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Le test. Une expérience inouïe, la preuve de l'après vie .pdf



Nom original: Le test. Une expérience inouïe, la preuve de l'après-vie.pdf
Titre: Le test
Auteur: Stéphane Allix

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© Éditions Albin M ichel, 2015
978-2-226-38642-7

« Rien n’est plus illuminant que la belle mort d’un être cher. »
Michka

Introduction
Lorsque mon père est décédé, j’ai placé quatre objets dans son cercueil. Je n’en ai parlé à personne.
Puis j’ai interrogé des médiums qui disent communiquer avec les morts.
Découvriront-ils de quels objets il s’agit ?
C’est le test.

Mon père, Jean-Pierre Allix, est décédé le 16 juin 2013 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ce fut un père
admirable, que j’ai aimé, et que j’aime encore. Il m’a appris à être un homme pour qui la parole et le sens
de l’honneur priment sur tout. Il m’a incité à devenir une personne exigeante envers moi-même comme
envers les autres, et fière de l’héritage qui est le mien. Il m’a enseigné à être curieux, à savoir faire
preuve de discernement mais aussi à écouter sans juger trop rapidement. Il m’a montré par son exemple
que la vie est étonnante, et que précisément cette capacité à être étonné, quel que soit son âge, est ce qui
nous préserve du désespoir. Il m’a indiqué comment regarder, lire, comprendre et chercher. Il m’a fait
découvrir Tolstoï, Flaubert ou Stendhal, et m’a inculqué l’importance de construire des phrases qui
veuillent dire quelque chose, mais qui soient aussi agréables à lire. « Un texte c’est de la musique »,
disait-il.
En lisant ce qui va suivre vous allez mieux saisir pourquoi je pense que mon père est bien plus que le
simple sujet d’une expérience particulière – ce test auquel j’ai soumis six médiums, deux hommes et
quatre femmes. Il est mon partenaire, le personnage invisible mais central de ce livre auquel il a
participé parfois avec difficulté, souvent avec émotion, et même de temps à autre avec humour.
De son vivant, nous avions parlé de la mort à plusieurs reprises – en 2001, dans un accident en
Afghanistan, j’avais perdu un frère et lui un fils, le sujet était présent dans la famille. Nous avions évoqué
tous les deux l’intérêt qu’il y aurait, après son départ, à essayer de faire ensemble cette recherche.
Le jour des funérailles, alors que je me trouvais seul dans la salle du funérarium, quelques minutes
avant que le cercueil soit fermé et scellé, j’ai placé quatre objets ainsi qu’un mot à l’intérieur, dissimulés
sous le tissu qui recouvrait sa dépouille, à l’abri des regards. Dès cet instant et jusqu’à ce que le cercueil
soit fermé, je suis resté à côté, m’assurant que personne ne puisse voir ces objets cachés contre son
corps. Aussi ai-je la certitude absolue d’avoir été, jusqu’à aujourd’hui, l’unique personne au courant de
la présence de ces objets dans le cercueil.
En ce samedi matin du 22 juin 2013, j’ai déposé contre mon père :





un long pinceau fin ;
un tube de peinture acrylique blanche ;
sa boussole ;
une édition de poche du Désert des Tartares de Dino Buzzati, un de ses livres préférés ;

– un petit mot glissé dans une enveloppe couleur écrue.
J’ai pris soin de photographier chaque objet juste avant de le mettre dans le cercueil. Ensuite, je me
suis adressé à mon père, regardant le vide au-dessus de lui plutôt que son corps. Je lui ai expliqué ce que
je faisais, et que la tâche allait consister pour lui à dire à des médiums de quels objets il s’agissait. Un
peu plus d’un an après, j’ai proposé à plusieurs médiums de participer à une petite expérience au sujet de
laquelle je suis resté très évasif...

Science et médiumnité
Peut-on vraiment parler avec les morts ? Des femmes et des hommes le prétendent, et en font même
profession. Un certain nombre d’entre eux ne sont pas des charlatans. Alors qui sont-ils ? L’objectif de ce
test est de mettre à l’épreuve six médiums réputés pour leur sérieux, leur honnêteté et bien sûr leurs
compétences reconnues.
En France, ils sont plus nombreux qu’on ne l’imagine à utiliser professionnellement cette capacité si
particulière à communiquer avec l’au-delà. Des milliers de gens les consultent, peu en parlent. Quels
sont les enjeux de la médiumnité ? Y a-t-il matière à enquête ? Ces capacités sont-elles réelles ? S’agit-il
d’un phénomène de société que l’on pourrait réduire à une sorte d’escroquerie, inconsciente de la part de
certains médiums, ou tout à fait consciente pour d’autres charlatans ? A-t-on affaire à une illusion
collective ? Une forme d’autoconviction de la part de personnes incapables de surmonter la réalité d’un
deuil ? Ou s’agit-il de réelles communications avec l’au-delà ? Pour ceux qui les pratiquent, est-ce un
don ou une malédiction ? Un sacerdoce ou une illusion ? À travers les six rencontres que je vous propose,
et les six séances de test auxquelles vous allez assister, je vais tenter de répondre à toutes ces questions,
avec rigueur et objectivité.
Les médiums prétendent que les défunts sont présents à côté d’eux – ils les voient, les sentent, parlent
avec eux – et qu’ils obtiennent des informations tout simplement parce qu’ils leur parlent à l’oreille !
Vous allez le découvrir après analyse, les données soutiennent que cette idée est vraisemblable : un
aspect de notre personnalité ou de notre identité continuerait à exister après la mort physique sous une
forme capable de communiquer avec un médium.
La vie après la mort est aujourd’hui une hypothèse rationnelle. Et ce sont les recherches scientifiques
menées sur la médiumnité qui permettent de l’affirmer.
Un médium est une personne qui en se connectant à un ou plusieurs défunts obtient des informations,
parfois intimes, sur une personne qu’il rencontre pour la première fois de sa vie. Et effectivement c’est là
un des points les plus mystérieux de la médiumnité car, à ce jour, aucune explication ne permet de
déterminer de façon conventionnelle comment une telle chose est possible.
Lorsque le médium se retrouve devant un client qu’il ne connaît pas, qu’il voit en général pour la
première fois, il est apte à lui livrer un nombre plus ou moins important d’informations factuelles, disant
les recevoir de personnes défuntes. La question est : d’où proviennent ces informations ? Des recherches

sont menées depuis plusieurs décennies sur le sujet, notamment par des chercheurs comme Gary
E. Schwartz 1 ou plus récemment Julie Beischel 2 du Windbridge Institute. Ces recherches consistent à
mesurer la nature des informations que sont capables d’obtenir des médiums lors de protocoles
rigoureusement contrôlés.
Les possibilités conventionnelles d’obtenir des informations sur une personne que l’on ne connaît pas
sont en premier lieu la fraude ou la supercherie : le médium aurait acquis des informations sur le sujet
cible, ou la personne décédée, au préalable. La chercheuse Julie Beischel explique que son protocole de
recherche élimine cette possibilité puisque le médium n’a que le prénom de la personne décédée durant
toute la durée de l’expérience. Une autre explication conventionnelle, explique-t-elle, est la lecture à
froid, lorsque le médium utilise les indications visuelles ou auditives qu’il perçoit du client afin de
présenter des informations qui lui correspondent. C’est ce qu’on appelle aussi le « mentalisme ». Pour se
prémunir contre cela, dans les expériences que mène Julie Beischel, la personne qui joue le rôle du client
n’est pas physiquement présente dans la même pièce que le médium, et la personne qui conduit
l’expérience ignore également tout du sujet ou des défunts potentiels. Dernière explication possible :
l’information fournie par le médium serait si générale qu’elle pourrait s’appliquer à tout le monde. Pour
éliminer cette dernière possibilité, Julie Beischel demande au médium de répondre à quatre questions
spécifiques sur la personne décédée : description physique, personnalité, passe-temps ou activités et
cause de la mort.
Les résultats obtenus lors de très nombreuses expérimentations successives permettent d’écarter
définitivement les explications conventionnelles telles que la fraude, le questionnement directif ou la
suggestibilité. Avec ces protocoles, les chercheurs comme Julie Beischel ou Gary Schwartz ont éliminé
toutes les explications conventionnelles.
Alors comment les médiums obtiennent-ils des informations sur des vivants et des défunts dont ils
ignorent tout ? Les chercheurs se retrouvent face à deux hypothèses permettant de rendre compte des
résultats obtenus : soit les médiums communiquent vraiment avec les défunts, soit il s’agit d’une forme de
télépathie, et cette explication est déjà en soi assez extraordinaire. Selon cette dernière hypothèse, le
médium serait capable de lire dans l’esprit de la personne qui vient le consulter. Il ne parlerait pas à un
esprit mais obtiendrait des informations en allant les piocher dans la tête de la personne en face de lui,
qui, elle, les connaît.
Toutefois, il ressort que cette forme de télépathie est un acte passif : dans ce cas de figure le médium
reçoit des images, des flashs, or dans les communications avec des défunts les médiums parlent de
véritables conversations interactives. Plus déterminant encore, dans bien des cas les informations livrées
par le médium sont inconnues de la personne qui se prête à l’expérience en tant que client. Comme Gary
Schwartz le précise : « Souvent, nous obtenons des personnes que le sujet connaît mais n’attendait pas.
D’autres fois, nous obtenons des informations dont le sujet pense qu’elles sont fausses, ou ignore, et dont
on constate la véracité plus tard. »
Voilà un élément très troublant, car un flash télépathique ne contredit pas ce que pense la personne dans
l’esprit de laquelle le médium est venu le puiser. Par ailleurs, comme le souligne Julie Beischel, les

lectures psychiques font partie de la pratique de nombreux médiums. Ils parviennent très bien, disent-ils,
à faire la distinction entre télépathie et communication avec une personne décédée : le ressenti lié à
chacune des situations est différent. C’est une chose dont ils ont en outre fait l’expérience depuis
l’enfance. Nous allons le voir en détail.
Ainsi, l’approche scientifique de la médiumnité permet de conclure, pour reprendre les mots de Julie
Beischel, que « la réception d’informations anormale est un fait mais nous ne pouvons pas déterminer
d’où elle provient. Les données soutiennent l’idée de la survie de la conscience, d’une vie après la mort.
Un aspect de notre personnalité ou de notre identité continue à exister après la mort physique sous une
forme capable de communiquer avec un médium. Les données appuient également d’autres hypothèses
sans rapport avec la survie de la conscience : la clairvoyance, la télépathie ou la précognition
permettraient aux médiums d’obtenir des informations sans pour autant communiquer avec les morts.
Cependant, maintenant que nous avons commencé à travailler sur l’expérience des médiums, nous avons
tendance à penser que la survie de la conscience est l’explication la plus appuyée par les données ».

En vertu de toutes ces recherches effectuées, et de celles que j’ai moi-même menées durant ces
dernières années 3, la vie après la mort est à mes yeux aujourd’hui plus qu’une hypothèse solide. Voilà
plus de dix ans que j’enquête à travers le monde, rencontrant des chercheurs, des médecins, des hommes,
des femmes et des enfants vivant des expériences incroyables de contacts avec des défunts. Je travaille et
côtoie des médiums depuis des années. Tout ce temps je suis resté dans mon rôle de journaliste rigoureux
et objectif. Et c’est précisément cette posture qui me conduit aujourd’hui à reconnaître l’évidence : la
mort n’est pas la fin de la vie.
Aussi, avec ce livre j’entends contribuer au débat en y apportant les résultats indiscutables que vous
allez découvrir dans les pages qui suivent. Mais au-delà de vouloir simplement prouver que la vie se
poursuit après la mort, j’ai souhaité explorer comment s’établit cette communication entre deux mondes.
Entre les vivants et les morts. J’ai questionné les médiums, sans relâche : que devient-on après que son
corps s’est évaporé en poussière ? Qu’arrive-t-il à notre individu après la mort ? Parce que l’on continue
à être, de cela aujourd’hui je suis certain, je le redis. Mais à être quoi ? Exactement la même personne
que du temps de notre vie sur terre ? Ou notre individualité évolue-t-elle ? Que se passe-t-il dans les
premières semaines qui suivent notre décès ? Où va-t-on ? Qui rencontre-t-on ?
Qui est l’être qu’est devenu mon père après sa mort et qui a communiqué avec moi ?
Je vous invite à découvrir ce que des mois d’enquête m’ont permis de comprendre. C’est vertigineux.
Chacun des six chapitres à venir est consacré au portrait d’une ou d’un médium et présente en intégralité
la séance test menée avec elle ou lui. Jamais je ne suis allé aussi loin dans des entretiens. Ils jettent une
lumière sans pareille sur la fin de vie, la mort, la vie après, et la communication avec les défunts. Dans un
dernier chapitre, le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste dans l’accompagnement des personnes en fin
de vie, évoque la spécificité du parcours de deuil et nous propose des conseils bienveillants autour de la
mort et de la médiumnité.
Écrire ce livre a changé ma vie. Peut-être changera-t-il la vôtre.

Notes
1. Gary E. Schwartz, The Afterlife Experiments, Atria Books, 2002.
2. Julie Beischel, Among Mediums. A Scientist’s Quest for Answers, Windbridge Institute, LLC, 2013.
3. Stéphane Allix, La mort n’est pas une terre étrangère, Albin Michel, 2011, J’ai Lu, 2014 ; Enquêtes extraordinaires,
saisons 1 et 2, Les Signes de l’au-delà et Ils communiquent avec les morts, documentaires réalisés par Natacha Calestrémé
et al., DVD, Éd. Montparnasse, 2011 et 2014.

Henry

J’appréhende beaucoup cette séance. Je connais Henry Vignaud depuis des années, et une vraie amitié
nous lie. Je l’ai rencontré pour la première fois en novembre 2006, pour le tester, déjà, avec une photo de
mon frère Thomas décédé en Afghanistan cinq ans auparavant. Le résultat de cette première séance fut
impressionnant 1. Il ignorait tout de moi, et à n’en pas douter ce jour-là Henry a communiqué avec mon
frère.
Des doutes pourtant, j’en avais en pagaille. Je suis sorti du petit appartement où il m’avait reçu,
partagé entre la stupeur et la résistance. Stupeur de constater qu’il m’avait donné un nombre incroyable
de détails très précis sur mon frère, sa vie, son caractère, les circonstances particulières de sa mort, etc.,
détails qu’il n’avait pu en toute objectivité obtenir que d’une seule personne : mon frère lui-même,
décédé cinq ans auparavant ! Et résistance car ce que l’évidence m’imposait – mon frère m’avait parlé
après sa mort –, mon esprit n’était pas encore prêt à l’accepter.
Cette résistance est tenace, et s’accroche au moindre doute, à la moindre occasion qui lui est offerte.
En ce jour de novembre 2006, ce qui me gênait par exemple, c’est qu’à aucun moment Henry n’avait dit
que mon frère s’appelait Thomas. Il avait décrit précisément la manière dont il était mort dans un accident
de voiture, sa blessure à la tête, le lieu dans lequel cela s’était produit, mais il n’avait pas dit son nom.
Voilà qui semblait paradoxal. Pourquoi, alors qu’Henry prétendait que mon frère se trouvait avec nous
dans la pièce, ne disait-il pas simplement à mon intention : « Eh, au fait, dis-lui que je m’appelle
Thomas » ? Cela me semblait incompréhensible, illogique et ce simple fait amoindrissait cette réalité
parfaitement inexpliquée : Henry m’avait donné de très nombreuses autres informations exactes.
J’ai découvert depuis la raison de cette apparente contradiction. Et c’est l’un des éléments qu’il me
tient à cœur d’explorer avec les six médiums qui ont accepté de se soumettre au test que je leur ai
proposé. Très sommairement – ce point est capital, nous y reviendrons tout au long de cet ouvrage –, la
partie du cerveau des médiums qui perçoit les mots, les images, les informations de la part des défunts
n’est pas la même que la partie du cerveau qui verbalise ces informations à la personne vivante venue
consulter. La chercheuse Julie Beischel me l’a expliqué lors d’un entretien que j’ai eu avec elle à Tucson,
en Arizona, voilà quelques années : « Les noms et les dates posent problème à de nombreux médiums. Je
pense que c’est parce que ces informations dépendent du cerveau gauche. Un nom est une étiquette, or les
chiffres et les étiquettes sont traitées par l’hémisphère gauche du cerveau. Nous pensons que la
médiumnité est un processus qui passe principalement par le cerveau droit. Les éléments normalement
filtrés par notre cerveau gauche sont donc plus difficiles à percevoir et à interpréter. » On peut faire un
parallèle avec les premières secondes du réveil. À cet instant, il se peut que vous ayez encore en tête le

dernier rêve que vous venez de faire. Il est là, vous le sentez, son souvenir est inscrit en vous, avec sa
puissance, ses évocations. Mais vous faites un mouvement dans le lit, et avant même que vous ne vous
leviez, voilà qu’il s’étiole. Lorsque vous essayez de le noter par écrit, ou de le raconter à votre conjoint,
très curieusement les mots que vous employez détruisent une partie du rêve. En le racontant ou le
couchant par écrit, vous le réduisez à des mots. Il se recompose. Il devient presque autre chose. En fait,
vous venez de passer du cerveau droit, qui rêve, au cerveau gauche, qui essaye de décrire le rêve. Et ça
« coince ». Pourtant vous conservez la sensation diffuse de fragments du rêve : il y avait plus de... un
point vous échappe... cette couleur était... comment dire ? Non, malgré vos efforts, vous ne parvenez pas à
trouver les mots. Avez-vous déjà vécu cela ? Eh bien pour un médium, comme nous allons nous en rendre
compte, c’est un peu pareil : il doit lors d’une séance à la fois demeurer dans le rêve, cet espace subtil de
perceptions fragiles où il est en contact avec les défunts, et vous le raconter avec des mots. La capacité à
faire ce va-et-vient permanent sans altérer ses perceptions est le secret d’un bon médium.
Tandis que je roule dans Paris vers le quartier où habite Henry, je me demande de quelle manière notre
amitié pourrait impacter cet entretien. La confiance que nous avons mutuellement l’un envers l’autre va-telle rendre le test moins stressant pour lui ou, à l’inverse, l’enjeu de l’expérience va-t-il le paralyser ? Le
stress est un facteur important dès qu’un individu doit se brancher sur ses perceptions subtiles – car par
définition elles sont subtiles, et très fragiles. Ces perceptions délicates dont on pourrait supposer qu’elles
sont apparentées à l’intuition ou au sixième sens sont immédiatement affectées par la moindre des
émotions. Et le stress, la peur de ne pas réussir, est une énorme émotion. Aucun des médiums qui
participent à ce test ne va être épargné sur ce point.
Malgré notre longue relation, Henry n’a jamais rencontré mon père, et dans l’hypothèse où il aurait été
informé de son décès plus d’un an auparavant, il ne sait rien d’autre. Rien des circonstances de son décès,
et évidemment rien de l’expérience que j’ai entreprise dans le secret du funérarium où le cercueil a été
scellé. Mais curieusement, à aucun moment Henry ne va mentionner que c’est avec mon père qu’il va
établir le contact, pourtant, vous allez le voir, c’est bien lui qui va venir...

