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Qui est Muhammad ? Qui sont les « mécréants » auxquels sont promis tant de
malheurs ? Qui sont les juifs dont il est question dans plusieurs versets ? Qu’est-ce que
le « djihad » ? Le Coran est-il vraiment violent ? Pourquoi parle-t-on de nourritures et
de comportements « halal » ?... Aux questions posées avec humour par Ismaël Saidi,
Rachid Benzine apporte des réponses à la fois claires et rigoureuses, en faisant appel
aux ressources de l’Histoire, de l’anthropologie, ou encore à la sémiologie.
En neuf chapitres, déployant une pédagogie tout à fait originale, les deux auteurs
abordent les principales questions que beaucoup se posent. Avec eux, le lecteur fait
ainsi un voyage aux sources du Coran, découvrant la société arabe du 7e siècle qui a
été la réceptrice de cette parole devenue livre.

Soyez les bienvenus dans cette aventure ;
vous n’en ressortirez pas comme vous y êtes entrés !

Rachid Benzine est islamologue, chercheur
associé au Fonds Paul Ricœur (Paris) et à
L’Observatoire du Religieux. Il enseigne notamment à la Faculté Théologique Protestante
de Paris. Auteur de nombreux essais, son premier roman, « Lettres à Nour », vient d’être
adapté au théâtre.

Ismaël Saidi est réalisateur, scénariste,
auteur et dramaturge. Il est connu pour sa
pièce « Djihad » qui a déjà été vue par plus de
100 000 personnes.
Il est en tournée dans toute la France avec sa
nouvelle pièce, « Géhenne ».

RACHID BENZINE ET ISMAËL SAIDI

Conscients de la grande ignorance qui entoure le texte sacré des musulmans,
l’islamologue, Rachid Benzine, et l’auteur et metteur en scène, Ismaël Saidi, ont
choisi d’unir leurs efforts, afin d’offrir une nouvelle voie d’approche du Coran qui
conjugue intelligence et humour.

FINALEMENT, IL Y A QUOI DANS LE CORAN ?

Le Coran, tout le monde en parle, le convoque, mais bien peu le connaissent
vraiment. Surtout, on lui fait dire beaucoup de choses qu’en réalité il ne dit pas !

ISBN : 978-2-87557-264-6

La Boîte à Pandore
Ouvrez-la !
www.laboiteapandore.fr

Prix France TTC
 14,90 €


P

rachid benzine
ismael saidi

finalement,
il y a quoi dans
le coran ?

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RACHID BENZINE
ISMAËL SAIDI

©"

Fin

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Finalement,
il y a quoi dans
le Coran ?

L'Arabie au temps du Prophète Muhammad

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Des mêmes auteurs
Rachid Benzine

- Nous avons tant de choses à nous dire, avec Christian Delorme, Paris,
Albin Michel, 1998.
- Coran, mode d’emploi (préface), de F. Esack, Paris, Albin Michel, 2004.
- Les nouveaux penseurs de l’islam, Paris, Albin Michel, 2004.

- Larousse des Religions (les parties consacrées à l’islam ;
ouvrage réuni sous la direction de Henri Tincq), Paris, Larousse, 2005.
- Mohammed Arkoun (préf. Edgar Morin), La Construction humaine de
l’islam : Entretien avec Rachid Benzine et Jean-Louis Schlegel, Paris,
Albin Michel, 2012 .
- Le Coran expliqué aux jeunes, Paris , Seuil, 2013,
édition remise à jour en 2016.

- La République, l’Église et l’islam, une révolution française,
avec Christian Delorme, Paris, Bayard, 2016.
- Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (roman),
Paris , Seuil, 2016.
Pièce de Théâtre :

- Lettres à Nour (2017).

Ismaël Saidi

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- Les aventures d’un musulman d’ici, Paris-Bruxelles,
Éditions La Boite à Pandore, 2015.

©"

Fin

- Djihad, la pièce, Paris-Bruxelles, Éditions Pixl, 2016
- Rachel et Rosa (roman), Paris-Bruxelles,
Éditions la Boîte à Pandore, 2016.

- Les aventures du petit Ismaël (jeunesse), Paris-Bruxelles,
Je Réussis, (à paraître en 2017).
Pièces de Théâtre :
- Djihad (2014).
- Gehenne (2017).

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Fin

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Chapitre 1

Si le Coran ne me parle
pas à moi, il parle à qui ?

©"

Fin

ale

Je viens de terminer ma prière du soir. Comment ça quelle prière
du soir ? Ben oui, la prière du soir, la quatrième des cinq prières
journalières. Vous ne savez pas de quoi je parle ? Pas grave, je
vous expliquerai une autre fois. Bref, je viens de terminer ma
prière du soir. Je vais m’installer près de la fenêtre et lire un peu
le Coran. J’aime bien m’installer près de la fenêtre pour lire. En
fait, ça me vient de mon grand-père, à Tanger. Il s’asseyait près
de la fenêtre et se mettait à lire le Coran en gardant un œil sur
la rue. Le Coran, vous connaissez ? Oui ? Non ? Au moins un
peu… Bon, je vous la fais courte. En fait, je m’appelle Ismaël
et je suis musulman. Ça veut dire que je crois que Dieu a révélé
son message à Muhammad, le prophète de l’islam. Cela se passait au 7e siècle, à partir de 610 à La Mecque, une cité d’Arabie
occidentale. Un homme de quarante ans, Muhammad, a reçu
la Révélation de la part de Dieu. Enfin, c’est ce qu’on croit,
nous, les musulmans. Cette Révélation s’est retrouvée compilée en arabe, langue dans laquelle elle a été révélée, dans un
livre qu’on appelle le Coran. Il est composé de 114 chapitres,
des « sourates », et chaque chapitre est composé de « versets »,
en arabe des « ayât ». On en recense 6 236. La Révélation est
scindée selon la tradition musulmane en deux grandes parties :
une partie qui a eu lieu à La Mecque au début de la prédication
de Muhammad et qui a duré plus ou moins douze ans. On
parle alors de « versets mecquois ». Et une deuxième partie qui
a eu lieu à Médine où Muhammad s’est réfugié après avoir été

