Fichier PDF

Partagez, hébergez et archivez facilement vos documents au format PDF

Partager un fichier Mes fichiers Boite à outils PDF Recherche Aide Contact



article Edwy Plenel .pdf



Nom original: article_Edwy Plenel.pdf
Titre: La bataille de l’égalité
Auteur: Par Edwy Plenel

Ce document au format PDF 1.4 a été généré par / Apache FOP Version 1.0, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 07/12/2018 à 12:58, depuis l'adresse IP 86.246.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 48 fois.
Taille du document: 74 Ko (3 pages).
Confidentialité: fichier public




Télécharger le fichier (PDF)









Aperçu du document


1

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

mobilisation, nos reportages ont ainsi mis en évidence
l’authentique conscience politique qui traverse cette
révolte spontanée : d’une part, la perception aiguë de
l’injustice sociale ; d’autre part, l’exigence forte d’une
démocratie radicale.

La bataille de l’égalité
PAR EDWY PLENEL
ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2018

La question fiscale a servi de révélateur social. Tout
un peuple a compris que le pouvoir sorti des urnes en
2017 assume sans vergogne une politique au bénéfice
d’intérêts économiques socialement minoritaires.
Emmanuel Macron a sciemment appauvri l’État au
bénéfice des ultra-riches, tout en faisant peser sur les
revenus du plus grand nombre les conséquences d’une
politique de classe qui ruine triplement les solidarités :
en affaiblissant les services publics de tous, en
allégeant les impôts d’une minorité et en augmentant
ceux de tous les autres. Largement documentée sur
Mediapart (lire notamment les articles de Romaric
Godin), la froideur des chiffres s’est soudain muée en
chaleur des indignations.

À l'Arc de triomphe, le 1er décembre 2018. © Karl Laske

La révolte des « gilets jaunes » vise l’injustice fiscale
et l’arbitraire étatique. Son moteur est le cœur des
combats émancipateurs : l’exigence d’égalité. De son
ouverture aux causes communes d’une égalité pour
toutes et tous dépendra son avenir politique.

Le 2 août dernier, avant même que survienne la
révolte des « gilets jaunes » contre la taxe carbone,
le ministère des comptes publics publiait la situation
du budget de l’État à fin juin 2018, soit à la moitié
de l’année. Comme l’a d’emblée souligné Alternatives
économiques, il en ressortait déjà qu’à périmètre
constant, les recettes fiscales avaient reculé de 2,4 %
par rapport au premier trimestre 2017, baisse qui, en
volume, est en réalité de 4,5 %, si l’on tient compte de
l’inflation, soit un trou énorme de 14 milliards d’euros
sur l’année. Or ce recul est dû, et seulement dû, à
l’injustice fiscale de la politique gouvernementale :
tandis que les taxes qui pèsent sur le plus grand nombre
ont continué d’augmenter, la chute des recettes fiscales
vient des cadeaux faits aux entreprises et aux fortunés.
À périmètre constant, entre le premier semestre 2017
et le premier semestre 2018, leur recul est de 10,5 %
pour l’impôt sur les sociétés et de carrément 39 %
pour l’impôt de solidarité sur la fortune, supprimé
pour un impôt sur la fortune immobilière, les droits de
succession et l’imposition du capital !

La révolte des « gilets jaunes » est un événement
pur : inédit, inventif et incontrôlable. Comme tout
surgissement spontané du peuple, elle déborde les
organisations installées, bouscule les commentateurs
professionnels, affole les gouvernants en place.
Comme toute lutte sociale collective, elle s’invente
au jour le jour, dans une création politique sans
agenda préétabli, où l’auto-organisation est le seul
maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire,
elle brasse la France telle qu’elle est, dans sa diversité
et sa pluralité, avec ses misères et ses grandeurs, ses
solidarités et ses préjugés, ses espoirs et ses aigreurs.
Devant l’inconnu, la première responsabilité du
journalisme est, avant de juger, de donner à
entendre pour chercher à comprendre. C’est ce que
Mediapart s’est efforcé de faire depuis le début en
prenant le temps d’aller y voir, au plus près du
terrain, rencontrant une diversité de motivations, de
générations et de milieux, montrant l’implication
inédite des retraités et la forte présence des femmes
(lire notamment les reportages de Mathilde Goanec et
François Bonnet). En ne se limitant pas à la chronique
fait-diversière des incidents racistes, anti-migrants ou
anti-journalistes, qui ont parfois émaillé et discrédité la