Comme d’habitude, je suis parti en avance, craignant d’avoir du mal à me garer. Je me dirige vers le
e

13 arrondissement de Paris, au nord de la place d’Italie. Et comme d’habitude je trouve une place
rapidement, à quelques minutes de marche de chez Henry. Je suis impatient. En attendant l’heure du
rendez-vous, je reste assis derrière le volant, au chaud, et comme je le fais depuis plusieurs jours, j’en
profite pour m’adresser à haute voix à mon père, et à tous les autres défunts de ma famille qui seraient
susceptibles de m’entendre dans le monde invisible. Je leur demande de l’aide. De l’aide pour ce livre.
De l’aide pour papa, afin qu’il parvienne à dire à Henry ce que j’ai mis dans son cercueil. Tout en parlant
à haute voix dans ma voiture, je me fais soudain la réflexion que pour l’un des objets – le livre de Dino
Buzzati, Le Désert des Tartares – il va être quasiment impossible à un médium de comprendre le titre,
même si papa le lui donne, quand déjà un simple prénom est si difficile à obtenir. Un des six médiums
parviendra-t-il seulement à citer ce roman ? Les autres objets sont plus simples en apparence, mais ce
livre ? Je suis encore loin de m’imaginer qu’il va se produire dans un peu plus d’une heure, en pleine

séance, une synchronicité extraordinaire quand mon père va trouver la solution...
Je pénètre dans un appartement aux rideaux tirés. Henry est souriant, joyeux, comme à son habitude. Un
homme d’un abord toujours heureux, même quand la vie le taquine. Il a bonne mine, et me fait signe
d’entrer dans son salon qui lui sert de lieu de consultation. Une pièce simple, une petite table placée de
guingois par rapport à l’angle du mur, une odeur de cigarette. Je sens d’emblée qu’il appréhende aussi ce
moment. Il m’apprend qu’il n’a pas fait de consultation depuis longtemps. Entre obligations familiales et
une vilaine bronchite, il va réaliser avec moi sa première séance depuis plusieurs semaines. Aïe ! Est-ce
que ça rouille un médium quand ça ne sert pas ?
Il fait déjà sombre mais voilà qu’il ferme les volets, plongeant la pièce dans la pénombre. Henry aime
être dans le noir pour travailler. Au début, je ne lui donne aucune indication ni de photo, afin de voir qui
apparaîtrait spontanément. Quels sont les défunts autour de moi qui désireraient s’exprimer ?
Henry s’assied derrière sa petite table encombrée de papiers divers, d’images pieuses, d’une petite
icône dorée représentant le Padre Pio, d’un cendrier, et se cache le visage entre les mains pour faire le
vide. Je suis assis face à lui, concentré, et dans l’attente. Les minutes s’égrènent dans un silence
seulement ponctué de quelques quintes de toux. Bronchite et cigarette ne font pas bon ménage. Je me
demande comment il peut se concentrer en toussant de la sorte. Et puis cela arrive doucement.
– Tu allumes souvent des bougies ? me demande-t-il.
Je trouve amusant qu’il me pose une telle question parce que précisément le matin même, avant de
venir à notre rendez-vous, j’en ai allumé une – ce que je ne fais jamais. Devant la flamme, je me suis
adressé à papa. Pour ma femme Natacha en revanche, offrir une prière silencieuse à ses proches en
allumant une bougie est un geste quasi quotidien.
– Moi non, mais Natacha le fait souvent.
– Il y a des remerciements spirituels pour des bougies allumées régulièrement pour plusieurs défunts,
toi ou Natacha c’est pareil.
– En fait je l’ai fait ce matin avant de venir...
– Il y a des remerciements pour cette lumière... ça fait un petit moment que je vois ça, même tout à
l’heure avant de commencer.
Après ce préambule, de nouveau le silence s’installe. Henry se concentre, le visage dans les mains.
– Je sens la présence diffuse du visage d’un défunt, quelqu’un qui portait une barbe, une sorte de bouc,
comme on en portait pas mal à une époque...
– Ça ne m’évoque rien.
Tout en disant cela, comme Henry se réfère à une époque lointaine, je pense soudain à mon arrièregrand-père, Georges, qui portait bouc et moustache. Mais je n’en dis rien car sans plus de précisions de
sa part, la phrase d’Henry est trop vague. À nouveau du temps s’écoule.
– Paul, ça te dit quelque chose, ou Jean-Paul ?
– Oui.
– C’est Paul ou Jean-Paul ? J’ai entendu Paul mais ça peut être Jean-Paul.
– C’est Paul.

– Décédé ? Parce qu’il est là-haut...
– Oui.
– Il essaye de me montrer des appareils, on dirait des appareils de chirurgie, de bloc opératoire, oui,
c’est ça, soit cette personne a subi une intervention chirurgicale, soit cette opération a eu des
conséquences sur son départ terrestre... en tout cas il s’est fait opérer avant de partir... une opération était
nécessaire et il est parti juste après. Ça ne te dit rien ?
L’un des épisodes les plus douloureux pour Lise, la mère de mon père, fut la mort de son grand frère
Paul. Il fut en réalité porté disparu à l’âge de trente et un ans, le 18 février 1915, pendant les violents
combats qui eurent lieu dans le hameau de Beauséjour, en Champagne-Ardenne. Les villages de cette
région de la Marne furent entièrement détruits, mais seul le hameau ne fut jamais reconstruit. Le souvenir
de la disparition de Paul marque ma famille depuis lors.
Comment peut-on disparaître sur un champ de bataille ? Je n’ose imaginer ce que cela signifie. Nous
ignorons tout des circonstances précises de sa mort. Porté disparu signifie que l’on n’a pas retrouvé trace
de sa dépouille, il est donc peu probable qu’il ait été blessé, qu’il ait subi une opération chirurgicale et
qu’il soit décédé durant l’opération. Pourquoi aurait-il été porté disparu ensuite ? Dans le doute, je reste
évasif et ne précise rien de tout cela à Henry. Il poursuit et c’est là que cela devient troublant.
– Cet homme est là, je le vois. Il semblerait qu’il avait des problèmes à l’estomac. Est-ce que tu le
sais ?
– Je ne sais pas. Tu parles de Paul ?
– Il me semble... Ah non, attends. Quelqu’un d’autre a eu des graves problèmes à l’estomac et a été
opéré. Ce n’est pas Paul...
Il semblerait que plusieurs personnes se manifestent et que les éléments captés par Henry se
superposent. Je suis frappé par l’apparition de ce Paul, personnage dont la disparition dans notre famille
bouleversa ma grand-mère, mais plus encore par la mention d’un homme ayant eu des problèmes au
ventre et dont l’opération conduisit à la mort. Car c’est précisément ce dont souffrait mon père !
Il avait un problème à l’estomac, de l’ascite, c’est-à-dire que son ventre gonflait énormément, se
remplissant d’eau. Durant les derniers mois de sa vie, il subit plusieurs ponctions à l’hôpital. À l’aide
d’une grande aiguille on lui enlevait plusieurs litres d’eau. La veille de sa mort, une ultime ponction sur
un corps déjà profondément affaibli lui enleva ses dernières forces et il sombra dans l’inconscience, pour
décéder le lendemain. Cet homme qui apparaît en même temps que Paul, et qui « a eu de graves
problèmes à l’estomac » et « s’est fait opérer avant de partir », opération qui « a eu des conséquences sur
son départ terrestre »... c’est si précisément mon père ! Et Paul était son oncle.
D’ailleurs, Henry revient à Paul, avec une nouvelle information, là encore singulière.
– Paul était très triste avant de partir, je vois les yeux brillants... Il y a la lettre F qui apparaît... un
prénom, un nom ?
Être triste de partir, rien d’original, mais la lettre F ! Paul s’appelait Lafitte. Est-ce moi qui assemble
trop vite des morceaux entre eux ? Voilà tout de même coup sur coup plusieurs éléments qui s’ajustent très
précisément : Paul F, pour Paul Lafitte, ce monsieur parti juste après une opération au ventre, ce qui est

précisément arrivé à mon père, qui était le neveu de Paul. Je reste silencieux, et garde pour l’instant tout
cela pour moi.
La séance se poursuit, avec à nouveau de longs silences. Comme je ne l’oriente nulle part, j’ai
l’impression qu’Henry capte quantité d’images furtives : il me voit par exemple enfant, montant très vite
des escaliers, or lorsque j’étais enfant, nous habitions au cinquième étage d’un immeuble de la rue GayLussac, à Paris, que je grimpais en courant. Il décrit assez justement mon caractère d’alors. Je lui
demande de formuler tout ce qui lui vient à l’esprit, sans lui fournir de précisions.
– Est-ce que tu as gardé chez toi une balle de revolver, ou de fusil ? me demande-t-il soudain.
– Oui.
– Parce qu’on me la montre du bout des doigts, je ne sais pas pourquoi...
J’ai chez moi plusieurs balles de kalachnikov rapportées de mes voyages en Afghanistan, balles dont
j’avais vidé la poudre. Mais qu’est-ce que ça vient faire là ? J’ai la sensation que du côté des défunts,
c’est un peu l’agitation : on cherche à me faire passer des éléments qui seraient évocateurs, et qui
concernent différentes époques, ou différentes personnes de ma famille, mais tout arrive de manière un
peu frénétique et désordonnée. Si j’aidais Henry, cela lui permettrait sans doute de se concentrer
davantage sur telle ou telle personne de l’autre côté, sur tel ou tel élément, mais dans un premier temps je
veux encore observer ce qui se produit quand le médium capte tout, sans aucun ciblage sur un défunt en
particulier.
C’est cela qui est particulier dans une séance de médiumnité, et qui peut parfois être un moyen pour le
médium de prétendre communiquer avec des défunts alors qu’il est en train de formuler les unes après les
autres des banalités vagues : c’est nous-mêmes qui allons donner du sens à des choses qui n’en ont pas. Je
suis très attentif à ce point, mais bien conscient dans le même temps que le fait de rester silencieux rend à
Henry la tâche plus ardue, même si cela préserve une nécessaire objectivité. Pourtant, cet homme avec un
problème au ventre est mon père, j’en suis convaincu, comme je suis conscient également que n’en ayant
pas confirmation de ma part, Henry n’a pas « accroché » cette âme, ne s’est pas focalisé sur elle, et
continue de laisser son esprit vagabonder dans le monde subtil.
– Dans la famille, à une époque, il n’y a pas quelqu’un qui a eu un serpent ? C’est bizarre...
– Oui, moi.
J’adorais ces animaux et en avais possédé un dans un vivarium, mais mon frère Thomas, décédé en
avril 2001, était aussi un grand fan de serpents et en avait également accueilli plusieurs dans sa chambre.
– Toi ? s’étonne Henry. Je vois un serpent qui bouge devant moi... tu as eu un serpent ?
– Oui, mon frère aussi d’ailleurs.
– Ah... c’est curieux, j’ai vu ce serpent devant moi, rampant sur la table...
Cela se confirme, Henry n’est pas en difficulté, il capte des choses. Il faut se figurer qu’il est en train
d’observer une foule un peu évanescente devant lui – une foule invisible pour moi – dont toutes les
personnes lui font signe en même temps. Mon père est au milieu de cette foule et il apparaît que tant que
nous travaillerons en aveugle, il ne sera pas en mesure de se faire davantage remarquer d’Henry parmi
les autres esprits. Oui, Henry a devant ses yeux de l’âme une foule indistincte d’esprits. Je lui complique

vraiment la tâche en restant silencieux.
Nous sommes amis, il connaît mon histoire et a donc par le passé plusieurs fois capté mon frère avec
une précision remarquable. Aussi n’ai-je aucun doute sur ses capacités. Malgré tout, cette consultation
génère en lui une certaine appréhension, et cela ne doit pas aider à ce qu’il soit totalement détendu. En
outre, comme il connaît les détails de la mort de mon frère, je sens que même s’il perçoit Thomas parmi
cette foule, il ne m’en parle pas, et s’autocensure d’une certaine manière.
Passons à la deuxième étape, je ne voudrais pas non plus qu’il s’épuise dans cet exercice en aveugle
sans lui avoir donné une chance de montrer à nouveau ce dont il est capable. Je sors la photo de mon père
et la pose sur la table sans lui dire de qui il s’agit. Instantanément, j’observe l’effet que provoque la
présence de cette image – que pourtant Henry regarde à peine deux secondes, avant de la prendre et la
placer sur son front, les yeux toujours fermés. C’est comme si soudain au milieu de ce grand maelstrom
de forces invisibles venait de se créer une connexion instantanée entre l’homme sur la photo, présent
autour de nous parmi tant d’autres depuis tout à l’heure, et Henry. Une liaison directe, débarrassée de tout
ce parasitage provoqué par la présence des autres défunts alentour. Autant d’êtres singuliers, avec leurs
demandes, leurs images, leurs sensations propres...
Mon père va-t-il parvenir à plus clairement s’exprimer ? À dire à Henry ce que j’attends ?

Comment devient-on médium ? Lorsqu’on lui pose la question, Henry Vignaud évoque toujours son
plus lointain souvenir. Il a sept ans lorsqu’il voit pour la première fois un pendu dans l’une des pièces de
la maison où il habite. Une scène qu’il est le seul de la famille à voir. Depuis sa chambre, il aperçoit très
distinctement la forme d’un homme, pendu à une corde. Cette vision devenant de plus en plus fréquente,
ses parents en sont intrigués (ce n’est que longtemps après qu’ils auront la stupeur de découvrir que
l’ancien propriétaire s’était pendu à l’endroit précis où Henry le voyait).
Henry a cette vision pendant des années, jusqu’à ce que la famille déménage. Quand on lui demande de
la décrire, il évoque plus une image figée que quelque chose de vivant. Bien plus tard il découvrira qu’il
ne s’agissait pas d’un esprit, mais d’une mémoire de ce qui s’était produit dans la maison. Comme un
enregistrement, un bout de film qui se répétait inlassablement. Pourquoi le captait-il ? Il n’en a aucune
idée, mais explique que les morts tragiques comme celle de cet homme sont accompagnées de fortes
douleurs et sans doute est-ce cela qui marque un lieu de cette empreinte. L’empreinte de quelqu’un de
vraiment présent aux yeux du jeune enfant qu’il est alors : un homme, la tête baissée, pendu au bout d’une
corde. Même si elle est assez récurrente, il ne voit pas cette image tous les jours fort heureusement.
Lorsque ça se produit, il se calfeutre sous les couvertures et regarde tout de même par un tout petit trou
dans les draps. Il a tellement peur au début. Et puis avec le temps, d’une certaine manière, il s’habitue, si
tant est qu’on puisse s’habituer à cela.
À ce pendu énigmatique et silencieux s’ajoutent progressivement des visions plus vivantes. Avec les
années, les phénomènes inexpliqués se multiplient. Henry sent des choses venir vers lui, apparaître dans
sa chambre. Il parle de volutes de fumée, de matérialisations plus ou moins denses de visages inconnus.
Ces visages surgissent devant ses yeux, apparaissant parfois dans un décor, un paysage qui semble lié à

leur existence. À la différence du pendu, Henry a alors la sensation qu’ils sont complètement vivants et
lui montrent des scènes de leur vie. Il n’entend pas particulièrement de voix, mais a la sensation de
devenir une sorte d’aimant pour ces êtres.
Malgré son âge, Henry se dit qu’il s’agit d’esprits, de personnages qui viennent le voir. Avec le recul,
aujourd’hui il pense qu’ils apparaissaient à dessein dans le but de favoriser son éveil à cette consciencelà. Car depuis sa naissance, Henry fait montre d’une certaine forme de sensibilité, et dans ses années
d’enfance c’est une porte qui s’ouvre en lui vers une dimension inconnue.
Il vit ces années comme une préparation spirituelle. Une préparation dirigée et voulue, car ceux qui
viennent ne sont pas du tout des esprits de sa famille apparaissant de manière un peu parasite, avec des
demandes précises. Non, Henry a alors affaire à des esprits totalement inconnus, semblant animés d’un
dessein bien particulier.
Il a la chance de pouvoir en parler librement à ses sœurs et à sa mère dans un premier temps, puis à
d’autres proches et même à ses copains d’école. Même si l’accueil est parfois bien différent suivant les
personnes. Avant de se confronter au regard et au jugement des autres, ce qu’il vivait lui paraissait
normal, il croyait que tout le monde voyait ce qu’il voyait. Mais les premières moqueries, les remarques
acerbes lui font se demander si quelque chose ne tourne pas rond chez lui. Pourtant, malgré ces jugements
parfois sans nuance, Henry ressent tout au fond de lui qu’il vit des choses réelles. Il est un enfant
équilibré et sain d’esprit.
Alors que dans les premiers temps il arrive que ces expériences lui fassent peur, il réalise que jamais
il n’a le sentiment d’être agressé. Progressivement il devient familier de l’existence de ces autres
dimensions. Cette réalité s’impose naturellement à lui, dans l’intimité du petit village où il habite, loin de
tout, sans accès au moindre livre sur ces sujets. Quant à la télé, elle n’en parle pas. Plus que la peur ou le
doute, c’est davantage ceci qui est difficile pour lui : n’avoir accès à aucune information. Il subit ces
phénomènes sans savoir de quoi il s’agit. Une seule certitude : c’est vivant, et réel.
Henry entre dans l’adolescence en traversant parfois des moments très intenses. Ces expériences
peuvent se produire tous les jours, voire plusieurs fois par nuit, mais il peut s’écouler quinze jours, voire
trois semaines, sans qu’il se passe rien. Avec l’adolescence apparaissent des sortes de flashs. Il capte un
événement, quelque chose que confirme la personne se trouvant en face de lui – des membres de sa
famille, ou des copains à l’école. Il perçoit également des faits qui vont se produire. À l’école, on
commence à l’appeler le Sorcier. Toutefois, comprendre qu’il est seul à vivre de telles choses ne le fait
pas douter pour autant. Il ne se pose plus la question de savoir si son imaginaire lui joue des tours. Non,
c’est trop envahissant, trop réel, trop vivant pour cela. Et puis ses parents ayant enfin découvert qu’un
homme s’était réellement pendu dans leur maison, à l’endroit où Henry le voyait, il y trouve la
confirmation que ses ressentis ne sont pas le fruit de son imagination.
Henry évoque avec beaucoup de bienveillance la manière dont ces apparitions l’ont formé. La
compréhension intuitive qu’il se forge de ces phénomènes et du rôle qu’ils jouent dans son éveil
contribuent à le rendre de plus en plus confiant : une volonté extérieure intervient.


