projet
« Analysis of Multiple Natural Hazards in Haiti » est un exemple d’approche qui incorpore
les risques multiples [17].

6. CONCLUSION
Une politique axée sur la résilience aura donc à cœur non seulement d’atténuer l’impact
d’événements adverses, mais aussi et surtout de renforcer le système socioécologique
sous-jacent, ce qui implique bien sûr de nombreux axes d’action au regard de la protection
des écosystèmes, du renforcement des capacités agricoles, tout en maintenant l’intégrité
des sols, l’accès à l’eau et aux autres ressources, l’encadrement territorial du développement, les normes de construction, la gouvernance et la participation publique, l’éducation
et la sensibilisation, etc.
Un défi pour l’implantation de l’approche de résilience reste la planification à long terme et
autonome, qui est difficile dans le contexte haïtien. Les ressources financières et humaines
de l’État sont limitées et son pouvoir de gouvernance ne s’étend pas de manière efficace
sur l’ensemble du territoire, de sorte que la plus grande partie du financement provient
d’agences et d’aide internationale, qui suit cependant une logique propre, caractérisée par
une approche par projet et par des horizons temporels courts. Aussi, ce genre de projet a
une tendance naturelle à ne pas prendre en compte l’implication des populations locales,

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Figure 10 

Palais présidentiel de Port-au-Prince détruit, avec la statue de Toussaint Louverture à l’avant-plan.

Photo : Sebastian Weissenberger, 2012.

que ce soit à cause de façons de faire établies ou de difficultés
logistiques ou organisationnelles. Il est donc impératif qu’Haïti
puisse elle-même mettre en place des politiques, des plans et des
programmes d’ambition nationale, dans une perspective intersectorielle. Au cours des dernières années, plusieurs stratégies
innovantes et des réformes de gouvernance, comme la création
du Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT), ont
été mises en œuvre et préfigurent une prise en main du développement durable et résilient du pays. Également, les coopérations
scientifiques avec les partenaires traditionnels et au sein de la communauté des États de la Caraïbe, ainsi que des efforts en formation
et en échanges scientifiques, sont encourageants. Le renforcement
des capacités de l’État et une plus grande intégration verticale de
la gouvernance, mettant à contribution et outillant les collectivités
locales, qui ultimement doivent faire face aux chocs climatiques et à

la dégradation continue de l’environnement, constituent une autre
étape souhaitable.

BIBLIOGRAPHIE
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Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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12  HAÏTI. MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT(MDE) (2006). Plan d’action
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14  TRENBERTH, K. E., P. D. JONES, P. AMBENJE, R. BOJARIU, D. EASTERLING,
A. KLEIN TANK, D. PARKER, F. RAHIMZADEH, J. A. RENWICK, M. RUSTICUCCI, B. SODEN et P. ZHAI (2007). « Observations : surface and atmospheric
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Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fourth Assessment Report
of the Intergovernmental Panel on Climate Change, Cambridge, R.-U. ; New
York ; Cambridge University Press.
15  EMMANUEL, E., O. JOSEPH, P. N. FANFAN, P. VERMANDE et T. WINIARSKI (2003). « Trend analysis of the groundwater salinity of the Cul-desac aquifer in Haiti », dans Proceedings of the XXIX Congreso Interamericano
de Ingenieria Sanitaria y Ambiental, San Juan, Porto Rico.
16  SOLOMON, S., D. QIN, M. MANNING, Z. CHEN, M. MARQUIS, K. B.
AVERYT, M. TIGNOR et H. L. MILLER (dir.) (2007). Contribution of Working

18  GEOHAÏTI (2010). État et perspectives de l’environnement, Programme des
Nations Unies pour l’environnement, Ministère de l’Environnement d’Haïti,
Université Quisqueya.
19  PERSPECTIVE MONDE (2018). Outil pédagogique des grandes tendances
mondiales depuis 1945, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/HTI/fr/
SP.URB.TOTL.IN.ZS.html
20  GEORGES, Y. (2008). Contribution à l’évaluation de l’érosion hydrique dans
le bassin versant de la rivière Grise pour un meilleur plan d’aménagement,
Mémoire de master, Faculté universitaire des sciences agronomiques de
Gembloux, Belgique.
21  SAFFACHE, P. (2006). « Le milieu marin haïtien : chronique d’une catastrophe écologique », Études caribéennes, vol. 5, http://etudescaribeennes.revues.org/267
22 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DÉVELOPPEMENT
(PNUD), HAÏTI. MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT (MDE) et COMMISSION ÉCONOMIQUE POUR L’AMÉRIQUE LATINE ET LES CARAÏBES (CÉALC)
(2008). Impact socioéconomique de la dégradation des terres en Haïti et interventions pour la réhabilitation du milieu cultivé, 79 p.
23  BELLANDE, A. (2008). « Déboisement et reboisement en Haïti : Quelques
éléments pour comprendre et agir », Revue Conjonction, vol. 1, p. 221-222.
24  ENERGY SECTOR MANAGEMENT ASSISTANCE PROGRAM (ESMAP)
(2007). Stratégie pour l’allègement de la pression sur les ressources ligneuses
nationales par la demande en combustibles, Washington, DC, 77 p.
25  HODGSON, G. (2011). « Haiti’s Reefs Most Overfished in the World », Reef
Check News, 30 mars.
26  WARNER, G., P. EDWARDS, D. LINTON, K. DESAI, N. ZENNY, B. HAY et
D. GUINNESS (2009).Reef Check Training and Coral Reef Monitoring in Haiti.
A Preliminary Report, 5 p.
27  COUSTEAU, J.-Y., J.-M. COUSTEAU, M. RICHARDS, et G. WILSON(1986).
« Haïti, l’eau de chagrin », documentaire filmographique.

Sebastian Weissenberger, Ph.D., est professeur associé à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM et expert en adaptation aux changements climatiques et en d’autres domaines des sciences de l’environnement. Il a mené des projets d’adaptation aux changements climatiques, en
particulier dans les zones côtières, au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Haïti et en Afrique de l’Ouest. Chimiste de formation et détenteur d’un
doctorat en sciences de l’environnement, il s’intéresse à l’interdisciplinarité et aux méthodes de recherche participatives, surtout à l’échelle des communautés. Il a enseigné à l’UQAM, l’Université de Moncton, l’Université Téluq et l’Université de Bretagne Occidentale. weissenberger.sebastian@uqam.ca

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Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Le rôle de l’évaluation environnementale stratégique
dans la gestion de la vulnérabilité en Haïti
Elmyre Clervila, b, Ketty Batthazard-Accoua, b, Farah A. Dorvala, b
a

Université Quisqueya, Laboratoire de qualité de l’eau et de l’environnement, BP 796, 218 Avenue Jean Paul II, Haut de Turgeau, Port-au-Prince, Haïti.
b
Association haïtienne Femmes, science et technologie, 218 Avenue Jean Paul II, Haut de Turgeau, Port-au-Prince, Haïti.

Résumé : Haïti est classée parmi les pays les plus vulnérables de la région des Amériques. Parmi les facteurs de vulnérabilité, les catastrophes naturelles et la dégradation
de l’environnement ont été classées comme les plus inquiétants. Actuellement, le pays
se retrouve à la frontière d’un désastre écologique et d’une faillite économique sans
précédent. Il doit pourtant faire face à ces deux problèmes, intimement liés, et qui
représentent, entre autres, des dangers pour le bien être des générations actuelles et
futures. Le paradigme du développement durable prend tout son sens dans ce contexte
et invite les chercheurs et les décideurs à trouver la meilleure formule pour répondre à
ce défi. Il s’est avéré que l’évaluation environnementale stratégique (EES) constitue un
cadre éprouvé permettant d’intégrer les questions liées aux risques environnementaux
dans la planification stratégique durable. À la lumière des effets néfastes de deux
catastrophes majeures ayant frappé Haïti le 12 janvier 2010 et le 4 octobre 2016, cet
article analyse la pertinence de l’utilisation de l’EES dans la planification stratégique
des actions de réduction de la vulnérabilité multirisque d’Haïti face aux catastrophes
naturelles.

Rezime : Evalyasyon anviwonnman estratejik (EAE) la tounen yon zouti sou lamen
pou planifikasyon politik, pou plan ak pwogram gwo entèvansyon gouvènman yo ak
konpayi yo pou yo rive evalye entèraksyon ak entèvansyon sa yo avèk konsiderasyon
ekonomik, sosyal ak anvivonnmantal. Plizyè etid an EAE montre enpak planifikasyon
sa yo sou devlopman dirab la. Anpil peyi kòmanse fè lwa sou itilizasyon EAE a nan
avantaj devlopman politik planifikasyon yo. Ann Ayiti, EAE a poko antre nan pwosesis
evalyasyon anviwonnmantal la pou plizyè rezon ki depann de kad gouvènans la, de
feblès estrikti yo, de feblès enstitisyon yo menm jan li depann de kad legal la. Atik sa
a pwopoze yon analyz sou bezwen pou yo itilize EAE a ann Ayiti, nan planifikasyon
estratejik aksyon ki pou ta diminie tout risk vilnerabilite peyi a anfas katastrof natirèl yo.

1. INTRODUCTION

se retrouvent submergées et enclavées dans des bidonvilles. Les
constructions anarchiques font que, au cours des ans, toutes les
grandes villes du pays, particulièrement Port-au-Prince et Cap-Haïtien, sont devenues les théâtres d’une catastrophe écologique et
sociale alarmante sans précédent. La dégradation des bassins
versants produit des effets négatifs sur la régulation des débits
des sources, des rivières et la réalimentation des nappes [5]. Ainsi,
les aquifères les plus importants du pays, situés dans les plaines
du Cul-de-Sac (Port-au-Prince), Gonaïves, Léogane, Les Cayes et
Cap-Haïtien, ne peuvent se réalimenter correctement. Haïti fait
face aujourd’hui à un important stress hydrique [6] aux problèmes
d’accès à l’eau, aux problèmes de pollution généralisée de ces écosystèmes, pour ne citer que ceux-là.

H

aïti, État de la Caraïbe, occupe le tiers occidental (27750 km )
de l’île d’Hispaniola, la deuxième plus grande île de la Caraïbe
après Cuba. Localisée en pleine trajectoire des cyclones ou ouragans, elle subit fréquemment les épisodes chauds d’El Nino/ENSO.
Situé sur une zone de failles tectoniques majeures séparant les
plaques Caraïbes et Amérique du Nord, le pays est exposé aux
phénomènes naturels extrêmes qui engendrent souvent des catastrophes d’envergure (inondations, sécheresse, tremblement de terre,
etc.). Les phénomènes liés aux changements climatiques accentuent ces derniers en perturbant les températures et les régimes de
précipitations. Selon l’index mondial sur le changement climatique,
Haïti est le troisième pays le plus touché par les événements climatiques [1]. En effet, Haïti est dans l’espace caribéen le pays qui a
subi le plus grand nombre de catastrophes par kilomètre carré de
1971 à 2014 (5 par 100 km2, sans compter le séisme de 2010)[2].
Par ailleurs, Haïti connaît une dégradation générale et accélérée
de son environnement, particulièrement depuis les trois dernières
décennies. La couverture forestière recule, les sols s’érodent, les
microclimats se transforment, de sorte qu’aujourd’hui la reconstitution des éléments primordiaux (l’eau, l’air et le sol) paraît difficile
à atteindre [3]. Vingt-cinq des trente bassins hydrographiques du
pays sont complètement érodés [4]. Avec une population estimée
à plus de 11 millions d’habitants en 2017, dont 53,6 % en milieu
urbain, et une densité de population d’environ 400 habitants/km²,
l’espace haïtien et ses ressources naturelles arrivent de moins en
moins à jouer correctement leurs rôles. Constituant une occasion
d’ascension économique, politique et sociale, les principales villes
2

Avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 846 USD en
2014, Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain et l’un
des plus déshérités du monde. Le PIB s’élève à 8 022,64 milliards
de dollars et le taux de croissance est estimé à 1,4 % en 2016 [7].
L’impact des catastrophes naturelles exacerbées par les mauvaises
conditions environnementales ont eu de fortes répercussions sur
l’économie et le développement du pays. Il devient donc de plus
en plus urgent de revoir la gestion des risques et de la vulnérabilité
d’Haïti à travers une planification intégrée définissant des cadres
stratégiques menant vers des décisions équilibrées, conditions fondamentales à l’obtention d’avancées vers les objectifs de développement en vue d’une protection accrue contre les risques futurs,
qui mettra ce développement à l’abri des chocs sur le long terme.
Parmi les outils de gestion connus, l’évaluation environnementale
stratégique (EES) s’est avérée un outil indispensable utilisé par les

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

27

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

pays développés pour l’élaboration de plans, politiques et programmes dans le domaine de l’environnement en considérant les
questions d’ordre économique et social. Elle a contribué à garantir
une gestion prudente des ressources naturelles et de l’environnement, fondement d’une croissance économique durable, elle-même
indispensable à la stabilité politique [8]. C’est dans cette perspective
que s’inscrit le présent article. Il envisage d’apporter une contribution à une réflexion sur le rôle que pourrait jouer l’EES dans
la gestion de la vulnérabilité en Haïti à la lumière de deux grands
catastrophes ayant impacté récemment le pays.

2. SÉISME DU 12 JANVIER 2010
Le 12 janvier 2010 à 16 h 56, Haïti subit un séisme de magnitude
7,3 sur l’échelle de Richter, touchant notamment la zone de Léogane, puis l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et les villes de
Petit-Goâve, Grand-Goâve et Jacmel. Ce tremblement de terre est la
plus grande catastrophe naturelle qu’ait connue Haïti depuis 1990.
Environ 313 000 résidences ont été détruites ou endommagées.
Plus de 1 300 établissements d’éducation, plus de 50 hôpitaux et
centres de santé sont inutilisables. Le port principal du pays est
rendu inopérant. Le palais présidentiel, le parlement, la majorité
des bâtiments des ministères et de l’administration publique sont
détruits. La valeur totale des dommages et des pertes est estimée
à 7,9 milliards de dollars américains, ce qui équivaut à 120 % du
produit intérieur brut du pays en 2009.
 Environ 1,5 million de personnes, représentant quinze pour cent
de la population nationale, ont été affectées d’une façon directe.
Plus de 220 000 ont perdu la vie et plus de 300 000 ont été blessées. Environ 1,3 million vivent dans des abris provisoires dans
la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Plus de 500 000 ont
quitté les zones sinistrées pour trouver refuge dans le reste du
pays1 . 

Le séisme a créé une situation sans précédent, amplifiée par le
fait qu’il a touché la zone la plus peuplée du pays ainsi que son
centre économique et administratif, Port-au-Prince. Alors que les
indicateurs environnementaux étaient déjà au rouge, le séisme est
venu augmenter la pression sur l’environnement et les ressources
naturelles, conduisant à une extrême vulnérabilité de la population
haïtienne.

2.1 Quelques corollaires du séisme du 12 janvier 2010
2.1.1 Désastres sanitaires
a) Présentation des résultats de l’Observatoire
sur la qualité des eaux distribuées
Après le séisme du 12 janvier 2010, plus d’un million de personnes
déplacées ont trouvé refuge soit dans des abris temporaires, soit
auprès de familles d’accueil dans les zones peu affectées. En présence de déplacements de population majeurs, les priorités en
matière d’intervention sont la fourniture de moyens d’approvisionnement en eau et d’assainissement suffisants ainsi que d’abris et

1.