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chassé de La Mecque par les siens, qui a duré plus ou moins dix
ans. On parle alors de « versets médinois ».
Du coup, moi, le musulman d’ici, je fais comme mon grandpère et je lis le Coran près de la fenêtre. Il faut croire qu’il y a
des choses qui se transmettent dans l’ADN. Mais enfin, bon,
moi, l’arabe je le connais pas bien alors, le Coran, je le lis en
français. Avec tout ça… j’en étais où… Ah oui, à la sourate 4,
verset 34 :
« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs que
Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses
qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à
leur mari… ».
Waouw ! ! ! Je ne savais pas ça ! J’ai donc autorité sur ma femme
et elle doit m’obéir ?! Je vais lui annoncer ça tout de suite et je
peux vous dire qu’il y a des choses qui vont changer dans cette
maison.
Ismaël : Chérie ? Chérie ?
Ma femme : Oui ?!

Ismaël : Dis, tu savais que le Coran me donne autorité sur toi et
que tu dois m’obéir ?

ale

Elle : Bien sûr. Certainement, mon amour. Pas de souci. Bon, je
pars à mon cours de salsa et je reviens dans une heure. Et cette
fois, n’oublie pas de sortir la poubelle...
Moi : Mais, chérie… j’ai autorité et…

Fin

Elle : Écoute, voilà ce que vous allez faire, toi et ton autorité…
Moi : Mais…

©"

Elle : Vous allez vous coucher gentiment dans le salon. Et tu
vas t’endormir en lui racontant tes malheurs à ton autorité. Ou

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vous en parlerez ensemble toute la nuit si tu préfères. Et moi
je me soumettrai à la mienne d’autorité, seule et paisible dans
mon lit, en dormant comme un bébé. À tout à l’heure… et
n’oublie pas la poubelle.
Et elle est sortie comme ça. Quoi ? Comment ça qu’est-ce qui
s’est passé après ? Ben, j’ai sorti les poubelles. Et j’ai passé la
nuit à ruminer sur le canapé du salon. Mais enfin, c’est quoi
cette histoire ? C’est le Coran qui le dit et elle refuse d’obéir ?!
Pourtant elle est musulmane comme moi. Et si je ne respecte
pas le Coran c’est que je ne suis pas musulman. C’est quand
même bien ça qui est écrit, non ? Enfin, je sais plus trop. Ma
femme n’a pas l’air de le comprendre comme ça. Enfin, pas
spontanément en tout cas. C’est peut-être un problème de
traduction. Ma version française n’est peut-être pas au top... Et
puis c’est un peu compliqué le Coran.
Bon, faut que je trouve quelqu’un qui s’y connaisse afin qu’il
m’explique et qu’il m’aide à la convaincre. Non, c’est vrai,
quoi ?! Ma femme ne m’a jamais laissé mettre une télévision
dans notre chambre à coucher. Peut-être que si j’arrive à la
convaincre qu’elle doit m’obéir, j’aurai enfin mon écran plasma
et je pourrai regarder Netflix peinard, les doigts de pieds en
éventail. Qui pourrait m’aider sur ce coup-là… mmm… ah
oui, peut-être bien Rachid Benzine.

©"

Fin

ale

Rachid, c’est mon ami. Et il a l’habitude d’expliquer le Coran.
C’est un spécialiste, on peut dire ça comme ça. Il va m’arranger
mon affaire avec ma femme, me donner des arguments et… à
moi le home cinéma. Il loge pas loin de chez moi en ce moment,
pour une série de conférences en Belgique. La grande avenue.
Le carrefour. La deuxième à droite. Encore une ruelle. Nous y
voilà. Je sonne… Ah, ben il est là !
Ismaël : Salut Rachid.

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Rachid : Salut Ismaël. Belle surprise… Entre.
Ismaël : Comment ça va ?
Rachid : Très bien et toi ?

Ismaël : Ben, pour être tout à fait honnête, j’ai un problème
avec ma femme.
Rachid : Je ne peux probablement pas y faire quelque chose,
mais si t’as besoin de parler…
Ismaël : Voilà… Elle refuse de m’obéir.

Rachid : C’est dans l’esprit de l’époque et ça marque une sacrée
progression pour notre humanité. Ma réponse, c’est tant mieux.
Pas pour toi ?
Ismaël : J’en sais rien mais le Coran insiste pour qu’elle le fasse.
Rachid : Qu’elle fasse quoi ?

Ismaël : Ben, qu’elle m’obéisse.

