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After 4 .pdf



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Gallery Books
Un département de Simon & Schuster, Inc.
1230 Avenue of the Americas
New York, NY 10020
Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes ou des lieux
réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus de
l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait
totalement fortuite.
Copyright © 2014 by Anna Todd
L’auteur est représenté par Wattpad.
Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce
soit, sous n’importe quelle forme.
Première édition : Gallery Books, décembre 2014
Titre original : After We Fell
GALLERY BOOKS et colophon sont des marques déposées de Simon & Schuster, Inc.
Couverture : © Simon & Schuster UK.
Logo infini : © Grupo Planeta – Art Department
Pour la présente édition :
© 2015, Hugo et Compagnie
38, rue La Condamine
75017 – Paris
www.hugoetcie.fr
Ouvrage dirigé par Isabelle Antoni et Dorothy Aubert
ISBN : 9782755620849
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

À tous mes lecteurs du monde entier.
Je vous aime.

SOMMAIRE
Titre
Copyright
Dédicace
Prologue
1 - Tessa
2 - Hardin
3 - Hardin
4 - Tessa
5 - Hardin
6 - Tessa
7 - Hardin
8 - Tessa
9 - Hardin
10 - Tessa
11 - Hardin
12 - Tessa
13 - Hardin
14 - Tessa
15 - Hardin
16 - Tessa
17 - Tessa
18 - Hardin
19 - Tessa
20 - Hardin
21 - Tessa
22 - Tessa
23 - Hardin
24 - Hardin
25 - Tessa
26 - Hardin
27 - Hardin
28 - Hardin
29 - Tessa
30 - Hardin
31 - Tessa
32 - Tessa
33 - Tessa
34 - Tessa
35 - Hardin
36 - Hardin

37 - Hardin
38 - Tessa
39 - Hardin
40 - Tessa
41 - Hardin
42 - Tessa
43 - Hardin
44 - Tessa
45 - Tessa
46 - Hardin
47 - Tessa
48 - Hardin
49 - Tessa
50 - Hardin
51 - Tessa
52 - Tessa
53 - Hardin
54 - Tessa
55 - Hardin
56 - Hardin
57 - Tessa
58 - Tessa
59 - Hardin
60 - Tessa
61 - Hardin
62 - Tessa
63 - Hardin
Remerciements

PROLOGUE
J’ai toujours rêvé de vivre à Seattle. Je me rappelle les magazines
remplis de photos de cette ville magique au bord de l’eau. Tout
paraissait si fascinant, ici. Bien plus que dans ma petite ville natale.
Je me disais que tout le monde ne pouvait que préférer Seattle. Ma
mère avait pour habitude de me dire qu’un jour, j’aurais un bel
appartement qui donnerait sur toute la ville. Elle disait que j’aurais une
vue sur la cité émeraude qu’elle n’a jamais réussi à avoir.
Maintenant que j’habite ici, dans cette ville magique, je ne ressens plus
cette même fascination. Le conte de fées s’estompe peu à peu, et je me
sens davantage comme un hamster dans sa roue. La sublime ligne
d’eau à l’horizon perd de son éclat, et mes amis me manquent. Lui,
surtout.
Je tiens bon, pourtant. Je vis un rêve que jamais mes parents n’ont pu
approcher. Mais pourquoi je me sens si vide, à présent ? Si seule, sans
la personne que je voudrais à côté de moi bien plus que n’importe qui
d’autre de mes rêves. Je me bats chaque jour contre moi-même pour ne
pas abandonner. Je dois tenir.

1
Tessa
-------------------------------Alors que je traverse le campus en voiture, je ressens malgré moi une
certaine angoisse. La WCU de Seattle n’est pas aussi petite que ce que
Ken m’avait dit, et les rues de la ville me semblent plus sinueuses et
plus pentues les unes que les autres.
Je me suis préparée du mieux possible pour que tout se déroule bien
aujourd’hui. J’ai même pris deux heures d’avance pour être sûre de ne
pas arriver en retard. Mais la moitié de ce temps, j’ai été coincée dans
les embouteillages à écouter un talk-show à la radio. Je ne comprenais
pas l’engouement pour ce genre d’émission jusqu’à ce matin où une
femme désespérée racontait que son mari l’avait trompée en couchant
avec sa meilleure amie. Et qu’ils étaient partis ensemble en emmenant
son chat, Mazzy. Elle essayait de conserver un peu de dignité malgré
les larmes… Du moins, autant que possible pour une personne qui
appelle une station de radio pour raconter sa vie. Je me suis laissé
complètement emporter par son histoire, à tel point qu’à la fin, j’espérais
sincèrement qu’elle ait pris conscience qu’elle se porterait bien mieux
sans ce type.
Quand j’arrive devant le bâtiment administratif pour récupérer ma carte
de parking, je n’ai plus qu’une demi-heure devant moi. Je suis vraiment
tendue et dévorée d’angoisse à l’idée d’arriver en retard à mon premier
cours. Heureusement, je trouve mon chemin sans difficulté.
En m’asseyant au premier rang, je ressens une profonde impression de
solitude. Il n’y a plus de Landon à retrouver à la cafét’ avant les cours,
comme lors de mon premier semestre à la fac.
Pendant que la salle se remplit peu à peu, je remarque qu’à part moi et
une autre fille, il n’y a que des mecs dans la salle. Je me suis inscrite à
ce cours de sciences politiques sans grand enthousiasme et un peu au
hasard, et je commence à le regretter.
Un beau mec à la peau légèrement hâlée vient s’asseoir sur le siège