28

de nourriture, et le rétablissement des soins de santé. Un nombre
considérable d’ONG se sont donc impliquées dans la fourniture
de ces services dans les différents abris répertoriés dans la zone
métropolitaine. La chloration a été le seul mode de traitement
appliqué à l’eau brute distribuée dans les camps de réfugiés. Un
suivi de la qualité de l’eau [9] a mis en évidence la mauvaise qualité
de l’eau distribuée dans les camps d’hébergement. Des amas de
coliformes fécaux ont été retrouvés dans toutes les eaux distribuées
dans la totalité des camps de la région métropolitaine, alors que les
normes de l’USEPA, de l’OMS ou de l’UE fixent le seuil de coliformes
fécaux à 0 pour 100 ml d’eau potable. C’est la seule étude que nous
avons pu trouver pour obtenir des données d’un suivi sanitaire
après le séisme du 12 janvier 2010 pour la région métropolitaine
de Port-au-Prince.

b) Épidémies de choléra
Après le séisme du 12 janvier 2010, il était clair qu’une catastrophe
sanitaire se dessinait en Haïti. Les cadavres ont jonché les rues
de la capitale et ses environs pendant plusieurs jours, la réponse
humanitaire n’a pas été automatique et n’a pas pu se réaliser de
manière ordonnée et respectueuse des normes, et de surcroît l’État
s’est montré incapable de faire face aux besoins et de coordonner
l’aide. Au cours du mois d’octobre 2010, plusieurs cas de diarrhée
aigüe occasionnant la mort ont été enregistrés, semant la panique
au sein de la population. Le 22 octobre 2010, le ministère de la
Santé publique confirme que le vibrion cholérique de souche O1
(le type le plus dangereux) est responsable des cas de maladies.
La souche a été d’abord localisée dans le département de l’Artibonite, plus précisément dans le fleuve Artibonite qui traverse la
région. Les premiers cas notifiés provenaient de cette même zone
pour s’étendre en moins de deux mois à tout le pays. Le bilan officiel du ministère de la Santé publique et de la Population s’élève
à 813 995 cas enregistrés pour 9 720 cas de décès [10]. Cette épidémie a été l’un des impacts indirects du séisme du 12 janvier. Elle
a mis en évidence l’incapacité de l’État à gérer l’urgence sanitaire,
mais elle a aussi mis à nu la fragilité du système de gestion environnementale et sanitaire post-désastre du pays, ou du moins
l’absence de plan de gestion environnementale adéquat visant la
protection des principales ressources en eau du pays, notamment
celle de l’Artibonite, le plus grand fleuve d’Haïti.

2.1.2 Canaan
Canaan est le résultat d’un vaste processus de réinstallation
déclenché par un décret d’expropriation, celui du 22 mars 2010, que
le gouvernement haïtien a publié après le tremblement de terre de
2010 [11]. Située dans la plaine du Cul-de-Sac, le plus vaste espace
non encore urbanisé dans les parages de la capitale, elle a en effet
dû faire face à une ruée migratoire et a vu émerger, entre autres
grands espaces d’accueil, le camp/quartier de Canaan. Avec plusieurs dizaines de milliers de gens nouvellement arrivés, une mixité
des bâtis faits d’abris provisoires de toutes sortes et de maisons
en dur, en dehors de toutes règles urbanistiques et architecturales,
les caractéristiques de ce quartier paraissent aller à contre-sens
des leçons tirées de la catastrophe [12]. Ainsi, depuis 2010, Canaan
s’élargit jusqu’à occuper des aires qui devraient être protégées, car

Fournir la source.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

situées près des ravines, dans des pentes abruptes, etc. Noël, depuis
la fin 2012, avait déjà constaté dans différentes zones le creusement
de ravins secs entre les vallons des microbassins versants en raison
de l’augmentation du ruissellement [12]. Les populations de ces
zones s’exposent aux effets exacerbés des catastrophes naturelles
telles que la sécheresse, l’inondation, le séisme, etc. Une densification démesurée de l’espace et une urbanisation sans contrôle
et en dehors des règles, à l’instar des autres endroits de la région
métropolitaine de Port-au-Prince, constituent un réel facteur d’augmentation de dégradation environnementale, notamment l’amplification de la pollution des nappes phréatiques de la Plaine du
Cul-de Sac, qui contiennent la plus grande partie de la réserve d’eau
douce de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

3. CYCLONE DU 4 OCTOBRE 2016
L’ouragan Matthew, de catégorie 4 sur l’échelle Saffir-Simpson, avec
des vents d’une vitesse maximum de 230 km/h, a semé sur son
passage des pertes considérables et des dommages importants,
notamment dans les départements du Sud, de la Grand-Anse, du
Nord-Ouest et des Nippes. De fortes inondations ont été enregistrées (plus de 600 mm en moins de 24 heures), ainsi qu’une surcôte
du niveau de la mer de 2 à 3 mètres sur la côte sud et de 1 à 1,5
mètre dans le golfe de la Gonâve [2]. Le bilan officiel fait état de
548 morts et de 1,4 million de personnes atteintes directement, soit
12,9 % de la population totale du pays. Les pertes et dommages
s’élèvent à 1,9 milliard de dollars américains, soit 22 % du PIB du
pays. Plus de 80 % des pertes et dommages sont enregistrés dans
les secteurs sociaux (logement, éducation, santé, etc.) et de production (agriculture, industrie, tourisme, etc.). Si aucune mesure de
redressement n’est prise, le passage du cyclone Matthew sur Haïti
aura des conséquences sur le PIB, sur l’agriculture, sur la santé, sur
la qualité de vie de l’ensemble de la population haïtienne, pour ne
citer que ces éléments-là.

4. EES : OUTIL DE PLANIFICATION STRATÉGIQUE
FACE À LA VULNÉRABILITÉ MULTIRISQUE
Les problèmes environnementaux relatés antérieurement découlent
dans une large mesure de la précarité des conditions socioéconomiques de la population, de la gestion inefficace ou de l’inexistence
de politiques publiques appropriées. À cela peut aussi s’ajouter
un manque de connaissances et d’outils capables d’assurer une
gestion durable de l’environnement haïtien. Dès lors, il semble
impératif de ne plus analyser les problèmes environnementaux de
manière isolée, mais d’intégrer dans les démarches des considérations d’ordre économique et social. L’évaluation environnementale
est un domaine en constante évolution mondialement, qui permet
de prendre en considération cette préoccupation. Certaines procédures y étant associées sont bien connues des États et organisations tandis que d’autres commencent uniquement à faire leurs
preuves[13]. C’est le cas de l’évaluation environnementale stratégique qui, depuis plus de 10 ans, est devenue un instrument politique important pour les gouvernements nationaux. Il s’agit aussi
d’une procédure d’évaluation située au niveau de la planification
des orientations gouvernementales et organisationnelles [13]. L’EES

se révèle être l’un des outils les plus appropriés et les plus prometteurs dans le cadre de la gestion de la vulnérabilité multirisque.
En effet, elle est un outil de gestion qui aide les décideurs à mieux
appréhender l’articulation entre les facteurs environnementaux,
économiques et sociaux [8]. Elle permet, sur le plan scientifique,
de mieux comprendre les enjeux environnementaux et socioéconomiques et d’améliorer les connaissances sur les impacts des
différentes activités inhérentes au milieu. En résumé, l’EES permet
de contribuer à garantir une gestion prudente des ressources naturelles et de l’environnement, fondement d’une croissance économique durable, elle-même indispensable à la stabilité politique [8].
L’EES n’est pas un processus officiellement établi en Haïti. À travers les grands bailleurs de fonds comme l’Union européenne,
l’USAID, la Banque mondiale, la coopération espagnole, pour ne
citer que ceux-là, les projets qui y sont financés sont réalisés soit
par les ONG, l’État ou les associations communautaires où ils sont
assujettis à une EIE. Cette pratique se faisait sans une réelle implication du ministère de l’Environnement ou et obéissait plutôt aux
règlements, normes et procédures du bailleur qui finançait le projet
en question. À partir de 2015, avec la création du Bureau national
d’évaluation environnementale (BNEE), on commence à assister
à une timide intégration des études d’impacts dans le cycle des
projets, avant, pendant ou après. Quoique les EIE ne soient pas
réalisées quand elles le devraient ni comme elles le devraient, il est
important de relater qu’en raison des efforts des bailleurs internationaux et, récemment, de ceux de l’État, les grands projets en
cours d’exécution ou à l’étude ont bénéficié d’une EIE. Cela laisse
présumer d’une analyse approfondie des impacts de ces projets
sur le cadre de vie d’une manière générale des citoyens et de la
prise en compte des actions de préservation de l’environnement
dans les projets.
Cependant, si les grands projets d’envergure bénéficient d’une EIE
et permettent donc à l’État de contrôler la réalisation d’une action
donnée, sur une parcelle du territoire définie dans un intervalle
de temps précis, ils ne lui permettent pas de définir les choix stratégiques de développement en analysant leur pertinence et leurs
effets, les choix technologiques d’exploitation ou de développement d’une filière et, plus particulièrement, elle ne permet pas de
répondre de manière intégrée à une problématique d’ordre national
telle que le cycle de dégradation de l’environnement et la pauvreté.
En effet, de grands questionnements importants sont soulevés lors
de la réalisation des EIE, alors que ce processus est incapable d’y
apporter une réponse satisfaisante, car la problématique soulevée
déborde le cadre du projet, même si celui-ci pourrait contribuer à
une amélioration. Alors que l’EIE analyse des projets concrets localisés et définis, l’EES fait référence à une planification stratégique
en amont. Elle permet de jeter les bases et de définir des balises
pour la prise de décision aux niveaux inférieurs, rendant possible
de mieux concentrer les actions des différents opérateurs sur le
terrain suivant une logique de développement préétablie dont les
différents paramètres et retombées ont été largement étudiés. Un
bon arrimage des paliers d’évaluation aide ainsi à se consacrer de
façon spécifique et progressive aux différents éléments à traiter.
L’EES permet donc de prendre en considération des éléments de
portée générale qui sont souvent difficiles à considérer pour des

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

29

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

projets précis et cerne, plus particulièrement, l’orientation générale
des projets ainsi que les impacts potentiels globaux de ceux-ci [13].
Voilà justement toute l’importance de l’EES dans le cadre de la prise
en compte de la gestion de la vulnérabilité en Haïti. Il est à noter
que, pour l’instant, il n’y a aucune pratique d’EES établie en Haïti.
Haïti bénéficie d’un nombre considérable de projets de réhabilitation de l’environnement et ou de réduction de la pauvreté. Les
bailleurs de fonds internationaux ont investi des milliards sur
moins de 20 ans dans des projets de réhabilitation directe de l’environnement ou des projets à retombées positives pour l’environnement avec pour objectif principal ou conséquence directe
la réduction de la pauvreté. Force est de constater que la situation
ne s’est pas améliorée malgré tout et qu’aucune ligne directrice ou
stratégie de gestion environnementale ou de développement ne
s’est dégagée à travers les actions ou les autorisations d’actions
de l’État haïtien. Le grand défi de l’État haïtien est de gagner le pari
du développement économique en brisant le cycle de la dégradation de l’environnement au profit des actions de subsistance tout
en faisant face aux aléas auxquels est exposé le pays. La prise en
compte des facteurs environnementaux dans les grands projets
suppose de tenir compte de la vulnérabilité sismique d’Haïti lors de
la construction des infrastructures ou de l’aménagement du territoire et de sa vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques.
Cela implique nécessairement une meilleure connaissance de ces
risques (recherche et technicité) et un système de suivi et de gestion
des risques (institution). De ces actions découlera nécessairement
un choix de gestion adapté à la vulnérabilité du pays et augmentant
sa résilience face aux effets de ces catastrophes. L’EES peut donc
être d’une importance énorme pour la mise en place de cette stratégie de gestion des risques et des choix de développement du pays
qui doivent nécessairement tenir compte de ces risques. Car toutes
les données et informations disponibles ont permis de constater
que les catastrophes naturelles ont une grande importance dans
la compréhension de la pauvreté en Haïti. Les grands secteurs de
l’économie comme l’agriculture, l’énergie, les infrastructures de
base (comme les hôpitaux, les écoles, les routes), le tourisme, la
foresterie, etc., sont autant de secteurs pour lesquels une EES est
indispensable. Ces EES doivent aboutir à des choix de développement technologique ou stratégique étudiés et argumentés avec,
bien entendu, une sensibilité pour les zones d’application, étant
admis qu’Haïti présente des particularités très intéressantes liées
aux régions de par leur position géographique.

5. PRODUCTION D’UNE POLITIQUE ET D’UN PLAN DE
GESTION DES RISQUES SUIVANT LE MODÈLE DE L’EES
MIXTE INSTITUTIONNELLE ET RÉGIONALE
La mise en œuvre de l’EES, dans le cas d’Haïti, peut avoir comme
point de départ la réalisation de l’EES institutionnelle. Cette forme
d’EES n’a pas pour finalité l’élaboration d’un Plan, Programme, Politique PPP mais, plutôt,
 se concentre sur l’analyse des facteurs institutionnels et de gouvernance à la base des processus de prise de décision dans le
but de les renforcer. Il faudra ensuite élaborer les démarches
spécifiques et les limites d’évaluation des différentes formes

30

d’EES. Ces démarches devraient être clairement décrites, définies
et devraient tenir compte des exigences du cadre de la loi. Pour
tracer les grandes lignes de réalisation et structurer l’aide à la
planification des PPP l’élaboration de guides à la réalisation des
ÉES lourdes et légères serait importante. Les différents types
d’EES existant devraient faire l’objet de préoccupation de l’autorité compétente pour les rendre optimales dans le contexte
haïtien.
Ceci passe en particulier par des efforts visant à responsabiliser
les pouvoirs publics en les rendant comptables de leur choix et
des conséquences qui en résultent2 »

Voici les étapes essentielles à la réalisation de l’EES institutionnelle :
1) Repérage des questions environnementales prioritaires et
d’évaluation des avantages et désavantages respectifs des
différentes options envisagées. Cette étape pourrait soutenir
la prise en compte de la problématique des changements
climatiques qui constitue l’un des facteurs aggravants de
la gestion de la vulnérabilité d’Haïti face aux catastrophes
naturelles.
2) Évaluation de la capacité des systèmes et institutions de gestion environnementale du pays. Un diagnostic du système de
gestion environnementale de manière large du pays aurait
aidé à démasquer les irrégularités du système telles que les
duplications de rôles et de mission des institutions étatiques
et nonétatiques.
3) Détermination des institutions qui devraient collaborer avec
le BNEE dans le processus de l’EES et soutien de ces institutions suivant leurs besoins et leurs missions. La partie 6 de
cet article aborde ce thème.
4) Production d’un document d’orientation de l’EES en Haïti.
Cette stratégie peut être couplée à une EES régionale, c’est-à-dire
qu’on peut élaborer un plan de développement régional en fonction
des enjeux cumulatifs liés au milieu naturel et humain spécifique
à une région. Haïti se découpe facilement en termes de climat, de
condition environnementale et de possibilités économiques en
trois grandes régions : le grand Nord, le grand Sud et le plateau
central avec, bien entendu, la région métropolitaine qui présente
à certains égards des caractéristiques qui lui sont propres. Cette
approche permettra d’évaluer les risques spécifiques à chacune de
ces zones en renforçant les collectivités territoriales, les institutions
au niveau central mais aussi au niveau local, leur permettant d’être
les premiers acteurs de gestion de leur propre vulnérabilité.

6. DÉTERMINATION DES ACTEURS
(INSTITUTIONS CLÉES)
Le ministère de l’Environnement (MDE) est la plus haute instance
étatique chargée de la gestion et de la protection de l’environnement. En vue d’atteindre cet objectif, il collabore avec d’autres
ministères tels que le ministère de l’Agriculture, des Ressources
2.

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (2006).
Lignes directrices et ouvrages de référence du CAD. L’évaluation environnementale
stratégique : guide de bonnes pratiques dans le domaine de la coopération pour le
développement, Paris, OCDE, 178p.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

• L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) est rattaché au MEF de la République d’Haïti. Il est chargé de fournir
des données statistiques sur les différents plans économiques,
sociaux, démographiques, etc., notamment au travers d’enquêtes et de recensements.

naturelles et du Développement rural (MARNDR), le ministère
des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), le
ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), d’autres
organismes de la société civile, les collectivités territoriales, etc.
Par ailleurs, au sein du MDE, il existe depuis 2015 le BNEE, qui est
chargé des évaluations environnementales et de la validation des
études d’impact. Il y a aussi les unités techniques sectorielles (UTES)
au sein des autres ministères qui collaborent avec le MDE suivant
leur champ d’intervention spécifique dans les projets ayant une
incidence sur l’environnement. L’EES devrait aussi être du ressort
du MDE, mais, jusqu’à présent, elle n’est pas clairement définie dans
les actions du BNEE et les règlements du Ministère.

• Les collectivités territoriales sont des subdivisions du territoire
dotées de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière dans les limites de leurs compétences3 ].
Leurs compétences se définissent comme suit : 1) avis sur l’installation des établissements insalubres, dangereux et incommodes ; 2) vérification des études d’impact environnemental
des grands projets de constructions, de barrages, d’infrastructures et de routes ; 3) création de zones de conservation et
des aires protégées ; 4) localisation des décharges publiques
et définition de la politique de gestion et de traitement des
déchets de toute nature [14].