Durant toute son enfance, Henry est habité d’une sorte de confiance. Il sait que ses visions lui ouvrent
une autre dimension, mais c’est une véritable initiation qui commence lorsque à l’adolescence débutent
ses expériences de sortie hors du corps. En effet, dès l’âge de seize ans, il expérimente des prémices de
décorporation.
Comme beaucoup des phénomènes paranormaux qu’Henry vit encore aujourd’hui, ces nouvelles
expériences se produisent dans les minutes qui suivent le moment du coucher. Les premières fois, il s’en
souvient, il a la sensation que le bas de son corps se soulève – pas ses jambes physiques, mais un autre
corps –, alors que le haut, lui, ne bouge pas. À d’autres reprises, c’était le haut du corps qui se soulevait,
prêt à partir, mais le bas ne bougeait pas. Il a alors envie de partir de son corps, il ressent un élan
d’énergie et comprend qu’il se passe quelque chose, mais finalement rien ne se produit. Cela dure des
mois et des mois, et puis un jour, subitement, le voilà qui se retrouve à quatre pattes à côté de son lit.
Rien d’étonnant à cela, jusqu’à ce qu’il constate que son corps est toujours dans le lit alors que lui est à
quatre pattes à côté. Surpris, il prend peur et se retrouve immédiatement dans son corps physique. Une
autre fois, il se voit s’asseoir sur le rebord de son lit, se lever, et lorsqu’il veut allumer la lumière, sa
main passe à travers l’interrupteur et le mur. C’est son corps astral qui vient de se lever, sans qu’il s’en
rende compte. En se retournant il voit son corps physique et en éprouve une sensation bizarre. Là encore
la peur l’emporte.
Des mois entiers sont nécessaires pour que lentement il se familiarise avec ces expériences. Sans que
ce soit d’ailleurs une volonté de sa part – il ne cherche pas à sortir de son corps –, ces expériences se
produisent, c’est tout. Et toujours cette subtile intuition qui l’habite depuis l’enfance de subir une sorte
d’entraînement. Quand à force d’essais la peur devient plus maîtrisable, il découvre qu’à l’instant où les
sensations physiques caractéristiques du début de l’expérience se manifestent, on l’appelle. Une voix
mystérieuse lui murmure : « Viens. » Celle de son guide – ce qu’il ne comprendra que bien plus tard.
Rassuré par ce qu’il ressent être de belles forces spirituelles protectrices, il se laisse alors partir.
Guidé par une voix bienveillante, il multiplie bientôt les voyages hors de son corps – corps qui reste bien
sagement dans son lit pendant ce temps. Malgré la fréquence de plus en plus importante de ses voyages
astraux, jamais Henry n’est capable de décider d’aller à un endroit précis – voir sa mère par exemple.
Lorsqu’il se retrouve à l’extérieur de son corps, sa volonté est bloquée et on lui montre des choses.
Pourrait-il s’agir de rêves dans la mesure où ses expériences se produisent lorsqu’il est au lit ? La
plupart du temps en effet, il est allongé, mais la netteté et la force de ces expériences lui ôtent tout doute :
cela n’a rien à voir avec un rêve. Cette confiance l’habitait déjà avant même que de telles expériences ne
se mettent à se produire en plein jour. Comme cette fois où, devenu adulte, il sort de son corps... au
supermarché.
Tandis qu’il fait des courses avec des amis, dont la médium Nicole Leprince, soudainement, alors qu’il
pousse son caddie à travers les rayons, cherchant de quoi réaliser un bon dîner, Henry commence à se
sentir bizarre, vraiment bizarre. Il s’arrête afin d’être plus attentif à ses perceptions. Peut-être capte-t-il
une énergie propre au lieu où il se trouve, ou celle de quelqu’un alentour, voire d’un esprit – devenu
jeune adulte, il s’est habitué à ce type de perceptions spontanées ; il a encore du mal à les décrire, ce

serait comme une énergie autour de lui –, toujours est-il que ce jour-là il part de son corps, est soulevé en
hauteur, au-dessus des rayons, et observe depuis son nouveau point de vue les gens affairés à leurs
courses, ses amis, et... des silhouettes plus ou moins formées, translucides, dont il réalise qu’il s’agit
d’esprits grouillant parmi les vivants.
Pendant ce temps, son corps figé se tient debout, les mains sur le caddie, la tête ailleurs, au propre
comme au figuré, comme lorsqu’on est absorbé dans ses pensées. En cet instant, Henry se trouve à la fois
physiquement présent et dans une autre réalité, observant du dessus. Son amie Nicole comprend et lui
prend le bras en disant : « Henry, reviens vers nous... » Henry perçoit un brouhaha autour de lui, mais il
entend l’appel de son amie. Et elle le ramène. Tout doucement.
Cette décorporation a sans doute été accidentelle, car différente de toutes les autres. Elle ne semblait
pas voulue, même si sortir de son corps dans ce magasin a été très formateur. Il prend conscience
physiquement ce jour-là combien nous vivons constamment entourés d’esprits. Henry le sait de manière
abstraite à l’époque, mais le voir de ses yeux, constater que nous sommes entourés voire infestés par des
âmes de défunts le surprend par son ampleur. Jamais il ne l’aurait imaginé à ce point. Il ignore si ces
défunts au supermarché étaient des proches des personnes qui faisaient leurs courses. Il découvrira plus
tard qu’il peut arriver que des âmes polluent l’environnement d’une personne vivante, ou d’un lieu.
Certaines personnes quant à elles attirent des énergies particulières, des âmes parasites. Lui-même en tant
que médium se sent parfois vidé de son énergie par un défunt.
Henry évoque à propos de cette décorporation en plein supermarché une expérience accidentelle, à
l’inverse de la plupart de celles qu’il a vécues depuis sa plus tendre enfance. Il en est maintenant
intimement convaincu, car quelqu’un est venu le lui confirmer.

Tout au long de son enfance, le regard des autres a eu pour conséquence de conduire Henry à se sentir
progressivement différent alors qu’au départ tout à ses yeux était normal. Il a pris conscience petit à petit
qu’il avait cette aptitude à voir des choses que d’autres ne voyaient pas. Il a été confronté à des forces,
des entités ayant une vie propre. Mais à l’adolescence, durant ses expériences de décorporation, il a
commencé à entendre la voix d’un être qui se présentera à lui comme son guide, et à vivre avec lui une
nouvelle phase de son apprentissage.
À cette époque, toute peur a disparu, il se sait protégé. Quand son guide lui dit : « Viens », il ne peut
pas résister, c’est impossible. Il peine à l’expliquer aujourd’hui. Est-ce cette voix rassurante ? Une voix
qui envahit tout son être, qui le submerge d’une telle paix. Comme si leurs âmes se reconnaissaient, et que
ce guide était un être qu’il avait toujours connu. Une fois parti avec lui, Henry sait ne pas être en danger,
même s’il lui est difficile de dire où il va. Il ne va d’ailleurs pas vraiment quelque part, c’est-à-dire dans
un autre lieu à distance, il est plutôt entraîné dans des plans de lumière destinés à lui faire prendre
conscience directement de certaines choses précises. Par exemple une fois, ce guide montre à Henry une
personne qui vient juste de mourir, quelqu’un qu’il ne connaît pas. Son guide souhaite qu’Henry observe
les esprits affairés autour de cette personne. Il observe le défunt, d’autres esprits autour de lui, des êtres
de lumière – il ne sait pas trop comment les appeler. Ce jour-là son guide lui fait comprendre que le

défunt ne sait pas qu’il est mort, comme cela arrive souvent, qu’il commence en réalité tout juste à le
comprendre.
Je suis surpris d’apprendre que ce guide si présent dans sa vie, Henry ne l’a vu qu’une seule fois. Juste
une fois. À chacune de leurs escapades, lorsqu’il l’invite à le suivre, Henry ressent sa présence à côté de
lui, mais ne le voit jamais. Parfois seulement un bras se matérialise, le guide se tenant derrière Henry. Il
sent être enveloppé de sa puissance, sa force l’emmène. Cette puissance-là, Henry est incapable
d’imaginer qu’elle puisse venir de lui-même. Elle vient d’ailleurs. Et cette force extérieure, cette aide de
son guide, joue beaucoup dans son aisance à sortir de son corps. Henry s’affranchit de la matière
physique, et enveloppé par cette énergie, il est propulsé ailleurs. Mais voilà, il ne le voit jamais.
Sauf une fois donc : il y a ce « Viens » habituel, et immédiatement après Henry est littéralement happé
et se retrouve face à un être dans une dimension où sont également présents d’autres êtres évanescents.
Henry fait alors l’expérience d’une force de lumière, d’amour et de paix extraordinaires. Et dans cette
expérience inoubliable, face à ces êtres fabuleux, il est lui-même envahi de lumière et le voit, lui, son
guide, pour la première et la dernière fois de sa vie.
Les mots peinent à retranscrire de telles expériences. Henry parle d’un être d’une beauté incroyable.
Son visage est humain, et irradiant d’une lumière indescriptible. Ce jour-là, il lui fait un tout petit sourire
en inclinant la tête, une sorte de douce confirmation que c’est bien lui qui l’a guidé tout ce temps. Et c’est
tout. Depuis ce jour, Henry sait avec le cœur et chacune de ses cellules qui est l’esprit qui l’accompagne
et qui l’aide.
Lorsqu’il est en consultation, en contact avec des défunts, il arrive au guide d’interférer et de jouer ce
rôle d’intermédiaire entre les morts et les vivants, même si ce n’est pas systématique. Henry le définit
plus comme un être protecteur et aimant, qui l’aide à évoluer et à se canaliser. Il n’a pas de discussion
avec lui. C’est uniquement sur son initiative que le guide s’adresse à Henry. Une phrase ou deux et ça
s’arrête là. Avec amour et parfois aussi des réprimandes, comme un parent pourrait le faire avec son
enfant.
Une des recommandations les plus importantes qu’ait données ce guide à Henry a été de le décider de
faire de sa médiumnité un métier. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Henry ne le souhaitait pas.
C’est à l’âge de dix-neuf ans qu’il reçoit cette injonction. Elle lui est donc donnée dans un premier
temps par la voix de son guide. Une voix qui s’impose à lui, sans doute possible sur son origine. Le
message est le suivant : « Plus tard tu vas avoir des milliers d’âmes à soutenir, et notamment des parents
qui ont perdu des enfants. » À dix-neuf ans, il n’a pas envie d’entendre ça. Trois semaines après, stupeur,
c’est le grand-père d’Henry, décédé quelque temps auparavant, qui lui apparaît physiquement et lui
délivre le même message : « Tu vas avoir des milliers d’âmes à soutenir... »
Deux fois en trois semaines, « c’est bien gentil, pourquoi pas ? » se dit Henry, mais il n’envisage pas
de s’y mettre aujourd’hui. Pourquoi pas lorsqu’il sera à la retraite ? Car il travaille à ce moment-là dans
le monde de la couture et ce qu’il fait le passionne.
Sans donc tenir compte de cette demande, il continue sa vie professionnelle. Il s’installe à Paris deux
ans plus tard et à peine quelques mois après son arrivée, une succession de hasards lui font rencontrer

plusieurs médiums se produisant en public. L’une d’elles s’appelle Mme Berthe. Il ne la connaît pas,
pourtant pendant la séance publique à laquelle il assiste, elle le regarde et annonce : « On me dit que vous
êtes un médium, votre place est ici avec moi... » Mais non ! À Paris, Henry a trouvé un emploi de
costumier et commence à se faire une place dans le monde du spectacle. S’il rêve d’une chose, c’est
plutôt d’être chanteur. Intrigué, il continue tout de même à assister de temps à autre à ces séances de
médiumnité collectives où des médiums, assis sur une estrade devant un public plus ou moins clairsemé,
captent au petit bonheur d’éventuels défunts présents, et délivrent leurs messages à leurs proches présents
dans la salle.
C’est dans ce cadre qu’il fait la connaissance de la médium Nicole Leprince avec laquelle il nouera
des liens d’amitié très fort. Leur première rencontre a lieu lors d’une consultation privée où Henry se
présente comme un simple client. Et ce jour-là, son grand-père se manifeste à la médium et lui donne à
nouveau ce message insistant : « Tu vas avoir des milliers d’âmes à soutenir... » Décidément ! Malgré ses
réticences, quelque chose est lancé, et dans les mois qui suivent (cela fait moins d’un an qu’il est à Paris),
après avoir été testé par l’organisateur de ces séances de médiumnité publiques, Henry se retrouve sur
scène.
Son trac ce jour-là est inimaginable, incomparablement plus fort que ce qu’il peut éprouver encore
aujourd’hui avant de commencer une séance publique. La veille, impossible de dormir, Henry a bu café
sur café et n’a dû dormir que trois heures. Et puis le matin de ce mercredi 13 mars, tenaillé par
l’angoisse, il est à deux doigts de tout annuler. Envie de vomir. Pourtant, dès qu’il se trouve sur scène,
tout est métamorphosé, l’angoisse a disparu, le temps s’est arrêté. Il est instantanément habité par des
énergies particulières et capte les esprits comme s’il avait fait cela toute sa vie. Ce qui est d’ailleurs un
peu le cas.
Une nouvelle vie pas déplaisante s’instaure. Henry participe à ces séances en public le soir, ou le
samedi, et continue son métier de costumier. Il est heureux. Il lui semble avoir suivi la demande qui
semblait si impérieuse de son guide et de son grand-père, tout en continuant à faire ce qu’il aime et
l’épanouit. Mais il semble que l’on attende plus de lui, et bientôt son guide intervient de nouveau, et ce
d’une manière très directe : « Maintenant tu arrêtes ou on coupe tes dons, tes aptitudes. » Sous-entendu :
« Tu arrêtes ton métier et tu deviens médium à plein temps ou alors toutes tes capacités de perception te
seront retirées. Cette injonction est sans appel – il la qualifie presque de chantage aujourd’hui. On lui
intime d’aider des parents en deuil, ce qu’il fait déjà en public, sentant combien il est utile dans cette
tâche. Mais à plein temps ? Recevoir en privé ? Malgré son appréhension, tout va très vite. Il abandonne
son métier et ce milieu du spectacle qu’il aime, le cœur gros. Il a vingt-neuf ans lorsqu’il devient médium
à part entière. Il en a cinquante-quatre aujourd’hui.

e

Voilà donc des années qu’Henry consulte dans ce petit appartement du 13 plongé dans l’obscurité. À
force de visites, il m’est devenu familier.
La photo de mon père est maintenant collée à son front. Après un début de test qui m’a un peu intrigué,
lui présenter la photo de mon père a eu pour effet instantané de canaliser la communication.

– Je vois des fiches, me dit-il, une boîte en fer, j’entends même le bruit de la boîte. Comme s’il y avait
des affaires dans cette boîte, des affaires à lui, plein de choses. Je sens quelqu’un qui est assez ouvert
d’esprit mais aussi conservateur. Il avait tendance à ne pas vouloir voir grand monde, vivant un peu
reclus. Il me fait ressentir ça pour les dernières années de sa vie... le monde, la famille, « à petites doses,
me dit-il, à petites doses ».
Mon père ne pourrait pas mieux être défini : un homme aimant vivre presque reclus. Et cette expression
« à petites doses », je l’entends tellement la répéter... Henry poursuit sans que j’aie dit un mot.
– « Qu’on me foute la paix ! » me dit-il. Il était un peu bougon par moments. Il ne parlait pas beaucoup
mais je le vois observer le monde autour de lui.
– Oui.
– Il me dit : « Ma femme a eu beaucoup de patience avec moi. » Il formule comme un remerciement à
ce sujet. C’est incroyable, il dit cette phrase pour la deuxième fois : « Qu’on me foute la paix ! » Il ne
parle pas de maintenant, mais du temps de son vivant, des dernières années de sa vie. Tu vois ce que je
veux dire ?
– Oui. Ça me parle.
Effectivement, cela me parle fortement.
– Il insiste... deux fois de suite quand même. Chez lui il n’y a pas une vitrine avec des objets lui
appartenant ?
– Si.
– C’est dans une pièce, des choses un peu anciennes sont dans cette vitrine... des objets plus liés à lui
qu’au reste de la famille. Des objets à regarder mais qu’il n’aimait pas que l’on touche...
– Oui.
C’est étonnant. Papa avait installé des étagères sur le mur principal du salon, où il avait disposé toutes
sortes d’objets de son enfance, offerts ou hérités de ses ancêtres. Il y était extrêmement attaché. Il appelait
ça son « musée des objets ».
– Je le vois entouré d’une belle lumière, et il me dit : « Si j’avais su ! » comme si de son vivant il ne
croyait pas trop à la survie de l’âme...
– Oui...
– Il montre un objet que tu lui as offert. Comme un minéral tranché. Je le vois posé sur son bureau.
Sur son bureau, papa avait posé un gros fossile d’arbre que je lui avais rapporté de Madagascar. Bloc
que j’ai récupéré aujourd’hui. Mais pourquoi, maintenant que la connexion semble établie, mon père ne
dit-il pas ce que j’attends, et me parle plutôt de son musée des objets ou du fossile sur son bureau ?
J’interviens :
– A-t-il d’autres choses à nous dire ?
– Attends... ça peut te paraître bizarre mais il m’envoie des pensées affectives vers quelqu’un de sa
jeunesse. Une nourrice, ou une dame qu’il considérait un peu comme sa deuxième maman ? Tu ne sais pas
qui c’est ?
– Je l’ignore.