libre à côté de moi, je m’efforce de ne pas détailler sa chemise blanche
parfaitement repassée et sa cravate. Il a tout du golden boy, y compris
un sourire d’un blanc éclatant.
Il me lance un sourire.
– Je peux faire quelque chose pour vous ?
Son ton est à la fois autoritaire et charmeur. Il fera sûrement carrière en
politique un jour, celui-là.
– Non, excusez-moi.
Je bafouille en détournant les yeux. Lorsque le cours commence, je
m’applique à prendre des notes pour éviter de croiser son regard. Je
relis plusieurs fois le programme et j’étudie le plan du campus.
Mon cours suivant, histoire de l’art, me plaît beaucoup plus. Un garçon
aux cheveux bleus s’assied à côté de moi.
Il se présente : Michael. Puis le professeur passe la parole à chacun des
étudiants et je découvre que je suis la seule à avoir choisi
l’option littérature anglaise. Tout le monde a l’air très sympa. Michael a
le sens de l’humour, il fait des blagues qui amusent tout le monde,
même le prof.
Le dernier cours, écriture créative, est de loin celui que je préfère. Je
suis totalement absorbée par ce processus de coucher mes pensées
sur le papier. C’est libérateur et j’adore ça. Quand le cours touche à sa
fin, j’ai l’impression que ça ne fait que dix minutes qu’il a commencé.
Le reste de la semaine se déroule de la même façon. J’oscille entre le
sentiment de trouver mes marques et celui d’être toujours aussi perdue.
Mais surtout, j’ai en permanence l’impression d’être dans l’attente de
quelque chose qui ne viendra jamais. Je devrais aller faire un tour chez
Karl Marc John pour me remonter le moral !
Quand arrive le vendredi soir, je suis épuisée et terriblement tendue.
Cette semaine a été un vrai défi, à tout point de vue, positif comme
négatif. Landon me manque et je ne suis pas encore familiarisée avec
ce nouveau campus. Je regrette le moment où Hardin venait me
retrouver entre les cours. Même le souvenir de Zed et des superbes
fleurs du bâtiment des études sur l’environnement me rend nostalgique.
Zed. Je ne lui ai pas parlé une seule fois depuis qu’il m’a sauvée de
Steph et Dan à la fête. Il m’a évité le viol et l’humiliation, et je ne l’ai
même pas remercié. Je repose mon manuel de sciences politiques et
saisis mon téléphone.
– Allô ?
La voix de Zed me semble soudain étrangère.
– Zed ? Salut, c’est Tessa.
Je me mordille l’intérieur de la joue en attendant sa réaction.

– Euh, salut.
Je prends une profonde inspiration.
– Écoute, je suis vraiment désolée de ne pas t’avoir appelé plus tôt
pour te remercier. Tout est allé si vite cette semaine… je crois que,
quelque part, je préférais oublier ce qui s’est passé… mais je sais que
ce n’est pas une raison… alors, je suis nulle, et désolée et…
Les mots se précipitent en désordre, mais il m’interrompt.
– Ce n’est pas grave, je sais que tu as eu beaucoup de choses à
faire.
– J’aurais quand même dû t’appeler, surtout après ce que tu as fait
pour moi. Je ne sais pas comment te dire à quel point je suis contente
que tu aies été là.
Je ne trouve pas les mots pour lui faire comprendre ma gratitude. Je
frissonne en repensant aux mains de Dan se baladant sur ma cuisse.
– Si tu n’étais pas arrivé, Dieu seul sait ce qu’ils auraient pu me
faire…
Il m’interrompt.
– Stop. Je les ai arrêtés avant qu’il soit trop tard, Tessa. Il ne faut
plus y penser. Et tu n’as pas à me remercier.
– Mais si. Je ne peux pas m’empêcher de me sentir mal quand je
pense à Steph. Je ne lui ai rien fait, ni à aucun d’entre vous…
– S’il te plaît, ne me mets pas dans le même sac.
Il a l’air offensé.
– Non, bien sûr, excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça, je parlais
de votre bande de potes.
Je m’en veux d’avoir parlé sans réfléchir.
– Pas grave. De toute façon, on ne peut plus vraiment parler de
bande. Tristan part à La Nouvelle-Orléans plus tôt que prévu – dans
quelques jours, en fait – et je n’ai pas croisé Steph sur le campus de
toute la semaine.
– Oh…
Je marque une pause et inspecte la chambre que j’occupe dans cette
maison immense et quelque peu étrangère.
– Zed, je voudrais aussi m’excuser de t’avoir accusé pour le texto
envoyé avec le téléphone d’Hardin pendant… l’incident avec Dan. Steph
a avoué que c’était elle qui l’avait fait.
Je souris pour essayer de calmer le frisson que me provoque le simple
fait d’avoir prononcé leurs noms.
Il pousse un soupir, à moins que ce ne soit un rire jaune.
– Je dois admettre, je peux comprendre que tu aies cru que c’était
moi.
C’est gentil de le reconnaître.