Dans le processus d’intégration de l’EES dans la gestion de la vulnérabilité d’Haïti, il existe un ensemble d’acteurs/institutions clés qu’il
convient de présenter même si ce n’est pas de manière exhaustive.

Catégorie I : Les institutions étatiques
Parmi les institutions étatiques, on retrouve plusieurs catégories
que nous allons présenter de façon non exhaustive.
En premier lieu, il y a les ministères et les unités interministérielles
qui sont les premières instances de décision et d’orientation des
PPP au sein du pays, entre autres :
• Le MDE : Principal acteur de l’Evaluation Environnementale
(EE), à travers le BNEE – Point d’ancrage possible pour l’EES.
• Tous les autres ministères en fonction de l’objet de l’EES.
Cependant, il faut souligner la participation des ministères
clés comme le MSPP, le MTPTC, le MARNDR, le MPCE, etc.
• L’Organisation de Management des Ressources Humaines
(OMRH), important dans le cadre d’un renforcement institutionnel. D’ailleurs, l’intégration de l’EES en Haïti doit nécessairement passer par le renforcement institutionnel et la formation
des cadres impliqués dans le processus.
• Le Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT)
définit la politique du Gouvernement haïtien en matière d’aménagement du territoire, de protection et de gestion des bassins
versants, de gestion de l’eau, de l’assainissement, de l’urbanisme et de l’équipement.
• Le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) est une
entité gouvernementale autonome relevant du ministère de
l’Économie et des Finances (MEF). Il compte six bureaux régionaux et un bureau national à Port-au-Prince. L’Unité environnementale (UE) du FAES est responsable de la supervision et
de la mise en œuvre des politiques de sauvegarde environnementale et sociale [14].
• La Direction de la protection civile (DPC) est une direction
centrale du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT). Elle a entre autres pour mission de planifier les
interventions de l’État en période de crise liée aux catastrophes
naturelles ainsi que d’émettre des suggestions ou recommandations aux secteurs impliqués dans la sauvegarde ou l’évaluation de l’environnement par le biais du système national de
gestion des risques et des désastres (SNGRD) [14].

Catégorie II : Les organisations internationales/
bailleurs de fonds
Les organisations internationales apportent le plus souvent un
appui financier avec un accompagnement technique des projets et
programmes qu’elles développent en Haïti. Citons quelques organismes ou pays qui ont contribué dans le domaine de l’environnement en Haïti : la Banque mondiale, la Banque Interaméricaine de
Developpement (BID), les Nations Unies à travers le PNUD, l’Union
européenne, l’Agence Canadienne de Développement International
(ACDI), l’Agence Espagnole de CoopérationInternationale pour le
Développement (AECID), les États-Unis à travers la United States
Agency for International Development ou USAID, etc.
Ces entités sont des acteurs importants dans le processus de l’EE,
soit en termes d’appui financier ou d’appui technique pour la mise
en œuvre de l’EES en Haïti. La grande expérience de la Banque
mondiale, par exemple, dans le domaine de l’EE est incontournable.
Les avancées réalisées par la Banque mondiale peuvent servir de
cadre pour le développement de l’aspect légal de l’intégration de
l’EES dans le processus de l’EE en Haïti et également pour la pratique de l’EES.

Catégorie III : Les organisations de la société civile
Divers secteurs de la société civile se sont montrés préoccupés
par la problématique environnementale aux cours des dernières
années, soit sous l’impulsion des bailleurs de fonds ou par sensibilisation d’autres secteurs de la vie nationale. Ainsi, plusieurs organisations ont vu le jour et se sont imposées dans le secteur comme
des acteurs importants de par leur implication dans les processus
de décision en matière de gestion environnementale. À cet égard,
nous pouvons citer des organisations professionnelles qui militent
pour la protection des ressources naturelles, la Fédération des Amis
de la nature (FAN) ; le Collectif haïtien pour la protection de l’environnement et un développement alternatif (COHPEDA) ; le Plaidoyer
pour un développement alternatif (PAPDA) ; le Centre haïtien pour

3.

MONITEUR, Journal Officiel de la République d’Haïti 2006a, articles 10, 96, 97
et 98

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

31

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

la promotion de l’agriculture et la protection de l’environnement
(CEHPAPE) ; l’Association haïtienne du droit de l’environnement
(AHDEN) ; la Fondation haïtienne de l’environnement (FHE) ; l’Association des ingénieurs sanitaires haïtiens (ADISH) [14].
Les universités doivent aussi jouer un rôle capital dans la définition du cadre stratégique de l’EES, car elles ont la lourde tâche de
produire des données, des informations de qualité se basant sur
des connaissances scientifiques en vue de permettre une meilleure
appréhension des risques intrinsèques du pays, de faire le suivi et
l’évaluation des systèmes mis en place et enfin de servir d’avantgarde à tout changement ou évolution des facteurs et de donner
les réponses appropriées.
Ces organisations peuvent se constituer en groupes de pression
pour faire avancer ou bloquer la mise en œuvre des PPP. D’où l’importance de les intégrer au tout début de l’EES selon leurs intérêts
ou leur champ d’intervention.

7. CONCLUSION
Haïti est sans contredit un pays très vulnérable du point de vue
environnemental, de par sa position géographique sur la trajectoire
des ouragans. Les données historiques disponibles conduisent
globalement à conclure que les catastrophes liées aux conditions
météorologiques auraient entraîné des dommages et des pertes
annuels estimés à environ 2 % du PIB de 1975 à 2012 [2]. En quatre
ans, de 2004 à 2008, des événements extrêmes de grande ampleur
se sont succédé, et leur coût s’est élevé à plus de 7 milliards de
dollars américains. Le séisme du 12 janvier 2010 a entraîné la mort
de 220 000 personnes, forcé le déplacement de 1,5 million de personnes et provoqué des destructions d’une valeur équivalant à
120 % du PIB.
Par ailleurs, Haïti a une faible capacité de résilience face aux chocs
économiques exogènes. Cette sensibilité est exacerbée par la fragilité des écosystèmes, la dégradation de l’environnement, le faible
niveau de santé ou la croissance accélérée de sa population, pour
ne citer que ces facteurs.
Pour faire face aux défis de la reconstruction, il est important de
concevoir la gestion des risques au moyen d’une planification intégrée des activités de relèvement et de reconstruction en vue d’une
protection accrue contre les risques futurs, qui mettra le développement à l’abri des chocs sur le long terme. L’EES institutionnelle
d’application régionale a été proposée comme l’un des outils prometteurs pouvant encadrer la mise en application de cette vision.
Il demeure entendu que ce travail ne constitue qu’un regard sur
l’utilisation de l’EES comme un outil d’aide à la planification au
service des décideurs haïtiens. Cependant, il permet de montrer que
l’EES a sa place dans un processus de reconstruction et de renforcement d’Haïti pour ce qui est des infrastructures et des institutions.
L’EES est une famille d’outils qui n’arrête jamais d’évoluer. Plusieurs
actions doivent être entreprises et de nombreuses approches sont
possibles afin de compléter le cadre institutionnel proposé. Partidario et Clark (2000), cités par Boursier-Lépine (2012), affirment

32

qu’il y a un aspect de l’EES qui ne doit pas être oublié : l’EES ne
peut être efficace que si une approche cohérente et systématique
est mise en place [13]. Globalement, le cadre institutionnel pour la
mise en œuvre de l’évaluation environnementale stratégique proposé favorise la prise en considération de son intégration au sein
du système d’évaluation environnementale.

BIBLIOGRAPHIE
1  Base de données de GERMANWATCH [En ligne] Données de 1996 à 2015.
Mise à jour en 2017. http://germanwatch.org/de/12978, consulté le 27 mars
2018.
2  MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES (MEF) (2016). Évaluation
rapide des dommages et des pertes occasionnés par l’ouragan Matthew et
éléments de réflexion pour le relèvement et la reconstruction, Rapport préparé
par le Gouvernement de la République d’Haïti avec l’appui conjoint de la
Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement, version
préliminaire, 113 p.
3   DESSE, M. (2003). « Les difficultés de gestion d’un littoral de survie à Haïti.
L’exemple du golfe de la Gonâve », Les Cahiers de géographie du Québec,
vol. 47, no 130, p. 63-83.
4  MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT (MDE) (1999). Plan d’action pour l’environnement, Commission interministérielle sur l’environnement, Secrétariat
du Plan d’action pour l’environnement (PAE), Port-au-Prince, 27 p.
5  Rosillon F., Deroy J., Emmanuel E (2016). Face à la détresse humaine et
environnementale, gestion intégrée de l’eau et écosanté, leviers de développement pour une Haïti nouvelle. In. : FrancisRosillon : L’eau dans les pays en
développement. Retour d’expériences de gestion intégrée et participative avec
les acteurs locaux. Paris : Editions Johanet, p. 313-366.
6  EMMANUEL, E. (2016). « Eau en Haïti : Ressources menacées et écosystèmes fragiles. Écosystèmes d’Haïti : Focus sur les réalités et les espoirs de
l’environnement », Apport de la recherche universitaire à la compréhension du
stress qualitatif et quantitatif de l’eau en Haïti, Pétion-Ville : Éditions Pédagogie
Nouvelle S.A.
7  Base de données de la Banque Mondiale. Banque Mondiale. Mise à jour en
2016. http://donnees.banquemondiale.org/, consulté le 27 mars 2018.
8  ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES (OCDE) (2006). Lignes directrices et ouvrages de référence du CAD.
L’évaluation environnementale stratégique : guide de bonnes pratiques dans le
domaine de la coopération pour le développement, Paris, OCDE, 178 p.
9  CLERVIL, E., et K. BATTHAZARD-ACCOU (2016). Distribution des microorganismes pathogènes dans les ressources en eau de la région métropolitaine de
Port-au-Prince, Communication orale à la Conférence HSA 2016, « Apport de
la recherche universitaire à la compréhension du stress qualitatif et quantitatif
de l’eau en Haïti », Cap-Haïtien, Haïti, 9-12 novembre 2016.
10  MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET DE LA POPULATION (MSPP).
Rapport du Réseau national de surveillance. Site choléra, 42e semaine épidémiologique 2017, 18 p., http://www.mspp.gouv.ht/, consulté le 29 octobre 2017.
11  Heimhuber V., Hannemann J. et Rieger W. (2015). Flood Risk Management
in Remote and Impoverished Areas—A Case Study of Onaville, Haiti. Water
www.mdpi.com/journal/water, 29 p.
12  NOËL, Richener (2012). Reconstruction et environnement dans la régionmétropolitaine de Port-au-Prince : Cas de Canaan ou la naissance d’un quartier
ex-nihilo, Rapport de recherche, 36 p.
13  BOURSIER-LÉPINE, D. (2012). L’évaluation environnementale stratégique :
une procédure à intégrer au système d’évaluation environnementale québécois,
Essai de maîtrise, Université de Sherbrooke, Canada, 69 p.
14  Groupe d’Études Interdisciplinaire en Géographie et Environnement Régionale (GEIGER) (2013). Cadre juridique et institutionnel, de procédure générale et guides sectoriels de réalisation de l’évaluation environnementale en
Haïti, Rapport de consultation, Port-au-Prince, 290 p.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

Elmyre CLERVIL, Ing. M.Sc. détient une licence en génie civil et un master II en gestion de l’environnement. Elle travaille depuis plus de neuf ans dans
le domaine de la gestion des eaux et de l’environnement en Haïti. Elle a conduit pendant plus de deux ans l’Observatoire binational sur la migration,
l’éducation, l’environnement et le commerce, projet binational entre la République d’Haïti et la République dominicaine. Elle est consultante internationale en évaluation environnementale, en déplacement involontaire des populations et en gestion des eaux. Madame Clervil est présentement
doctorante à l’école Société et environnement de l’Université Quisqueya, et attachée à la recherche et à l’enseignement au Laboratoire de la qualité
de l’eau et de l’enseignement (LAQUE) de l’Université Quisqueya. Ses travaux de recherche concernent notamment la qualité microbiologique et
physicochimique des eaux, les procédés de traitement des eaux et l’évaluation environnementale, en particulier les études d’impact et de suivi environnemental. elmyreclervil@gmail.com, elmyre.clervil@uniq.edu.ht
Ketty BALTHAZARD-ACCOU, Ph.D., est enseignante-chercheure au Laboratoire de qualité de l’eau et de l’environnement (LAQUE) de l’Université Quisqueya. Sa thématique de recherche est l’évaluation des risques environnementaux liés à l’eau. Elle siège au sein du conseil de direction de
l’Observatoire sur la qualité microbiologique de l’eau douce dans les grandes villes d’Haïti, programme de recherche du LAQUE. Elle coordonne la
thématique de gestion intégrée des ressources en eau du projet Waterclima-Lac : Gestion des zones côtières. Elle est membre fondateur de l’Association haïtienne « Femmes, science et technologie » et en assure la coordination. Elle est la coordonnatrice du programme de formation doctorale
en environnement de l’Université Quisqueya et coordonne aussi le programme « Sciences » à la Commission nationale haïtienne de coopération avec
l’UNESCO. Dr Balthazard-Accou a été consultante internationale en évaluation environnementale pour le GEIGER-UQAM dans le cadre du renforcement institutionnel du Bureau national de l’évaluation environnementale (BNEE) (Convention de partenariat entre l’OIF-IFDD, l’UQAM (GEIGER) et
le ministère de l’Environnement d’Haïti). Elle a également été consultante chargée de réaliser une étude sur les capacités des laboratoires d’analyses
en Haïti. Elle a participé à l’implantation du programme d’assurance qualité en entreprise et à l’implantation du programme d’accréditation des
laboratoires (ISO 17025 ; ISO 15189). Elle a été affectée à la Direction du contrôle de qualité et de la protection du consommateur du ministère du
Commerce et de l’Industrie (MCI), chargée aussi de la mise en place progressive dans les laboratoires nationaux du système de management de la
qualité conforme aux exigences de la norme ISO CEI 17025v2008 et responsable de suivi dans le cadre du programme de renforcement institutionnel
du Bureau haïtien de normalisation du MCI par l’ONUDI. kettybal@gmail.com
Farah A. DORVAL, Ph.D., est enseignant-chercheur attachée au Laboratoire de Qualité de l'Eau et de l'Environnement de l'Université Quisqueya.
Après avoir effectué des études classiques au Collège Marie-Anne, elle intègre l'Université Quisqueya et obtient en 2004 son diplôme d'Ingénieur Civil.
Elle réalise ensuite une thèse en cotutelle entre l'INSA de Lyon et L'Université Quisqueya pour soutenir en 2011 un Doctorat en Hydrologie Urbaine sur
le traitement des données hydrologiques et la modélisation des bassins versants. Dr Dorval intègre ensuite la Direction Nationale de l'Eau Potable et
de l'Assainissement comme chef du Département Recherche pendant plus de trois ans et travailla à la mise en place de partenariats et conventions de
recherche entre les acteurs du secteur Eau Potable et Assainissement et le monde universitaire. Présidente du Comité National Haïtien du Programme
Hydrologique International de l'UNESCO, Dr DORVAL est également membre fondateur de l'association Haïtienne « Femmes, Science et Technologie »
où elle assure le rôle de coordonnatrice adjointe et chargée des relations internationales. elmyreclervil@gmail.com

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

33

Intégration de l’évaluation environnementale
stratégique (EES) dans le processus de l’évaluation
environnementale (EE) en Haïti
Ketty Balthazard-Accoua, b, Elmyre Clervila, b
a

b

Université Quisqueya, Laboratoire de qualité de l’eau et de l’environnement, BP 796, Port-au-Prince, Haïti
Association haïtienne Femmes, science et technologie, 218 Avenue Jean Paul II, Haut de Turgeau, Port-au-Prince, Haïti

Résumé : L’évaluation environnementale stratégique (EES) est devenue un instrument
courant pour la planification des politiques, des plans et des programmes d’intervention d’envergure des gouvernements ou des entreprises, afin d’évaluer les interactions
de ces interventions avec des considérations économiques, sociales et environnementales. Plusieurs études en EES ont montré les impacts de ces planifications sur le
développement durable. De nombreux pays ont commencé à légiférer sur l’utilisation
de l’EES au profit du développement de leurs politiques de planification. En Haïti, l’EES
n’est pas encore intégrée dans le processus d’évaluation environnementale pour des
raisons multiples relevant du cadre de gouvernance, des faiblesses structurelles, institutionnelles autant que du cadre légal. L’objectif de cette étude est de proposer des
arguments, résultant d’analyses, sur le besoin d’intégrer l’EES en Haïti, ainsi que de
montrer les bénéfices de l’EES pour l’atteinte des objectifs de développement durable.