À ce stade de notre entretien, en effet, je l’ignore. Ma mère confirmera toutefois plusieurs semaines
après que durant la seconde guerre mondiale, lorsque Paris était occupé, mon père fut envoyé en province
par ses parents, chez une dame pour qui il eut une très grande affection, et dont il parla souvent à ma
mère. Pour l’heure, Henry poursuit :
– C’est une dame qu’il aimait beaucoup... Quelqu’un de décédé dans la famille s’appelait Maurice ?
Ou Mauricette ?
– Je l’ignore.
– Maurice ou Mauricette, un prénom comme ça... il me fait comprendre qu’il aimait les choses bien
faites, perfectionniste. Ça te parle ?
– Oui.
Il aimait les choses bien faites, oui, mais quant à Maurice ou Mauricette, mystère.
– Il me dit : « Quand j’avais peur de me tromper, je ne le montrais jamais »... question de fierté. C’est
curieux, je ne sais pas qui c’est pour toi, ou alors dans sa famille, mais il y a un enfant qui a cherché une
sorte de reconnaissance de sa part, ça te parle, ça ?
– Oui.
– Il m’envoie cette pensée très forte, celle d’un enfant qui a recherché son approbation, sa
reconnaissance, son amour. Tu comprends ?
– Oui.
– C’est très fort. J’entends : « Maintenant j’ai compris. »
Mes frères et moi avons toujours recherché l’approbation de notre père. Mais autant moi, sans doute
parce que j’étais l’aîné, je n’ai pas souffert de son absence relative de démonstration affective, autant
mes deux frères, eux, en ont été beaucoup plus affectés. Thomas notamment, avant sa mort, lui avait
vigoureusement manifesté la blessure que représentait à ses yeux le sentiment de ne pas avoir reçu de sa
part de signes d’amour et d’attention.
Cette information – sur le manque de démonstration affective dont fit preuve mon père à notre égard –
va être donnée par tous les médiums participant au test. Cette récurrence, comme celle de son caractère
renfermé et solitaire, serait étonnante voire totalement surprenante statistiquement parlant si, comme le
postulent certains, les médiums décrivaient des traits de caractère par hasard, qui s’avéreraient être les
mêmes à chaque fois par coïncidence. Et ces similitudes ne portent pas uniquement, comme nous allons
le voir tout au long du livre, sur le caractère de mon père, mais sur de nombreux autres détails.
Notamment lorsqu’on en vient aux circonstances de son décès. Sans rien révéler de ce qui va suivre, je
dois juste confesser à ce stade que lorsque, médium après médium, des constantes précises vont émerger,
mon incrédulité va se transformer en réelle émotion.
Mais poursuivons avec Henry.
– Il n’aimait pas les piqûres ce monsieur ? me demande-t-il en évoquant mon père sur la photo.
– Non.
– Il me montre les piqûres. Il n’aimait pas qu’on le pique, ni qu’on le soigne.
Personne n’aime les piqûres. Mais je ne peux m’empêcher ici de songer que mon père souffrant

d’ascite durant les derniers mois de sa vie, comme je l’ai dit plus haut, les longues séances de ponction
qu’il dut subir consistant à lui enfoncer une aiguille dans le ventre afin d’en extraire les litres de liquide
qui s’y trouvaient en excès devaient constituer des épisodes certes soulageants mais peu agréables.
– Je répète ce que j’entends, hein : « Le médecin rien à foutre... pas de piqûres, pas de machin... »
C’est une personnalité, il a du caractère ce monsieur. Je crois qu’il était assez exigeant, mais souriant en
même temps. Je vois son petit sourire. Je sens une grande sensibilité... Il a dû faire des malaises à un
moment donné. Je ne sais pas si c’est au moment où il partait de ce monde, ou un peu avant, mais il se
montre crispé de douleur. Ses mains serrent quelqu’un ou quelque chose, par crispation. Une douleur vive
dans le corps...
– Oui.
Mon père pouvait effectivement s’emporter rapidement, mais c’était aussi un homme bienveillant, à
l’écoute, et souriant. Quant aux malaises, il en eut, c’est certain. Et cela ne fut pas agréable.
– J’ai l’impression d’être saisi brutalement par une douleur violente et je me crispe. Tu comprends ?
– Oui.
– Mon corps se raidit d’un seul coup comme si j’allais partir. Il me fait comprendre qu’il est mort suite
à cette douleur, tu vois, ça te parle ?
– Oui.
– Je sens cette douleur, il me la restitue... c’est marrant parce qu’au début il m’a fait entendre une sorte
de boîte de métal que l’on ouvre, dans laquelle on fouille, et maintenant j’entends : « Mes boîtes » ou :
« Ma boîte ». Ça te dit quelque chose ?
– Non.
Les boîtes ne m’évoquent rien de précis. En revanche, la douleur fut présente, pas forcément intense et
violente, mais sourde et usante durant ses dernières semaines. Je vois ce masque qui apparaissait parfois
sur son visage lorsqu’il était saisi par une souffrance soudaine, ses mains qui serraient...
– C’est lui ou son père qui a eu une décoration de guerre ?
– Son père.
– Parce que quelqu’un est là-haut avec lui, et vient brutalement de me montrer une décoration de
guerre, c’est son papa ?
– C’est son père, oui.
– Oui, ils sont ensemble. Évidemment, cet homme, son père, est parti il y a longtemps. Ce monsieur
(Henry désigne la photo de mon père) admirait son papa, tu le savais ?
Une décoration de guerre, un fils qui admire son père... Bien sûr, tous les papas en âge d’être le père
de l’homme sur la photo sont susceptibles d’avoir été impliqués dans une des guerres qui ont secoué le
monde durant le siècle dernier. En outre, il est aussi peu risqué de dire qu’un fils admire son père. Mais
je confirme à Henry pour voir où mon aide au ciblage va le conduire.
– Je pense qu’il l’admirait, oui.
– Je sens qu’il y a eu admiration, dans une génération où l’on ne disait pas ces choses. Admiration pour
des faits de guerre... l’esprit qui est décédé a reçu des décorations de guerre. Quelqu’un a-t-il gardé ces

médailles ?
– Euh... oui.
Je ne sais pas pourquoi je ne réagis pas. C’est moi qui ai récupéré la Croix de guerre de mon grandpère. Mais sans doute la mention d’une médaille militaire me semble encore trop vague à ce stade...
– C’est l’un d’eux... son père a été blessé à la jambe ?
– Oui.
– J’ai quelqu’un qui me parle de blessure à la jambe.
Voilà qui se précise. Mon grand-père, qui à en croire Henry vient de faire irruption à côté de mon père
en montrant sa médaille et en parlant d’une jambe blessée, avait été décoré durant la première guerre
mondiale, et également... blessé aux pieds et aux jambes lors de ce conflit. Il en avait conservé une
infirmité toute sa vie durant, objet d’une souffrance quasi quotidienne. En outre, mon père, son fils unique,
avait effectivement gardé une grande admiration pour cet homme mort avant ma naissance.
– Il devait être assez cérébral cet homme-là... c’est lui ou son père qui avait les yeux clairs ?
Mon père avait les yeux bleu clair, mais ça ne se voit pas sur la photo, et en plus nous sommes toujours
plongés dans la pénombre.
– Lui.
Je réponds en désignant la personne sur la photo, dont d’ailleurs Henry n’a curieusement toujours pas
évoqué qui il pouvait représenter pour moi. De mon côté, je n’ai bien évidemment rien dit, même si la
logique et un examen plus précis pourraient laisser supposer une certaine filiation. C’est d’ailleurs la
raison pour laquelle je n’accorderais pas une grande importance au fait que des médiums puissent
l’identifier comme étant mon père. À l’inverse, je m’attache aux éléments qui ne figurent pas sur la photo,
et qui ne pourraient être déduits de son examen. Par exemple la blessure aux jambes de mon grand-père
pendant la première guerre mondiale, qui ne se devine bien sûr pas sur la photo de son fils.
– Il avait les yeux bleus ?
– Oui.
– Je vois des yeux bleus. Je l’ai vu furtivement me regarder... Il me dit que de son vivant il pensait
beaucoup à ses proches décédés. Sans grande conviction, il espérait que la survie existait. Ça te parle ?
– Oui.
La survie de l’âme après la mort ! Depuis le décès de mon frère – son fils –, mon père y pensait
constamment, et oscillait entre espérance et résignation. Il se livrait peu, mais durant les moments où nous
en parlions tous les deux, je ressentais la souffrance, la douleur et la tristesse qu’entretenait le doute qui
l’habitait à chaque seconde. Il semblait prisonnier, tiraillé entre des sensations contraires. Et les livres
dont je lui avais suggéré la lecture ne semblaient pas faire vaciller durablement ce qu’il appelait avec un
triste panache la « muraille immense du brouillard ». En effet, son immense érudition ne l’aidait pas. Au
contraire, elle lui fournissait quantité d’arguments intellectuels pour valider à la fois l’une et l’autre des
hypothèses. Qu’y a-t-il après la mort, le néant ou quelque chose ? Son cœur était incapable de parvenir à
faire un choix.
– Il me fait comprendre qu’il n’avait pas une grande conviction que la vie puisse se poursuivre après la

mort. Il n’était pas sûr de lui. « On verra bien », pensait-il. Et il me fait part de son étonnement. Il parle
d’un retour aux sources. Il me fait comprendre qu’il a donné des petits signes à des personnes dans son
entourage. Tu en as entendu parler ?
– Ça me parle.
Ma mère m’a dit avoir senti sa présence. Mon frère Simon également. Et cela m’est également arrivé.
Mais dans ce type de sensation, les choses sont si subtiles et intimes qu’il est très délicat de partager
objectivement ce qui peut parfois avoir pour soi-même la force d’une certitude.
– Il me fait comprendre qu’il faudrait mettre de l’ordre dans certaines de ses affaires.
– Dans quel sens ?
– Des affaires personnelles... il devait avoir une pièce bien à lui à son domicile. Est-ce que tu sais ça ?
A-t-il habité, à une époque ou les derniers temps de sa vie, un endroit avec un jardin et une sorte de
cabane, ou d’extension ?
– Oui, c’était le cas.
– Il me fait comprendre que c’est une pièce à part, dans laquelle il pouvait rester des heures. Même y
passer la journée ne le dérangeait pas.
– Oui.
– Il aimait être à part, dans cette pièce. Il me parle de ses occupations, de ses passions.
Mon père avait enseigné la géographie en hypokhâgne, mais il était peintre. L’enseignement avait été sa
profession, la peinture son essence. Il s’était fait construire un atelier à distance de la maison, dans le
jardin, où il passait le plus clair de ses journées, à peindre bien sûr, mais aussi à écrire ou à lire. Alors
que je suis assis devant Henry, je ressens dans tout mon être la présence de mon père. Je ne sais pas
comment l’expliquer mais je le sens. En revanche, j’ai conscience que cette sensation est totalement
subjective, et que pour être réussi, ce test doit être impartial. Il faut que je parvienne à aider Henry et
mon père à se concentrer sur l’objectif, sans que je sois trop directif. Je marche sur des œufs.
– Peux-tu lui demander de décrire son départ ?
– Oui, à condition que lui ait envie d’en parler, me répond Henry. Sa mère était veuve depuis
longtemps, je dirais vingt, vingt-cinq ans ?
– Oui.
Ma grand-mère mourut vingt ans après son mari.
– Parce qu’il me dit que sa maman était veuve depuis des années. Il me dit : « Je l’ai retrouvée aussi. »
Elle est venue le chercher, avec son mari, tous les deux. Il était heureux de les voir. « J’ai fait la paix
avec moi-même », voilà ce que j’entends, c’est curieux mais je te le livre. S’il dit cela, c’est qu’il devait
être un peu torturé dans sa tête, il me le fait ressentir... Aïe, je ne veux pas te dire une bêtise, je viens de
recevoir une douleur, ici, à la poitrine, il n’a pas eu un problème de poitrine, de cœur ou de poumons ?
– Les deux.
– Ça m’a fait comme un courant électrique qui m’a pris la poitrine et le cœur d’un seul coup...
Après la mort de mon frère en 2001, sans doute en raison du choc colossal qui l’avait grandement
affecté, mon père fut victime d’une septicémie qui eut pour conséquence de lui endommager une valve du

cœur. Il guérit finalement de cette septicémie, mais elle avait fait quelques dégâts. En effet il montrait
depuis cet épisode une fatigue cardiaque due à une très légère fuite au niveau de la valve affaiblie. À la
longue, cette fatigue eut des effets sur les poumons, affaiblissant encore son organisme. Jusqu’à ce que
son cœur lâche, après des semaines à l’hôpital, semaines de lente dégradation jusqu’à épuisement total de
son organisme. L’ascite, cette masse d’eau au niveau du ventre, était une conséquence directe de ses
problèmes pulmonaires et cardiaques. Je donne ces détails dans le souci de vous laisser juge de la
précision des ressentis d’Henry – et de ceux de tous les médiums qui ont participé à ce livre, vous allez
le découvrir.
Avec Henry toutefois, mon père ne semble pas vouloir s’étendre sur cette période durant laquelle il n’a
pas aimé voir son corps lentement le lâcher.
– Il insiste pour me montrer qu’il y avait chez lui une sorte de dessin, non, de peinture, représentant la
nature, puis le soleil. La luminosité, la lumière...
– Oui.
Chez mes parents étaient accrochés aux murs de nombreux tableaux peints par mon père, représentant
tous, sans exception, des paysages stylisés vus du ciel, et alternant des formes géométriques, des lignes et
parfois de grands aplats de couleur figurant un lac, un désert, une chaîne de montagnes, etc.
– Il me remontre cette pièce située dans un jardin, pas dans la maison... où il passait beaucoup de
temps.
– Oui.
– Il me montre des papillons. Il devait aimer regarder le jardin et les papillons... Observer. Je sens que
c’est l’observation qui compte dans les images qu’il me montre.
– Oui.
– Observer depuis une fenêtre de cette maisonnette. Je le vois très pensif. Il pense à sa vie, aux siens, à
sa famille. Ces dernières années ça tournait beaucoup, me dit-il. Par rapport à sa famille, j’entends : « Je
suis toujours là. » Il me chuchote dans un souffle : « J’avais peur. »
Mon père adorait sa maison. L’idée de devoir quitter la douce quiétude de sa campagne, le chant des
oiseaux, la vue plongeante sur la crête de la forêt, le ballet des milans était un énorme déchirement. La
mort signifiait laisser ce paradis. Lors d’un échange que nous eûmes dans la cuisine, alors qu’il regardait
la forêt à travers la fenêtre, il me demanda soudain avec une extrême émotion : « Est-ce que dans la mort
il y aura des paysages comme ça ? Pourrai-je regarder par la fenêtre ? Y a-t-il des fenêtres dans la mort ?
C’est de ne pas savoir qui me terrifie. » C’était quelques semaines avant son décès, alors que le
printemps et le soleil donnaient à ce qui s’étendait devant ses yeux la couleur du bonheur. Il touchait là à
ce qu’il y a d’essentiel et en même temps de si simple dans la vie.

Faire de sa médiumnité un métier implique d’être rémunéré. Même si quantité de personnes exercent
une profession pour laquelle elles ont un don au départ, sans que cela soulève la moindre objection, la
question fait débat dès lors qu’il s’agit de médiumnité. Pourquoi ?
Car enfin un cuisinier par exemple ne gagne-t-il pas sa vie grâce à un don qu’il a su cultiver ? Comme

un musicien, un fleuriste, un peintre, un écrivain, un avocat, un chirurgien ou un encore un psychologue.
Pourquoi les médiums, ou encore les guérisseurs, devraient-ils faire exception et travailler gratuitement ?
Pourquoi serait-il admirable de gagner sa vie (très bien parfois) en exploitant un don pour la natation par
exemple et répréhensible de le faire en étant médium ?
Ce n’est pas pareil, me rétorquera-t-on. Et pourquoi donc ? Cette affirmation péremptoire selon
laquelle les guérisseurs ou les médiums ne doivent pas monnayer un don qui leur est donné, sous peine
d’être des charlatans, ne serait-elle pas due plutôt au rapport que notre société entretient avec ces
capacités inexpliquées : une sorte de fascination un peu craintive mêlée de suspicion ?
Or, il faut bien se rendre compte combien cette attitude nous maintient dans l’ignorance de la réalité de
ces phénomènes. Car que sont réellement ces capacités ? Ce n’est d’abord pas... rien. Ces capacités
existent, leur réalité est constatée, ce sont leurs interprétations qui sont encore mystérieuses. Mais pour ce
qui est de la capacité d’un homme ou d’une femme à obtenir des informations précises au moyen d’une
sorte de sixième sens, l’observation empirique des résultats, même en laboratoire, ne soulève plus aucun
doute. Que ces informations proviennent d’un défunt, ou de capacités télépathiques, ou d’autres choses
encore, voilà une question légitime et même cruciale, à laquelle ce livre tente de répondre.
Donc la médiumnité est un phénomène tangible et réel. Ce n’est pas de la magie, ni de la sorcellerie, ni
un pouvoir conféré par Dieu ou je ne sais qui. Les recherches nous indiquent que nous avons affaire à une
disposition naturelle de l’être humain, très développée chez certains, qui demande à être apprivoisée par
celui chez qui elle s’éveille. Son emploi requiert du discernement, de sa part et de la part de ceux qui
consultent.
Être doué ne fait pas d’un médium un élu, non ! Pas plus qu’un très bon boulanger n’est un élu. Ce don
une fois développé et maîtrisé peut être exploité professionnellement. Au nom de quoi cela ne serait-il
pas possible ? C’est de la bonne pratique de chaque individu qu’il faudrait juger, comme le Conseil de
l’ordre des médecins le fait en permettant l’application d’une éthique commune à chaque praticien. Mais
il serait incohérent de juger une profession entière sur des présupposés qui n’ont rien de scientifique. Ce
ne serait pas sérieux.
Alors je le dis avec conviction : non seulement les médiums, les guérisseurs qui se font payer en ont le
droit, mais le leur nier conduit précisément à ces dérives que nous voulons éviter. Car en ne
reconnaissant pas ces capacités pour ce qu’elles sont, nous entretenons le flou et l’ambiguïté la plus
opaque sur les limites de leur champ d’action, dans la guérison ou dans le travail du deuil. Et c’est là que
se situe le danger bien réel des dérives sectaires, du charlatanisme et des abus scandaleux de toutes
sortes.
Alors oui, comme d’autres, Henry s’est longtemps interrogé à ce sujet, et continue parfois de le faire. À
ses yeux, si vraiment il existait un désaccord spirituel quant au fait d’être payé, pourquoi lui aurait-on
demandé d’arrêter son métier ? La demande a été si impérieuse ! Il aurait préféré rester costumier, et
aider occasionnellement les gens lors des séances publiques auxquelles il participait. Aujourd’hui, il ne
regrette pas d’avoir changé de vie, même si son ancienne vie lui manque. Henry est un créatif, il y a une
part artistique au fond de lui, et ne pas pouvoir l’exprimer lui a manqué à plusieurs reprises dans sa vie.

Nous avons souvent eu des discussions à ce sujet, car je suis frappé par la constance et l’énergie que
met Henry, depuis plus de vingt-cinq ans, à faire la même chose : recevoir la douleur de gens en deuil,
plusieurs fois par jour. Je vois cela comme un véritable sacerdoce, qu’il porte avec un sens du devoir
presque pénitent. Il dit être aidé et encouragé à poursuivre cette tâche parce qu’il se sent utile devant la
détresse, la souffrance de ces personnes qui viennent le voir, croyantes ou sceptiques, mais unanimement
plongées dans le désarroi par la perte d’un proche.
Combien de fois a-t-il donné des éléments qui ont permis à ces gens d’envisager que l’âme puisse
continuer de vivre après la mort ? Chez combien d’hommes et de femmes a-t-il ouvert une petite porte
vers l’espérance ? À combien a-t-il redonné la force de vivre alors qu’ils ne l’avaient presque plus ?
J’ai été témoin de cela à plusieurs reprises. J’ai vu des gens s’illuminer et l’embrasser, comme ce
policier la semaine précédant notre entretien qui était venu le voir à propos de son fils décédé. À la fin
de la séance, alors qu’il partait et se tenait debout sur le pas de la porte, cet homme s’est immobilisé
devant Henry, et lui a demandé soudain s’il pouvait le prendre dans ses bras. Ce qu’il a fait. À
l’évocation de cet épisode récent, Henry est très ému. Dans de tels moments, je saisis mieux pourquoi il
fait cet étrange métier depuis si longtemps.
Étrange, parce que, loin d’une autre idée reçue, la vie de médium n’est pas rose tous les jours, et même
pas forcément enviable. Henry n’en fait pas fortune, il a renoncé à un métier épanouissant qui lui tendait
les bras, il vit au milieu des morts à longueur de journée et de nuit, et cela, en définitive, pour le sourire
d’une mère, pour l’éclair d’espoir qu’il voit surgir dans l’œil d’un père effondré. Non, ce n’est pas un
métier facile.
En outre, utiliser ses perceptions quotidiennement use beaucoup sur le plan physique. Henry y laisse sa
santé. Il est quotidiennement confronté aux énergies psychiques que portent les gens, à leurs émotions,
mais aussi à celles des esprits. Réussir à se mettre au diapason, capter les différents degrés où ils
évoluent fatigue énormément. Cela l’a vieilli. Henry a mûri très jeune. Il est devenu plus vieux que son
âge et a évolué différemment des autres personnes de sa génération.
Pourtant, au-delà de ces difficultés, il évoque des joies, rappelle que des choses extrêmement fortes se
produisent aussi. Voir ses clients retrouver des forces pour continuer à vivre n’a pas de prix. Apporter
des preuves de survie, redonner la foi à ceux qui l’avaient perdue représente la plus grande grâce qui lui
soit donné de vivre, confesse-t-il.