– Alors, comment ça se passe ?
– Seattle est… différent.
– Tu es à Seattle ? Je pensais que comme Hardin était venu chez
ta mère…
– Non, je suis partie.
Je l’interromps avant qu’il m’annonce que lui aussi s’attendait à ce que
je reste pour Hardin.
– Tu t’es fait de nouveaux potes ?
– D’après toi ?
Je souris et tends le bras pour attraper le verre d’eau à moitié vide à
côté du lit.
– Tu ne vas pas tarder à t’en faire.
Nous rions timidement.
– Je n’en suis pas si sûre.
Je pense aux deux femmes qui bavardaient dans la salle de repos chez
Vance. Chaque fois que je les ai croisées cette semaine, elles
semblaient rire entre elles et je n’ai pas pu m’empêcher de penser
qu’elles se moquaient de moi.
– Je suis vraiment désolée de ne pas avoir pris le temps d’appeler
plus tôt.
– Ce n’est rien, Tessa. Arrête de t’excuser tout le temps.
– Désolée.
Je me frappe le front. D’abord Robert, le serveur, et maintenant Zed.
Tous les deux m’ont dit que je m’excusais trop. Ils ont peut-être raison.
– Tu crois que tu viendras nous rendre visite un de ces jours ? Ou
c’est encore trop tôt pour que nous puissions être… amis ?
– On peut être amis. Mais je n’ai pas la moindre idée de quand je
pourrai venir.
En réalité, j’ai très envie de rentrer chez moi ce week-end. Hardin me
manque, tout comme les rues sans embouteillages.
Pourquoi est-ce que j’ai pensé « chez moi » ? Je n’ai vécu là-bas que
six mois.
Hardin. C’est à cause d’Hardin. Où qu’il soit, c’est toujours là que je me
sentirai chez moi.
– C’est dommage. Mais je vais peut-être faire un saut à Seattle
bientôt. J’ai quelques potes là-bas. Ça te dirait ?
– Oh oui, bien sûr.
– Ok. Je descends en Floride voir mes parents ce week-end.
D’ailleurs je ne vais pas tarder à être en retard pour mon vol… Mais
peut-être le week-end prochain ?
– Ouais, d’accord. Tiens-moi au courant. Amuse-toi bien en
Floride.

Je raccroche et repose mon téléphone sur la pile de papiers. Quelques
secondes plus tard, il se met à vibrer.
Le nom d’Hardin apparaît sur l’écran. J’inspire profondément avant de
répondre.
– Qu’est-ce que tu fais ? me demande-t-il sans préambule.
– Euh, rien.
– Où es-tu ?
– Chez Kim et Christian. Et toi ?
– À la maison, où veux-tu que je sois ?
– Je ne sais pas, moi… au gymnase ?
Hardin y est allé régulièrement cette semaine.
– J’en sors. Je rentre à l’instant.
– Et c’était comment ?
– Comme d’hab’.
– Quelque chose ne va pas ?
– Non, ça va. Comment s’est passée ta journée ?
Il veut changer de sujet. Je me demande pourquoi, mais je préfère ne
pas insister. Déjà que le coup de téléphone avec Zed me pèse sur la
conscience…
– Ça a été. Un peu long. Je n’aime toujours pas le cours de
sciences politiques.
– Je t’ai déjà dit de laisser tomber. Tu pourrais prendre une autre
option.
Je m’allonge sur le lit.
– Je sais… Bon, ça va aller.
– Tu ne sors pas ce soir ?
J’entends clairement l’avertissement dans sa voix.
– Non, je suis déjà en pyjama.
– C’est bien.
Je lève les yeux au ciel.
– Je viens d’appeler Zed, il y a quelques minutes.
Autant régler ça tout de suite. Un silence s’installe et j’attends
patiemment que la respiration d’Hardin se calme.
– Tu as fait quoi ?
– Je l’ai appelé pour le remercier pour… le week-end dernier.
– Mais pourquoi ? Je pensais que nous étions…
Je sens qu’il a du mal à contrôler sa colère. Il respire bruyamment.
– Tessa, je croyais que nous essayions de régler nos problèmes.
– C’est ce que nous faisons. Mais je lui devais bien ça. S’il n’était
pas arrivé…
– Je sais.
Le ton est coupant, comme s’il essayait de contenir quelque chose en

lui.
Je n’ai pas envie de me disputer avec lui, mais je ne peux pas espérer
que les choses changent si je les lui cache.
– Il a dit qu’il pensait venir me voir.
– C’est hors de question ! Point final !
– Hardin…
– Tessa, non. Pas question qu’il vienne. Je fais des efforts, ok ? Je
fais tout ce que je peux pour ne pas péter les plombs en ce moment,
alors le moins que tu puisses faire, c’est de m’aider.
Je pousse un soupir résigné.
– D’accord.
Passer du temps avec Zed ne peut que nous créer des problèmes
supplémentaires. Il ne faut pas que je continue à l’encourager. Ce ne
serait pas honnête, et je ne pense pas que lui et moi puissions jamais
entretenir une relation purement platonique. Pas dans l’esprit d’Hardin,
ni même dans celui de Zed d’ailleurs.
– Merci. S’il était toujours aussi facile de te convaincre de te
soumettre…
Quoi ?
– Je ne me soumettrai jamais, Hardin, c’est…
– Ça va, ça va, je rigole. Ce n’est pas la peine de monter sur tes
grands chevaux. Il y a autre chose que je devrais savoir pendant qu’on y
est ?
– Non.
– Tant mieux. Maintenant, raconte-moi ce qui s’est passé dans
cette émission de radio merdique que tu écoutes tout le temps.
En lui racontant l’histoire de cette femme qui recherchait son amour de
jeunesse alors qu’elle attendait un enfant de son voisin, entre les détails
scabreux et le scandale qui en a découlé, je m’anime peu à peu. Quand
j’arrive à l’histoire du chat Mazzy, je ris comme une folle. Je lui dis que
ça doit être dur d’être amoureuse d’un homme alors qu’on attend
l’enfant d’un autre, mais il n’est pas d’accord. Évidemment, lui pense
que l’homme et la femme l’ont bien cherché et il se moque de mon
intérêt pour ce genre d’émission. Pourtant, il rit quand je lui raconte le
reste de l’histoire et je ferme les yeux en imaginant qu’il est couché à
côté de moi.