Rezime :Evalyasyon anviwonnman estratejik la (EES an franse) vin tounen yon
enstriman tout moun itilize pou yo planifye divès aksyon yo ap antreprann nan preparasyon pwogram entèvansyon Leta yo osnon nenpòt antrepriz. Se yon fason pou
nou evalye entèraksyon entèvansyon sa yo nan mitan kèk konsiderasyon ekonomik,
soyal epi anviwonnmantal. Genyen anpil rechèch ki fèt sou domèn EES, ki demontre
tout enpak kalite planifikasyon sa yo genyen sou devlopman dirab. Gen anpil peyi
ki kòmanse ap pase lwa sou itilizasyon EES nan avantaj devlopman tout aksyon yo
vle antreprann nan planifikasyon yo. Nan peyi Ayiti poko genyen EES ki antre nan
pwosesis evalyasyon anviwonnman an akoz divès rezon ki soti nan gouvènans lan,
divès feblès estriktirèl, enstitisyonèl epi an menm tan legal. Objektif travay sa a se
pwopoze bon agiman, ki soti nan analiz sou nesesite pou nou entegre EES nan peyi
Ayiti, epitou pou nou demontre tout benefis ki genyen nan EES jouk nou rive genyen
yon devlopman dirab.

1. INTRODUCTION

participation, responsabilité) qui prioriserait un processus décisionnel fondé sur des principes valorisant la plus grande intégration et une participation accrue de toutes les parties prenantes.
Cette nouvelle manière de gouverner tient compte des limites de
l’environnement tout en intégrant les objectifs d’efficacité, de justice
sociale et d’équité intergénérationnelle [3]. Ainsi, la prise en compte
de l’environnement dans la gouvernance devient l’un des facteurs
incontournables du développement durable.

P

armi les outils de gestion de l’environnement, la pratique de
l’évaluation environnementale (EE) est probablement l’un des
plus connus et des plus utiles dans un contexte de développement
[1]. L’évaluation environnementale est un processus systématique
qui consiste à évaluer et à documenter les possibilités, les capacités et les fonctions des ressources et des systèmes naturels afin
de faciliter la planification du développement durable et la prise
de décision en général ainsi qu’à prévoir et à gérer les impacts
négatifs et les conséquences de propositions en particulier [2]. La
mise en œuvre de cette évaluation comporte plusieurs processus
formels dont l’évaluation d’impact environnemental (EIE), l’audit
environnemental (AE) et l’évaluation environnementale stratégique
(EES). Cette dernière forme d’évaluation environnementale est un
outil d’aide à la planification des politiques, des plans et des programmes et à l’évaluation de leurs interactions avec les considérations d’ordre économique et social [3]. L’EES permet une mise en
application directe de l’objectif 7 des objectifs du Millénaire (OMD
7) relatif à l’environnement durable en ce qui a trait à l’intégration
des principes du développement durable dans les politiques nationales. L’EES serait en parfait accord avec le plan d’application de
Johannesburg (Sommet mondial pour le développement durable,
2002), soulignant l’importance de cadres stratégiques et d’une
prise de décision équilibrée, conditions fondamentales à l’obtention
d’avancées vers les objectifs de développement. L’EES s’avère un
outil indispensable dans la mise en place d’un processus de développement durable basé sur la bonne gouvernance (transparence,

34

L’efficacité de l’EES dépend des capacités institutionnelles et
humaines dont dispose chaque pays dans ce domaine [1]. Pour
établir de manière durable la pratique de l’EES, plusieurs pays ont
conçu des stratégies afin de surmonter, entre autres, de nombreuses difficultés d’ordre institutionnel, législatif et humain. C’est le
cas de la République d’Haïti, qui accuse un retard considérable dans
le domaine de l’évaluation environnementale. Malgré la volonté
politique exprimée par le Gouvernement haïtien et l’engagement
de ses partenaires pour une meilleure prise en compte de l’environnement dans les projets, programmes, plans et politiques de
reconstruction et de développement, des défis importants restent
à relever pour permettre la prise en compte effective des enjeux
environnementaux et sociaux dans l’élaboration des politiques
publiques. De plus, en dépit de l’instabilité sociopolitique dans le
pays, beaucoup d’efforts ont été déployés par plusieurs acteurs
(partenaires financiers et techniques, société civile, État, etc.) pour
mettre en place plusieurs actions, notamment la création du Bureau
national des évaluations environnementales (BNEE) dont la mission
est d’assurer la promotion et l’implantation du Système national des

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

évaluations environnementales en Haïti. L’objectif de cette étude
est de proposer des arguments résultant d’analyses de documents
légaux et administratifs sur la nécessité d’intégrer l’EES dans le
processus d’évaluation environnementale en Haïti, ainsi que de
montrer les avantages de l’EES pour l’atteinte des objectifs de développement durable.

2. ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE
2.1 Mise en contexte
L’évaluation environnementale est un domaine en constante évolution. Certaines procédures associées sont bien connues des États et
organisations tandis que d’autres commencent uniquement à faire
leurs preuves [4]. C’est le cas de l’EES qui, depuis plus de 10 ans,
s’assume comme un instrument politique important pour les gouvernements nationaux [5]. Elle est aussi une procédure d’évaluation
qui s’applique au stade de la planification des orientations gouvernementales et organisationnelles [4]. Définissons brièvement l’évaluation environnementale afin de mieux comprendre le contexte
dans lequel s’insère l’EES. L’historique de développement de l’EE est
présenté plus loin afin de faire connaître son origine.
L’évaluation environnementale regroupe l’ensemble des processus
qui visent la prise en compte de l’environnement dans la planification des actions, le développement de projets, de programmes,
de plans et de politiques [6, 7]. L’évaluation environnementale peut
aussi se définir comme « un processus systématique qui consiste à
évaluer et à documenter les possibilités, les capacités et les fonctions
des ressources des systèmes naturels et des systèmes humains afin
de faciliter la planification d’un développement durable et la prise de
décision en général1 ». Autrement dit, l’évaluation environnementale permet d’identifier, au moment de la planification, les impacts
potentiels de la mise en œuvre de projets, de politiques, de plans
ou de programmes sur l’environnement biophysique, économique
et social, afin d’éliminer ou atténuer les impacts négatifs prévus [8]. 

2.2 Historique
Vers la fin des années 1960, les États-Unis furent le premier pays
à adopter une loi obligeant les agences dépendant de l’autorité
fédérale à tenir compte des considérations environnementales et
sociales dans leurs décisions. Adopté en 1970, le National Environmental Policy Act (NEPA) obligeait ces agences à produire un
« énoncé sur les impacts environnementaux » (Environmental Impact
Statement) avant d’entreprendre, de financer ou d’autoriser un
projet. Plusieurs pays ont intégré dans leur processus décisionnel
des dispositifs inspirés du NEPA. Le concept d’EIE a été repris par de
nombreux pays [9]. Cependant, il est arrivé plus tard dans d’autres
pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Ghana [10,
11]. Depuis l’adoption du NEPA, la pratique de l’évaluation environnementale a subi de nombreux changements. L’EE, en effet,
est passée d’une démarche rudimentaire simple à une démarche
basée plutôt sur l’analyse et la connaissance des faits réels vérifiés
1.

Pierre André et coll. (2010). Évaluation des impacts sur l’environnement : processus,
acteurs et pratique pour un développement durable, Montréal, Presses interna­
tionales Polytechnique, 398 p.

par l’expérience scientifique. Cette forme d’évaluation comporte
plusieurs processus formels dont l’évaluation d’impact environnemental pour les projets ou activités, l’audit environnemental pour
la vérification de conformité dans le cadre du contrôle de la mise
en œuvre des plans de gestion environnementale issus des EIE et
EES, et l’évaluation environnementale stratégique pour l’intégration
de l’environnement dans les programmes, plans et politiques de
développement. Wood (1995) définit l’EIE comme l’évaluation des
effets susceptibles qui résulte d’un projet (ou autre action) affectant
de manière significative l’environnement naturel et artificiel [12].
D’ailleurs, l’évaluation d’impact environnemental est une procédure d’examen des conséquences anticipées, tant bénéfiques que
néfastes, d’un projet sur l’environnement, ayant pour but de s’assurer que ces conséquences sont dûment prises en compte dans la
conception dudit projet [3]. L’EIE apparaît comme un outil pertinent
mais limité [13]. Elle ne permet pas de prendre en compte ou d’analyser des choix stratégiques de développement dont découlent les
projets de développement. Les effets cumulatifs dans le temps ou
dans l’espace des projets qui, pris isolément, n’entraînent pas de
grandes problématiques mais qui, considérés à l’échelle macro,
soulèvent de forts enjeux environnementaux, sociaux ou économiques ne sont pas étudiés. Pour franchir ces limites, il convient de
procéder à des évaluations environnementales menées en amont
des projets, soit sur les projets de politiques, de plans ou de programmes (PPP) [3] : c’est ce qu’est l’évaluation environnementale
stratégique.

3. ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUE
L’évaluation environnementale stratégique se conçoit comme un
ensemble d’approches analytiques et participatives de la prise de
décision stratégique visant à intégrer les considérations d’environnement dans les politiques, les plans et les programmes et à évaluer
leurs interactions avec les considérations d’ordre économique et
social [14]. Cette définition de l’EES synthétise toutes les notions
qui ont permis l’évolution de ce concept depuis son apparition
officielle en 1969 dans le National Policy Act américain jusqu’à
aujourd’hui. En effet, l’EES est considérée en premier lieu comme
un processus systématique, formel et exhaustif servant à évaluer les
effets environnementaux de politiques, plans ou programmes ainsi
que leurs solutions de rechange. Elle donne ainsi lieu à un rapport
écrit dont les conclusions sont utilisées dans la prise de décision
par des autorités publiques imputables [15]. L’EES est devenue alors
un outil d’aide à la décision au service du pouvoir public et, dans
la pratique, un processus continu, itératif et adaptatif, axé sur le
renforcement des institutions et de la gouvernance » [16].
Dans la pratique, il s’avère parfois difficile de délimiter les frontières
entre les politiques, les plans et les programmes qui font l’objet des
EES. Les définitions fournies par Waaub (2012) permettront de faire
la différence entre ces termes dans cette étude.
La prise en compte réelle et efficace de l’environnement préalablement à l’adoption de PPP ouvre la porte à l’application de plusieurs types d’EES [3]. Dans la littérature et dans la pratique, cette
typologie se manifeste généralement sous deux angles, soit une

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

35

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

typologie liée au degré de planification visée, soit une autre liée
aux types d’activités visées.
Dans la première catégorie, les évaluations se déclinent selon le
niveau stratégique [17]. Ainsi, il existe une différence entre les EES
réalisées pour des politiques et celles réalisées pour des plans et
programmes. Nous reprenons ici l’explication fournie par Risse
(2004) sur cette approche : La principale distinction faite au niveau
des deux approches semble être attribuable au fait que les décisions prises au niveau des politiques sont basées sur des grandes
orientations, soit des éléments plus abstraits et moins tangibles
qu’au niveau des plans et programmes [18] et qu’elles font référence à des contraintes de confidentialité et de temps qui ne sont
pas nécessairement les mêmes que celles rencontrées au niveau
des plans et des programmes. En outre, elles réfèrent à une plus
grande complexité, à une plus grande incertitude et à des horizons
temporels pouvant être plus importants que pour les plans et les
programmes2. La différence entre ces types d’EES se manifeste au
regard du processus de réalisation (voir la législation des Pays-Bas
pour illustration [2, 19, 20, 21, 15].
Selon Waaub [16], suivant les types d’activité visés, les EES peuvent
se regrouper en trois catégories :  
1) Évaluation environnementale régionale ou spatiale (EER) : Elle
permet d’intégrer dans le plan de développement régional
les enjeux cumulatifs liés au milieu naturel et humain spécifique à une région. Elle s’applique à une aire géographique
déterminée et pour une durée de temps précise. Ce type
d’évaluation permet aussi d’évaluer les impacts du développement d’un secteur d’activité sur un territoire donné en prenant en compte les interactions avec les activités existantes.
2) Évaluation environnementale sectorielle (EESec) : Elle s’applique à un secteur bien défini. C’est la forme d’EES la plus
pratiquée. Elle permet d’analyser sur le plan stratégique et
sur le long terme le choix de développement d’une filière
ou d’un secteur. Les évaluations sectorielles peuvent ainsi
couvrir l’énergie, les transports, les déchets, le tourisme, etc.
3) Évaluation environnementale stratégique appliquée à
d’autres activités : Ce type d’EES regroupe toutes les autres
études qui ne font pas partie des deux catégories susmentionnées. Le plus souvent, ces EES ne donnent pas directement lieu à des projets, mais tiennent compte des actions
ou activités qui peuvent avoir des incidences indirectes sur
l’environnement.

4. CADRE DE L’ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE
EN HAÏTI
4.1 Pratique de l’évaluation environnementale
en Haïti
Le principe 17 de la Déclaration de Rio sur l’environnement
et le développement de 1992 stipule l’adoption de l’EIE en tant
2. OCDE (2006). Lignes directrices et ouvrages de référence du CAD. L’évaluation
environnementale stratégique : guide de bonnes pratiques dans le domaine de la
coopération pour le développement, Paris, OCDE, 178 p.

36

qu’instrument national pour réaliser le développement durable
[22]. En Haïti, depuis 2005, l’évaluation environnementale est encadrée essentiellement par le décret du 12 octobre 2005 portant sur
la gestion de l’environnement et la régulation de la conduite des
citoyens et citoyennes pour un développement durable. Cependant,
ce décret, qui reste non appliqué sur plusieurs aspects dont ceux
relatifs à l’EE, n’est encore appuyé par aucune loi ni aucun arrêté
d’application. L’article 56 de ce décret stipule : « Les politiques, plans,
programmes, projets ou activités susceptibles d’avoir un impact sur
l’environnement doivent obligatoirement faire l’objet d’une évaluation environnementale à la charge de l’institution concernée ».
Par ailleurs, les projets ou établissements/installations de faible
envergure, mais qui pourraient avoir des effets non négligeables
sur l’environnement sont soumis à une notice d’impact environnemental et social.
Dans le but d’assurer une prise en compte effective des considérations environnementales dans toutes les initiatives de développement, plusieurs conférences internationales sur des questions
d’environnement ont eu lieu. Des accords et protocoles ont été
discutés, signés et parfois ratifiés. En Haïti, le Gouvernement possède une Politique environnementale nationale. Cette politique
n’est pas soutenue par des lois et règlements assortis de conditions
ou de critères spécifiques. Selon les données du PARC/MDE/PNUD
(2014), l’absence de textes législatifs et procédures spécifiques à l’EE
a pour conséquence la réalisation d’études environnementales de
projets de développement dans les départements sectoriels et par
la coopération internationale, sans l’implication du ministère de
l’Environnement d’Haïti (MDE) [22]. Le traitement des documents
d’études d’impact environnemental et social (EIES) était réalisé de
manière irrégulière et non systématique par plusieurs directions
ou services techniques du MDE. Ces études environnementales
prennent pour référence les procédures des partenaires techniques
et financiers impliqués [23]. C’est notamment le cas de l’Agence
canadienne de développement international (ACDI), de la Banque
mondiale et de la Banque africaine de développement. Pour mener
des projets de développement, ces institutions adoptent des politiques portant spécialement sur des processus entourant l’évaluation environnementale. Ainsi, les normes environnementales sont
entre autres une conditionnalité du processus de subvention et de
réalisation des activités de développement. Avec le BNEE, le MDE
dote le pays d’un organe chargé de ces dossiers devant conduire à
l’obtention ou non de la non-objection environnementale, conformément au décret-cadre du 12 octobre 2005 sur la gestion de
l’environnement en Haïti.
Les EIE sont généralement réalisées par un consultant individuel ou
un groupe de consultants experts ou des bureaux d’études. Quoi
qu’il en soit, c’est un fait qu’il existe en Haïti une pratique d’EIE.
Cependant, la question de l’EES y constitue un champ nouveau
dont il faudra nécessairement s’occuper. Les EES sont un complément et non un remplacement des EIE puisqu’elles permettent de
prendre en compte des éléments de portée générale qui peuvent
être ignorés. Il y a un réel besoin de mettre au point ce genre
d’outils en vue d’assurer une meilleure compréhension et une
vision intégrée des implications environnementales, sociales et

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

économiques des grandes orientations de développement du pays
qui doivent obligatoirement tendre vers un développement durable.

5. CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DE L’EE
EN HAÏTI
5.1 Cadre légal
En Haïti, l’EE peut se baser sur les textes de loi ci-dessous pour
légitimer sa pratique. Cependant, il n’existe pas un ensemble de lois
ou de règlements liés à l’EE de manière spécifique. Parmi les textes
de loi qui traitent directement de l’évaluation environnementale,
on compte :
• Le Plan d’action pour l’environnement (PAE) paru en juin 1999.
• Le décret-cadre de 2005 portant sur la gestion de l’environnement et la régulation de la conduite des citoyens et citoyennes
pour un développement durable (12 octobre 2005).
• La loi du 9 juillet portant sur les zones franches (9 juillet 2002).
• L’arrêté du 16 mai 2012 fixant les conditions réglementaires
de création, d’implantation, de gestion, d’exploitation et de
contrôle des zones franches (6 mai 2012).
En ce qui a trait à l’EES, aucune loi haïtienne n’en fait mention. Il
y a donc une nécessité de l’intégrer, car l’EES est une catégorie
d’évaluation environnementale. Il faut retenir par contre qu’Haïti
est signataire d’un ensemble de traités et de conventions internationaux, notamment la Convention sur la diversité biologique,
la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques
biotechnologiques, découlant de la Convention sur la diversité
biologique, la Convention des Nations Unies sur les cours d’eau
de 1997, la convention d’ESPOO de 1991 sur l’étude d’impact environnemental dans un contexte transfrontalier3. Toutes ces conventions peuvent constituer une base importante sur laquelle on peut
prendre appui pour réaliser les études d’EE, mais aussi pour faire
évoluer le droit haïtien en cette matière.

5.2 Cadre institutionnel
Le MDE est la plus haute instance étatique chargée de formuler et
de faire appliquer, d’orienter et de faire respecter la politique du
Gouvernement en matière de gestion et de protection de l’environnement, de préservation des écosystèmes et de conservation de la
biodiversité pour améliorer la qualité de vie des citoyens, et assurer
une utilisation durable de l’environnement et des ressources naturelles. En vue d’atteindre cet objectif, il collabore avec d’autres
ministères tels que le ministère de l’Agriculture, des Ressources
naturelles et du Développement rural (MARNDR), le ministère
des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), le
ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), d’autres
organismes de la société civile, les collectivités territoriales, etc. Il y
a aussi les unités techniques sectorielles (UTES) au sein des autres
3.

PARC/MdE/PNUD, 2014, Cadre juridique et institutionnel de l’évaluation environnementale en Haïti/ Référentiels méthodologiques de l’étude d’impact sur
l’environnement. Rapport de consultation. Port-au-Prince, 347 p.

ministères qui collaborent avec le MDE. Le MDE travaille aussi de
concert avec le Comité interministériel d’aménagement du territoire
(CIAT) qui a pour mission de définir la politique du gouvernement
en matière d’aménagement du territoire, de protection et de gestion
des bassins versants, de gestion de l’eau, de l’assainissement, de
l’urbanisme et de l’équipement.
La proposition du nouveau projet de loi relative à l’évaluation environnementale donne les orientations générales et fixe les principes
et règles relatifs :
• à l’étude d’impact sur l’environnement, y compris les plans de
gestion environnementale et sociale ;
• aux audits sur l’environnement ;
• à l’évaluation environnementale stratégique.
En effet, l’intégration de l’EES dans le processus de l’évaluation
environnementale en Haïti doit se faire à travers le BNEE. Il s’agit
d’un service techniquement déconcentré, dont la mission essentielle est d’assurer la coordination de la mise en œuvre et du suivi
de la politique nationale en matière d’évaluation environnementale,
notamment les EIES, les EES, les audits environnementaux et la
participation publique. La structure organisationnelle du BNEE se
compose de directions, de services et de sections qui sont animés
par un personnel permanent. Le BNEE est représenté par des
Bureaux départementaux d’évaluation environnementale (BDEE),
qui peuvent être associés aux directions.

5.3 Coup d’œil sur la proposition de loi
du PARC/MDE/PNUD (2014)
Il est important de noter qu’il existe un projet de loi en cours proposant le cadre juridique et institutionnel de l’EE en Haïti. C’est une
étude qui a été réalisée dans le cadre du Projet d’appui au renforcement des capacités du ministère de l’Environnement [22] sous
l’initiative de l’État haïtien dans le cadre de la mise en œuvre d’une
politique environnementale. Ce travail a permis d’élaborer une proposition de mise en place d’un cadre institutionnel et réglementaire de l’évaluation environnementale et l’élaboration de guides de
référence pour la réalisation des études d’impact environnemental
dans le contexte haïtien. Concrètement, cette consultation a abouti
à trois grands résultats :
1) Un cadre juridique régissant les évaluations environnementales à travers un projet de loi général d’abrogation de
certaines dispositions relatives à l’évaluation environnementale du décret du 12 octobre 1995 qui a tenté de donner les
orientations sur les modalités d’application des évaluations
environnementales et sociales stratégiques (EESS), les EIES
et les audits environnementaux et sociaux (AES).
2) Un cadre institutionnel de mise en œuvre, à travers la création d’un BNEE. Cet organe est le résultat d’un consensus
établi à partir d’un processus participatif de choix d’un
modèle organisationnel basé sur une analyse multicritère
et impliquant la quasi-totalité des acteurs concernés. Le
BNEE devrait être techniquement déconcentré, doté d’une
personnalité morale et d’une autonomie administrative et
financière. Il a pour mission d’assurer la promotion et la mise

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

37

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

en œuvre du Système national d’évaluations environnementales, notamment les EIES, les EESS, les AES et la participation
publique.
3) Des référentiels techniques comprenant a) un guide général
de réalisation de l’EIES donnant les détails sur la procédure
administrative et le contenu des EIES et de la participation
publique ; b) des guides sectoriels de réalisation des EIES
concernant 13 secteurs d’activité : les projets agropastoraux, les projets d’aéroports, les projets d’aménagement des
espaces naturels, les projets d’industries chimiques, les projets d’industries du bois, les projets d’urbanisme et habitat,
les projets de barrages et centrales hydroélectriques, les projets de ports, les projets d’industries agroalimentaires, les
projets hydrauliques, les projets linéaires, les projets miniers,
et les projets pétroliers et gaziers.
Ce projet de loi a jeté d’une manière significative les bases pour
un cadre juridique et institutionnel adapté au contexte haïtien de
la mise en œuvre de l’EE. Il faut aussi souligner, comme mentionné
précédemment, la mise en fonction depuis 2015 du BNEE au sein
du MDE. Cependant, force est de constater qu’à travers ce projet de
loi, si l’EES a été citée comme un outil important devant être mis en
œuvre dans la politique nationale de l’EE en Haïti, elle n’a pas fait
l’objet d’une analyse réelle ni de proposition d’application concrète.
Le cadre juridique, sans évincer l’EES, se concentre sur les EIES et
inclut aussi les AES. La loi donne au BNEE la capacité juridique d’intervenir dans les EES mais sans définir les modalités comme c’est le
cas pour les EIE. Enfin, les guides sectoriels s’appliquent strictement
aux EIES et ne tiennent pas compte du tout des EES.
Il n’en demeure pas moins que les bases juridiques et institutionnelles sont jetées pour un cadre légal de mise en œuvre de l’EES en
Haïti. Une meilleure prise en compte de l’EES doit être réalisée dans
ce contexte. Toutefois, il faut souligner que ce texte de loi, près de
quatre ans après son élaboration, n’a toujours pas été voté et donc,
du point de vue légal, ne peut être considéré comme un cadre de
fonctionnement structuré de l’EE en Haïti.

6. PLAIDOIRIE POUR L’INTÉGRATION DE L’EES
DANS LE PROCESSUS DE L’EE EN HAÏTI
La nécessité de l’EES est née des limites de l’EIE, entre autres, la difficulté d’apprécier les effets cumulatifs sans considérer l’ensemble
des projets similaires sur un territoire donné [24]. En effet, des
questionnements importants sont soulevés lors de la réalisation
des EIE, mais ce processus est incapable d’y répondre, car la problématique soulevée déborde le cadre du projet, même si celui-ci
pourrait y contribuer. Alors que l’EES fait référence à une planification stratégique, l’EIE analyse des projets concrets localisés
et définis. Un bon mécanisme d’arrimage permettrait d’éviter une
remise en question des décisions prises relativement aux politiques,
plans et programmes. En effet, l’EES définit des balises pour la prise
de décision aux niveaux inférieurs, ce qui oriente mieux les efforts
des évaluateurs. Un bon arrimage des paliers d’évaluation permet
ainsi de se consacrer de façon spécifique et progressive aux différents éléments à traiter. À moyen terme, cela diminue les coûts et
les délais de réalisation des EIE en plus d’améliorer la gestion des

38

évaluations et de la participation citoyenne (Saint-Amant, 2002, cité
dans [4]). L’EES fournit un cadre pour l’EIE des projets ponctuels.
Elle permet de prendre en considération des éléments de portée
générale qui sont souvent difficiles à examiner pour certains projets
et définit, plus particulièrement, l’orientation générale des projets
ainsi que les impacts potentiels globaux de ceux-ci [4]. Afin que
ces deux évaluations soient cohérentes, complémentaires et synergiques, il est important de bien les arrimer. Pour éviter la répétition
des évaluations, la Directive 2001/42/CE relative à l’évaluation des
incidences de certains plans et programmes sur l’environnement
a d’ailleurs introduit une disposition concernant les mécanismes
d’arrimage 4. Ces mécanismes d’arrimage devraient permettre entre
autres de gérer efficacement les différentes évaluations et la participation des publics [8].
L’arrimage EES et EIE doit être une préoccupation en Haïti. En fait, il
n’y a pas de pratique de l’EES implantée dans le pays. Il y a peut-être
des exemples d’études stratégiques réalisées en Haïti en application
des directives émises par les bailleurs, mais pas d’EES conformément à des PPP. Comme stipulé dans l’article 27 du projet de loi
relatif au cadre juridique régissant les évaluations environnementales, il revient à la Direction des politiques, études générales et
évaluations environnementales stratégiques :
• de promouvoir la pratique des évaluations environnementales
stratégiques en collaboration avec les autres structures du
Ministère ;
• d’apporter un appui technique aux initiateurs des plans et programmes en vue de faciliter la réalisation d’évaluations environnementales stratégiques.
Cette promotion de la pratique des EES passe également par le
renforcement des institutions et implique le développement d’une
expertise entourant l’EES, ce qui permettra l’amélioration constante
de la procédure relative à l’EES. Selon Pierre André (2012), le transfert de connaissances est un élément essentiel pour former une
expertise.
Par ailleurs, l’élaboration d’une directive ou d’une politique afin de
définir les exigences de l’EES est nécessaire. L’adoption du projet de
loi relatif aux évaluations environnementales devra être suivi d’une
proposition d’intégration des exigences de l’EES encadrant des activités pouvant avoir un impact sur l’environnement. Au Québec, par
exemple, pour que l’EES ait un caractère contraignant pour tous les
acteurs, elle doit être intégrée dans une loi ou un règlement d’application [25], sinon, l’EES peut être arbitraire et reste à la discrétion
du gouvernement. Ainsi, il est fortement recommandé de profiter
des circonstances favorables liées à la structuration juridique et
institutionnelle de l’EE pour établir le cadre légal de l’EES en Haïti.

4.

Directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil relatif à l’évaluation
des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement, art. 4, par.
3 : « Lorsque les plans et programmes font partie d’un ensemble hiérarchisé, les
États membres, en vue d’éviter une répétition de l’évaluation, tiennent compte
du fait qu’elle sera effectuée, conformément à la présente directive, à différents
niveaux de l’ensemble hiérarchisé. Afin, entre autres, d’éviter une répétition de
l’évaluation, les États membres appliquent l’article 5, paragraphes 2 et 3. »

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

6.1 Éléments de l’intégration de l’EES en haïti
6.1.1 Éléments positifs de l’intégration de l’EES
1) Ratification des conventions internationales par Haïti :
D’après l’article 276-2 de la Constitution en vigueur en Haïti,
les textes de loi ratifiés par l’État haïtien font partie des lois et
règlements en vigueur dans le pays et ont préséance sur ces
derniers en cas de contradiction. Ce cadre juridique international regroupe les déclarations et les conventions et permet
ainsi aux acteurs de l’EE d’avoir recours à un ensemble de
lois, de règlements et de procédures pouvant servir de base
à la mise en œuvre de l’EES en Haïti.
2) Fonctionnement du MDE : L’existence d’un organe étatique
de gestion de l’environnement est d’une importance capitale. En effet, c’est la première expression claire et nette de
l’État dans la prise en compte des problématiques environnementales dans les politiques publiques du pays. Le MDE,
à travers ses directions départementales, est présent sur
tout le territoire du pays. Le renforcement de ses capacités
devrait donc se faire au niveau central, mais aussi et surtout au niveau du BNEE, qui est une structure déconcentrée.
Création du BNEE : la création du BNEE montre une volonté
de l’État haïtien de régulariser l’EE en Haïti. Cependant, il faut
miser sur le temps et sur une volonté continue de tous les
acteurs impliqués dans cette démarche pour non seulement
faire fonctionner effectivement le bureau, mais aussi en faire
une structure pérenne et dotée de l’autorité nécessaire pour
faire appliquer et respecter les lois.
3) Programme de formation : Il est indispensable qu’un programme de renforcement des capacités soit mis en place
pour les cadres qui auront à intervenir dans l’intégration et
le fonctionnement du bureau, mais aussi pour tous ceux qui
auront à un titre ou à un autre à contribuer à la réalisation
des EIE et EES, à leur validation et à leur mise en œuvre. En
tenant compte de la vulnérabilité du pays, les prochains programmes de formation devraient s’orienter entre autres sur
l’EES en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme,
de géorisques, de résilience institutionnelle et de gestion des
catastrophes.
4) Proposition du cadre juridique de l’EIE en Haïti : La proposition du cadre juridique de l’EE en Haïti constitue un pas
extrêmement important dans le processus de mise en place
de l’EE. Malheureusement, cet article n’a pas traité de l’EES
en particulier, mais s’est plutôt concentré sur l’EIE. L’un des
points faibles du cadre de l’EE en Haïti est la faiblesse du
cadre juridique ; en revanche, elle peut constituer une force,
car cette lacune permet de profiter des avancées des autres
pays pour bien intégrer l’EES dans le processus de l’EE. Il
faudra alors envisager d’intégrer dans cette proposition de
loi une section sur l’EES en Haïti en définissant comme pour
l’EIE ses mécanismes d’application.

6.1.2 Facteurs de retard ou d’échec de l’intégration
de l’EES en Haïti
1) Faiblesse institutionnelle du MDE et d’autres institutions de
l’État devant s’impliquer dans la mise œuvre du processus
de l’EE.
2) Ambigüité du rôle du MDE par rapport aux autres ministères :
Il est aussi à déplorer que les activités du MDE rentrent bien
des fois en collision avec celles du MARDNR et du MTPTC.
3) Manque de compétences dans le domaine ou manque de
cadres qualifiés : L’EE étant un champ disciplinaire nouveau
en Haïti, il est normal que les experts dans ce domaine ne
soient pas nombreux. Dans un contexte de renforcement
institutionnel, l’EES institutionnelle part du principe que les
processus de décision stratégiques au plus haut niveau sont
fortement influencés par des considérations d’ordre politique et se concentre donc sur les questions institutionnelles
et de gouvernance [16]. L’EES institutionnelle peut vraiment
s’avérer un outil important pour non seulement former les
cadres en tant qu’individus, mais aussi restructurer le MDE,
qui est le contexte de fonctionnement des individus.
4) Faiblesse de l’État : La faiblesse de l’État haïtien se manifeste
par son incapacité à faire appliquer les lois et les règlements
même si ces derniers sont clairement définis.