Rachid : Ah, je comprends mieux pourquoi tu es venu me voir
moi. Tu veux que ta femme t’obéisse et tu cherches une excuse
pour ça dans le Coran. C’est bien ça… ?
Ismaël : Ben non, ce n’est pas moi qui le veux, c’est écrit dans
le Coran.

ale

Rachid : Écoute Ismaël. Déjà, une femme ne doit obéir à
personne. Elle est ton égale et si toi tu veux qu’elle t’obéisse,
c’est que t’as un problème, mon vieux.

Fin

Ismaël : Oui mais le Coran dit que…

©"

Rachid : Le Coran dit des tas de choses, Ismaël, mais est-ce qu’il
les dit directement à toi ou est-ce qu’il a dit ces choses d’abord
à un peuple du 7e siècle ?

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Ismaël : Ben à moi. Je suis musulman. Le Coran me parle à moi.
Rachid : Donc tu as le droit d’avoir des esclaves…

Ismaël : Quoi ? Mais l’esclavage est interdit. C’est inhumain,
Rachid.
Rachid : Oui et pourtant, dans les sociétés tribales de l’Arabie
du 7e siècle, on le pratiquait. Et donc à La Mecque et dans toute
l’Arabie de l’époque. Les sociétés européennes et les États-Unis
d’Amérique n’ont aboli l’esclavage qu’au 19e siècle, en 1848 en
France et en 1863 aux États-Unis. Dans les pays musulmans
modernes, le dernier à abolir officiellement l’esclavage est la
Mauritanie, seulement en 1981…
Ismaël : Mais pourquoi le Coran permettrait un truc inhumain ?

Fin

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Rachid : Écoute Ismaël, nous ne devons pas aborder le Coran
selon nos valeurs et notre vision d’aujourd’hui. Tu sais, les
grands textes sacrés sont des voyageurs. Ils traversent les siècles,
voire les millénaires. Ils deviennent alors ce que les hommes
de chaque époque en font. Une lecture qui se veut historique,
comme j’y travaille depuis des années, cherche à savoir ce que
les hommes d’une époque ont pensé d’un « texte sacré » en
leur temps et en vertu des attentes et des enjeux collectifs qui
étaient les leurs. Ce faisant, le lecteur historien ne cherche pas
à s’approprier le texte pour lui-même ou à porter sur lui des
jugements de valeur. Le Coran est né dans une société, celle de
l’Arabie du 7e siècle, et il n’a pas pu changer brusquement le
mode de vie de tout un peuple. Quand il a essayé, il s’est heurté
très souvent à un mur « anthropologique ».

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Ismaël : Un mur ? Quoi, comme à Berlin ? Y’avait « La Mecque
ouest » et « La Mecque est » à l’époque ?
Rachid 
: Non, Ismaël. Imagine que quelqu’un vienne
aujourd’hui et essaie d’un seul coup, comme ça, de changer

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ton mode de vie, la manière dont tu t’habilles, dont tu manges,
dont tu te maries…
Ismaël : Et qu’il essaie de m’empêcher de regarder Game of
Thrones à la télé ?
Rachid : Par exemple. Tu ferais quoi ?
Ismaël : Ben, je le laisserais pas faire.

Rachid : Donc, il se heurterait à ton refus. Il se heurterait à ce
dont je viens de te parler, « un mur anthropologique ». C’est un
mur invisible qui est composé de toutes tes habitudes. Si on
essaie de les changer, il faut casser ce mur et c’est très compliqué.
En fait, pour comprendre le Coran, il faut comprendre trois
choses essentielles : le temps du Coran, le lieu du Coran et le
groupe humain du Coran. Tu saisis ?
Ismaël : Oui, mais je t’avoue que je suis quand même un peu
paumé là…

ale

Rachid : Je pense que tu t’étais déjà perdu avant d’arriver chez
moi. Écoute, l’anthropologie consiste à essayer de comprendre
comment vivent au quotidien des gens qui ne sont pas nous,
soit des gens du passé, soit des gens d’autres pays aujourd’hui.
On a naturellement tendance à penser que chacun vit comme
nous nous vivons, pense comme nous nous pensons, comme
nous croyons, comme nous imaginons, comme nous avons
peur ou nous n’avons pas peur…

Fin

Ismaël : Comme si les autres aimaient ce qui nous fait plaisir
ou ne nous fait pas plaisir, avaient la même idée de ce qui nous
paraît beau ou laid, bien ou mal, de ce que nous aimons manger
et ce que nous n’aimons pas.

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Rachid : Exactement. Or, si on essaie de regarder les gens de
différentes sociétés et de différents pays, les gens du présent et

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les gens du passé, on s’aperçoit qu’il y a sur tous ces sujets et sur
tous ces plans des différences qui peuvent être énormes. Le mur
anthropologique, c’est quand, entre deux sociétés, les habitudes,
les croyances de chacune de ces sociétés sont incompatibles
avec l’autre comme s’il y avait un mur infranchissable entre
elles. Quand on étudie l’Histoire, on doit repérer ce qui fait la
spécificité de chaque société et quelles sont les différences. Il ne
s’agit pas de juger, de dire que c’est bien ou mal mais d’étudier
ce qui est spécifique dans chaque société. On ne porte pas sur
une autre société ce qu’on appelle un jugement de valeur en
comparant ce que nous nous croyons bien pour nous-mêmes
avec ce que fait une autre société. On essaie, en Histoire, de
comprendre comment vivent, pensent et croient les gens d’une
autre société. Quand deux systèmes sociaux, deux sociétés, se
rencontrent, par exemple dans les phénomènes d’émigration ou
les phénomènes violents de conquêtes, comme les guerres, il
y a forcément des évolutions et des influences mutuelles dans
le mode de vie et les manières de penser et de croire des deux
sociétés qui sont alors en contact. On pourrait dire que cela crée
un nouveau type de société.
Ismaël : Attends, que je comprenne. En gros, ça veut dire qu’en
mélangeant des gens, des sociétés à travers l’émigration comme
mon père qui vient en Belgique pour travailler par exemple, ou
la guerre, ces mélanges créent quelque chose de nouveau ?