2
Hardin
--------------------------------------------– Je suis désolé.
Richard respire difficilement. Tout son corps est en sueur, et il essuie le
vomi sur son menton. Appuyé au montant de la porte, je me demande si
je ne vais pas me tirer de là et le laisser mariner dans sa crasse.
Toute la journée il n’a fait que ça, vomir, trembler, transpirer, gémir.
– J’aurai tout éliminé de mon organisme bient…
Il se penche de nouveau sur les toilettes et se remet à vomir, comme un
geyser. Super, putain ! Au moins, cette fois, il a réussi à atteindre les
toilettes.
– J’espère bien.
Je sors de la salle de bains, j’ouvre la fenêtre de la cuisine pour laisser
entrer l’air froid et j’attrape un verre dans le placard. Quand je tourne le
robinet pour le remplir, la tuyauterie grince.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de lui ?
Il est en train de se désintoxiquer dans ma salle de bains, putain ! Je me
dirige vers lui avec un verre d’eau et un paquet de crackers que je pose
sur le lavabo. Je lui tape sur l’épaule.
– Mange ça.
Il acquiesce d’un hochement de tête, à moins que ce soit le délirium
tremens ou la crise de manque. Sa peau est si pâle et moite qu’on dirait
de l’argile. Je ne suis pas convaincu que les crackers vont y changer
quelque chose, mais on peut toujours essayer.
– Merci.
Je ressors de la salle de bains pour le laisser continuer à vomir partout.
La chambre – ma chambre – n’est plus la même sans elle. Le lit n’est
jamais fait correctement quand je me couche le soir. J’ai essayé à
maintes reprises de coincer les coins du drap sous le matelas comme le
fait Tessa, mais rien à faire. Mes affaires, propres et sales, sont
éparpillés dans toute la pièce. Des bouteilles d’eau et des canettes de
soda vides encombrent les tables de chevet. Et il fait froid. Le chauffage
est allumé, mais la pièce est gelée.
Je lui envoie un dernier texto pour lui souhaiter une bonne nuit et ferme
les yeux, en espérant un sommeil sans rêves… pour une fois.

– Tessa !
Je crie depuis le couloir pour lui annoncer que je suis rentré.
L’appartement est silencieux, à part quelques sons étouffés. Est-ce
qu’elle est au téléphone ?
– Tessa !
J’ouvre la porte de la chambre et là, le spectacle me fige sur place.
Tessa est étendue sur la couette blanche, les cheveux collés sur le front
par la sueur, une main agrippant la tête de lit, l’autre une poignée de
cheveux noirs. Elle roule des hanches, mon sang se glace dans mes
veines.
La tête de Zed est enfouie entre ses cuisses à la peau d’un blanc
laiteux. Ses mains se baladent sur son corps.
Je veux m’approcher pour lui sauter à la gorge et le fracasser contre le
mur, mais mes pieds refusent de m’obéir. J’essaie de crier, mais mes
lèvres restent soudées.
– Oh, Zed ! gémit Tessa.
Je me bouche les oreilles mais rien n’y fait. Sa voix parvient directement
à mon cerveau, pas moyen d’y échapper.
– Tu es si belle.
Il roucoule et elle gémit de nouveau. Il pose la main sur sa poitrine et la
caresse du bout des doigts tout en pressant sa bouche sur la sienne.
Je suis pétrifié sur place.
Ils ne me voient pas. Ils n’ont même pas remarqué que j’étais là.
Tessa prononce son nom encore une fois et, quand il relève la tête, il
finit par me remarquer. Sans détourner le regard, il l’embrasse en
remontant jusqu’à ses joues, la mordillant au passage. Je ne peux
détacher les yeux de leurs corps nus.
J’ai l’impression d’être vidé de toute substance. Les regarder m’est
insupportable et pourtant je suis obligé de le faire.
– Je t’aime, lui dit-il en me souriant d’un air narquois.
– Je t’aime aussi… murmure Tessa.
Elle enfonce ses ongles dans son dos tatoué quand il la pénètre.
Finalement, ma voix revient et mon hurlement couvre leurs
gémissements.
– Bordel !
En criant, j’attrape le verre sur la table de nuit. Il va s’écraser sur le mur
dans un fracas épouvantable.

3
Hardin
----------------------------------------------Je fais les cent pas, tirant furieusement sur mes cheveux trempés de
sueur, piétinant au passage les vêtements et les livres qui jonchent le
sol.
– Hardin ? Il y a un problème ?
La voix de Tessa me parvient, tout ensommeillée. Je suis si heureux
qu’elle ait répondu. J’ai besoin qu’elle soit là avec moi, même au
téléphone.
– Je… je ne sais pas.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Tu es couchée ?
– Oui, il est trois heures du matin. Où veux-tu que je sois ? Qu’estce qui ne va pas, Hardin ?
– Je n’arrive pas à dormir, c’est tout.
Je regarde fixement dans le noir de notre – de ma – chambre.
– Oh… tu m’as fait peur.
Elle pousse un long soupir de soulagement.
– Est-ce que tu as reparlé à Zed ?
– Quoi ? Non, je ne lui ai pas reparlé… depuis notre conversation.
– Appelle-le et dis-lui qu’il ne peut pas venir te voir.
Elle doit me prendre pour un dingue, mais je m’en tape.
– Je ne vais pas l’appeler à cette heure-ci, qu’est-ce qui te prend ?
– Rien. Laisse tomber
– Hardin, dis-moi ce qui se passe.
Elle a l’air inquiète.
– Rien, c’est… rien.
Je raccroche et garde le doigt appuyé sur l’interrupteur jusqu’à ce que
l’écran devienne noir.