Conditions de succès
Il faut faciliter la participation effective des publics concernés, ceci
devant être un souci continu des acteurs de l’EE/EES. Ensuite, collaborer étroitement avec les acteurs locaux (élus, sages, anciens de
la zone, organisations de base, organisations paysannes, etc.) afin
que toutes les parties prenantes soient véritablement impliquées
et qu’elles soient effectivement des acteurs de développement au
sein des localités.

7. CONCLUSION
L’intégration de l’EES dans le processus d’évaluation environnementale peut avoir comme point de départ la réalisation de l’EES
institutionnelle. Cette forme d’EES n’a pas pour finalité l’élaboration de PPP, mais se concentre sur l’analyse des facteurs institutionnels et de gouvernance à la base des processus de prise de
décision dans le but de les renforcer. Il faudra ensuite élaborer les
démarches spécifiques et les limites d’évaluation des différentes
formes d’EES. Ces démarches devraient être clairement décrites,
définies, et devraient tenir compte des exigences du cadre de la loi.
Pour tracer les grandes lignes de réalisation et structurer l’aide à
la planification des PPP, il conviendrait d’élaborer des guides pour
la réalisation des EES lourdes et légères. Les différents types d’EES
devraient compter parmi les préoccupations de l’autorité compétente pour les rendre optimaux dans le contexte haïtien.

8. RECOMMANDATIONS
Les recommandations qui suivent abordent les actions à entreprendre pour rendre possible l’intégration de l’EES dans le processus d’évaluation environnementale.
Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

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Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

• Il faut envisager d’intégrer, dans la proposition du cadre juridique et institutionnel, de procédure générale et de guides
sectoriels de réalisation de l’évaluation environnementale en
Haïti, une section relative à l’EES déterminant, comme pour
l’EIE, ses mécanismes d’application.
• La mise en œuvre de l’EES en Haïti peut avoir comme point de
départ la réalisation de l’EES institutionnelle. Cette forme d’EES
n’a pas pour finalité l’élaboration d’un PPP mais se concentre
sur l’analyse des facteurs institutionnels et de gouvernance
à la base des processus de prise de décision dans le but de
les renforcer. Il faudra ensuite élaborer les démarches spécifiques et les limites d’évaluation des différentes formes d’EES.
Ces démarches devraient être clairement décrites, définies, et
devraient tenir compte des exigences du cadre de la loi. Pour
tracer les grandes lignes de réalisation et structurer l’aide à la
planification des PPP, il conviendrait d’élaborer des guides pour
la réalisation des EES lourdes et légères. Les différents types
d’EES devraient compter parmi les préoccupations de l’autorité
compétente pour les rendre optimaux dans le contexte haïtien.
• Pour un bon arrimage ou une bonne liaison de l’EES et de l’EIE
des projets, il est essentiel qu’un transfert de l’information s’effectue entre les deux niveaux. Les données relatives aux deux
types d’évaluation peuvent être gérées à partir d’un système
commun de gestion. Les documents reçus lors des consultations publiques et qui peuvent aider à l’évaluation, les notes, les
mémoires, les avis, les rapports (qu’ils soient préliminaires ou
finaux) pourront y être notés ou répertoriés. L’administration
des deux niveaux étant faite par le MDE, l’ordonnancement de
ces informations et leur transfert aux acteurs impliqués dans
les procédures devraient aussi être réalisés par cette entité.
• ●Il devient important que le BNEE mette sur pied des groupes
de travail incluant des intervenants de milieux et de domaines
d’activité divers. Des représentants des ministères et organismes, de même que les principaux acteurs qui interviennent
dans chacune des EES, pourraient faire partie de comités permanents.
• Il est important d’utiliser des méthodes créatives pour sensibiliser et informer les citoyens et les motiver à participer à
des débats stratégiques sur les enjeux. Entre autres, mentionnons : les vidéoconférences, les ateliers, les tables rondes, les
plateformes de discussion, les médias. On recueillera ainsi des
informations, les attentes des citoyens, les commentaires sur
les PPP proposés.
• Il faudra renforcer le MDE et donc le BNEE au moyen d’un
accompagnement soutenu et d’une formation continue des
cadres. Il faut aussi prévoir des séances de formation ciblées
pour des cadres de différents niveaux et de différentes délimitations territoriales.

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22  PARC/MDE/PNUD (2014). Projet d’appui au renforcement des capacités
du MDE – PARC.

21  DALAL-CLAYTON, D. B. (2004). « The MDGs and Sustainable Development : The Need for a Strategic Approach », dans D. Satterthwaite (dir.), The
Millennium Development Goals and Local Processes : Hitting the Target or

23  CROWLEY, M. (2016). Évaluation environnementale stratégique – Un outil
pour favoriser le développement durable.
24  BARIL, J. (2011, 22 août). « Évaluation environnementale stratégique et Loi
sur la qualité de l’environnement », Gaïa Presse.

Ketty BALTHAZARD-ACCOU, Ph.D., est enseignante-chercheure au Laboratoire de qualité de l’eau et de l’environnement (LAQUE) de l’Université
Quisqueya. Sa thématique de recherche est l’évaluation des risques environnementaux liés à l’eau. Elle siège au conseil de direction de l’Observatoire
sur la qualité microbiologique de l’eau douce dans les grandes villes d’Haïti, programme de recherche du LAQUE. Elle coordonne la thématique de
gestion intégrée des ressources en eau du projet Waterclima-Lac : Gestion des zones côtières. Elle est membre fondateur de l’Association haïtienne
Femmes, science et technologie et en assure la coordination. Elle est la coordonnatrice du programme de formation doctorale en environnement
de l’Université Quisqueya et coordonne aussi le programme de sciences de la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO.
Dr Balthazard-Accou a été consultante internationale en évaluation environnementale pour le GEIGER-UQAM dans le cadre du renforcement institutionnel du Bureau national de l’évaluation environnementale (BNEE) (Convention de partenariat entre l’OIF – IFDD, l’UQAM (GEIGER) et le ministère
de l’Environnement d’Haïti). Elle a également été consultante chargée de réaliser une étude sur les capacités des laboratoires d’analyses en Haïti. Elle
a participé à l’implantation du programme d’assurance qualité en entreprise et à l’implantation du programme d’accréditation des laboratoires (ISO
17025 ; ISO 15189). Elle a été affectée à la Direction du contrôle de qualité et de la protection du consommateur du ministère du Commerce et de
l’Industrie (MCI), chargée aussi de la mise en place progressive dans les laboratoires nationaux du système de management de la qualité conforme
aux exigences de la norme ISO CEI 17025v2008 et responsable de suivi dans le cadre du programme de renforcement institutionnel du Bureau haïtien
de normalisation du MCI par l’ONUDI. kettybal@gmail.com
Elmyre CLERVIL, ing. M.Sc. détient une licence en génie civil et un master II en gestion de l’environnement. Travaillant depuis plus de neuf ans
dans le domaine de la gestion des eaux et de l’environnement en Haïti, elle a conduit pendant plus de deux ans un Observatoire binational sur la
migration, l’éducation, l’environnement et le commerce, projet binational entre la République d’Haïti et la République dominicaine. Elle est consultante
internationale en évaluation environnementale, en déplacement involontaire des populations et en gestion des eaux. Elle est présentement doctorante
à l’école Société et environnement de l’Université Quisqueya, attachée à la recherche et à l’enseignement au Laboratoire de la qualité de l’eau et de
l’enseignement (LAQUE) de l’Université Quisqueya. Ses travaux de recherche concernent notamment la qualité microbiologique et physicochimique
des eaux, les procédés de traitement des eaux et l’évaluation environnementale, notamment les études d’impact et de suivi environnemental. elmyreclervil@gmail.com, elmyre.clervil@uniq.edu.ht

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

41

Gestion environnementale
dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince :
entre le droit et la participation citoyenne,
le cas de Canaan
Neptune Princea, Anne-Laurence Verreta,b, Yolette Jérôme,b, Anie Brasa,b
a

b

Université Quisqueya, Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines (CRAPU), Port-au-Prince, Haïti.
Association haïtienne « Femmes, science et technologie » (AHFST), 218 Avenue Jean Paul II, Haut de Turgeau, Port-au-Prince, Haïti.

Résumé : La gestion environnementale dans les espaces urbains des pays du Sud est
affectée par l’écart existant entre les normes d’urbanisme et l’action des citoyens. La
gestion environnementale et le bien-être des citadins dépendent effectivement de la
participation des citoyens en vertu des principes établis. Or, la croissance galopante
de la population dans les milieux précaires entraîne un déséquilibre entre la capacité
de l’État et le pouvoir des citoyens de créer des espaces de vie. Canaan, un quartier
précaire de 200 000 habitants au nord de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince,
semble être un bon exemple pour analyser ce déséquilibre. Notre objectif est de montrer l’impact de la participation des citoyens sur la gestion environnementale dans une
interrelation d’acteurs de gouvernance urbaine. À cet effet, les données d’une enquête
et d’un groupe de discussion réalisés à Canaan ont été utilisées conjointement avec
celles tirées d’observations de terrain.

Rezime : Eka ki genyen ant nòm ibanis ak aksyon sitwoyen nan peyi an devlopman
yo afekte jesyon anviwonnman espas nan vil peyi sa yo. Jesyon ak byenèt sitwayen yo
depann vrèman de patisipasyon sitwoyen yo ki dwe chita anviwonnman sou prensip
byen etabli. Poutan, popilasyon an ki ap ogmante san gade dèyè nan bidonvil yo
vin bay tèt chaje nan ekilib ant kapasite Leta ak pouvwa sitwayen yo genyen pou yo
devlope espas pou yo viv. Kanayan (Canaan), yon bidonvil ki gen 200.000 moun ki
nan nò kapital Pòtoprens la sanble yon bon egzanp pou nou analize dezekilib sa a.
Objektif pa nou se pou nou montre enpak patisipasyon sitwayen yo genyen sou jesyon
anviwonnman an nan yon relasyon ale vini ant aktè gouvènans vil yo. Se poutèt sa
nou itilize tout rezilta yo ansanm nan kèk akyon gwoup diskisyon ki te reayalize nan
Kanayan ansanm ak rezilta ki soti nan obsèvasyon sou teren an.

1-INTRODUCTION

leur applicabilité, d’envisager la possibilité de dégager une certaine
logique de cette régulation ainsi qu’une appréhension de l’écart entre
les textes et la réalité sur le terrain3 ». Dans une démarche visant à
comprendre la contribution de l’économie et de la performance
organisationnelle à une meilleure gestion environnementale, au
progrès individuel et au développement durable dans les villes du
Sud, la première question est de savoir pourquoi, dans les États
en faillite, les citoyens, passés comme acteurs dans la dynamique
de gouvernance urbaine, préfèrent recourir au non-réglementaire
qu’au principe légal. Dans ce champ aussi vaste qu’ouvre le travail
de l’historien, cet article cherche plutôt à analyser sous l’angle de la
sociologie urbaine le phénomène qu’est le choix du non-réglementaire dans les processus de gestion environnementale des espaces
urbains particulièrement constaté dans l’aire métropolitaine de
Port-au-Prince (AMP). Il se propose d’examiner, à la lumière des
observations sur la construction urbaine de Canaan, les éventuels
effets de l’écart entre les normes et les pratiques de gestion environnementale dans les espaces urbains en mettant l’accent sur la
présence des « sans », que Théodat définit comme les  « […] sans
eau, sans électricité, sans emploi, sans route, sans école, sans avenir,

L

a protection de l’environnement ne désigne pas forcément la
gestion environnementale. Elle est en effet « assurée par un
multiple de textes législatifs qui dépassent largement les lois spécifiques de protection de l’environnement1 ». Les acteurs mobilisés pour
gérer l’espace urbain sont les responsables politiques nationaux
et locaux, les professionnels de la ville, le secteur privé, les opérateurs urbains, le secteur académique et les groupes de recherche,
le secteur associatif et les citoyens [1]. L’implication de ces acteurs2
dans cette démarche est fondamentale, parce qu’ils sont ceux
qui, par leurs actes, influent sur l’environnement. Les actions des
citoyens, pour qui l’environnement ferait l’objet d’entretien et de
maintenance, sont régies par des textes de lois. Ceux-ci sont des
initiatives politiques et administratives ayant pour but de rendre
soutenable le cadre de vie dans les milieux urbains. Étienne (2017)
dans son inventaire des textes de lois réglementant la question
de l’occupation de l’espace urbain métropolitain de 1957 à 1986,
soulève la question de l’inapplication des lois relatives à l’urbanisme en Haïti sans rechercher pourquoi elles sont inopérantes [2].
L’idée est plutôt d’amorcer une réflexion, selon lui, plus poussée en
insistant sur la nécessité « d’analyser, dans le cadre d’une recherche
plus approfondie, les modalités et le degré d’application des lois,
1.

C. Gendron (2004). La gestion environnementale et la norme ISO 14001, Montréal,
Presses universitaires de Montréal.

2.

Dans le cadre de cet article, le pouvoir public et les citoyens sont les deux acteurs
considérés.

42

3.

J. F. Étienne (2017). « La législation haïtienne et l’occupation de l’espace dans la
zone métropolitaine de Port-au-Prince, 1957-1986 », dans Pré-Actes du Colloque
international « Quel développement urbain pour la ville post-crise ?, Pétion-ville,
Éditions Pédagogie Nouvelle S.A., p. 42.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

sans État, etc.4 ». La participation de ceux-ci, prise sous l’angle de
l’absence de performances organisationnelles et sociétales, semble
entraver la soutenabilité des villes. Dans un tel contexte, il convient
également d’aborder l’écart entre le droit et les pratiques sociales,
comme phénomène apparemment normal dans l’exercice de la
gouvernance urbaine dans l’AMP, plus spécialement dans le cas
particulier de Canaan.

2. ASPECT MÉTHODOLOGIQUE
La zone d’étude est Canaan (figure 1). Ce quartier est situé au nord
de Port-au-Prince et géré par la Mairie de Croix-des-Bouquets.
Cette zone est habitée par 200 000 personnes [3] réparties sur
une superficie de 27 km 2. Ce vaste bidonville fait augmenter la
longue liste des quartiers précaires que comporte l’AMP. Ce lieu
est aujourd’hui un laboratoire d’analyse de pratiques urbaines qui
attire de nombreux chercheurs de différents domaines. En effet,
Canaan est au cœur d’une crise globale de gestion environnementale caractérisée par une combinaison de problèmes d’aménagement, d’infrastructures et de services urbains. Cette crise affecte
aussi d’autres villes de l’AMP.
Dans le cadre de l’axe de recherche « Infrastructures et villes
durables » du Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines
(CRAPU), Jérôme et al. (2017), à travers le thème « Eau dans les
établissements humains du futur » dudit axe, ont étudié le rôle des
comportements socio-économiques de la population de Canaan à
l’égard de l’eau. Ils ont réalisé une enquête sur un échantillon de 439
ménages en 2016. Certains résultats de cette enquête sont utilisés
dans cet article. Les données sont complétées par des informations
recueillies lors d’une observation de terrain effectuée en avril 2017
au cours de laquelle des groupes de discussion ont été réalisés
avec des habitants de Jérusalem, un quartier précaire de Canaan.