©"

Fin

ale

Rachid : Tout à fait. On étudie ces phénomènes évolutifs en
disant qu’ils sont interculturels. Mais à chaque fois, pour
comprendre les évolutions ou les rejets, on doit définir l’espace
qu’on étudie, les gens qu’on étudie et l’époque qu’on étudie. On
ne fait pas d’Histoire si on n’a pas ensemble ces trois éléments :
le lieu, le temps et les hommes dans une société donnée. En
dehors des moments interculturels de contact entre les sociétés
qui se sont produits réellement, on ne doit pas mélanger des

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sociétés qui n’ont pas été réellement en contact. Si on fait cela,
on sort de l’Histoire et on invente un monde imaginaire.
Ismaël : Bon, on le fait ce voyage ?!

Rachid : Commençons par le lieu et le temps.
Ismaël : D’accord. On fait comment ?

Rachid : Eh bien tu vas fermer les yeux.
Ismaël : Voilà, c’est fait !

Rachid : Qu’est-ce que tu vois ?

Ismaël : Le dernier épisode de Game of Thrones. Franchement,
ça déchire !
Rachid : Concentre-toi un peu plus, Ismaël !
Ismaël : Pardon… je me concentre.

Rachid : Bon. Maintenant tu vois quoi ?
Ismaël : Rien.

Fin

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Rachid : Parfait. Alors vu qu’il n’y a plus rien pour t’embrouiller,
on peut commencer. Imagine… Nous sommes en Arabie au
7e  siècle. Dans un endroit reculé, aride, un endroit où il est
difficile de survivre compte tenu des conditions climatiques.
Pour y faire face, les gens vivent en groupe, en clans et
développent entre eux des alliances de protection et de solidarité.
Il y fait chaud, et même très chaud en été. Et très froid durant la
nuit. Il pleut rarement et parfois pas du tout pendant plusieurs
années de suite. Les pâturages sont rares pour les troupeaux de
chameaux. À tout instant, les gens peuvent perdre leurs moyens
de subsistance et mourir. Alors à présent, que vois-tu ?

©"

Ismaël : Je vois le désert. Un désert rocailleux.
Rachid : Très bien. On y arrive. Maintenant, dans ce désert
rocailleux, imagine La Mecque.

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Ismaël : Avec le Burger King et le Hilton en face ?

Rachid : Non, ça c’est nouveau. Imagine La Mecque du 7e siècle.
Ismaël : D’accord, avec le grand cube noir où il y a écrit du
Coran dessus ?
Rachid : Oui, sauf qu’il n’était pas grand, ni noir et surtout,
il n’y avait pas encore de Coran écrit dessus vu que le Coran
va seulement arriver maintenant. Imagine un mur à hauteur
d’homme et…
Ismaël : Un homme comme toi, de près de deux mètres ?
Rachid : Non, plutôt comme toi.

Ismaël : Un super beau gosse, hyper intelligent et dont toutes
les femmes sont folles ?
Rachid : Non, juste un homme d’un mètre soixante-quinze
environ…
Ismaël : Ah, d’accord.

Rachid : Un mur en forme de carré dont chaque angle est
orienté vers un point cardinal.
Ismaël : OK.

©"

Fin

ale

Rachid : La Mecque est à l’époque une petite cité, à l’écart des
grandes routes caravanières. Elle ne dispose que d’un puits
d’eau, qui existe toujours aujourd’hui. La cité dépend pour
nourrir ses habitants de ses relations avec la ville de Taëf, située
à 63 km de là, au frais dans les montagnes, ce qui permet les
cultures vivrières. La Mecque, elle, est située dans une sorte
de creuset géologique qui peut être immergé complètement en
raison de pluies soudaines dans cette région sans végétation,
sans culture. Il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante bien
sûr. L’obscurité est totale la nuit dans cette terre aride…
Ismaël : Et sans GPS…
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Rachid : Oui, et sans téléphone non plus.
Ismaël : Ni voiture.

Rachid : Et sans routes goudronnées. Si tu quittes la bonne voie
de terre tracée par les tiens, tu te perds et tu risques de mourir,
perdu en plein désert. La bonne route c'est celle qui mène au
point d'arrivée sans qu’on se soit perdu en route, car dans le
désert, qu’arrive-t-il à celui qui sort de la bonne piste ?
Ismaël: Dis-moi ?

Rachid : Eh bien il meurt de soif parce que les puits et les points
d'eau se trouvent sur la bonne piste. Ils ne sont pas ailleurs car
la piste a été tracée pour aller de point deau en point d'eau où
les hommes et leurs chameaux peuvent trouver à boire.
Ismaël : Ça y est, je l’imagine. Je ne voudrais pas te décevoir,
Rachid, mais c’est pas top comme destination de voyage.