4
Tessa
-------------------------------------– Tu ne vas pas encore passer ta journée en pyjama, si ?
Assise au comptoir de la cuisine, j’enfourne une grosse cuillerée de
muesli, ce qui m’empêche de répondre à Kimberly. Parce que c’est
exactement ce que j’ai l’intention de faire aujourd’hui. J’ai tellement mal
dormi après le coup de fil d’Hardin.
Depuis, il m’a envoyé plusieurs SMS sans jamais mentionner sa
conduite étrange de la nuit. Je l’appellerais bien, mais il a raccroché si
brusquement que j’hésite.
Et puis, je n’ai pas beaucoup parlé avec Kimberly depuis mon arrivée.
J’ai passé le plus clair de mon temps libre au téléphone avec Hardin ou
à travailler pour la fac. J’ai bien envie de bavarder un peu avec elle
pendant qu’on prend le petit déjeuner.
– Tu ne t’habilles jamais ? dit Smith de sa petite voix chantante.
Je manque recracher mon muesli sur la table et réponds la bouche
pleine :
– Mais si.
– Tu as raison, Smith, elle ne s’habille jamais.
Kimberly ricane, je lui fais les gros yeux.
À ce moment-là, Christian entre dans la pièce et lui dépose un baiser
sur la tempe. Smith sourit à son père et à sa future belle-mère avant de
reposer son regard sur moi.
– On est plus à l’aise en pyjama.
Il acquiesce d’un hochement de tête. Ses yeux verts se baladent sur
son propre pyjama imprimé de Spiderman.
– Tu aimes Spiderman.
Il tripote son toast de ses petits doigts.
– Non.
– Non ? Ben, pourtant il est partout sur ton pyjama !
– C’est elle qui l’a acheté.
Il désigne Kim de la tête.
– Ne lui dis pas que je le déteste, sinon elle va pleurer.
Je me mets à rire. Smith a cinq ans, mais il est tellement mûr pour son
âge.

– C’est promis. Ne t’inquiète pas.
Nous finissons de prendre notre petit déjeuner dans un silence
complice.

5
Hardin
-------------------------------------------Landon secoue son bonnet et pose son parapluie fermé contre le mur
d’un geste ostentatoire. Pour me faire remarquer l’effort que ça lui
demande de venir m’aider. D’un air à la fois suffisant et inquiet, il
inspecte mon torse nu.
– Alors, c’est quoi l’urgence pour que tu me fasses venir par ce
temps de chien ? Tu sais, le truc qui ne pouvait pas attendre et pour
lequel, moi, je me suis habillé et je suis venu en courant. Qu’est-ce qui
se passe ?
De la main, je lui montre Richard étalé sur le canapé, endormi.
– Lui.
Landon se penche de côté pour le regarder.
– Qui c’est ?
Puis il se redresse et me regarde, bouche bée.
– Attends… c’est le père de Tessa, c’est ça ?
– Non, c’est un putain de SDF que j’ai invité à dormir chez moi.
C’est la nouvelle mode chez les bobos.
Il ne relève pas mon sarcasme.
– Qu’est-ce qu’il fait là ? Tessa est au courant ?
– Oui, elle est au courant. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il est en
sevrage depuis cinq jours et qu’il vomit partout dans l’appart.
Richard grogne dans son sommeil. J’attrape Landon par la manche de
sa chemise à carreaux et l’entraîne dans le couloir.
Mon demi-frère est visiblement un peu dépassé par les événements.
– Sevrage ? Tu veux dire, de drogue ?
– Oui, et d’alcool.
Il semble évaluer la situation, puis il me regarde en haussant les
sourcils.
– Il n’a pas encore trouvé tes bouteilles ? Ou alors il a déjà tout
vidé ?
– Je n’ai plus d’alcool ici, abruti.
Il regarde le type endormi, vautré sur mon canapé.
– Je ne vois toujours pas ce que je viens faire là-dedans.
– Tu vas jouer les baby-sitters.

Il recule brutalement.
– Ça va pas ?
Il a essayé de parler à voix basse, mais le résultat ressemble plutôt à un
cri, étouffé. Je lui tape sur l’épaule.
– Cool, mec. C’est juste pour une nuit.
– Hors de question ! Je ne le connais même pas.
– Moi non plus.
– Tu le connais mieux que moi. Il pourrait devenir ton beau-père,
un jour, si t’étais pas aussi con.
La phrase de Landon me frappe plus que ça devrait. Beau-père ? Le
titre fait un peu ringard quand je le répète… en regardant ce spécimen
humain répugnant étalé sur mon canapé.
– Il faut que j’aille la voir.
– Qui…Tess ?
– Oui, Tes-sa. Qui d’autre ?
Landon commence à jouer avec ses doigts comme un enfant inquiet.
– Et pourquoi elle ne viendrait pas, elle ? Ça ne me semble pas
être une bonne idée de rester avec lui.
– Fais pas ton dégonflé, il n’est pas dangereux ! Tout ce que tu
auras à faire, c’est l’empêcher de sortir de cet appartement.
– On dirait que tu parles d’un chien…
Agacé, je me masse les tempes.
– Ce n’est pas si loin de la vérité. Alors, je peux compter sur toi ou
pas ?
Il me lance un regard assassin.
– Fais-le pour Tessa.
C’est un coup bas, mais je sais que ça va marcher. Au bout d’une
seconde, il craque et hoche la tête.
– Une nuit, pas plus.
Je me tourne pour qu’il ne voie pas mon sourire.
Je ne sais pas comment Tessa va prendre le fait que je ne respecte pas
notre accord de « mettre de la distance entre nous », mais c’est juste
pour une nuit. Une petite nuit avec elle, c’est ce dont j’ai besoin, là tout
de suite. J’ai besoin d’elle. Le téléphone et les textos, ça va deux
minutes. Après ce cauchemar, il faut, plus que tout, que je la voie. Je
dois vérifier que son corps ne garde aucune trace de quelqu’un d’autre
que moi.
– Elle sait que tu viens ?
Landon me suit dans la chambre pendant que je fouille dans le tas de
vêtements sur le sol à la recherche d’un t-shirt.
– Elle le saura quand j’arriverai.
– Elle m’a raconté pour vous deux au téléphone.