Les « gilets jaunes » ne se révoltent pas contre l’impôt
mais contre son injuste répartition. La meilleure
preuve en est qu’ils demandent des services publics

1/3

2

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

dotés et accessibles, défendent à leur tour ce qui fait
tenir ensemble une société – des écoles, des hôpitaux,
des commissariats, des transports, etc. Comme tout
un chacun, ils savent que ces services publics sont
financés par l’impôt, cette « contribution commune
indispensable » dont la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 rappelait déjà, en
son article 13, qu’« elle doit être également répartie
entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».
Ce qui n’est plus supportable, c’est qu’elle soit, tout
au contraire, inégalement répartie. Ce qui n’est pas
admissible, c’est que le peuple acquitte de plus en plus
d’impôts, alors même que l’État réduit les services
qu’il lui rend, à cause de l’ampleur considérable des
cadeaux fiscaux consentis aux entreprises et aux très
riches.

personnalisation autoritaire de la décision politique
autour du « moi » présidentiel ; majorité soumise aux
désirs, erreurs et errements du monarque élu, jusqu’à
tolérer l’affaire Benalla ; clientèle d’intérêts privés
largement récompensée par une présidence absolutiste
qui s’en fait la fondée de pouvoir au détriment de
l’intérêt commun.
Emmanuel Macron n’est évidemment pas le premier
président à illustrer cette régression démocratique.
Mais deux caractéristiques de sa présidence aggravent
son cas, au point de nourrir un rejet passionnel et
virulent qui évoque, alors qu’il est encore au début
de son quinquennat, la toute fin de la présidence
de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). Ce sont
d’abord les circonstances de son élection face à
l’extrême droite : au lieu de prendre en compte le
sens de ce vote (nous le lui avions rappelé avant
son élection), qui n’était pas d’adhésion massive mais
d’obligation contrainte, au lieu de tenir compte de
sa diversité et de ses contrastes par une pratique
participative et délibérative du pouvoir, il s’est
comporté comme si son socle de 18 % des électeurs
inscrits du premier tour lui donnait un chèque en blanc
pour agir, fût-ce au détriment des 82 % restants (nous
le lui avons de nouveau rappelé un an plus tard).

L’autre lucidité politique portée par cette révolte
concerne le déni de démocratie. L’usage égalitaire
des réseaux sociaux, le refus des récupérations
partisanes, la volonté de filmer les rencontres avec
les autorités, l’élaboration collective de cahiers de
doléances, l’invention spontanée de nouveaux modes
d’action, etc. : autant de symboles d’une exigence
démocratique nouvelle, quelles que soient les tensions
ou les contradictions qui la traversent. Soudain, le
peuple s’empare de la question institutionnelle qui,
dès lors, prend vie et corps au-delà des programmes
politiques et des colloques savants. Par l’évocation de
référendums, l’exigence de concertation, la demande
de délibération, les « gilets jaunes » disent que la
démocratie ne se réduit pas au droit de vote. Et qu’une
démocratie où le peuple souverain perd tout pouvoir
une fois qu’il a voté, congédié du débat politique et
invité à faire silence, n’en est plus une.

À cette inconscience irresponsable, tant pour l’avenir
elle fait, de nouveau, le jeu de l’extrême droite, s’est
ajouté un exercice personnel du pouvoir tissé de
morgue et de mépris. S’il va volontiers au contact, ce
président-là ne peut s’empêcher d’y faire la leçon. Il
prétend savoir par avance, et mieux que les premiers
concernés, ce qui est bon pour le peuple, qu’il évoque
souvent comme s’il lui était extérieur, sinon étranger
– ah, ces « Gaulois réfractaires » ! Cumulant mépris
de classe – les plus riches – et de caste – les plus
diplômés –, il incarne, par son comportement dans
l’exercice du pouvoir, une politique de l’inégalité où
il y a des supérieurs et des inférieurs, des esprits forts
et des volontés faibles, des inclus et des exclus, des
vernis et des malchanceux. L’idéologie de la réussite
individuelle, au détriment des solidarités collectives,
épouse l’hybris d’une aventure personnelle, cette
démesure qui ne s’autorise que d’elle-même.