©"

Fin

ale

Rachid : C’est pourtant à cet endroit et à cette époque qu’est né
Muhammad. L’Arabie du 7e siècle était organisée en un système
tribal. Tu appartenais à un clan et tu respectais les règles du
clan. Et dans les mœurs du clan, le riche était celui qui avait
à suffisance des moyens de subsistance. Des troupeaux de
chameaux, par exemple. Son premier impératif, c’était d’avoir
de quoi nourrir sa famille. S’il possédait davantage, il devait
distribuer à ceux qui étaient dans le besoin. S’il voulait jouer
un rôle politique dans cette société, son groupe familial devait
être en expansion, c’est-à-dire qu’il devait avoir beaucoup de fils
et de troupeaux. Il devait être capable de défendre les siens et
de prendre des gens sous sa protection. Les filles, quant à elles,
étaient une monnaie d’échange pour les alliances politiques
entre tribus. Une femme permettait une alliance avec un
autre clan. Les hommes utilisaient leur force pour travailler et
protéger le clan.

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Ismaël : Donc, en gros, tu vivais dans ton clan, qui lui-même
vivait avec d’autres clans. Et ça formait une tribu.
Rachid : Et on concluait des pactes pour ne pas se battre entre
clans afin que le groupe survive. Car plus les hommes étaient
nombreux dans un clan ou un ensemble de clans, et plus on
avait de chance de survivre.
Ismaël : D’accord, j’ai compris pourquoi le Coran dit que les
hommes ont autorité sur les femmes. Les hommes travaillaient
et protégeaient le clan alors que les femmes non.
Rachid : Mais elles représentaient quand même une richesse
parce qu’elles étaient source de procréation et d’alliances.
Ismaël : Et c’est pour ça que je pouvais épouser quatre femmes.
Pour devenir plus riche. Enfin, pour l’instant, ça ne règle pas
mon problème d’écran plasma et de Netflix…
Rachid : Je reviendrai sur cette question d’autorité, mais qui t’a
dit que tu pouvais épouser quatre femmes ?
Ismaël : Ben, le Coran. Enfin, c’est connu, quoi. Tu vas pas me
dire…
Rachid : Je pense que tu refais la même erreur. Tu te projettes
dans le texte, au lieu de lire et d’analyser le Coran dans sa
société. Analysons le verset dont tu parles, le 3 de la sourate 4 :

Fin

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« Et si vous craignez de n’être pas justes envers les orphelins... Il est
permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous
plaisent, mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci,
alors une seule ».

©"

Si tu analyses bien le verset, il a surtout pour but de protéger
l’orphelin. C’est d’ailleurs le premier terme qui y apparaît.
Revenons donc dans notre Arabie du 7e siècle. Le plus important
c’était les liens dans le clan. La filiation y était une notion

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vitale. Être le « fils de » ou le « père de » était ce qui définissait
quelqu’un. Un orphelin, à l’époque, était quelqu’un qui n’avait
pas ou plus de père et devait être pris en charge par son clan.
Son statut social était très dévalorisé. C’était d’ailleurs le cas de
Muhammad et le Coran rappelle souvent son statut d’orphelin
pour montrer combien il était déconsidéré par les siens. Dieu
s’adresse à Muhammad, au verset 6 de la sourate 93, pour lui
dire comment il a rétabli pour lui la situation difficile qui était
la sienne en tant qu’orphelin, yatîm, dans un monde où seule
compte la parole des hommes « faits », c’est-à-dire d’un certain
âge. Muhammad sera même insulté, comme dans le verset 3 de
la sourate 108, où des adversaires mecquois le traitent de abtar.
C’est un mot très vulgaire et très violent qui signifie « châtré »,
au sens de celui qui est incapable d’avoir des fils. Muhammad
n’aura effectivement aucun fils vivant auprès de lui. Seules ses
filles lui survivront.
Ismaël : Donc, si je te suis bien, une femme qui avait perdu
son mari se retrouvait dans une situation de précarité totale. Et
donc le clan devait la prendre en charge, elle et ses enfants, pour
ne pas les mettre en danger.

©"

Fin

ale

Rachid : Le clan, la tribu étaient le lieu de solidarité et de
protection. Le Coran, pour mettre en place une situation de
justice sociale, ou confirmer la règle qui existait déjà, et afin
que le clan puisse continuer à vivre sans « zizanie », permet alors
aux hommes, « dans le but de prendre en charge et d’être plus
juste envers les orphelins », d’épouser plusieurs femmes. Cette
situation existait probablement avant le Coran. Ainsi, on
réintégrait l’enfant et la mère dans un « cercle de protection ».
Dans la Bible, si une femme perdait son mari et n’avait pas
d’enfant, elle était mariée au frère de son mari décédé. Mais
aujourd’hui, Ismaël, si une femme perd son mari, que se passe-t-il ?
Bien entendu, c’est une situation horrible et douloureuse mais

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au niveau de la société, est-ce que nous sommes encore régis
par des règles tribales ? Est-ce qu’elle est encore en danger par
rapport aux clans ?
Ismaël : Ben non…