Vraiment ? C’est pas son genre.
– Qu’est-ce qui lui a pris de te raconter qu’on prend notre pied au
téléphone… ?
Landon écarquille les yeux.
– Oh ! Quoi ? Quoi ? Je n’ai pas… oh sérieux !
Il essaie de se boucher les oreilles, mais c’est trop tard. Ses joues
deviennent cramoisies et mon rire emplit la chambre. Je souris en
repensant avec plaisir aux gémissements que j’entendais au téléphone.
– Tu devrais être plus précis quand tu parles de Tessa et moi, tu ne
le sais pas encore ?
– Maintenant, si. Je voulais dire que vous vous êtes beaucoup
parlé au téléphone dernièrement.
– Et… ?
– Tu as l’impression qu’elle est heureuse ?
Mon sourire s’envole.
– Pourquoi tu demandes ça ?
L’inquiétude se lit sur son visage.
– Juste pour savoir. Je m’inquiète un peu pour elle. Elle n’a pas
l’air aussi contente et enthousiaste d’être à Seattle que je le pensais.
Je me passe la main sur la nuque
– Je ne sais pas trop. C’est vrai qu’elle n’a pas l’air si heureuse
que ça, mais je ne sais pas si c’est à cause de moi ou si elle n’aime pas
Seattle autant qu’elle l’avait imaginé.
– J’espère que c’est la première possibilité. J’ai envie qu’elle soit
heureuse là-bas.
– Moi aussi, d’une certaine manière.
Landon donne un coup de pied dans un jean noir qui traîne par terre.
– Hé ! j’allais le mettre.
Je me baisse pour le ramasser.
– Tu n’as pas de vêtements propres à te mettre ?
– Pas pour l’instant.
– Tu as fait une lessive au moins, depuis qu’elle est partie ?
– Oui…
Je mens.
– Euh… c’est de la moutarde ?
Il montre du doigt la tache sur mon t-shirt noir.
– Et merde !
Je le retire et le balance par terre.
– Je n’ai rien à me foutre.
Je tire le dernier tiroir de la commode et pousse un soupir de
soulagement en y découvrant une pile de t-shirts noirs propres au fond.
– Et celui-ci ?

Landon me désigne un jean bleu foncé accroché dans le dressing.
– Non.
– Pourquoi pas ? Tu ne mets que des jeans noirs.
– Exactement.
– Eh bien, il semble que tu n’aies qu’un seul jean noir et il est sale,
donc…
– J’en ai cinq, tous parfaitement identiques.
Je passe le bras devant lui pour attraper le jean bleu sur le cintre. Je
déteste ce truc. C’est ma mère qui me l’a offert à Noël, et j’avais juré de
ne jamais le porter.
– Il est pas un peu… serré ?
Landon se mord les lèvres pour ne pas rire.
– Va te faire foutre !
Je fourre les affaires dans mon sac.
Vingt minutes plus tard, nous sommes de retour dans le salon, et
Richard dort toujours. Landon continue à lancer des remarques
énervantes sur mon putain de jean trop serré, mais je suis prêt à partir
pour Seattle rejoindre Tessa.
– Qu’est-ce que je fais quand il se réveille ?
– Ce que tu veux. Ça serait assez drôle de le faire tourner en
bourrique un moment. Tu pourrais te faire passer pour moi, ou faire
comme si tu ne savais pas ce qu’il fait là. Il serait complètement paumé.
Je ris, mais Landon ne trouve pas ça drôle. Il me fiche dehors.
– Conduis prudemment, les routes sont glissantes.
– T’en fais pas.
Je passe mon sac sur mon épaule et m’empresse de partir avant qu’il
ne trouve un autre truc à l’eau de rose à me dire.
Je ne peux pas m’empêcher de repenser à mon cauchemar, et ça
pendant tout le trajet. Il était si clair, si réel. Tessa gémissait le nom de
ce connard. Je pouvais même entendre ses ongles courir sur sa peau.
Je hausse le son de la radio pour faite taire mes pensées, mais ça ne
fonctionne pas. Alors je décide de penser à elle, de me souvenir des
moments passés ensemble pour barrer les images qui me hantent.
Sinon, ça va être le trajet le plus long de toute ma vie.
– Regarde comme ils sont mignons, ces bébés.
Avec un petit cri d’extase, Tessa m’a montré un régiment de petits êtres
qui se tortillaient. Enfin, ils n’étaient que deux en réalité. Mais quand
même.
– Ouais, ouais, trop mignons.
J’ai levé les yeux au ciel et l’ai entraînée dans le magasin.
– Ils ont même des petits rubans assortis dans les cheveux.