Il est difficile de mesurer la charge de responsabilité que représente le fait de recevoir des gens en
deuil, et ce sans aucune formation en psychologie. À ses débuts d’ailleurs, Henry était très inquiet sur ce
point, car il voulait à la fois parvenir à donner des éléments sur les défunts – parvenir à exercer sa
médiumnité – et être capable de soutenir psychologiquement les personnes qui le consultaient. Sans
formation de psychothérapeute, ce n’est pas en essayant de « jouer au psy » qu’il y est parvenu, mais en
accordant une confiance aveugle à l’invisible. Et il en faut de la confiance quand on reçoit des gens qui
vous déclarent au début de la consultation : « Monsieur, si je n’ai pas les preuves aujourd’hui, je me
tue... » Quelle responsabilité ! Comment imaginer que ce puisse être simple à vivre ? Mais surtout,

comme parvenir sereinement à se mettre en état de perception ? Comment fait-il ? À sa place, je serais
tétanisé par un stress colossal.
La clé réside dans cette confiance qu’il accorde sans réserve au monde invisible, et qui l’autorise à
dépasser la charge émotionnelle. Aujourd’hui, exercer cette activité depuis tellement longtemps lui a
permis d’acquérir certains automatismes. « L’important c’est le lâcher-prise », dit-il.
Il faut dans un premier temps parvenir à se dégager de la personne qui vient consulter, de son énergie,
de ses attentes, de son état psychologique et émotionnel. En consultation privée, pour atteindre cet état de
relâchement, Henry ferme les yeux. C’est sa façon de s’isoler : ne pas regarder le client. Une fois qu’il
est bien détaché, il travaille à essayer de faire abstraction de son mental, ce qui est le plus difficile. Mais
lorsqu’il commence à se concentrer, souvent des pensées parasites surgissent. Alors il prie, en silence,
intérieurement, et se rend disponible. Puis, dans cet état de calme, il attend d’être envahi. Comme si se
produisait une sorte de dépersonnalisation. C’est ce qu’il sent se produire : une partie de lui se
dépersonnalise et devient l’autre, le défunt. Il se laisse envahir par son énergie psychique. C’est une
sorte de jeu d’équilibre car Henry reste complètement conscient, dans le présent avec le client en face de
lui, tout en étant dépersonnalisé. Une partie de lui est envahie par l’univers de l’esprit qui l’imprègne, et
sa tâche consiste à dire à haute voix le maximum d’éléments et d’informations qui lui parviennent, à
répéter ce que le défunt lui communique : des images, des sensations, des ressentis, des mots qui sont les
siens.
À ce moment de la consultation, soit Henry sent la présence du défunt dans la pièce, soit il peut même
le voir, par exemple derrière le client ou à côté de lui. Il peut également recevoir des sortes d’images
intérieures dans lesquelles l’esprit se montre à lui et l’entraîne dans un moment précis de son passé.
Henry ressent les intentions qui sont celles du défunt. Par exemple, en consultation, il transmet des
informations qui lui sont données ainsi, mais il arrive que le client ne réagisse pas tout de suite, ou qu’il
ne comprenne pas de quoi il s’agit. Alors Henry, qui a noté que l’esprit passait à autre chose, est surpris
tout à coup qu’il revienne sur le sujet que le client ne comprenait pas en fournissant d’autres détails.
Henry voit derrière cette spontanéité une intention, une insistance, qui n’a rien à voir avec une image
statique, ou un souvenir qui lui reviendrait à l’esprit.
Cette insistance de la part des défunts lui donne vraiment la sensation que quelqu’un communique avec
lui. Il sent leurs présences.
Les êtres qui lui parlent lui coupent même la parole parfois. Ce point est loin d’être un détail, c’est
même un élément capital. En effet, une fois que le constat est fait que le médium est capable d’obtenir des
informations précises dont il ignorait tout, se pose la question de l’origine de ces informations. Henry
pense qu’un défunt les lui transmet, mais pourrait-il s’agir d’une forme de télépathie ou de voyance
comme nous l’avons supposé plus haut ? Car de ce que l’on sait aujourd’hui sur les perceptions
extrasensorielles, la présence d’un défunt n’est pas nécessaire pour obtenir des informations, même
précises, sur une personne dont on ignore tout. Sans même parler de mentalisme, qui est une technique
explicable.
Dans les faits quantitativement rien ne permet de départager objectivement les deux hypothèses – les

défunts sont vivants et parlent ou le médium est juste voyant et télépathe. Mais il y a ce ressenti, certes
subjectif mais essentiel. Une perception de voyance ne coupe pas la parole, ne fait pas revenir le médium
sur un détail évoqué un peu avant. En un mot, une perception de voyance ne fait pas montre d’intention.
Pour l’expliquer, Henry me cite l’exemple récent d’une maman venue le consulter à propos de sa fille
décédée. Subitement, alors qu’il parlait avec la maman, l’esprit de la jeune fille a fait irruption à travers
Henry, le surprenant lui-même, et s’est adressé à sa mère : « Tu vois, maman, je te l’avais dit ! » La
présence de la jeune fille était telle que le fragile équilibre a été forcé et qu’Henry l’a fugacement
incorporée quelques secondes. Dans un cas comme celui-là, il ne se contente pas de répéter ce qu’il
entend, mais l’esprit est tellement imprégné en lui qu’il parle directement par sa bouche. Même s’il lui
arrive parfois d’avoir ce qu’on pourrait appeler des « fragments d’incorporation », Henry n’aime pas du
tout la sensation. Il faut dire que dans le cas d’une incorporation totale, le médium devient complètement
inconscient, et ne se souvient de rien du tout après. Dans son cas, Henry est conscient, c’est juste qu’il ne
maîtrise plus rien durant quelques secondes. Devant cette maman, c’est donc sorti d’un coup : « Tu vois,
maman, je te l’avais dit ! » La mère a alors appris à Henry que deux jours avant que sa fille ne décède,
elle lui avait annoncé qu’elle allait avoir un accident sur la route, et qu’elle allait en mourir. Comme cette
jeune fille avait seize ans et ne conduisait pas, sa mère n’avait pas prêté attention plus que ça à cette
remarque. Or, il se trouve que deux jours après, sa fille avait été heurtée par une voiture alors qu’elle
marchait sur le bas-côté de la route.
Pour Henry, une telle spontanéité complètement inattendue est la preuve, s’il en était encore besoin,
que c’est bien un esprit vivant, une intelligence qui s’exprime dans ses contacts médiumniques.
Une autre fois, des parents viennent le consulter pour leur fils décédé dans un accident de voiture.
Pendant la séance, le fils montre une sorte de carte postale le représentant à la montagne, et fait
comprendre à Henry qu’il est allé dans ce paysage juste avant de mourir. Ce garçon étant mort sur la
route, en Bretagne, ses parents répondent à Henry : « Non, monsieur, notre fils n’est pas allé à la
montagne récemment, il nous ne nous a pas envoyé de carte postale de montagne. » Mais le fils continue
de montrer une carte ainsi que des photos de lui à la montagne. Henry dit aux parents que l’esprit de leur
fils insiste. « Non, voilà des années qu’il n’a pas été à la montagne, ça ne correspond pas. » Alors,
malgré l’obstination de l’autre côté – parce que l’esprit lui fait bien comprendre qu’avant de mourir il est
allé en montagne –, Henry s’excuse et dit ne pas comprendre. Quelques jours après cette séance, les
parents parlent de leur consultation à leurs proches, et l’amie de leur fils leur révèle qu’elle et lui... sont
effectivement allés passer deux jours en montagne avant son décès. Ils s’y sont même pris en photo. En
venant en consultation, les parents ignoraient tout de cette escapade, comme Henry d’ailleurs. En fait, une
seule personne dans la pièce était au courant. Une personne décédée depuis des mois : leur fils.
Les demandes des clients peuvent être plus légères, et moins chargées. « Comment va tel défunt ? »
Voilà la demande la plus fréquente des clients qu’Henry reçoit. On lui demande aussi beaucoup si les
défunts ont un message particulier à faire passer. Beaucoup de gens viennent le voir par curiosité. « Estce que la vie existe vraiment après la mort ? » Cette question est si vertigineuse ! Il arrive également que
des personnes viennent demander des avis à leurs défunts pour prendre des décisions dans leur vie. Dans

ce cas, Henry refuse. Il estime en effet que les esprits n’ont pas à être dérangés pour ça. Son expérience
lui fait voir son travail comme une opportunité offerte à un esprit de venir prouver sa survie et rassurer
les vivants. Parfois, dans ce contact-là, le défunt peut donner des informations se rapportant à la personne
qui vient consulter, ou à sa famille, mais c’est autre chose. Ce sont alors les défunts qui viennent
spontanément de leur côté.

Je remarque que ce dont me parle Henry, ajouté à la manière dont se déroule le test, suggère que plutôt
que favoriser une communication, c’est-à-dire une discussion entre deux personnes, un mort et un vivant,
via son intermédiaire, ses capacités offrent davantage la possibilité à des morts de passer des messages
brefs. Ce qu’ils expriment spontanément peut être perçu par Henry, mais en revanche leur poser une
question semble plus complexe. D’ailleurs, Henry l’avoue : il n’aime pas que l’on pose des questions,
pour la raison toute simple qu’il appréhende de ne pas avoir la réponse. Il est parfaitement conscient que
c’est lui qui bloque à ce niveau. Néanmoins, sa longue pratique lui a démontré qu’il reçoit souvent de la
part des défunts la réponse aux questions avec lesquelles les clients sont arrivés. La seule différence est
que lui n’en est pas conscient. Ce qui fait une différence de taille, émotionnellement parlant.
Et cette émotion qui semble paralyser Henry, elle est bien présente alors que mon test se poursuit, dans
ce petit appartement obscur.
J’ai l’étrange sensation de m’adresser à un rêve. Au fond de moi, je ressens que mon père est là. Il me
donne des éléments qu’il serait difficile d’attribuer au hasard, mais il n’évoque pas spontanément ce que
j’attends de lui. Pourquoi ? Je sens, palpable, la gêne qu’éprouve Henry à ne pas trop savoir ce que
j’attends tout en ayant à l’esprit cette certitude que j’attends effectivement quelque chose de précis. Cet
élément lui pèse, quoi qu’il en dise, et son inconscient, malgré notre amitié, ne peut oublier que je le
teste. Il se met la pression, et je me rends compte combien cette pression est l’ennemie de ses
perceptions.
De l’autre côté, je sens mon père présent, mais est-ce encore mon père ? Qui est cet être qui me
parle par l’intermédiaire d’Henry ?
Il est précis parfois, me décrit son caractère, son atelier, sa mort, etc., mais saute d’un sujet à un autre
avec une sorte d’inconstance. Derrière ce trait de caractère qui ne lui ressemble pas, je perçois son
intention d’essayer par tous ces détails d’en trouver un qui soit convaincant, et suffisamment percutant
pour me convaincre sans conteste de sa présence. Je le sens presque fébrile à essayer de se faire
comprendre par un médium un peu tendu lui-même. Mais pourquoi ne me dit-il spontanément pas ce que
j’attends ?
Je décide alors d’aider Henry à se canaliser vers l’objectif. Aussi, en lui désignant la personne sur la
photo, je deviens plus précis.
– Je lui ai demandé de transmettre quelque chose.
– À qui ? À la famille ?
– À nous, à toi. Pour ce livre, je lui ai demandé d’exprimer quelque chose à travers chacun des
médiums que je rencontre. Un message... il sait ce qu’il doit dire...

– Un message pour le livre ?
– Oui. Avant de venir, je me suis adressé à lui et lui ai demandé de te dire quelque chose de précis...
– Mais ce n’est pas évident ça, Stéphane.
– Ah non, ce n’est pas du tout évident...
– Quand tout est spontané de leur part, ça va, mais demander n’est pas simple. Enfin, pour moi en tout
cas.
– Y a-t-il des images qui te viennent ?
– Non, pas par rapport à ce que tu me demandes. Mais c’est bizarre, il me fait comprendre qu’il a
trouvé que son cercueil était trop petit. Il me l’a montré, je ne sais pas pourquoi, ça fait un peu bizarre...
j’ai cette impression que ce n’était pas assez large, peut-être est-ce pour évoquer qu’il était prisonnier de
quelque chose ? Non, il n’est pas coincé dans la matière, rassure-toi, il ne faut pas s’inquiéter pour lui, je
ne sais pas... est-ce lié à sa façon de vivre ? À son imagination ? Est-ce que tu comprends ?
Je remarque que sans que je lui aie rien dit dans ce sens, l’évocation d’un message précis de mon père
conduit Henry à parler de son cercueil. Simple coïncidence ?
– Ce que je lui ai demandé de te dire est en lien avec son cercueil.
– Ah, alors ça m’intéresse ... d’accord.
– N’hésite pas à partager toutes tes sensations.
– Il me parle du cercueil et me dit qu’il est trop petit, qu’il faut pousser pour la liberté... J’ai entendu ta
question et lui me parle de ça...
– Même si tu penses que ça n’a rien à voir et que ça te paraît bizarre, dis tout ce qui te vient.
– Oui... il me montre... tout est blanc, il devait y avoir un tissu, du satin blanc dans le cercueil.
– Oui.
– La couleur blanche, du satin blanc. Bon, je dis ce que j’entends : « On m’a bien mis. » Il remercie
parce que j’entends : « Merci. » Je crois comprendre en même temps qu’il aimait les choses simples,
qu’il voulait les choses simples, tu comprends ça ?
– Oui.
– Sans fioriture, simple, il insiste là-dessus... Je sens un peu d’énervement. C’est con ce que je vais te
dire mais il me montre une pomme, je ne sais pas pourquoi. Une pomme circulaire, je ne vois pas bien
quelle est sa signification... je ne sais pas. Il insiste, et en même temps ce n’est pas facile, il est loin de
tout ça, mais il me montre ses doigts, ses doigts, sa main...
Et si papa, ne sachant comment communiquer à travers Henry, essayait plusieurs choses, insistait, et
s’énervait presque ? Comment dire les choses ? Quand il montre ses doigts, ses mains, veut-il évoquer la
peinture ? Et la pomme ? Pourquoi précise-t-il une « pomme circulaire » ? Y en a-t-il des carrés ? Est-ce
un symbole ?
– Je ne vois pas l’objet, mais je n’arrête pas de voir le doigt, la main, le doigt, la main... il dit : « Je
dis merci... liberté, liberté... je suis libre. » Quelqu’un a dû écrire un très beau texte à son intention, ça l’a
beaucoup touché, tu sais ce que c’est ?
Le « très beau texte », n’est-ce pas celui du Désert des Tartares qui l’émouvait tant, l’histoire d’un

homme qui reste jusqu’au crépuscule de sa vie prisonnier d’un destin qu’il s’impose ? Sur le moment,
pensant plutôt à ses obsèques lors desquelles plusieurs belles choses ont été dites, je réponds :
– Oui, c’est le cas.
– Est-ce que l’on peut dire que dans son cercueil il y a quelque chose, ou que des choses ont été mises
par des proches ?
Ah, là on approche ! Mon aide a consisté à dire à Henry que l’homme sur la photo avait un message à
me transmettre. Henry a alors évoqué le cercueil trop petit, puis carrément des objets mis par des proches
dans le cercueil. Le message est bel et bien une liste d’objets placés par un proche dans le cercueil !
Pourrait-il s’agir d’une déduction logique du fait que j’ai dit que le message avait à voir avec le
cercueil ? Possible aussi.
Pour l’heure, j’acquiesce à la question d’Henry.
– Des choses, des objets personnels, de la part de personnes qui le touchent, et qui les ont mis avec
lui ? répond-il.
Je note que mon père fait passer à Henry l’idée qu’il est question de plusieurs objets et non d’un seul.
Ses efforts sont presque palpables, même si une partie de moi a encore du mal à comprendre pourquoi il
ne dit pas simplement de quoi il s’agit. Je demande :
– Peut-il me décrire ces choses ?
– On lui a mis des choses personnelles, je pense que c’est au pluriel. Quand je dis ça, on est
d’accord ?
– Qu’il y a plusieurs objets ?
– Oui, ou plusieurs choses, tu ne sais pas ?
– Si, je sais.
– Il me fait ressentir plusieurs choses.
– Dis tout ce qui te passe par la tête.
– Je le fais, parce qu’il m’envoie des choses, mais en même temps il est détaché de tout ça. Il est
heureux, et il te remercie : « Je ne serai jamais mort tant que je serai en vie là et là. »
Henry désigne ma tête et mon cœur. Pourquoi soudain cette remarque si intime ? Jamais Henry n’a fait
mention de notre lien de parenté.
– À l’intention de ceux qu’il aime, les amis, la famille, j’entends sa voix dans un souffle, très lointain :
« Paix. »
Henry ayant murmuré, je n’ai pas entendu et le fais répéter.
– « Paix. » Il veut dire par là qu’il est en paix... Il y a plusieurs objets avec lui... j’essaie de
comprendre, est-ce qu’on peut dire qu’il y a quelque chose qui a voyagé, qui a été à l’étranger ?
Je réfrène toute manifestation d’émotion intempestive, mais l’expression « quelque chose qui a
voyagé » m’évoque instantanément la boussole. Encore une fois, je me mets à la place de mon père, et je
l’imagine devoir évoquer des objets sans passer par des mots. Oui, voilà, c’est sans doute ça : il ne peut
pas dire de mots mais simplement partager des sensations avec Henry. Leur zone de dialogue et de
communication ne se situe pas dans un monde de mots mais dans un monde d’images et de sensations. Et

c’est quoi la sensation d’une boussole ? Je me contente juste d’un :
– Oui.
– Je ne sais pas ce que c’est. Quelque chose qui a voyagé à l’étranger, que l’on a mis avec lui.
– Ça me parle.
– Il insiste fortement là-dessus : « C’est avec moi. » Oui, j’ai entendu, mais je ne vois pas ce que
c’est... c’est comme une intention du cœur, un geste... Avec sa main, il prend de la terre ou du sable, il le
laisse s’échapper... tu vois, comme si tout tombait en poudre.
– Du sable ?
– Oui, c’est comme du sable qu’il prend dans la main et il fait comme ça... tu ne sais pas ce que c’est ?
Là je ressens un choc, je suis très ému mais n’en montre rien. Une vraie émotion tant j’ai le sentiment
que mon père fait vraiment très fort. Moi-même je n’aurais pas pu penser à cela. Je réalise une fois de
plus combien donner le titre du roman que j’ai placé dans son cercueil peut être difficile. Et dire qu’en
venant à notre rendez-vous ce matin je m’adressais à mon père à haute voix pour lui demander, parmi les
quatre objets, d’essayer de mentionner le livre ! Quelle synchronicité entre le fait que je pensais
spécifiquement à la difficulté qu’aurait papa à me citer le livre, et que ce soit précisément ce point le plus
difficile qui sorte durant la séance ! Le Désert des Tartares : quoi de plus évocateur pour suggérer le
désert que prendre une poignée de sable et la laisser s’échapper de la main... geste qu’est précisément en
train de reproduire Henry devant moi ?
Malgré mon trouble, je me contente d’un :
– Euh, c’est parlant.
– Ah bon, c’est parlant pour toi ?
– Oui.
– Il fait ça avec sa main en coupe, il lâche quelque chose qui tombe de la main, un peu comme du
sable. C’est ce que je vois, c’est ce qu’il me montre, après je ne peux pas faire plus, Stéphane.
– D’accord.
– Je fatigue, là. Je ne pourrai pas aller plus loin...
– On arrête. Mais j’aimerais comprendre pourquoi il ne peut pas te transmettre juste un mot.
– Parfois c’est le cas, parfois non.
– Parce que je vois bien que tu le captes, je sens qu’il est de l’autre côté, à essayer de se manifester, et
il sait ce que j’attends. Alors il donne des images parlantes, mais pourquoi ne donne-t-il pas un mot ? Il
n’y arrive pas ou c’est toi ?
– Ça dépend des moments, des esprits, ça dépend de tellement de paramètres... mais ça te parle ce
sable dans la main ?
– Oui.
– Parce que lui a essayé de te répondre. Donc tu as eu une partie de la réponse et une autre te manque ?
– Mais pourquoi a-t-il utilisé une image plutôt qu’un mot ? Je ne peux pas t’en dire plus, mais je
m’interroge vraiment... J’ai l’impression que l’on tourne autour du pot.
– Il a fait comme il a pu.