Fin

ale

Rachid : Parce que nous sommes régis par de nouvelles « lois
sociales ». Une femme travaille, peut subvenir à ses besoins et
à ceux de ses enfants. Si elle est cependant en difficulté, l’État
lui vient en aide et elle n’est pas dans la même situation de
danger que celle dans laquelle elle se serait trouvée dans l’Arabie
du 7e siècle. La situation de la femme doit donc être comprise
comme étant liée aux conditions de vie de l’époque. Il n’y a
pas de raison d’en faire un modèle intangible alors que les
conditions de vie ont changé et que nous ne sommes plus du
tout dans la même société ni dans les mêmes conditions sociales
et économiques. Nous n’évoluons plus dans une société tribale
où il était difficile de survivre sans protection du clan. Où il
n’y avait ni État, ni police, ni tribunaux, ni armée. Le Coran
moralise, insuffle plus de justice dans la société où il se manifeste.
Il appelle à protéger les faibles. Et il le fait constamment, mais
sans pouvoir imposer des changements importants en raison
du mur anthropologique dont je t’ai déjà parlé. C’est le cas
en ce qui concerne l’esclavage qui existait dans cette société et
que le Coran ne peut abolir complètement. Le Coran ne vient
pas pour inventer des règles nouvelles mais pour que celles
qui existent dans sa société soient appliquées avec justice et de
manière raisonnable. Il exhorte, il recommande, mais il ne peut
imposer. La société ne l’aurait pas permis.

©"

Il faut donc considérer le Coran comme un point de départ,
pas d’arrivée. Il invite à une perspective nouvelle. Il n’abolit pas
l’esclavage car l’économie locale reposait en partie sur lui mais
il promeut la libération d’esclaves et indique ainsi une direction
à suivre vers plus de justice.

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Ismaël : Et pour l’autorité sur les femmes, Netflix, l’écran
plasma, tout ça ?
Rachid : Pour ce qui est des femmes, leur position sociale et
leur rôle sont déterminés par la fonction qu’elles occupent dans
la société de Muhammad. La femme et ses enfants sont pris
en charge par le chef de famille. Les femmes n’ont pas de rôle
économique autonome, même si la tradition musulmane nous
dit que la première femme de Muhammad, Khadija dirigeait
un commerce caravanier.
Là encore, le Coran ne peut bousculer les règles car la société
ne l’aurait pas acceptée. Il ne change pas le statut de la femme,
pas plus qu’aucun autre statut existant.
Ismaël : La société n’était pas prête ?

Rachid : C’est ça. Il faut que tu comprennes que le Coran
reprend le partage des rôles qui existait dans la société tribale.
Les hommes avaient à l’époque plus de responsabilités car, dit
le Coran, Dieu leur avait donné la capacité de protéger leur
famille. Ce sont eux qui géraient les biens et qui pouvaient les
accroître. Ils avaient donc un devoir impératif d’entretien de
leur famille. Dans cette société les femmes étaient prises en
charge. C’est ce que dit le verset 228 de la sourate 2 :

ale

(...) Les hommes ont prééminence sur les femmes (du fait des
responsabilités sociales et collectives qu’ils doivent assumer)

©"

Fin

Il ne s’agit pas de physiologie, comme on le pense très
souvent. Les hommes sont décrits comme ayant davantage de
responsabilités. Ils sont chargés de veiller à la protection et à
l’entretien de leurs épouses et de leurs enfants. Autrement dit,
leur prééminence tient aux responsabilités qui étaient les leurs
dans les sociétés tribales de l’époque. Le Coran se calque sur
les conditions de vie des tribus à son époque. Il s’agit d’une

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anthropologie marquée par son temps. Ce qui est frappant,
c’est que le Coran respecte les règles de la société de son époque.
C’est donc un contresens de mettre le Coran dans son esprit
en contradiction avec les règles de fonctionnement d’autres
sociétés et d’autres époques car le Coran s’inscrivait pleinement
dans la  maslaha (ce qui était bon), pour le fonctionnement
harmonieux de la société de son époque. Le Coran ne faisait
pas d’anachronisme au nom d’une « règle divine » qui aurait
été étrangère à sa société et qui n’aurait donc été comprise par
personne.
J’insiste, le Coran n’est pas révolutionnaire sur ce point. Je
ne suis en rien imam mais l’erreur consiste probablement à
confondre ce modèle anthropologique, dont le Coran tient
compte, avec une volonté supposée de Dieu de pérenniser ce
modèle pour l’éternité. Rien de tel n’est dit dans le Coran.
Ismaël : Rien ne dit le contraire non plus.

©"

Fin

ale

Rachid : Effectivement. Autant c’est suffisamment clair pour
l’esclavage, autant pour les femmes... Mais c’est pourtant le sens
de l’Histoire. Et la réalité objective de nos sociétés d’aujourd’hui
qui ont fait table rase des conditions particulières de l’Arabie
du 7e siècle. Le modèle anthropologique ayant disparu, tout
ce qui lui était intimement lié peut-il survivre ? Ce que les
croyants peuvent garder, ce sont les valeurs humaines comme
la justice, la solidarité, le respect de la parole donnée, pour les
adapter à la société dans laquelle on vit au présent. Et même si
un certain nombre de versets du Coran traduisent la réalité de
la société de l’époque, il n’en reste pas moins que, comme pour
l’esclavage, d’autres mentionnent clairement des éléments vers
plus d’égalité, plus de justice.
Ismaël : C’est pas gagné pour mon écran plasma…

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Rachid : Ça tourne à l’obsession chez toi.