Elle a fait ces petits bruits bizarres et haut perchés que font les femmes
quand elles sont avec des petits enfants et que leurs hormones se
réveillent.
– Ouais.
Je l’ai suivie dans une allée étroite chez Conner. Elle cherchait un
fromage précis dont elle avait besoin pour une recette pour le dîner.
Mais les bébés occupaient tout son esprit.
– Reconnais qu’ils étaient mignons.
Elle m’a regardé avec un sourire radieux et j’ai secoué la tête pour
l’embêter.
– Allez, Hardin, tu sais qu’ils étaient mignons, alors dis-le.
– Ils. Étaient. Mignons.
Elle a pris un air pincé, se croisant les bras sur la poitrine comme une
petite fille capricieuse.
– Tu vas finir comme ces gens qui trouvent que seuls leurs propres
enfants sont mignons.
J’ai lu sur son visage une soudaine prise de conscience qui a fait
disparaître son sourire.
– Enfin, si jamais tu veux des enfants.
Son air triste m’a donné envie de l’embrasser pour la consoler.
– Oui, peut-être. Mais en fait, j’en veux pas.
Je voulais lui faire entrer cette idée dans la tête une fois pour toutes.
– Je sais…
Juste après, elle a trouvé le fromage qu’elle voulait absolument et l’a
laissé tomber dans son panier.
Son sourire n’est pas réapparu tout le temps où nous avons fait la
queue à la caisse. Je l’ai regardée et lui ai donné un petit coup de
coude.
– Hé !
Quand elle a levé les yeux, ils étaient voilés, elle attendait visiblement
que je dise quelque chose.
– Je sais que nous nous sommes mis d’accord pour ne plus parler
d’enfants…
Elle a gardé les yeux baissés.
– Hé…
J’ai posé le panier par terre.
– Regarde-moi.
J’ai pris son visage dans mes mains et appuyé mon front contre le sien.
– Tout va bien. Je ne pensais pas vraiment ce que j’ai dit.
Elle a haussé les épaules.
Je l’ai observée, elle parcourait le magasin du regard et j’ai bien vu
qu’elle se demandait pourquoi je la touchais comme ça en public.

– Bon, alors, mettons-nous d’accord une bonne fois pour toutes
pour ne plus aborder le sujet des enfants. Puisque c’est un sujet de
discorde entre nous.
Je lui ai donné un petit baiser, suivi d’un second. Mes lèvres se sont
attardées un moment sur les siennes et elle a enfoncé les mains dans
les poches de mon blouson.
– Je t’aime, Hardin.
Gloria la Ronchon, la caissière dont nous nous étions moqués plus
d’une fois, s’est éclairci la voix.
– Je t’aime, Tess, et je t’aimerai suffisamment pour que tu n’aies
pas besoin d’enfants, je te le promets.
Elle s’est détournée pour dissimuler sa contrariété, je le sais. Mais à ce
moment-là, je m’en fichais, parce que je pensais que la question était
réglée et que j’avais obtenu ce que je voulais.
Sur la route, une question me vient à l’esprit : y a-t-il eu un seul moment
dans ma vie où je n’ai pas été un connard égoïste ?

6
Tessa
-------------------------------------------------Je me traîne de ma chambre au canapé, un exemplaire des Hauts de
Hurlevent à la main. Kimberly m’observe en souriant.
– Tu as la trouille, Tessa, et en tant qu’amie et mentor, c’est ma
responsabilité de t’aider à te sortir de là.
Ses cheveux blonds et brillants, impeccablement coiffés, et son
maquillage sont trop parfaits. Elle fait partie de ces femmes que les
autres femmes adorent détester.
– Mentor ? Vraiment ?
Je rigole et elle fronce ses yeux lourdement maquillés.
– Ok, peut-être pas mentor, mais amie, ça c’est sûr.
– Je n’ai pas la trouille. Mais j’ai un paquet de boulot et je n’ai pas
envie de sortir ce soir.
– Tu as dix-neuf ans, profites-en ! Quand j’avais ton âge, je sortais
tout le temps. Je n’allais presque jamais en cours. Je sortais avec des
garçons… des tas et des tas de garçons.
Elle tape du talon sur le sol en béton.
– Tu as fait ça, toi ?
Christian intervient en entrant. Il déroule une sorte de bande autour de
sa main.
– Mais aucun n’était aussi merveilleux que toi, bien sûr.
Kim lui fait un clin d’œil, ce qui le fait rire.
– Et voilà ce que je gagne à sortir avec une femme aussi jeune. Je
suis en concurrence avec des souvenirs encore frais d’hommes en âge
d’être étudiants.
La malice brille dans ses yeux verts.
– Hé, je ne suis pas tellement plus jeune que toi.
Elle lui donne une petite claque sur la poitrine.
– Douze ans, quand même.
Kimberly lève les yeux au ciel.
– Oui, mais tu es jeune d’esprit. Ce n’est pas comme cette Tessa,
qui se comporte comme si elle avait quarante ans.
– Si tu le dis, chérie.
Il jette dans la corbeille la bande usagée.