– Pourquoi n’arrive-t-il pas à parler, à dire un mot précis, puisque tu l’entends ?
– Si, il y parvient, mais par fragments. Il essaye.
– Mais j’attends des éléments précis et il le sait...
– Et parfois il donne d’autres éléments.
– Oui. Pourtant je me dis que s’il était vivant à côté de nous, enfin je veux dire physiquement, encore
dans son corps, il saurait très bien quoi dire et comment le dire. Alors pourquoi là c’est différent puisque
que tu dis qu’il est là ? Pourquoi ne dit-il pas clairement ce qu’il sait que j’attends ?
– Je ne sais pas. Il a commencé à me faire sentir des choses, mais que s’est-il passé à ce moment-là ?
Je parle de ma perception. Ai-je été bloqué ? Ou je me suis bloqué moi-même, et lui a beau essayer de
me mettre sur la voie, je m’embrouille inconsciemment et sans m’en rendre compte je ne parviens plus à
aller plus loin ? Peut-être aussi que ça vient du champ d’énergie psychique de ton attente ? Le résultat
c’est que ma partie à moi bloque et que lui ne peut pas aller plus loin.
– Tu veux dire que lui pourrait aussi avoir du mal à dire les mots que j’attends ?
– Ça peut arriver, oui, évidemment, il y a différents cas de figure.
– C’est ça que je voudrais comprendre : quels sont les différents cas de figure que tu évoques ? N’estil pas en bonne santé là où il se trouve ? Ignore-t-il où il est ?
– Non, ce n’est pas son cas. Il a essayé de faire des efforts, mais voilà, il y a dans la communication
avec l’au-delà ce qu’on appelle des « filtres ». Dans le processus de perception se mêlent les énergies
psychiques des vivants et celles de l’esprit. Il arrive que je ne parvienne pas à me mettre totalement au
diapason avec lui afin d’avoir les réponses à toutes les questions qu’on aimerait lui poser. Comme avec
toi aujourd’hui où quelque chose bloque. Cela ne vient peut-être pas du défunt mais de moi, parce que par
exemple je sens que tu as une attente très forte et ça me paralyse. Dans d’autres cas, ça peut être les
défunts qui ne sont pas entièrement dégagés. Ou alors certains défunts ne passent pas avec certains
médiums. Question d’empathie, d’énergie. Comme s’il manquait une partie de leur vibration. C’est
comme nous dans les rencontres humaines : parfois ça accroche, parfois non. Et puis parfois je suis
fatigué et curieusement je fais une séance magnifique. Les défunts me parlent avec leurs mots, leurs
expressions. Je suis parfois dans une énergie, une densité incroyables. Je capte des comportements, des
gestuelles et les clients me le confirment en disant : « On le reconnaît bien là ! » ou : « On a l’impression
qu’on était avec lui ! »
Alors, le test est-il réussi avec Henry ? Je vous laisse juge ; en ce qui me concerne, mon cœur m’a
donné la réponse. Mais que retenir de cette première rencontre ? Là encore, il ne m’appartient pas de
décider pour vous, mais je suis très heureux de ne pas avoir lâché le morceau, et d’avoir poussé mon ami
Henry dans ses retranchements. À l’image des rencontres qui vont suivre, je vais passer de stupeurs en
découvertes, et à chaque fois, comme aujourd’hui, avec beaucoup d’émotion.
Parce que tout de même je peux vous l’avouer : j’ai vraiment le sentiment que mon père a été là tout au
long de la rencontre. Que parfois il peinait, mais parfois s’amusait aussi de ma ténacité. Ce livre, je le
fais avec les médiums... et avec lui.
C’est une évidence pour moi.


Mais au fait, lorsqu’il ne s’amuse pas avec son fils, que fait mon père maintenant qu’il a franchi la
muraille immense du brouillard ?
Après sans doute des milliers de consultations, Henry garde étonnamment une vision très limitée de
l’au-delà. La raison en est selon lui qu’il n’accède pas à l’endroit où sont les défunts. Ce sont eux qui
viennent à lui. Plus exactement, ils se rejoignent à mi-chemin : eux descendent vers le physique, lui part
vers un autre niveau de conscience. Lors de ses contacts, Henry explique que les défunts ont abaissé leur
taux vibratoire pour atteindre notre réalité. Il ne pense pas qu’il puisse aller sur leur plan à eux, mais
qu’eux peuvent descendre, en ralentissant leurs vibrations. Ils se synchronisent ainsi en quelque sorte
avec le niveau dans lequel nous évoluons. Ce qu’il devine de leur dimension est qu’elle est plus éthérée
que la nôtre.
Lors des contacts médiumniques, il a conscience d’être dans une sorte d’espace de lumière. Il me dit
beaucoup aimer ces instants où il voit apparaître les défunts entourés d’un champ lumineux plus ou moins
irradiant. La vision de cet embrasement lui indique immédiatement à quelle étape ils en sont. Par
moments il peut voir une pure forme uniquement lumineuse, à d’autres ce sont des visages translucides
qui apparaissent. Lorsque Henry se trouve avec des défunts qui se montrent dans leur corps, il voit leur
rayonnement et c’est saisissant, dit-il avec émotion. Quand cela se produit, il avoue ne plus avoir envie
de revenir dans notre réalité.
À cela s’ajoute le fait, souvent mentionné dans diverses traditions et par les médiums, que les défunts
peuvent se trouver à des niveaux différents une fois de l’autre côté. L’accès à tel ou tel niveau
correspondrait à la compréhension qu’aurait le défunt de son état, à la manière, rapide ou non, dont se
serait faite la prise de conscience de sa mort. Ce processus peut être plus ou moins lourd suivant les
personnes. Certaines âmes se sentent mal, elles peuvent n’être que partiellement conscientes de ce qui se
passe, et ne parviennent pas à se dégager de cette confusion.
Lorsque les défunts ne sont pas conscients d’être morts, en général Henry ne les capte pas. On dit
qu’ils se trouvent alors dans une sorte de sommeil réparateur. Il est recommandé d’ailleurs d’attendre un
peu après un décès avant d’aller voir un médium. Henry préconise un minimum de trois mois (les défunts
peuvent communiquer plus tôt, trois mois est une moyenne). Ce temps de sommeil réparateur correspond
à une période nécessaire après la mort pour se débarrasser du corps mental. « Ce fameux mental qui nous
complique parfois la vie ici, pourquoi de l’autre côté disparaîtrait-il en un clin d’œil ? » remarque Henry.
Nos pensées, nos regrets continuent de tourner en boucle. Du temps est nécessaire afin d’y voir plus clair.
On peut être conscient d’être mort, complètement conscient, et pourtant ne pas voir les esprits qui
viennent nous chercher. Henry a vu des défunts ignorant, ne sentant pas qu’ils étaient entourés de proches
dans l’au-delà. Il garde ainsi le souvenir d’une expérience marquante, un jour qu’il entra en contact avec
un esprit qui venait de mourir à peine quelques mois auparavant. Imprégné par l’énergie de l’esprit, il
percevait ce que lui-même voyait comme des petites séquences. Mais cela défilait à une vitesse
indescriptible, et bientôt Henry comprit que cet homme revoyait en fait sans cesse le film de son
existence, sans parvenir à s’en dégager. C’était incongru, ça partait dans tous les sens, et tout allait trop
vite.

Le défunt peut être également conscient d’être décédé mais freiné par des détails de sa vie terrestre qui
ne seraient pas encore réglés. On peut en effet être conscient d’être passé de l’autre côté, mais encore
faut-il accepter ses erreurs, pardonner aux vivants.
Et puis il y a ceux qui n’acceptent pas leur départ. Ou ceux encore qui ne sont pas tout à fait dégagés
parce qu’ils sentent le besoin d’aide qu’éprouvent les vivants. Ils restent alors pour les soutenir, réparer
quelque chose, etc. Les défunts peuvent effectivement être parfaitement dégagés mais le besoin des
vivants crée une énergie qui les retient dans un plan moins élevé, alors qu’ils seraient en mesure
d’évoluer vers un autre niveau spirituel. D’une certaine manière, ils se retiennent pour nous. Henry insiste
d’ailleurs sur ce point, lui qui est souvent témoin du poids parfois mortifère de liens émotionnels trop
importants que la douleur empêche les vivants de faire évoluer. Pour Henry comme pour tous les autres
médiums que j’ai consultés, il faut savoir laisser les défunts suivre leur chemin. Ils le répètent souvent à
leurs clients : nos défunts doivent évoluer de leur côté. La mort ne signifie pas qu’ils nous ont
abandonnés. Il faut essayer de se mettre à leur place et envisager que ne pas vouloir évoluer dans notre
souffrance peut les culpabiliser. Par là nous les attirons sans cesse à nous.
Dans de telles situations, imaginez-les en témoins impuissants de nos douleurs. Comment pensez-vous
que ceux que nous avons perdus aimeraient que nous vivions ? Ils sont vivants. Tout ne s’est pas arrêté
avec leur départ, tout n’est pas figé dans la souffrance, même si l’absence créée par un décès laisse
penser à ceux qui restent, à nous, que c’est le cas. Il faut penser à eux comme à des êtres qui poursuivent
leur vie.
C’est aussi là qu’Henry fait preuve de cohérence en appelant les gens à ne pas abuser des consultations
médiumniques. Il fait ce même constat que les psychologues : nous sommes dans le monde des vivants et
la souffrance d’une perte s’atténue lorsque l’on s’engage dans un processus de deuil, ce qui consiste
justement à apprendre à vivre avec l’absence, à élaborer une autre relation 2. Aussi, lorsqu’on a eu la
chance d’avoir une fois, avec un médium ou de soi-même, une manifestation vraiment probante, il faut
savoir mesurer combien c’est exceptionnel. « Et remercier, dit Henry. Si l’on demande tout le temps un
contact, ça peut être paralysant pour l’esprit car lui n’est plus à même de faire le cheminement qui est le
sien. N’oublions jamais que nous sommes toujours reliés à eux, même si l’on n’a pas le contact. »
Notes
1. Stéphane Allix, La mort n’est pas une terre étrangère, op. cit.
2. Voir à ce sujet l’entretien avec le Dr Christophe Fauré, p. 257.

Dominique

Je retrouve la médium Dominique Vallée à son domicile situé en grande banlieue parisienne. Le soleil
inonde le petit jardin auquel on accède par une véranda de taille modeste. C’est dans cette pièce d’une
grande clarté que Dominique fait d’ordinaire ses consultations. Mais nous allons préférer l’intérieur, et
son chien qui me fait une fête depuis mon arrivée nous y suit en bondissant de tous côtés.
Dominique a les yeux rieurs et pétillants. Je la connais depuis plusieurs années, et j’ai pu juger du
sérieux de son engagement dans cette activité si particulière. Elle a accepté en toute confiance de
participer à ce test, mais je sens qu’elle est terriblement anxieuse. Cela m’inquiète pour la bonne tenue de
l’expérience. Aussi je décide de commencer directement la séance avec la photo. Sur le fond cela ne
change rien – je lui donne une photo dont elle ne sait rien, et elle ignore l’identité de l’individu –, mais
cela permettra dès le départ de se concentrer sur une seule personne, plutôt que de réagir à tous les
éventuels esprits qui m’accompagneraient.
Tandis que nous prenons place autour de la table, Dominique me livre ce qu’elle dit systématiquement
aux gens qui viennent la voir.
Dans un premier temps, elle explique que la médiumnité n’est pas une baguette magique. Même si un
médium a 99 % de réussite, il peut toujours connaître un échec. Les raisons peuvent en être multiples. Par
exemple, la personne défunte que l’on cherche à contacter peut être mal partie, ou trop vite, et se trouver
dans une zone de turbulences où elle cherchera davantage à se rapprocher de la terre qu’à monter.
Lorsque les défunts se trouvent dans cette zone, Dominique ne peut paradoxalement pas se connecter.
Cela me fait penser à la réflexion d’Henry Vignaud parlant de la nécessité de laisser s’écouler un certain
temps entre le moment du décès et le premier contact avec un médium afin que le défunt puisse se
détacher. Dominique a observé que la qualité de la communication dépend de la qualité de l’âme qu’elle
contacte.
Dans un second temps, elle recommande aux consultants d’enregistrer la séance, et s’ils ne le font pas,
au moins de noter ce qui est dit pour que des éléments ne soient pas perdus. Car si sur le moment certains
détails n’évoquent rien, ils peuvent s’avérer déterminants quelques jours plus tard, quand on a pu prendre
un peu de distance.
Dominique est très claire enfin sur la façon dont doit débuter une séance : alors que le défunt va
chercher à se faire identifier, elle ne veut connaître aucun détail, n’entendre aucune question. Moins elle
sait de choses, plus elle est efficace. Aussi, dans cette première phase, elle demande uniquement aux
clients de répondre par oui ou par non aux questions précises qu’elle pose, sans fournir aucune autre
explication. À ce stade, elle a juste besoin de ces orientations pour savoir si oui ou non elle est en contact

avec le bon défunt.
Manifestement, et je ne vais cesser de m’en rendre compte, cette nécessité d’identification révèle une
chose majeure : il y a du monde là-haut, il conviendrait d’ailleurs plutôt de dire qu’il y a du monde
autour de nous. Si je devais tenter une image, je choisirais ceci : lorsque le médium se met
psychiquement en situation de réception et ouvre ses portes de perception, il se retrouve éclairé par un
puissant projecteur dans un monde parallèle, le monde des morts ; il devient visible pour beaucoup de
défunts, et attirés par cet être vivant qui semble les voir et les entendre, de nombreux disparus
s’approchent, impatients de pouvoir communiquer.
Petite remarque en passant : quand vous faites du spiritisme pour vous amuser, il se produit exactement
la même chose ; vous braquez un projecteur sur vous, et devenez visible dans le monde des morts. En
général, ceux qui errent à la recherche d’un peu de lumière ne sont pas ceux que vous auriez envie
d’inviter à dîner. Mais une fois que vous leur avez fait coucou, ils peuvent trouver la maison accueillante.
Alors un conseil : ne jouez pas à ça, ce n’est pas un jeu.
Tous les médiums se protègent, et savent comment le faire. Henry me confiait d’ailleurs à la fin de
notre entretien qu’il avait longtemps été envahi contre son gré. Toutes et tous rappellent combien il faut
être vigilant, car deux forces sont présentes : le négatif comme le positif. En ce sens, le plan spirituel
n’est d’ailleurs pas si différent de notre monde matériel où la lumière côtoie l’ombre la plus sordide.
Chaque monde est le reflet de l’autre.

La photo est posée à plat sur la table. Dominique a tenu à me faire ce préambule sans la regarder, puis
ses yeux descendent sur mon père, ses doigts effleurent l’image, et cela commence instantanément.
– Ouh là, il y a un problème cardiaque... il a du mal à respirer.
La réaction de Dominique est très soudaine, et physique, comme si son propre corps avait fait caisse
de résonance. Je lui demande :
– Que ressens-tu ?
– Oh la vache ! Je l’ai depuis un moment, ce monsieur. Il y a quand même une ressemblance. C’est ton
papa ?
– Oui.
Avec honnêteté, Dominique me fait comprendre que cette information est une déduction et non une
perception. Mais comme je l’ai expliqué précédemment, je ne fais pas de cette reconnaissance un élément
recevable du test.
– Voir la photo m’a fait monter en émotion. Je le sentais très gêné au niveau respiratoire. Alors que je
te parlais au début, je devais déjà commencer à travailler avec lui parce que j’avais du mal à respirer. Il
a eu ce problème ?
– Oui.
– C’est quelqu’un qui est un peu coupé en deux, ton papa, il peut être assez dur et en même temps c’est
quelqu’un qui a de l’humour, c’est un grand sensible aussi... il y a beaucoup d’émotion, en tout cas il m’a
presque fait pleurer...