Ismaël : L’erreur consiste donc à faire du modèle arabe du 7e
siècle un modèle éternel. De faire comme si l’histoire que
raconte le Coran se passait aujourd’hui alors qu’elle se passe au
7e siècle ?
Rachid : Effectivement, ça ne semble avoir aucun sens du point
de vue historique.
Ismaël : Attends deux secondes, et le verset qu’on nous renvoie
toujours dans la figure, le verset 34 de la sourate 4, je crois…
Rachid : Oui, c’est bien celui-là, sur la possibilité de frapper son
épouse :

©"

Fin

ale

« …Les hommes ont en charge les femmes (pour les nourrir et leur
donner des moyens d’existence puisqu’elles ne sont pas dans la
société d’origine des acteurs économiques ; ce n’est pas le sens
de domination) en ce que Dieu a donné faveur aux uns sur les
autres (le fadl, ce sont encore les moyens d’existence, la richesse ;
donc celui qui est en possession de moyens doit prendre en
charge ceux de son groupe de parenté qui n’ont pas été dotés de
ces moyens : femmes, enfants orphelins ; mais on peut penser
aussi à la capacité qu’ont les hommes de protéger y compris
par les armes ; dans la société d’origine les femmes ne combattent pas donc n’ont pas cette capacité ; le but étant toujours
évidemment la survie du groupe) et en ce dont ils font dépense
de leurs biens (pour l’entretien de leurs femmes et enfants) les
femmes vertueuses (sâlihât, de bonne conduite selon les règles
de l’époque), dévotes, qânitât (envers Allah, 2, 238), préservent
ce qui doit être caché et ce qu’Allah a préservé (crainte de la
généalogie brouillée en cas d’adultère ; on doit être fils de son
père) quant à celles dont vous craignez l’indocilité (nushûz, pour
le femme pour le mari c’est la colère injustifiée 4, 128), ad-

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monestez-les, ne partagez plus leur couche, corrigez-les ! Mais si
elles se montrent à nouveau dociles, n’agissez pas contre elles injustement  (baghâ  c’est dépasser les bornes) Allah est très haut et
grand. »
Il est indispensable de mettre le passage en perspective de sa
société et de le rapporter aux moeurs, traditions, habitudes qui
régissaient les comportements de l’époque au sein de la famille.
Que veut dire frapper une épouse dans cette société en fonction des moeurs de l’époque ? Il faut éviter de porter d’emblée
un jugement de valeur de s’impliquer ou de s’indigner. Il faut
d’abord essayer de comprendre quelle situation cherche à être
décrite par ce passage sans se focaliser sur le fait de frapper en
oubliant le reste dont dépendra évidemment la compréhension.
Il faut examiner avec attention l’ensemble du verset.

ale

Le maître mot de la séquence 4, 34 n’est pas le fait de corriger, darb, mais bien la notion de qawâm, ce qui est juste et
droit (que l’on retrouve dans qawwâmun). C’est le fait que dans
cette société les hommes ont des responsabilités plus grandes
que celles des femmes qui sont socialement prises en charge.
Pour que cette société fonctionne bien, on cherche à éviter ou
à limiter les conflits y compris ceux qui peuvent surgir au sein
des familles. On cherche donc toujours une solution. Dans un
contexte de pragmatisme, il y a toujours une porte de sortie et
une possibilité de conciliation. Sinon on va vers une rupture
à l’amiable. L’obsession est d’éviter un conflit majeur entre les
clans pour une cause mineure comme une querelle conjugale.

©"

Fin

Quant aux voies de fait contre les épouses, elles ne pouvaient aller
bien loin car le clan de parenté de la femme serait intervenu. Il
ne pouvait y avoir maltraitance sans que cela ne conduise à des
conséquences fâcheuses entre les clans. Dans ce cas, l’épouse se
réfugiait dans le clan de son père. Une situation invivable entre

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les époux ne durait pas car ce n’était dans l’intérêt de personne.
Il y avait séparation et négociation entre les deux clans. On était
dans une société où l’on cherchait à éviter les conflits et à régler
les situations délicates par des conciliations.
Ismaël : Et pour l’héritage, c’est pareil ?

Rachid : Là encore, nous manquons d’éléments directs sur cette
question avant l’avènement de l’islam. Mais on peut émettre
l’hypothèse que ce n’est pas le Coran qui introduit les règles
de l’héritage concernant les femmes. Ces règles existaient
certainement avant lui. Il demande simplement qu’elles soient
respectées. Mais dans la société de l’époque. Pas pour l’éternité.
Ismaël : Comment on le sait ?

Fin

ale

Rachid : Le système social des tribus a été la référence quasiment
jusqu’au milieu du 10e siècle en Arabie. Je te le redis, on vivait
dans une économie de pénurie, très fragile et soumise à des
contraintes climatiques imprévisibles. La pluie ou son absence,
les phénomènes volcaniques destructeurs, les vents ou les orages
d’une violence terrible faisaient peser sur la société le risque
de famine. L’Arabie n’était pas une terre d’invasion comme le
Proche et le Moyen-Orient mais une terre où les contraintes
naturelles conditionnaient le mode de vie. Beaucoup de choses
changent seulement aujourd’hui, avec l’enrichissement, grâce
au pétrole. Mais les règles sociales ont aujourd’hui encore du
mal à s’adapter à la nouvelle société, notamment en Arabie
Saoudite. L’idéologie qu’on y développe enferme le Coran dans
le 7e siècle, en faisant croire qu’il a donné des règles divines
intangibles à toute société humaine.