3. VILLES SOUTENABLES : UN PROJET ENTRAVÉ
PAR LES DYNAMIQUES DES ACTEURS
Le ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE)
a organisé un atelier du 29 au 31 juillet 2010 sur la planification
stratégique de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Dans les
Résultats de l’atelier de lancement n° 1, 11 plans relatifs à des programmes d’aménagement entre 1974 et 2010 sont soulignés [4].
Les actions souhaitées dans les ateliers ont été ainsi fixées : « Les
actions de redressement et de reconstruction après le tremblement
de terre du 12 janvier 2010 doivent être ancrées dans le long terme
et contribuer à la refondation d’Haïti telle qu’explicitée dans le Plan
d’Action pour le Redressement et le Développement d’Haïti (PARDH)
qui vise à faire d’Haïti un pays émergent en 2030[…]. Pour cela,
des plans stratégiques d’urbanisme et d’aménagement du territoire
doivent être développés à un rythme accéléré sur 18 mois et ceci à
trois échelles avec un Plan Stratégique au niveau national (qui rejoint
et explicite les axes du PARDH dans la réalité spatiale du pays), des
Plans Stratégiques de Développement Urbain au niveau régional pour
4. J.-M. Théodat (2014). « Port-au-Prince en sept lieux », dans L. Hurbon (dir.),
Catastrophe et environnement. Haïti, séisme du 12 janvier 2010, France, École des
études en sciences sociales, p.144.

la Région Métropolitaine de Port-au-Prince et pour les deux autres
principales zones urbaines directement affectées5. » Pour parvenir à la
réalisation de cette planification urbaine, le Comité interministériel
d’aménagement du territoire (CIAT) (2014) a déterminé sept acteurs
qui interviennent dans la gouvernance de la ville en Haïti. Il s’agit
des responsables politiques nationaux et locaux, des professionnels de la ville, du secteur privé, des opérateurs urbains, du secteur
académique et des groupes de recherche, du secteur associatif et
des citoyens [1]. Si tous les acteurs agissent, il y a lieu de constater
en première position les effets de la participation des citoyens dans
l’exercice de la gouvernance urbaine. Cependant, alors que dans
la liste, les citoyens sont placés en marge des autres acteurs pour
ce qui est de l’importance, ils semblent inverser le schéma de la
gouvernance des villes présenté.
Dans la quatrième leçon du cours « Sécurité, territoire et population », en 1978, Foucault cherche le sens de la « gouvernementalité »
par une approche historique du gouvernement [5]. Et depuis lors,
des nuances sémantiques ne cessent de glisser entre « gouverne »,
« gouvernance », « gouvernement », « gouvernementalité », ce qui
renforce en conséquence le verbe « gouverner », qui est, toujours
pour Foucault, différent d’« administrer » et de « commander ». La
question « Qu’est-ce que gouverner ? » s’amplifie et embrasse des
champs multiples, notamment la morale, l’économie et la politique.
En effet, l’art de gouverner selon le philosophe se définit par trois
dimensions. D’abord, gouverner soi-même, qui traduit la capacité
morale dont fait preuve une communauté (gouvernance collective) ou un citoyen (gouvernance individuelle) pour manifester
sa solidarité collective ou sa responsabilité individuelle à l’égard
des autres membres de la société. Ainsi, la participation citoyenne
comme acte de gouvernance urbaine revêt une dimension morale
au même titre que la gouvernance d’une famille et la gouvernance
d’un État. Ensuite, gouverner une famille fait référence à la justice
aristotélicienne. Le juste est, pour Aristote (1992), dans sa théorie
sur la justice, l’expression de la légalité et de l’égalité, ce sur quoi est
fondée l’économie comme pivot de l’État postmoderne [6]. Enfin,
gouverner un État nécessite une double gouvernance : la gouvernance de son territoire et de sa population. Donc, l’incapacité à
diriger les citoyens et leurs milieux est une marque typique de la
faiblesse de l’État haïtien [7].
Les images « gouverner un bateau, gouverner une famille » permettent à Foucault (1978) de définir le mot « gouverner » comme
« une droite disposition d’une chose6 », laquelle est essentiellement
un bien commun. Et cette droite disposition n’est possible selon
lui que par l’intermédiaire du droit. Gouverner un territoire, pris
tant comme une chose que comme un bien commun, traduit un
ensemble de dispositifs légaux en plus des considérations morales,
économiques et politiques. L’histoire des dynamiques de transformation de territoire comme indicateur de la nature profonde
des mutations urbaines, notamment dans l’aire métropolitaine de
5.

Ministère de la Planification et de la Coopération externe (2010). Planification
stratégique de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Résultats de l’atelier de
lancement no1 – 29-31 juillet 2010 et travail futur, http://logementquartierhaiti.
files.wordpress.com/2012/03/2011-04-29-pap_brochure-smaller.pdf, p. 5.,
consulté le 24 septembre 2017.

6. FOUCAULT M. (2004). Sécurité, Territoire et Population. Cours au collège de
France 1977- 1978. France : Édition Seuil.

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

43

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

Port-au-Prince, est révélatrice de l’écart entre les normes et les
pratiques des habitants. Dans ce cas, « le territoire ne se réduit pas
à un simple échelon spatio-administratif, mais s’impose au contraire
comme un construit social permanent7 ». Leloup et al. (2005) affirment que ce construit social se fait par une transformation et une
appropriation par les acteurs locaux « des ressources non valorisées
des territoires8 ». Ainsi, le territoire comme lieu d’exercice de transgression est l’expression d’une non-prise en charge du territoire
par l’État. Si la gouvernance territoriale [8] repose sur la multiplicité d’acteurs, il y a lieu de se demander comment les acteurs
se manifestent par rapport aux lois dont disposent les pouvoirs
publics comme mécanisme juridique pour la régularisation de leurs
interventions. Quand l’enfant, depuis son bas âge, observe et donc
développe une relation de saleté avec l’espace, c’est bien le processus de modélisation et de reproduction qui continue. Ce processus capte l’esprit de l’enfant qui grandit dans les quartiers où les
actes de mauvaise gestion environnementale deviennent banals et
apparemment normaux. L’esprit de l’enfant reçoit, en effet, l’image
renvoyée par son quartier. La socialisation par modélisation peut
faire l’objet d’une nouvelle analyse de la participation des citoyens
dans la gestion de l’environnement urbain. L’éducation n’est pas,
en conséquence, l’unique volet qui fait la différence dans la participation des citoyens dans la gestion de l’environnement urbain. Par
extension, les invisibles sociaux sont donc des « sans ». Guillaume
Leblanc (2009) définit l’invisibilité sociale comme « un processus
dont la conséquence ultime est l’impossibilité de la participation à la
vie publique9 ». En raison de la situation de précarité, d’exclusion, de
pauvreté, de souffrance sociale, bref de la marginalité socio-spatiale que les enfants peuvent subir, il y a un risque que la mauvaise
gestion de l’environnement à Canaan demeure aussi longtemps au
détriment des habitants.
Les pratiques citoyennes à la gouvernance urbaine (aménagement du territoire, planification et gestion urbaines) observées
à Canaan conduisent à une qualité environnementale fragile. Ce
territoire est occupé notamment par des « sans » et caractérisé par
un manque de services publics, une mauvaise qualité de l’habitat
et de l’environnement. Si l’aire métropolitaine de Port-au-Prince
comporte une trentaine de stationnements de camionnettes où
il n’y a aucun endroit public pour uriner ou déféquer alors que la
loi de 1919 sur l’assainissement interdit d’uriner et déféquer dans
la rue. Il faut signaler que ces lieux de stationnement sont aussi
des références aux risques liés à la mauvaise qualité de l’eau et
de l’environnement [9]. Ainsi, Canaan, un bidonville dans l’espace
insulaire de la Caraïbe – faisant suite à une catastrophe naturelle,
à des crises politiques et à une explosion urbaine – semble être un
obstacle majeur pour le projet de développement durable auquel
les urbanistes et les discours politiques faisaient écho il y a 20 ans.
En effet, les pouvoirs publics défaillants se sont révélés incapables
de gérer l’espace urbain tant en période normale qu’en situation de
catastrophe, ce qui a permis aux citoyens de créer des espaces de

vie qui entravent la gestion environnementale de l’AMP, occupée
par 3 millions d’habitants, dont plus 65% vivent dans les bidonvilles
dotés de plus 357 cités [10].
Si, en termes fonctionnels, le projet des villes soutenables fait de
l’espace urbain un espace d’interface où chaque acteur détient un
pouvoir et joue un rôle pour parvenir à une gestion équilibrée de
l’environnement urbain, la gouvernance urbaine comme mécanisme politico-administratif pour un contrôle du territoire ne peut
pas négliger la participation des habitants. En effet, la gouvernance
urbaine, « notion produite initialement aux USA, […] au début des
années 1980 pour appréhender et formaliser l’exercice du pouvoir
urbain10 », doit être entendue comme la capacité à concevoir le territoire dans la logique d’une arène politique où les acteurs ne sont
pas en conflit de rôle et d’action. Dans le cas de l’AMP, si l’État
promulgue des cadres normatifs relatifs à l’urbanisme depuis les
années 1850 et que, les chercheurs, les journalistes, les militants
politiques produisent ou élaborent des discours théoriques, les
habitants, eux, multiplient les espaces de vie dont on se sert pour
concevoir des espaces parallèles aux villes : bidonvilles, quartiers
précaires, quartiers en marge, bref, zones de « sans ». Dans ces quartiers, « il est donc clair que la participation citoyenne constitue une
responsabilité individuelle non transférable. Elle commence dans les
comportements responsables et se poursuit dans les actions concrètes
au quotidien11 ». Mais il est aussi valable que tant que ces citoyens
sont des « sans », leur participation à la gestion de l’environnement
serait entravée par les besoins quotidiens.

4. GESTION DE L’ENVIRONNEMENT URBAIN :
ENTRE LES POUVOIRS DES « SANS » ET LES NORMES
L’enjeu est de taille lorsque l’on considère l’estimation du Bureau des
mines et de l’énergie selon laquelle 70% de l’énergie consommée
en Haïti est à base de bois [11]. Combien y a-t-il de marchands de
charbon de bois, de consommateurs qui ne vivent que de cette
source énergétique ? Gabriel (2017) rapporte que, selon le recensement général agricole, 395 960 familles vivent de l’exploitation
du bois comme source de revenu [11]. Si la dégradation de l’environnement est un risque aux yeux des décideurs politiques tant
nationaux qu’internationaux, le fait est que pour les « sans », elle
est une source d’approvisionnement et d’assurance de survie. Le
lendemain leur importe peu, car leur quotidien n’est pas assuré. Il
y a déjà sept ans qu’un tremblement de terre a poussé l’État haïtien
à créer Canaan comme lieu d’accueil pour résoudre la situation
des sans-abri. Il faudrait entendre les témoignages des habitants
affirmant que l’État est absolument absent tant pour en matière
d’intervention que pour le prélèvement des taxes. Pourtant, cette
zone accueille déjà plus de 200 000 habitants [3].
Si la loi du 26 février 1919 portant sur le service d’hygiène publique
interdit de jeter des matières fécales ou de l’urine sur la surface
du sol sous peine de payer cinq gourdes au moins et dix gourdes
au plus, le nombre de personnes qui transgressent cette loi n’est

7.

LELOUP F., L  MOYART et B. PECQUEUR. (2005). La gouvernance territoriale
comme nouveau mode de coordination territoriale ? In. : Géographie, économie,
société. Vol. 7, p. 321-332. http://www.cairn.info/revue-geographie-economiesociete-2005-4-page-321.htm. p. 330, consulté le 23 juin 2017.

8.

F. Leloup, L. Moyart et B. Pecqueur (2005). Op.cit. p.330.

10. Zepf M. (2004). Concerter, gouverner et concevoir les espaces publics urbains,
Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, p.71-72.

9.

Leblanc G. (2009). L’invisibilité sociale, Paris, PUF, coll. Pratiques théoriques, p.1. 

11. Paul B. (2016), « Mot de l’éditeur », Haïti Perspectives, vol. 5, no 3, p.3.

44

Haïti Perspec tives, vol. 6 • no 3 • Été 2018

Cahier thématique – Gestion de l’environnement et développement durable

pas négligeable. À Canaan, sur un échantillon de 439 ménages,
4 % défèquent à l’air libre ou dans la nature [9], ce qui affecte
nécessairement le bien-être des autres citoyens, leur santé et l’environnement. De ce même échantillon, 13 % ne disposent pas de
sanitaires mais utilisent les latrines d’un voisin pour déféquer. On
peut imaginer, dans ce cas, que les gens urinent au premier endroit
disponible. Par la loi de 1937 sur l’urbanisme, le pouvoir public
a pris des mesures contre l’insalubrité, « obligeant les tanneurs à
transporter, dans la zone de l’Abattoir, leurs établissements disséminés
dans les quartiers du bas de la ville12 ». Cette mesure judiciaire va
être complétée par la loi de février 1948 portant sur l’urbanisme qui
prévoit des pénalités en cas de transgression. Et les cadavres des
animaux dans les rues de l’AMP, après avoir embaumé les zones,
sont emportés par le vent en poussière.
Par ailleurs, la loi de février 2006 définit la nuisance sonore comme
un élément physique portant atteinte à la qualité environnementale de la ville au profit de la paix publique. Les conducteurs de
camionnettes, les motards, en plus des voisins qui écoutent de la
musique au volume maximum, sont autant d’acteurs qui transgressent cette loi. Ainsi, les problèmes liés à l’environnement sont
différents selon qu’il s’agit d’un pays du Nord ou d’un pays du Sud.
Les problèmes de pollution environnementale par les gaz à effet
de serre ne sont pas trop relatés dans les textes de loi hormis les
traités et les accords ratifiés par l’État haïtien.
Le non-réglementaire affecte à la fois le foncier et les ressources
en énergie. Sur 439 ménages questionnés à Canaan, 82% affirment
être propriétaires de leur maison. Or, ce territoire a été décrété deux
fois (en 1971 et en 2010), d’utilité publique. Cela étant, ils sont en
situation non-réglementaire. L’unique source d’énergie publique
que détient le pouvoir public est l’Électricité d’État d’Haïti (EDH).
L’enquête révèle que 27% des ménages affirment avoir accès à
l’EDH, pourtant parallèlement, à Jérusalem, une cité de Canaan,
des habitants déclarent avoir fourni à une tierce personne 5 000
gourdes, soit l’équivalent de 75,47 $ US (au taux du jour de la
Banque de la République d’Haiti), à égalité entre les participants,
comme cotisation pour avoir accès à l’électricité.
Si la pauvreté ne se manifeste pas seulement par des situations
socio-économiques, elle est tout aussi territoriale et encore là
plus visible [12]. Les participations citoyennes à la création des
« espaces de vie » dans les bidonvilles et à la gouvernance urbaine
(aménagement du territoire, planification et gestion urbaines)
observées à Canaan conduisent à des espaces urbains caractérisés tant par une absence d’assainissement et d’infrastructures
qu’une mauvaise qualité de l’environnement, et facilitent l’émergence de services informels. La question de Solari et Godard
(2015) est aussi valable dans le cas de Canaan, à savoir : « L’action
de construire une maison, d’une pièce dans une ravine, de déboiser
un morne pour édifier un abri ou de jeter un sac en plastique
contenant des excréments dans une rivière doit-elle être considérée comme mépris de l’environnement ou comme une nécessité

12. Corvington G. (2007). Port-au-Prince au cours des ans.1934-1950, Tome IV,
Canada, CIDIHCA. p.213.

de survie13 ? » Une telle question n’indexe pas seulement le problème environnemental de l’AMP qu’a bien décrit Holly (1999)
[13]. Elle soulève aussi le poids de l’incapacité des citoyens à
assumer leur responsabilité tant individuelle que collective face
au besoin de survie. Le cas de Canaan a actuellement une place
dans la littérature scientifique sur les causes de catastrophes
environnementales relatives à l’AMP.
Les dégâts des catastrophes naturelles dans les villes ne sont pas
nécessairement liés aux éléments déclencheurs, mais il faut aussi
mesurer les participations des citoyens dans la gestion de l’urbain.
En effet, la cause principale de l’ensemble des problèmes environnementaux qu’affronte l’AMP est directement ou indirectement liée
à l’action anthropique souvent négligée par les pouvoirs publics.
Ceux-ci, défaillants, n’ayant pas de maîtrise sur la planification de
l’espace urbain, laissent aux citoyens le soin de décider des espaces
urbains. C’est pourquoi ces derniers arrivent à créer des lieux de
résidence et de loisirs, des stationnements, des commerces de rue,
etc., lesquels sont souvent des entraves aux habitants des villes.
D’ailleurs, le séisme du 12 janvier 2010 en fournit un exemple. Si
plus de 50% des maisons de Port-au-Prince ont été détruites, et
qu’aucun séisme dans les Caraïbes ou en Amérique latine n’a fait
autant de dommages, on peut dire que ce n’est pas le séisme qui
a fait tous les dégâts, mais que c’est la conjonction de plusieurs
facteurs qui explique l’ampleur des dommages : habitats précaires, irrespect des normes de construction, surpopulation, etc.
Aujourd’hui, Canaan, où les citoyens ont toute liberté de décision
et d’action pour ce qui est de la transformation ou de la création
des espaces de vie, peut se trouver sous des effets comparables à
ceux du séisme du 12 janvier 2010 un jour. Cette étude exploratoire
a montré comment la transformation ou la création des espaces de
vie par les citoyens comme pratique de gouvernance urbaine peut
constituer un obstacle au bien-être des habitants des villes, et du
coup entraver la soutenabilité des villes de demain. Elle a évalué les
effets de la participation citoyenne à la gestion environnementale
des villes que représente la combinaison des situations de protection de l’environnement et de gestion environnementale sur le
fonctionnement régulier de la ville. Les normes, la responsabilité
collective et la faiblesse ou l’absence de la politique publique de
l’État haïtien nuisent à la qualité environnementale de l’AMP. La
mauvaise gestion de l’environnement est un facteur contreproductif à la cohésion sociale [14] et, par conséquent, un obstacle au
développement des villes soutenables tant dans les pays du Nord
que dans ceux du Sud.