« Un grand sensible ». Mon père donnait l’image d’un homme vivant dans sa bulle. Mais lors des rares
moments où il s’autorisait à sortir un peu de sa carapace et à laisser s’exprimer son émotion, elle le
submergeait. Ainsi, il y a de cela bien des années, alors que jeune journaliste je n’avais de cesse de lui
demander des conseils d’écriture, il avait saisi sur son bureau un exemplaire des œuvres de Nicolas
Gogol dans la Pléiade, et entrepris de me lire un passage de la nouvelle Le Manteau, à haute voix pour
m’en faire entendre la musicalité. Nous étions sortis sur la terrasse, devant son atelier, mais après
quelques phrases ses larmes l’avaient très vite arrêté, bouleversé par ce qu’il était en train de lire. Voilà
une leçon que je n’ai pas oubliée. Quelques phrases bien senties, sobres et justes, de ce grand écrivain
russe avaient fait éclore la détresse du personnage de cette nouvelle, Akaki Akakievitch, dans le cœur de
mon père. Certes les écrivains russes sont de grands auteurs, assurément, mais on peut malgré tout
qualifier mon père d’« homme sensible ». Un émotif sous une épaisse carapace d’acier.
Mais les carapaces, si épaisses qu’elles soient, ne nous protègent que de l’extérieur. En aucun cas de
ce qui bouillonne au fond de soi.
– Bon, je connais l’histoire de Thomas, et je sais que ça interfère, reprend Dominique, mais une chose
est sûre : il ne s’en est pas remis. Il me dit qu’il ne s’en est pas remis... Il y a aussi peut-être un fond de
culpabilité de sa part. Pas dans l’accident lui-même, mais une culpabilité en tant que père, en rapport
avec la personnalité de Thomas, tu vois ?
– Oui.
L’histoire de la mort de mon frère Thomas est connue de Dominique, comme de quasiment tous les
médiums que je suis allé voir. Cependant, cet événement a sans doute un écho plus important en elle, car
elle a elle-même perdu son fils la même année où j’ai perdu mon frère. Et son fils s’appelait également
Thomas. Je note toutefois qu’un élément lui était inconnu, et que d’ailleurs Henry a perçu également : les
relations entre mon frère et mon père. Elle va y revenir.
– Il est très fier de ses enfants, de ce que vous êtes devenus. Ton père s’intéresse à beaucoup de sujets,
il y a beaucoup de choses autour de lui, des tableaux, des sculptures, ça le passionne même...
Mon père était peintre et ma mère sculptrice. Dominique semble capter plein de petites informations en
même temps qu’elle éprouve des sensations et des sentiments propres à la vie de mon père. Comme si sa
médiumnité était corporelle. C’est très marqué.
– C’était long son problème de santé... il est parti il n’y a pas très longtemps, n’est-ce pas ?
– Oui.
– Son problème respiratoire a duré longtemps ? Réponds-moi juste par oui ou par non.
– Oui.
– J’ai l’impression que c’est quelque chose qui l’a encombré... j’ai l’idée de l’étouffement... C’est
aussi quelqu’un qui peut être très chaleureux, je le vois : il prend dans les bras, il tape dans le dos...
Son problème cardiaque avait très tôt affecté ses poumons, et les derniers mois de la vie de mon père
furent difficiles au niveau respiratoire. Je remarque une autre chose curieuse depuis le début de la
séance : à chaque fois que Dominique évoque un moment de maladie, mon père la ramène vers des
sensations plus agréables. Pourquoi ?

– Il me parle de Coco, il a un perroquet ? C’est quoi Coco ? Ou Cloclo ?
Ma mère s’appelle Claude. Mon père ne l’appelait pas Cloclo mais il employait parfois ce surnom
pour plaisanter. Ça commence à être sérieusement intéressant cette séance. Aussi, je réponds à
Dominique :
– Il peut s’agir de Claude, ma mère.

La médiumnité est-elle une capacité que l’on hérite de ses ancêtres ? La grand-mère de Dominique
Vallée était ce que l’on appelle une « dormeuse ». Une sorte de guérisseuse ou de voyante, ou les deux à
la fois, que les gens consultaient à une époque où la médecine n’était pas aussi accessible qu’aujourd’hui,
et où aller chez le médecin coûtait cher. On venait voir cette brave femme muni du vêtement de la
personne malade. Elle tombait alors en narcolepsie – c’est de là que provient ce terme de « dormeuse » –
et pendant cette phase d’étrange somnolence, elle magnétisait le vêtement, annonçait son diagnostic et
donnait ses prescriptions. Même si ce terme et cette pratique sont aujourd’hui oubliés, il est manifeste que
sa petite-fille a développé très tôt les mêmes dispositions pour le soin et les perceptions subtiles. Mais
curieusement, personne ne lui a parlé de cette grand-mère partie avant sa naissance, et ce n’est que sur le
tard que Dominique découvrira posséder ces dons.
Pourtant, alors qu’elle est enfant, son père, qui a eu un très grave accident et en garde des douleurs, lui
demande souvent d’imposer ses mains sur sa tête. « Qu’est-ce qu’il me fait faire ? C’est n’importe quoi »,
se dit la jeune fille. Mais sur le commandement de son papa, elle file se laver les mains et s’exécute, sans
trop comprendre. Un jour elle surprend une petite phrase énigmatique au détour d’une conversation entre
son père et sa mère : « Dominique est comme maman. » Son père a parfaitement compris qu’elle avait
hérité des capacités de sa grand-mère, mais c’est la seule occasion où il en parlera. Il n’abordera jamais
le sujet avec elle. Comme s’il avait voulu lui cacher cette information jusqu’à la fin de ses jours.
Dominique comprend une fois adulte pourquoi son père n’a jamais encouragé ce don : magnétiseur, ce
n’est pas un métier ! Dès lors, après une partie de son enfance passée à la campagne où cette petite fille
solitaire prend soin des animaux malades ou blessés sans savoir pourquoi, c’est vers un horizon plus
classique que son existence semble s’engager. Mais ne dit-on pas que l’on est toujours rattrapé par son
chemin de vie ?
Devenue adolescente, le baccalauréat en poche, Dominique obtient une licence d’histoire-géographie.
Mais elle réalise que l’enseignement ne la tente guère, aussi prend-elle une année sabbatique et travaille
à la SPA. Bouleversée par ce qu’elle découvre de la misère animale, elle s’oriente vers un certificat
d’assistante vétérinaire. C’est alors que finalement les gènes s’expriment : elle se lance dans le soin.
Durant ces années où elle se révèle progressivement à elle-même, l’amour arrive. Elle rencontre un
homme et bientôt donne naissance à un enfant. Son mari est un industriel, il travaille dans le bâtiment. Il
est à des années-lumière du magnétisme, mais il respecte les choix de sa femme et ne l’empêche pas de
poursuivre son activité occasionnelle de guérisseuse. En réalité, ce n’est pas tant qu’il n’y croit pas mais
il en a un peu peur. Pas des soins, mais des perceptions de Dominique, de ses ressentis qui s’affinent et
qui touchent au sujet si tabou de la mort. Combien d’entre nous préfèrent laisser les portes fermées ? Ne

jamais parler de ce sujet ? Y penser le plus tard possible, comme si ça n’allait pas vraiment arriver ?
Le déni est en l’homme. Et plus souvent qu’à son tour, il préfère ne pas regarder en face ce qui
dérange, même si cela est inexorable. Surtout si c’est inexorable.
Monsieur travaille, Dominique s’ouvre à l’invisible, mais l’on n’aborde pas le sujet dans le couple.
Quant à la belle-famille de Dominique – qui compte plusieurs polytechniciens –, ils voient cette activité
de magnétiseuse d’un drôle d’œil. « Je crois que j’aurais fait le trottoir, ça aurait été pareil, ils ne
comprenaient pas. » Alors dans ces cas-là, effectivement, il est plus sage de se taire. Ce qu’elle fait
pendant toutes ces années.
Pour mille raisons le couple ne tient pas, et un jour Dominique quitte cette vie, et cet homme. Peu de
temps après elle décide de se lancer pleinement dans le soin, et ouvre son cabinet à Saint-Germain-enLaye. Elle a vingt-cinq ans.
L’appel est trop fort. Jusqu’à présent elle recevait chez elle, mais la nécessité d’un cabinet a germé
lentement. Pourquoi se lancer à plein temps dans un métier qui fait peur ? Une activité précaire dont on ne
peut pas trop parler ? Parce que Dominique n’a pas le choix, tout simplement. Et puis lorsqu’elle soigne,
qu’elle apaise une personne, elle en ressent tellement de bien. Elle est à sa place.

À cette époque, Dominique croise la route d’un cancérologue dans une écurie qu’elle fréquente. Elle
adore les chevaux, qu’elle soigne encore aujourd’hui d’ailleurs. Lorsque le médecin découvre qu’elle est
magnétiseuse, il la considère avec méfiance. Puis ils apprennent à se connaître et un jour cet homme
demande à Dominique si elle serait capable de lui enlever une verrue. C’est dans ses cordes. La verrue
disparaît. Leurs rapports se réchauffent et deviennent amicaux. Lors d’une discussion quelque temps
après, Dominique aperçoit le grand-père décédé du cancérologue se tenant debout à côté de son petit-fils.
Elle ne sait pas pourquoi mais elle s’en ouvre à lui, et les détails qu’elle livre au médecin le troublent au
plus haut point.
Mais ils troublent Dominique également.
En effet, ces perceptions de défunts durant les séances de magnétisme deviennent de plus en plus
présentes. Dominique observe désormais avec régularité que lorsqu’elle travaille en soin sur une
personne, elle reçoit en parallèle des informations, des images, des flashs. Et donc parfois même des
défunts se présentent. C’est embarrassant. Comment se comporter ? Que faire ? Que dire ? Comment
annoncer par exemple à cette dame qui vient la voir pour un zona que se tient derrière elle un monsieur
avec une belle moustache anglaise, une chemise hawaiienne, et le teint hâlé ? Elle se lance, et la dame de
répondre, toute bouleversée : « Mais c’est mon mari, il est mort il y a vingt-cinq ans. »
Est-ce parce qu’à chaque fois que Dominique constate la présence de défunts elle trouve les bons
mots ? Toujours est-il que les personnes à qui elle sent qu’elle peut parler de ses perceptions et livrer des
messages de leurs défunts réagissent plutôt positivement, et lui sont même reconnaissantes de cette aide
inattendue. Notamment cette jeune femme autour de laquelle Dominique distingue un homme simplement
vêtu d’un maillot de corps. Sa perception est très frappante parce qu’assez dense : un monsieur avec un
maillot de corps, dans une chaleur torride. Confiante dans la netteté de sa sensation, elle décrit sa vision

à la jeune fille, et lui demande si elle sait de qui il s’agit. « Non, pas du tout ! » Pourtant, le monsieur se
présente comme son père. Dominique le lui dit. Alors la jeune fille réalise : « Oui, mon père, c’est vrai !
Il travaillait dans une fonderie. Je comprends mieux pourquoi le maillot de corps et la chaleur extrême. »
Dominique transmet donc le message qu’elle reçoit : cet homme a des choses à se reprocher, il a besoin
de demander pardon. À ces mots, la jeune fille éclate en sanglots. Elle révèle bientôt à Dominique avoir
subi des violences sexuelles de la part de son père, avec l’accord tacite de sa mère qui n’a jamais rien
fait contre. Cette séance de médiumnité spontanée et totalement imprévue marquera le début de la
délivrance pour cette jeune femme qui jusqu’alors avait une vie affective désastreuse et portait en elle
cette souffrance accumulée. Le poids délétère des non-dits.
Des expériences comme celle-là renforcent également la confiance de Dominique en ses perceptions.
Elle sent qu’elle est juste, et que les messages qu’elle transmet sont utiles. Si bien qu’un jour – il y a de
cela plus de vingt-cinq ans – elle décide d’arrêter le soin et de se lancer exclusivement dans la
médiumnité. Elle ne conçoit pas alors de pouvoir pratiquer les deux activités, magnétiseuse et médium. À
ses yeux elle ne serait pas crédible, cela la discréditerait. Elle juge avec le recul avoir fait une grossière
erreur car sa décision fut davantage motivée par la crainte d’être mal perçue que par ce qu’elle se sentait
capable de faire.
Son activité de médium se met en place doucement, même si à l’époque elle doit lutter contre de lourds
préjugés. Mais ça aussi était-ce sans doute écrit ? Est-elle en réalité médium depuis toujours ? Un
souvenir d’enfance semble l’attester. Lorsqu’elle était toute petite, Dominique vécut à plusieurs reprises
une expérience étrange avec la photo de sa grand-mère, la fameuse dormeuse qu’elle n’avait jamais
connue. La photo de la vieille dame figurait dans un cadre accroché au mur dans la maison de ses parents.
Dominique se souvient avec netteté de ces moments un peu étranges où la femme sur la photo descendait
du cadre, venait embrasser Dominique, puis remontait dans son cadre. Une perception médiumnique
précoce ? Dominique en parla une fois à son père. On aurait dit que la terre s’était ouverte sous ses pieds.
Lui qui voulait que sa fille devienne avocate, ou institutrice ! Mais non, le don de la grand-mère était
définitivement dans les gènes de la petite.

La séance se poursuit alors que Dominique obtient de mon père des informations de plus en plus
précises sur ma mère, sa femme. Il me faut ici apporter une précision pour lever toute ambiguïté. Je sais
que l’information selon laquelle mon père est peintre et ma mère sculptrice est accessible à tout le
monde, en ligne ou dans mes écrits. Mais c’est tout. Quantité d’autres détails jusqu’à présent livrés par la
médium sont, eux, impossibles à trouver nulle part. Sauf à faire partie de ma famille très proche, ce qui
n’est pas le cas des médiums.
Je reste cependant très attentif d’une part à ce qui est dit, mais aussi à l’ordre dans lequel surgissent les
informations, ainsi qu’à la manière dont elles sont formulées. J’ai ainsi pu observer que lorsque les
médiums consultés dans le cadre de ce livre étaient au courant de tel ou tel élément biographique me
concernant, ils n’en faisaient pas mystère, comme Dominique qui a été très claire sur sa connaissance de
mes recherches après la mort de Thomas, et de mes écrits. Elle n’a pas cherché à faire passer pour une

perception ce qu’elle savait par ailleurs. Cela aurait été grossier, et la tricherie identifiable assez
aisément. Je dois ajouter à ce propos que les tests menés pour ce livre l’ont été dans un climat de
confiance mutuelle. Au plan méthodologique j’ai été parfois très dur et souvent extrêmement exigeant.
Mais cela n’empêche pas la confiance. Et j’ai une grande confiance dans les femmes et les hommes que
j’ai rencontrés durant ces longs mois d’enquête. Comme eux ont confiance en ma probité.
Aussi, soyons clairs : quand Dominique dit apprendre quelque chose de la part de mon père, je sais
qu’elle ne joue pas la comédie. Comme tous les autres médiums dans ce livre. Mais pour conserver une
indiscutable objectivité à ce test, je vous propose de n’accorder de crédit qu’aux informations portant sur
la personnalité de mon père, les détails de sa fin de vie, sa maladie, ses passions. Ces informations ne
sont pas connues en dehors d’un cercle familial très restreint. Enfin, n’oubliez pas que lorsque je vais
chez chacun des médiums, ils ignorent quelle va être ma « cible ». Ils ne savent pas qui est la personne
sur la photo que je vais leur présenter. Ils ne savent pas qu’il va s’agir de mon père. Et puis dernier petit
détail : il y a le test, les objets que j’ai placés dans le cercueil. Or ça, il n’y a qu’un seul être vivant et un
défunt au monde qui le sachent : mon père et moi. Et Dominique me réserve une sacrée surprise à ce sujet.
Mais revenons à la séance, et à ma mère.
– Est-ce que cette femme a un problème au niveau des pouces, des mains ?
– Je ne sais pas.
– Comme si elle avait beaucoup travaillé avec ses mains. Elle malaxe, je ne sais pas si c’est une pâte.
Ma mère, je l’ai dit, est sculptrice. Elle m’a confié ne pas spécialement avoir mal aux mains, mais a
énormément travaillé la terre. Elle a sculpté la pierre et le bois, mais a fait énormément de poterie, et ne
travaille aujourd’hui presque exclusivement plus que la terre.
– C’est quelqu’un qui a beaucoup voyagé, ton papa ?
– Oui.
– Parce que je vois le voyage, c’est un peu un aventurier. Il n’a pas eu une enfance très facile ? Ne
s’est-il pas senti abandonné à un moment de son enfance ?
– Je ne sais pas.
– Abandonné soit du fait de l’absence du père, ou de la mère, soit du fait qu’il avait été mis en pension
très jeune...
– Je ne sais pas, mais justement, c’est intéressant s’il me donne des éléments que j’ignore mais que je
serai en mesure de vérifier ensuite.
Et c’est le cas. Je sais que mon père était fils unique, mais ma mère m’apprend, alors que nous
discutons de cette séance des semaines plus tard, avoir eu cette impression que durant l’enfance de mon
père, son propre père ne devait pas être très présent. En outre, avec l’éclatement de la guerre puis
l’Occupation, mon père, qui était à l’époque un jeune adolescent, partit vivre seul en province. Cette
enfance difficile est du reste un élément mentionné par plusieurs autres médiums.
– C’est quelqu’un de très pudique, ton papa, tout ce qui touche à l’intime, il a un peu de mal. Il est venu
très rapidement, mais il y a des choses dont il ne parlait pas sur terre, et de l’autre côté il a encore un peu
de mal à en parler, c’est sa personnalité... C’est presque comme si la famille de ta maman avait été plus

sa famille que sa propre famille à lui.
Voilà un élément étonnant, que là encore j’ignore, et que ma mère va me révéler. Mon père disait à
propos des parents de sa femme : « J’ai enfin trouvé ma famille. » Non pas qu’il n’aimait pas ses propres
parents, mais il avait découvert une famille nombreuse, peut-être plus joviale, simple... Dominique
poursuit.
– C’est comme s’il avait été adopté par la famille de ta maman, qui était peut-être plus chaleureuse,
plus olé-olé, plus sympa.
C’est singulier, Dominique me parle avec une apparente aisance, puis son regard part dans le vide
quelques secondes, elle écoute avec attention, et transmet dans l’instant ce qu’elle canalise sans que ce
va-et-vient paraisse la déranger. Et elle a toujours ces manifestations physiques qui la font se mettre à
respirer exactement de la même façon que mon père, cherchant son air par une grande inspiration. Elle
ponctue en disant : « Il soupire... » Je croirais le voir en cet instant, c’est saisissant.
– Est-ce qu’il donne des cours ? Il y a du monde autour de lui, des jeunes, et il communique son savoir.
– Oui, il était prof.
– Ah, il était prof ? Pourquoi aussi l’art, la peinture, la sculpture ?
– Il était peintre, c’était sa passion. Son métier était d’enseigner.
Là je n’en reviens tout de même pas de la précision de Dominique. Mais ce n’est pas fini.
– Était-ce lié aux voyages son enseignement ? Parce qu’il me ramène sur des pays...
– Oui, il enseignait la géographie.
– Il était quand même au bout du rouleau, il avait une tristesse en lui. Il essayait de ne pas le montrer
pour ta maman, mais ce départ c’est une brisure.
– Ce départ ?
– Celui de Thomas. Il ne comprend pas sa personnalité, il me le redit. Il aurait peut-être dû être un peu
plus à son écoute, ou être un peu moins dur. Je crois qu’il y a quelque chose qu’il n’a pas compris ou
qu’il n’a peut-être même pas envisagé...
Je l’ai dit plus haut, Thomas souffrait de la distance qu’il sentait entre son père et lui, au point de le lui
manifester avec vigueur à plusieurs reprises. Étonnant de voir cet élément resurgir.
– Veut-il en parler ?
– Là-haut ils ont dû en parler. Maintenant c’est comme s’ils pouvaient se toucher... je ne sais pas si
c’est une chose qu’ils faisaient souvent, parce que Thomas, c’est un ultrasensible... Qui est Pierre, ou
Jean-Pierre ?
– C’est le prénom de mon père : Jean-Pierre.
Cette avalanche de détails est assez époustouflante. Ce n’est pas tant le nom de mon père qui me
bouleverse le plus, que ces détails sur sa relation avec mon frère Thomas, son caractère, son émotivité...
– Tu sais, avec la mention de Thomas on entre trop dans l’émotion pour lui. Tout ce chagrin qu’il me
fait sentir... en tant que maman qui ai vécu moi-même des choses similaires, il me fait confiance. Enfin je
le sens vachement gentil avec moi. C’est comme s’il me disait : « Bon, arrête, ça fait du mal à tout le
monde, ça suffit, et puis là-haut on a pu se retrouver. » C’est drôle, à propos de Thomas, on me donne

maintenant une image de liberté. Ton frère, c’est comme s’il était avec mon fils. Le mien était chasseur
alpin, c’était quelqu’un qui faisait beaucoup de ski, d’escalade, il était très physique. Ils sont deux
maintenant, comme s’ils escaladaient. Je vois nos deux Thomas qui escaladent...
Or mon frère Thomas était littéralement dingue d’escalade. Je suis troublé par cette dernière image et
je le dis à Dominique qui ne peut s’empêcher d’être elle-même surprise par la netteté de ce qu’elle capte.
Le fils de Dominique est parti en 2001, atteint d’une leucémie. La même année que mon frère, je l’ai dit.
La maladie l’a emporté en quinze jours. Comment une mère peut-elle concevoir le départ imminent de son
fils ? Comment une médium vit-elle la mort d’un être si proche ? L’avait-elle pressenti ? Communique-telle avec lui ?