©"

Ismaël : Alors que le Coran ne fait que prendre en compte les
règles de la société du lieu et du temps où il se révèle.
Rachid 
: Le Coran s’empare en l’occurrence des règles
coutumières locales comme il le fait des autres fonctions sociales

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qu’il place sous son patronage. Le Coran n’est en aucune façon
innovateur, il s’inscrit à la suite de la coutume ancestrale établie.
Il n’en faudra pas plus dans les contextes sociaux postérieurs
et familiers des situations de contrainte sociale pour que la
prescription utile de l’origine passe pour une obligation divine.
Ismaël : Et aussi la situation économique qui était directement
générée par les conditions climatiques.
Rachid : Tu deviens bon, toi. Tiens, t’as droit à un sucre.

Ismaël : Tu te fous de moi ? C’est pas un sucre que je veux mais
un écran dans ma chambre !
Rachid : Non, sérieux, tu progresses à pas de géant. C’est
pas difficile au fond. Si tu t’intéresses vraiment à la religion
musulmane, tu ne peux pas te contenter de répéter ce qu’untel
t’a dit parce qu’untel lui avait dit qui, le tenait lui-même d’untel.
Ni de lire des ouvrages qui te prémâchent la compréhension des
choses, et t’enferment dans l’imaginaire de leur auteur et ses
limites. Tu dois te transformer toi-même en chercheur. Et donc
essayer de te replonger dans l’époque, de sentir l’ambiance, les
enjeux… Sinon, tu comprends tout de travers, en projetant en
permanence ton propre vécu et ton propre imaginaire. Pour ne
pas dire tes propres fantasmes.
Ismaël : Un vrai jeu de rôle…

ale

Rachid : Si tu veux. Enfin, le résultat c’est que pour l’islam des
premiers temps, la principale source arabe est le Coran. En
d’autres termes, une parole qawl mise par écrit a posteriori et
dont on sait qu’elle n’a pas fait l’unanimité.

Fin

Ismaël : Le Coran qu’on a aujourd’hui, c’est bien celui qui a été
révélé ?

©"

Rachid : Oh, ça, c’est une tout autre histoire. On développera
ce sujet une autre fois, si tu le veux bien, même si c’est un
sujet fondamental. Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que le

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Coran, avant d’être un texte, a été une parole. Il y’a un décalage
entre la parole en situation et l’écrit. La parole est vivante, face à
des interlocuteurs qui peuvent acquiescer ou contester et l’écrit
qui est muet. Tu dois être conscient de l’historicité du texte
que tu lis, et ta propre historicité. C’est à dire ton présent. La
Parole coranique avant de devenir une parole musulmane a
cristallisé des croyances, des idées, des manières de vivres, des
mentalités propres à la société du 7e siècle. Il faut que tu arrives
à reconstituer cette société. Et tu vas te rendre compte que le
Coran véhicule une mémoire des arabes du 7e siècle. Autrement
dit, il faut que tu lises le Coran au prisme de la société qui est
derrière le texte.
Ismaël : On s’est un peu éloignés du sujet de l’héritage là…

Fin

ale

Rachid : C’est vrai. Moi-même je sais plus où on en était. Enfin,
en résumé, dans cette société, il y avait une répartition des rôles
entre les sexes. Les femmes étaient prises en charge par les
hommes qui avaient le devoir de les entretenir correctement.
Leur rôle était de procréer car la hantise des clans était de ne pas
avoir assez d’hommes pour assumer les tâches de subsistance
et de défense du groupe. L’idéal féminin de l’époque était de
donner naissance à un maximum de fils pour garantir l’avenir
du clan. C’est dans cette perspective sociale, subordonnée
aux conditions objectives de l’époque, qu’il faut comprendre
les passages sur les femmes dans le Coran, entre autres ceux
concernant l’héritage. Ça veut dire que ce n’est pas transposable
dans des sociétés où les populations ne vivent plus dans les
conditions des tribus d’Arabie au 7e siècle et où les femmes ont
comme les hommes un rôle économique en dehors de la famille
et une opportunité d’autonomie pleine et entière.

©"

Ismaël : Ça m’a l’air limpide. D’autant que tu as dû me répéter
au moins dix fois la même chose pour que ça me rentre dans le
ciboulot. Toi aussi, t’as droit à un sucre…

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Rachid : Merci bien. Bon, concrètement, en ce qui concerne
ton fantasme d’autorité que tu voudrais avoir sur ta femme
aujourd’hui, au droit que tu aurais d’en épouser plusieurs voire
même d’être violent à leur égard, tu en penses quoi maintenant
qu’on a voyagé dans le « temps du Coran » ?
Ismaël : Que ce n’est pas de moi, ni de mon époque que parle le
Coran quand il dit ça…
Rachid : Ce qui n’enlève rien à sa richesse et à son intérêt pour
nous.
Ismaël : Rachid ?
Rachid : Oui ?

Ismaël : Je crois que je me suis mis dans de beaux draps. Qu’estce que je vais dire à ma femme ?
Rachid : Des excuses, ça n’est pas humiliant…
Ismaël : Tu as raison.

Rachid : Et pour ton écran plasma ?

©"

Fin

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Ismaël : Pfuuu… Je vais en rêver ce soir en dormant dans le
salon…


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