5. LE POUVOIR LOCAL ET LES NON-RÉGLEMENTAIRES
Il faut admettre au départ qu’Haïti n’est pas l’unique pays qui se
heurte à ce problème d’inapplication des règles de droit. Il semble
que ce soit une réalité sociale des pays du Sud. La ville de Lusaka
n’est pas très différente, car, « à Lusaka, les pouvoirs publics sont le
plus souvent démissionnaires, laissant à d’autres la capacité d’intervenir dans de vastes aires urbaines, et celle d’y édicter des principes,
13. Solari O. et H. Godard (2015). « Dossier 14. La gestion de l’environnement et la
planification urbaine. Document 1 – Pauvreté et environnement en Haïti », dans
A. Colmont et J.-P. Mérat (dir.), Haïti entre permanences et ruptures. Une géographie du territoire, Guyane française, Éditions Ibis Rouge. p.439.

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règles et normes instituant les services publics14 ». L’histoire de Portau-Prince a révélé un ensemble de sources relatives au cadre légal
pour le bon fonctionnement des espaces urbains. À titre d’exemples,
les lois, les décrets, les décrets-lois, les décrets municipaux ajoutés
à la Constitution peuvent en témoigner. Pourtant, un simple regard
sur les réalités quotidiennes des habitants traduit le contraire de
ces écrits. Depuis le Code de l’urbanisme entre juillet 1937 et mai
1963, le Décret-loi du 22 juillet 1937 [15] relatif à l’urbanisme et à
la gestion des ordures ménagères, les pouvoirs publics essaient de
gérer les problèmes de l’urbanisme en Haïti, « mais les résultats sont
quasiment nuls et l’échec est palpable15 ». Par ailleurs, bien avant 1937,
la loi du 24 février 1919 avait voulu réguler la question de l’assainissement et de l’hygiène publique dans les villes. En 1942, le Code
de l’hygiène et la Loi du 5 juin et son arrêté d’application du 4 juillet
ont été publiés, mais sans succès de continuité.
Si la liste du cadre normatif est longue, elle donne pourtant très
peu de résultats. Selon Bouamama(2005), « ce n’est pas l’ampleur
des interdits et des permissions posés, mais leur légitimation16 » qui
compte. La légitimation des valeurs passe par l’action des membres
de la communauté. Ceux qui ne travaillent pas portent en eux le
sentiment de l’inutilité sociale ou de « l’inexistence sociale17 ». Des
auteurs comme Honneth (2013) et Renault (2001) voient dans le
sentiment d’inexistence sociale un malheur pour les bases de la
socialisation et de la modélisation [16, 17]. Selon eux, au lieu de
partir de ce qui est juste et social, c’est bien de commencer de ceux
qui sont injustes et non-sociaux pour mieux comprendre les douleurs sociales auxquelles sont confrontés les « sans ». En effet, comment les « sans » peuvent-ils valoriser la famille, l’école, l’université,
alors qu’ils observent que ceux qui passent par là sont toujours en
chômage et au même endroit qu’eux ? Comment encore légitimer le
droit et la justice quand les citoyens, notamment les jeunes, voient
ceux qui respectent ces valeurs au chômage, dans la misère au
même titre qu’eux ? Dans ces circonstances, la transgression semble
devenir banale et donc normale. Dans la société postindustrielle
ainsi décrite par Touraine (2015), le travail est plus qu’un échange de
revenus et de force de travail [18]. Il est intériorisé comme un donneur d’identité valorisante et valorisée [19]. Les jeunes de Canaan
sont constamment en perte d’identité, et comme celle-ci est l’un des
besoins fondamentaux de l’humain [20], transgresser une norme
n’est pas en dehors des luttes sociales au regard de la demande de
reconnaissance sociale. Le constat de Bouamama (2005) est aussi
valable pour les parents de Canaan. Il écrit que « les parents sont
démissionnaires, ils ne jouent plus leurs rôles, les jeunes n’ont pas
intégré la loi, ils n’ont plus de repères constructifs, il faut donc leur en
donner en leur rappelant la loi18 ».
14. Jaglin S. (1998). « La gestion urbaine en archipels en Afrique australe », Les
Annales de la recherche urbaine, no. 80-81, Gouvernances, p. 27-34, http://www.
persee.fr/doc/aru_0180-930x_1998_num_80_1_2194. p.31, consulté le 8 août
2017.
15. Étienne J. F (2017). Op.cit. p.42.
16. Bouamama S. (2005). Jeunesse, autorité et conflit. Un regard sociologique sur les
violences urbaines, http://lmsi.net/Jeunesse-autorite-et-conflit, p.5, consulté le
14 juin 2017.
17. MCALL Ch., (2017).  Aux yeux des autres : De l’« inexistence sociale » à la reconnaissance, dans Duhhaine G. et R. Edouard (Dir). Pauvreté quotidienne. Pauvreté
planétaire. Montréal-Québec : Édition NOTA BENE, p. 87.
18. Bouamama S. (2005). Op.cit. p. 5.

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Les pratiques des citoyens sont dans la contraction de la coéxistence de deux ordres juridiques [21], ou pour le moins, les habitants se trouvent entre les interdits et les dynamismes de survie qui
empêchent les citoyens de se conformer aux règles de droit. Chaline
(2007) exprime, dans ce titre d’un chapitre : « Discipliner, promouvoir, renouveler la ville par la règle de droit » [22], que le cadre réglementaire de l’aménagement urbain, notamment dans le cas de la
France, a trois finalités principales : 1) les lois qui interdisent et renforcent le droit de construction à côté du droit de la propriété ; 2) les
lois qui obligent de faire qui se concentrent sur l’habitat ; 3) les lois
d’incitation relatives aux moyens d’opérationnalisation de la mixité
sociale dans les logements. L’État haïtien, souffrant d’un déficit
d’autorité, se trouve dans l’incapacité de discipliner. Et d’ailleurs,
cette faiblesse ou absence d’autorité tant fonctionnelle (autorité
relative aux compétences pour une fonction) qu’impersonnelle
(autorité qui est au-dessus de tout citoyen comme les lois) est le
résultat de la politisation de tout. Dans une communauté où les
politiques au sens de Webber (2002) [23] sont majoritairement
détenteurs du pouvoir décisionnel, il y a très peu de place pour
les techniciens et les professionnels des métiers dans la prise des
décisions collectives. Pourtant, la situation sociopolitique est ainsi
décrite : « L’impunité des dirigeants, qui tuent, qui violent, qui volent,
qui emprisonnent, qui bâillonnent, qui torturent, qui assassinent, qui
bannissent en Haïti, est une plaie, qui constitue l’un des problèmes
majeurs du dysfonctionnement de cet État-Nation, particulièrement
du système judiciaire, assujetti au Petit Chef, qui n’arrive pas à remplir
sa fonction normale19. » Doura poursuit en rapportant le propos de
Galéano : « Pour que l’histoire ne se répète pas, il faut sans cesse la
remémorer ; l’impunité qui récompense le délit encourage le délinquant. Et lorsque le délinquant, c’est l’État, qui viole, vole, torture et tue
sans rendre des comptes à personne, alors il donne lui le feu vert à la
société entière pour violer, voler, torturer et tuer. Et la démocratie en
paie, à la longue ou courte échéance, les conséquences20 . » En conséquence, le droit devient incapable de réguler les actions des acteurs,
et la gouvernance urbaine devient inopérante. Alors, c’est le règne
du « chacun pour soi, la nature pour tous » qui renforce la logique
contreproductive de « sauve qui peut ».

6. CONCLUSION
Nous avons montré comment, dans une relation dynamique entre
les acteurs (les citoyens et les pouvoirs publics), surgissent des
écarts entre les pratiques et les cadres normatifs visant la protection et la gestion de l’environnement. Si les habitants de Canaan ont
pris des initiatives pour gérer leur milieu, il demeure que la gestion
environnementale de Canaan est prise en otage entre le droit et la
participation des citoyens. Car les dispositifs politico-administratifs
destinés à l’orientation des actions des citoyens dans le contrôle
de l’urbain ne datent pas d’aujourd’hui et n’arrivent pourtant pas
à réguler les pratiques relatives à la gestion environnementale
de l’AMP, notamment à Canaan. La précarité socio-économique
19. Doura F. (2015). Mythes, paradoxes et réalités de la pigmentocratie au cours de
l’histoire d’Haïti, Montréal, Éditions DAMI, p.405.
20. Galeano E. Manière de voir, 2009, p.78. Cité par F. Doura (2015). Mythes, paradoxes et réalités de la pigmentocratie au cours de l’histoire d’Haïti, Montréal, Éditions DAMI, p.405.

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des gens, les lois et la nécessité de bien gérer l’environnement au
profit du collectif sont des freins qui empêchent trop de gens de
satisfaire des besoins aussi essentiels que de déféquer et d’uriner
dans des conditions hygiéniques. La protection environnementale
est régulée par la loi visant la gestion de l’espace urbain depuis
plus d’un siècle. Pourtant, ces lois doivent faire face à une forte
croissance de population vivant dans des conditions précaires
dans l’AMP. En effet, la responsabilité est double. Il est clair qu’il
ne convient pas de responsabiliser le pouvoir public et de laisser
de côté la responsabilité collective et individuelle. Ainsi parviendrons-nous à un urbanisme administré et protégé par les pouvoirs
publics, mais géré et assuré par les citoyens [24].

REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient l’Ambassade de France en Haïti, la FOKAL
et Open Society pour leur contribution financière à la réalisation
de ce travail.

RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE 
1  COMITÉ INTERMINISTÉRIEL D’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE (CIAT)
(2014). Construire la ville. Forum urbain national 2014, Port-au-Prince, La
Primature.
2  ETIENNE, J.F. (2017). « La législation haïtienne et l’occupation de l’espace
dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 1957-1986 », dans Pré-Actes
du Colloque international « Quel développement urbain pour la ville postcrise ? », Pétion-ville, Pédagogie Nouvelle S. A., p. 39-42.
3  UN-HABITAT (2015). Canaan urban planning charrette, Port-au-Prince,
UN-Habitat.
4  MINISTÈRE DE LA PLANIFICATION ET DE LA COOPÉRATION EXTERNE
(2010). Planification stratégique de la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Résultats de l’atelier de lancement no 1 – 29-31 juillet 2010 et travail futur,
http://logementquartierhaiti.files.wordpress.com/2012/03/2011-04-29-pap_
brochure-smaller.pdf, consulté le 24 septembre 2017.
5  FOUCAULT, M. (2004). Sécurité, territoire et population. Cours au collège de
France 1977-1978, France, Seuil.
6  ARISTOTE (1992). Éthique à Nicomaque, Paris, Livre de Poche.
7  KERN, A.-L. S. I. (2017). Crise et gouvernance. Gouvernance urbaine dans un
contexte de crise : trajectoire de villes intermédiaires haïtiennes après le séisme
du 12 janvier 2010, Thèse de doctorat en sciences de la ville non publiée,
Lausanne, École Polytechnique Fédérale de Lausanne, 524 p.

8  LELOUP, F., L. MOYART et B. PECQUEUR (2005). « La gouvernance territoriale comme nouveau mode de coordination territoriale ? », dans Géographie,
économie, société, vol. 7, p. 321-332, http://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2005-4-page-321.htm, consulté le 23 juin 2017.
9  JÉRÔME, Y., E. EMMANUEL, P. BODSON et P.-M. ROY (2017). « The issue of
water in slum development in Haiti : the case study of Canaan », dans AquaLAC, vol. 9, no1, p. 87-97.
10  GOULET, J. (2006). L’organisation des services urbains : réseaux et stratégies dans les bidonvilles de Port-au-Prince, Thèse de doctorat, Université de
Montréal, 361 p.
11  GABRIEL, S. (2017). Le charbon de bois cause-t-il vraiment le déboisement
en Haïti ?, http://ayibopost.com/le-charbon-de-bois-cause-t-il-vraiment-ledeboisement-en-haiti, consulté le 22 octobre 2017.
12  DI MÉO, G. (2014). Introduction à la géographie sociale, Paris, Arman Colin.
13  HOLLY, G. (dir.) (1999). Les problèmes environnementaux de la région métropolitaine de Port-au-Prince, Port-au-Prince, Commission pour la commémoration du 250e anniversaire de la fondation de Port-au-Prince.
14  BRAS, A., N. PRINCE, O. JOSEPH et D. TELCY (2017). « Approvisionnement
en eau à Carrefour-Feuilles : entre informalité et violence urbaine », dans PréActes du Colloque international « Quel développement urbain pour la ville
post-crise ? », Pétion-ville, Éditions Pédagogie Nouvelle S. A., p. 107-113.
15  Le Moniteur, 5 août 1937,  1966, 1977.
16  HONNETH, A. (2013). Ce que social veut dire. Le déchirement du social,
Tome 1, Paris, Gallimard.
17  RENAULT, E. (2001). Le mépris social. Éthique et politique de la reconnaissance, Paris, Éditions du Passant, Coll. Poches de résistance.
18  TOURAINE, A. (2015). Nous, sujets humains, Paris, Seuil.
19  BOUAMAMA, S. (2005). Jeunesse, autorité et conflit. Un regard sociologique sur les violences urbaines, http://lmsi.net/Jeunesse-autorite-et-conflit,
consulté le 14 juin 2017.
20  MAX-NEEF, M. A. (1991). Human Scale Development. Conception, application and further reflections, New York et Londres, The Apex Press, http://
wtf.tw/ref/max-neef.pdf.
21  PIERRE-LOUIS, P. (2003). « Le système juridique haïtien entre ordre étatique et ordre coutumier », dans Actes du colloque « De la place de la coutume
dans l’ordre juridique haïtien », Port-au-Prince, PUG Grenoble.
22  CHALINE, C. (2007). Les nouvelles politiques urbaines. Une géographie
des villes, Paris, Ellisses.
23  WEBER, M. (2002). Le savant et le politique, Paris, 10/18.
24  VERRET, A.-L., D. TELCY, A. BRAS et E. EMMANUEL (2016). « De la citoyenneté active vers le développement de la ville durable : le cas de Canaan », Haïti
Perspectives, vol. 3, no 3, p. 25-30.

Neptune PRINCE, M.Sc., a fait son premier cycle universitaire en philosophie et en droit à l’Université d’État d’Haïti (Ueh). Avocat du Barreau des
Cayes, détenteur de deux masters de recherche, l’un en lettres-philosophie (critique littéraire comme spécialisation) de l’Université Paris VIII et l’autre
en criminologie (violences policières et sécurité publique comme champ de spécialisation) de l'UEH, il est chargé de cours à l’UEH et à l’Université
Quisqueya (uniQ ). M. PRINCE fait son doctorat en études urbaines à l’École Doctorale « Société et Environnement » de l’uniQ sous la direction des
professeurs Laënnec HURBON (uniQ ) et Chantal BERDIER (INSA de Lyon). neptune.prof@yahoo.fr
Anne-Laurence VERRET, M.Sc., est architecte de formation, diplômée de l’Université Quisqueya (uniQ ). Elle détient un master 2 en urbanisme et
aménagement de l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon, ainsi qu’un DPEA en constructions parasismiques de l’École Nationale
Supérieure d’Architecture (ENSA) de Marseille. Anne-Laurence VERRET est doctorante en études urbaines à l’École Doctorale « Société et Environnement » (EDSE) de l’uniQ. Sa thèse, réalisée au sein du Réseau d’Excellence des Sciences de l’Ingénieur de la Francophonie (RESCIF), s’effectue en
alternance entre le Centre de Recherche et d’Appui aux Politiques Urbaines (CRAPU) de l’uniQ et le Centre Coopération et Développement(CODEV)
de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). Elle est dirigée par les professeurs Jean-Claude BOLAY (EPFL) et Evens EMMANUEL (uniQ ).
Elle est membre régulier de l’Association haïtienne « Femmes, science et technologie ». annelaurenceverret@yahoo.com

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