Dominique juge aujourd’hui qu’une part d’elle savait depuis toujours que son fils partirait jeune. Mais
bien sûr cela ne fut jamais conscient. « On deviendrait fou ! », dit-elle. Elle n’a réalisé cela que
rétrospectivement. Depuis, Dominique a reçu de nombreuses mères ayant vécu ce qu’elle-même avait
traversé. Et sans que ces femmes soient elles-mêmes médiums, elles lui ont souvent fait part de cette
sensation si particulière : « Au fond de moi, je le savais. »
En dehors de cette sorte d’intuition prémonitoire dont on ne réalise qu’a posteriori l’avoir eue pendant
des années, Dominique a eu le sentiment et la chance d’être préservée. Une partie de son cerveau savait
mais elle n’a jamais éprouvé de colère de n’avoir pas été prévenue. Qu’est-ce que cela aurait changé,
sinon la rendre folle ? Sa médiumnité, dans ce cas, n’a pas fait d’elle une mère différente.
La perte d’un enfant est une souffrance infinie, inextinguible. Dominique ne conserve aucune photo de
son fils sur les murs de sa maison. Elle est incapable de les regarder, mais quand Thomas est parti, elle a
très vite été témoin de choses qui lui ont fait comprendre qu’il était encore présent. Elle a eu des signes à
la pelle – certains même dont elle ne parle pas tant cela semblerait insensé. Un plus que d’autres reste
marqué dans sa mémoire. Un jour de mars, les fenêtres étaient grandes ouvertes dans sa chambre, et alors
que Dominique tenait un dessin de Thomas dans les mains et lui demandait de lui faire un signe, à cet
instant précis une hirondelle est entrée dans la chambre et ressortie aussitôt. Cette surprise l’a émue
profondément, mais c’est sans compter sur ce qui s’est produit quelques heures après : lorsqu’elle s’est
rendue au cimetière, elle a découvert posé sur la tombe de Thomas... le corps inerte d’une hirondelle
morte. Elle se souvient d’avoir été saisie et submergée d’émotion.
De telles synchronicités sont relativement courantes dans les cas de deuil, au point de faire l’objet de
plusieurs programmes de recherche dont les résultats sont extrêmement troublants 1. Une synchronicité
revêt une importance émotionnelle prépondérante pour la personne qui la vit, car celle-ci fait le constat
objectif et indiscutable à ses yeux de l’existence d’un lien de sens entre différents éléments ou épisodes
de sa vie, liens qui ne sont pas attribuables à la loi de cause à effet. Cette caractéristique subtile a pour
conséquence de faire dire aux gens rationnels que l’on voit des signes où l’on veut, et que c’est par
hasard qu’ils se produisent. Ce serait donc par hasard que Dominique demandant un signe à son fils a vu
une hirondelle entrer au même instant dans sa chambre, et en a trouvé une morte sur la tombe l’aprèsmidi. Certes. Mais il arrive qu’avec le temps, même les plus cartésiens découvrent que nos ressentis, nos

perceptions subjectives sont parfois plus justes que nos certitudes scientifiques. C’est mon cas. En effet,
dans le questionnement sans fin qui est le mien depuis la mort de mon frère, j’ai découvert qu’il est
parfois irrationnel de passer à côté de tant de signes, au prétexte de vouloir rester rationnel.
Sa médiumnité a-t-elle aidé Dominique dans son deuil ? Oui, même si la perte d’un enfant est une
blessure qui ne se referme jamais. On ne fait jamais le deuil d’un enfant. Tous les ans, elle l’imagine âgé
d’un an de plus. Il serait peut-être marié aujourd’hui ? Elle-même serait peut-être grand-mère ? La maman
en elle, la femme, n’est pas la médium. Elle est amputée à jamais. Cela dit, quand des mères viennent la
consulter, elle comprend ce qui est impossible à comprendre pour ceux qui n’ont pas traversé une telle
épreuve. Pour sa part, elle sait qu’elle doit avancer, aider les gens, et ne pas se laisser aller. Il y a des
femmes qui s’écroulent, ce n’est pas dans sa nature. Le jour des obsèques, sous le choc, elle n’a pas versé
une larme, pas une, à tel point qu’elle en était même gênée.
Non, la médiumnité ne guérit pas. Cette remarque de Dominique est importante à retenir, comme nous
allons le découvrir lorsque l’on abordera l’éventuel apport d’une consultation chez un médium dans un
parcours de deuil, au terme de ce livre. En revanche, là où sa médiumnité lui apporte de l’aide, c’est dans
la certitude qu’elle va retrouver son fils. C’est la seule chose dont elle soit totalement convaincue : elle
va le retrouver. Elle l’entend aussi parfois. Ces moments sont des instants de grande sérénité. Cela ne se
produit pas tous les jours, loin de là, uniquement lorsque Thomas a des choses à dire à sa mère. Elle me
le répète, elle n’aime pas regarder des photos de lui car ces images la ramènent au passé, à la douleur.
Alors que lorsqu’elle l’entend, il est adulte. Il est l’être qu’il est devenu aujourd’hui.
Elle dit avoir pu avancer grâce au soutien de son fils, et au sentiment d’être utile à ces mamans en deuil
qu’elle reçoit. Elle refuse de se sentir victime d’une injustice. Quelle injustice ? Celle de Dieu ? Parce
que son fils est mort ? Non.
Dans un processus de deuil, aller voir un médium n’est pas une nécessité. Mais si l’idée prend forme
dans l’esprit d’une personne, il ne faut pas la refouler non plus. Car cela peut devenir un accompagnement
extrêmement précieux. Une consultation est susceptible d’ouvrir une petite porte, dit Dominique, mais
elle prévient aussi qu’en aucun cas il ne faut imaginer que cette séance va régler la souffrance : la
médiumnité n’est pas un antidouleur magique.
Dès lors, comme les autres médiums que je connais, elle recommande de ne pas abuser des
consultations. Consulter tous les trois mois ne sert à rien. À l’inverse même, l’attente est nécessaire pour
laisser le temps à une nouvelle relation de se reconstruire. Une autre relation intégrant l’absence.
Entretenir par l’intermédiaire d’un médium une relation artificielle et inchangée avec le défunt, au
prétexte que l’on peut communiquer avec lui, n’est pas thérapeutique à moyen terme. Cela peut même
devenir un frein au mieux-être.
Et notre mieux-être conditionne celui de nos défunts. Dominique a observé maintes fois en effet qu’à
partir du moment où les gens qui viennent la consulter s’apaisent, leurs défunts s’apaisent également.
La consultation médiumnique n’est pas incompatible avec un accompagnement psy, bien au contraire. Il
faut juste trouver le psy qui saura ne pas être dans le jugement arbitraire. Ou alors ne pas lui en parler si
vous craignez sa réaction. Un de mes amis proches a été contraint de ne pas dire à son psy qu’il était allé

voir un médium avec sa femme après la mort de leur enfant. Il en a souffert parce que le psy lui faisait du
bien et la consultation avec le médium aussi. Elle lui a d’ailleurs peut-être même sauvé la vie.

Autre activité dans laquelle un médium peut être impliqué concernant toujours les défunts, mais pas
ceux qui nous sont proches et pour lesquels on vient consulter : ceux auxquels plus personne ne pense.
Ainsi, au début de son activité de médium, alors qu’elle pratique des séances de contact avec des défunts,
Dominique est appelée par des gens confrontés à des problèmes dans leur maison, problèmes qu’ils
attribuent à des entités demeurant sur place, et à qui il faut gentiment demander de partir. De cette
expérience, Dominique ressort convaincue que de telles présences sont en mesure de perturber
profondément un être humain. On ressent par exemple de la fatigue, on constate que des choses se passent
inexplicablement mal, etc. Ces entités sont en effet un peu des vampires énergétiques, elles se nourrissent
de l’énergie des gens vivant dans les maisons qu’elles occupent, bien qu’elles n’y aient manifestement
plus leur place. Ce tableau assez alarmant n’est pas sans évoquer des films bien connus comme Sixième
Sens, ou Les Autres. Pourtant, à entendre Dominique, ces phénomènes sont parfaitement réels. Mais qui
sont ces entités, et pourquoi restent-elles dans les maisons ?
Une des plus spectaculaires expériences qu’ait vécues Dominique s’est déroulée à Orgeval, non loin
de Paris. Cela commence par le coup de fil d’une femme qui loue une propriété dans cette ville du
département des Yvelines, et pressent que quelque chose ne va pas dans cette maison. D’où son appel à
Dominique. À l’en croire, la situation prend même des proportions inquiétantes : tous les membres de la
famille font des chutes inexplicables, le mari, les filles ainsi que la mère. Cette dernière dit souffrir de
migraines en permanence. Lorsque Dominique se rend dans la propriété, à peine entrée, elle est saisie par
l’atmosphère particulière, et doit s’asseoir. « J’ai cru que j’allais me vider. Oui, il y avait un souci dans
cette maison », se souvient-elle.
Une fois remise de ses premières émotions, elle pénètre plus avant dans la maison, et subitement voit
apparaître des enfants. Une vision difficile à décrire, mais qui pour elle a la force d’un événement réel.
« Que s’est-il passé avec des enfants dans cette maison ? » demande-t-elle aux occupants. Ils l’ignorent,
mais promettent de se renseigner. Continuant, Dominique voit alors un puits et, dans le puits, découvre
l’horreur...
Elle est si bouleversée qu’elle préfère taire cette vision aux occupants afin de ne pas les affoler encore
plus. Dominique rentre chez elle imprégnée de la douleur qu’elle y a perçue. Elle sent que cette maison a
été le théâtre d’énormément de souffrance impliquant des enfants. À un degré épouvantable. Alors elle se
met à prier. Elle s’adresse à ces enfants, leur demandant de quitter cet endroit dans lequel ils ne sont pas
bien. Là n’est pas leur place.
Elle revient deux jours après dans la maison. Entre-temps, ses clients ont pu se renseigner auprès du
voisin, présent à Orgeval depuis plus longtemps qu’eux. Ils révèlent à Dominique avoir appris que leur
maison accueillait des enfants de l’Assistance publique. Placés là autour des années 50, les malheureux
n’y étaient pas bien nourris ni correctement soignés, et subissaient des violences de la part d’une triste
femme qui, sous couvert de les recueillir, leur faisait vivre un enfer. Et en plus de ces maltraitances, des

enfants seraient-ils morts ? La rumeur le raconte.
Dominique comprend mieux : cette masse énorme de chagrin s’est transformée en un égrégore de
souffrance. Un égrégore désigne une force psychique générée par les émotions de plusieurs personnes,
force qui peut se manifester comme une sorte d’entité, et avoir un comportement autonome. Dans cette
maison d’Orgeval, cette masse d’énergie collante imprègne les murs et se mêle aux âmes des enfants
errant en ces lieux. Car si elle en croit sa vision, Dominique est certaine que des enfants sont morts dans
cette maison, ont été jetés dans le puits ou enterrés dans les sous-sols. Ces petites âmes, dont les corps ne
reçurent jamais aucune sépulture, sont restées là parce qu’aucun amour ne les a éclairées.
Après avoir prié une fois chez elle, et s’être adressée avec douceur, bienveillance et amour aux
enfants, Dominique a la sensation qu’ils sont partis. Comme si le simple fait de s’adresser à eux de cette
manière avait suffi à leur faire comprendre qu’ils n’avaient aucune obligation à être là. De simples mots
doux, empreints d’un peu d’amour, les ont libérés. Pour Dominique, en effet, une entité est avant tout une
âme qui n’est pas bien, et qui a besoin de partir. Quand elle parvient à l’entendre par son évolution
propre, par l’intervention d’un médium ou plus simplement d’une personne bienveillante s’adressant à
elle ou offrant ses prières, elle parvient à se dégager des endroits où elle se trouvait coincée. Depuis, la
maison d’Orgeval, au dire de la famille qui l’occupe, a retrouvé la paix, à l’instar de l’âme des enfants.
Un épisode assez similaire s’est produit dans une grosse propriété de la région de Limoges. Un couple
d’éleveurs de brebis fait un jour appel à Dominique devant la multiplication des phénomènes insolites
constatés sur un champ qu’ils viennent d’acquérir pour agrandir leur zone de pâturage. Quand elles s’y
trouvent, les brebis ont un comportement erratique, perdent l’appétit, les mères délaissent leurs petits, de
sorte que plusieurs sont morts ; des brebis décèdent également. De manière générale, personne ne se sent
bien dans ce champ. Jusqu’à la mécanique : le tracteur tombe systématiquement en panne lorsqu’il pénètre
sur la parcelle.
En se connectant à ce lieu, Dominique voit des moines, et des événements douloureux qui ont laissé une
empreinte dans le sol. Renseignements pris, les agriculteurs apprennent qu’une communauté monastique
habitait là voici des siècles. Une importante communauté, vivant de façon autonome. Ils élevaient leur
bétail, cultivaient leurs céréales, faisaient leur vin. La peste décima la congrégation. Personne ne vint les
aider. Tous les moines moururent dans des souffrances terribles. Les derniers ne furent sans doute pas
enterrés, bien entendu. Le temps a passé, mais ces âmes n’ont jamais quitté l’endroit. Dominique explique
que les perturbations constatées par tous les témoins étaient en quelque sorte des appels au secours de ces
âmes. Pourquoi ainsi ? Comment ? Elle n’en a aucune idée, mais dès l’instant où elle a détecté ces
présences et compris ce qui s’était passé, exactement comme elle l’avait fait avec les enfants, mêlant
prières et proposition d’aide, elle a permis qu’ils se dégagent.
Que penser de ces deux histoires ? Le fait troublant est que je n’en ai pas juste entendu deux, mais que
tous les médiums et autres sensitifs que j’ai pu rencontrer depuis des années témoignent de cas similaires.
Et tous posent le même diagnostic : même quand les manifestations inexpliquées sont impressionnantes et
inquiétantes, elles indiquent dans l’immense majorité des cas la présence d’âmes égarées, coincées dans
leurs peurs, mais pas méchantes. Laissons ça aux films de série B. Ces âmes sont terrifiées, et ont besoin

d’aide, de lumière et d’amour. Les résultats obtenus en règle générale par les interventions de médiums
dont j’ai eu connaissance sont positifs.
Il arrive que ces résultats soient même très spectaculaires, comme il arrive que pas grand-chose ne se
produise. Cela peut être dû au fait que l’intervenant n’est pas compétent. On peut également avoir affaire
à un charlatan. Dans ce domaine comme partout, on rencontre aussi bien des personnes délibérément malintentionnées que des naïfs sans discernement et qui croient bien faire. La psychologie des habitants d’une
maison « hantée » est en outre partie prenante dans la résolution ou non de ces phénomènes. Il peut même
advenir qu’elle ne soit pas étrangère à leur survenue dans certains cas.
Quand je mentionne la psychologie des habitants d’un lieu, je ne parle pas des gens qui inventent, ou
montent des canulars. Non, j’aborde ici un domaine assez mystérieux de la psyché humaine où, pour dire
les choses simplement, rien n’arrive par hasard.
En gros, âmes errantes, maisons et occupants actuels forment parfois un tout indissociable. Pourquoi un
jour arrive-t-on dans telle maison ? Pourquoi se sent-on attiré là plutôt qu’ailleurs ? Certaines maisons
nous appellent-elles ? Pourquoi le passé d’un lieu que nous occupons, lorsqu’il se révèle, semble avoir
tant de similitudes avec le nôtre ? Pourquoi des endroits nous paraissent-ils familiers alors qu’on y met
les pieds pour la première fois ? Pourquoi arrive-t-il les mêmes choses aux habitants successifs d’un
même lieu ? Autant de questions qui interrogent nos liens conscients et inconscients avec le monde
invisible dans lequel nous baignons. Ces liens peuvent avoir mille origines : notre histoire, celles de nos
ancêtres, nos fragilités, nos failles, nos dispositions psychiques, etc. Ce domaine sur lequel la
parapsychologie scientifique et différentes écoles de psychologie novatrices travaillent depuis des
décennies, et que plusieurs psychologues de l’INREES 2 explorent depuis plusieurs années, est un terrain
de recherche absolument fascinant. Le fait est que ce qui est observé impose de s’interroger.
Pour en revenir aux âmes qui errent, à l’exemple de ces enfants ou de ces moines, se pourrait-il que
parmi les gens qui meurent depuis des siècles et des siècles, il y en ait qui ne l’aient pas réalisé ?
D’ailleurs, mon père a-t-il réalisé qu’il était mort ?
C’est vrai après tout : si la mort n’existe pas et que la vie se poursuit, comment sait-on que l’on est
mort ? Est-ce qu’on se réveille dans la mort comme si l’on sortait d’un long rêve ? Ou est-ce, à l’inverse,
comme si on plongeait dans un rêve sans fin ? Combien parmi les gens qui meurent chaque jour se
retrouvent dans ces situations de grande confusion, et se transforment en âmes errantes ?
Dominique m’assure que dans la mesure où aujourd’hui une immense majorité des gens meurent à
l’hôpital, le processus de fin de vie leur laisse le temps de s’habituer à l’idée. Les exemples de ces
enfants ou ces moines sont des cas extrêmes. Il semblerait que la façon dont on meurt conditionne notre
arrivée dans la mort, et la leur n’a pas dû être réjouissante. On peut imaginer qu’un individu ayant été
assassiné doit être plus enclin à demander de l’aide pour trouver la paix qu’une vieille dame qui s’est
lentement éteinte dans son lit. Dominique évoque une sorte de continuité, de similarité entre les
circonstances de la fin de vie et du décès, et les premiers pas de l’autre côté. Une vie abominable ne
conduit pas d’un coup de baguette magique à une existence pleine de sérénité dans la mort. Raison pour
laquelle il conviendrait de balayer un peu devant sa porte, et travailler à améliorer ses défauts de son


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