Cette exigence radicalement démocratique affronte
de plein fouet l’aveuglement monarchique de la
présidence Macron (lire l’analyse d’Ellen Salvi).
Après s’être faite sur la promesse d’une « révolution
démocratique profonde » (sic), l’improbable élection
d’un outsider de la politique professionnelle s’est
traduite par une accentuation des pires travers de cette
dernière sous la Ve République : pouvoir d’un seul
se comportant en propriétaire de la volonté de tous ;

2/3

3

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Du terrain fiscal – la question sociale – au
débat politique – la question démocratique –, le
mouvement des « gilets jaunes » renouvelle l’exigence
d’égalité qui a toujours été le ressort des combats
émancipateurs. Le 10 décembre prochain, on fêtera
l’adoption à Paris, il y a 70 ans, de la Déclaration
universelle des droits de l’homme, dont l’affirmation
préalable que « tous les êtres humains naissent
libres et égaux en dignité et en droits » se traduit
en exigences démocratiques et sociales déclinées en
30 articles. Ce droit d’avoir des droits, de les
défendre, de les revendiquer et de les inventer,
ouvre en grand les possibles politiques, déplaçant
des montagnes de conservatisme, bousculant des
siècles de préjugés, renversant des dominations qui
se croyaient inébranlables. Car c’est un énoncé sans
frontières qui se dresse face à tous les tenants des
inégalités naturelles : sans distinction d’origine, de
condition, d’apparence, de croyance, de sexe ou de
genre, nous sommes égaux en droits et en dignité.

repliées sur elles-mêmes, excluant les autres dans la
diversité des préjugés – xénophobes, racistes, sexistes,
homophobes, etc.
À l’inverse, les convergences revendiquées par les
mouvements sociaux dans leur pluralité plaident
pour un surgissement des causes communes de
l’égalité : salariés en lutte, comme le sont ces tempsci les infirmières et les travailleurs des raffineries ;
étudiants et lycéens contre l’augmentation des frais
universitaires ; femmes de #NousToutes contre
les violences sexistes et sexuelles ; populations
discriminées en raison de leur origine, de leur
apparence ou de leur croyance, à l’instar du
mouvement #RosaParks ; gays et lesbiennes pour
l’ouverture de la PMA à tous ; solidaires et hospitaliers
en défense de l’accueil des migrants, etc.
L’avenir n’est pas écrit, tant ici l’événement est maître,
sans avant-garde autoproclamée ni appareil dominant.
Mais, plutôt que de tenir à distance cet inédit qui
les déborde et les dépasse, tous les tenants d’une
République démocratique et sociale devraient mener
cette bataille de l’égalité auprès des « gilets jaunes »
et avec eux. S’abstenir, rester spectateur ou dubitatif,
en retrait ou en réserve, ouvrirait encore plus la voie
aux forces de l’ombre qui, aujourd’hui, en France et en
Europe, comme à l’échelle du monde entier, entendent
remplacer l’égalité par l’identité, le droit de tous par le
privilège de certains.

Selon sa traduction politique, ce « n’importe qui »
démocratique est au cœur de l’avenir du mouvement
des « gilets jaunes ». La sympathie active que lui
déclarent droites et extrêmes droites entend l’entraîner
vers une égalité trahie, celle où ne sont concédés
des droits qu’à celles et ceux qui nous ressemblent,
dans l’entre-soi des identités closes et fermées,

Directeur de la publication : Edwy Plenel
Directeur éditorial : François Bonnet
Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS).
Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007.
Capital social : 24 864,88€.
Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des
publications et agences de presse : 1214Y90071 et 1219Y90071.
Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Laurent Mauduit, Edwy Plenel
(Président), Sébastien Sassolas, Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnaires
directs et indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel,
Marie-Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société Doxa,
Société des Amis de Mediapart.

3/3

Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris
Courriel : contact@mediapart.fr
Téléphone : + 33 (0) 1 44 68 99 08
Télécopie : + 33 (0) 1 44 68 01 90
Propriétaire, éditeur, imprimeur : la Société Editrice de Mediapart, Société par actions
simplifiée au capital de 24 864,88€, immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS,
dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012 Paris.
Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapart
peut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. ou par courrier
à l'adresse : Service abonnés Mediapart, 4, rue Saint Hilaire 86000 Poitiers. Vous pouvez
également adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012
Paris.


article_Edwy Plenel.pdf - page 1/3
article_Edwy Plenel.pdf - page 2/3
article_Edwy Plenel.pdf - page 3/3

Documents similaires


Fichier PDF articleedwy plenel
Fichier PDF article773193
Fichier PDF article mediapart
Fichier PDF l obscenite de la corruption
Fichier PDF sarkozy kadhafi la verite qu ils veulent etouffer
Fichier PDF pour les musulmans


Sur le même sujet..





The Office | M 1 (Michigan Highway) | Taxi Driver (cd1).srt