– C’est ça, explique-lui tout ce qu’il ne faut pas faire pendant les
années de fac.
Il lui octroie un dernier sourire, une petite tape sur les fesses et disparaît
en la laissant avec un grand sourire.
– Je l’aime trop, cet homme.
Je hoche la tête parce que je sais que c’est vrai.
– J’avais vraiment envie que tu viennes avec nous ce soir.
Christian et ses associés ouvrent un nouveau club de jazz au centreville. C’est superbe, je suis sûre que tu passerais un bon moment.
– Christian possède un club de jazz ?
– Il a investi. Il y a des musiciens qui viennent faire un bœuf le
samedi, le genre soirée à micro ouvert, tu vois.
Je hausse les épaules.
– Peut-être le week-end prochain ?
Je n’ai absolument aucune envie, là maintenant, de m’habiller pour
sortir, quel que soit le club.
– D’accord. Le week-end prochain, je le note dans mes tablettes.
Smith ne veut pas venir non plus. J’ai essayé de le convaincre, mais tu
le connais. Il m’a exposé toute une théorie selon laquelle le jazz n’est
rien comparé à la musique classique. Sa baby-sitter sera là dans
quelques heures.
– Je peux le garder, si tu veux. Je reste là de toute façon.
– Non, ma chérie, tu n’es pas obligée.
– Je sais, mais ça me fait plaisir.
– Bon, ce serait super, et beaucoup plus facile. Pour une raison qui
m’échappe, il n’aime pas cette baby-sitter.
Je rigole.
– Il ne m’aime pas non plus.
– C’est vrai, mais il parle beaucoup plus avec toi qu’avec la plupart
des gens.
Elle baisse les yeux vers la bague de fiançailles qui orne son doigt, puis
regarde la photo de classe de Smith, accrochée au-dessus de la
cheminée.
– Il est tellement adorable… et tellement réfléchi.
Elle est interrompue dans sa réflexion par la sonnette de la porte
d’entrée.
– Qui ça peut bien être en plein milieu de l’après-midi ?
Kimberly me regarde d’un air interrogateur comme si je pouvais
connaître la réponse.
Je reste plantée devant la photo de Smith sur le mur. Il a l’air tellement
sérieux. Presque comme un petit ingénieur, ou un mathématicien.
– Eh bien ça alors… Regarde qui est là !

Je me retourne vers la porte pour voir de qui elle parle, et reste bouche
bée.
– Hardin !
J’ai dit son nom sans réfléchir, et une poussée d’adrénaline me propulse
vers lui mais comme je suis en chaussettes, je glisse sur le parquet
vernis, manquant tomber face contre terre. Quand je réussis à me
stabiliser, je m’accroche à lui et le serre dans mes bras plus fort que je
ne l’ai jamais fait auparavant.

7
Hardin
---------------------------------------------

Quand Tessa trébuche et manque de tomber, je suis à deux doigts de la
crise cardiaque. Mais elle se rattrape rapidement et se jette dans mes
bras.
Alors là, je ne m’attendais pas du tout à une réaction pareille.
Je pensais être accueilli par un « salut » gêné et un sourire de façade.
Mais mon pote, j’étais loin du compte. C’est le moins qu’on puisse dire.
Tessa serre ses bras autour de mon cou et j’enfouis ma tête dans ses
cheveux. La douce odeur de son shampooing emplit mes narines et je
suis momentanément submergé par sa présence, chaleureuse et
chaude, contre moi.
– Salut.
Elle lève les yeux vers moi.
– Tu es gelé.
Elle pose les mains sur mes joues, les réchauffant instantanément.
– La pluie est glacée ! Mais c’est encore pire chez nous… chez
moi, je veux dire.
Son regard se baisse un instant avant de revenir sur moi.
– Qu’est-ce que tu fais ici ?
– J’ai appelé Christian en route.
Kimberly continue à me regarder avec un sourire moqueur.
Tu n’as pas pu résister, hein ?
Elle me fait des mimiques dans le dos de Tessa. Cette femme est la plus
grande casse-couilles qui soit. Je me demande comment Christian fait
pour la supporter. Et il en redemande, en plus.
– Tu n’as qu’à prendre la chambre en face de celle de Tessa, elle
va te montrer.
Sur ces mots, Kimberly s’éclipse.
Je me détache de Tessa et lui souris.
– Je suis désolée.
Elle bredouille et regarde autour d’elle en rougissant.
– Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. C’est juste que c’est sympa

de voir un visage familier.
– Je suis content de te voir, moi aussi.
J’essaie de la débarrasser de sa gêne. Ce n’est pas que je n’aie pas
envie de la tenir dans mes bras. Son manque de confiance en elle la
pousse à toujours interpréter les choses de façon négative.
– J’ai glissé sur le parquet.
Elle rougit de nouveau et je me mords l’intérieur de la joue pour ne pas
rire.
– Ouais, j’ai vu ça.
Mais je ne peux retenir le petit rire qui m’échappe, et elle secoue la tête
en se moquant d’elle-même.
– Tu restes vraiment ?
– Oui, si ça ne te dérange pas…
Ses yeux brillent. Ils sont plus clairs que d’habitude. Ses cheveux
tombent naturellement sur ses épaules en vagues légères. Aucune trace
de maquillage ne vient gâter son teint. Elle est absolument parfaite,
putain. Le nombre d’heures que j’ai passées à m’imaginer son visage…
Mon esprit n’arrivait pas à le saisir dans sa totalité, dans tous ses
détails… Les taches de rousseur juste au-dessus de son décolleté, la
courbe de ses lèvres, l’éclat de ses yeux – putain, c’est impossible.
Elle est vêtue d’un t-shirt ample et de son horrible pantalon molletonné.
Elle n’arrête pas de tirer sur son haut. C’est la seule fille que je
connaisse qui parvienne à rester sexy avec d’horribles fringues pour
dormir. Son t-shirt blanc laisse apparaître son soutien-gorge noir… celui
en dentelle, que j’adore. Je me demande si elle se rend compte qu’on
peut l’apercevoir en transparence.
Elle me précède dans le couloir.
– Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? Où sont tes affaires ?
Toutes les autres chambres sont en haut.
Elle n’imagine pas mes pensées perverses. À moins que…
– Je n’ai apporté que ça. Juste pour une nuit.
Elle s’arrête net.
– Tu n’es là que pour une nuit ?
Elle scrute mon visage.
– Ouais. Qu’est-ce que tu croyais ? Que je venais pour de bon ?
Bien sûr. Elle a toujours beaucoup trop confiance en moi.
– Non. (Elle détourne les yeux.) Je ne sais pas. Mais je pensais
que tu resterais un peu plus longtemps, quand même.
C’est maintenant que ça va devenir gênant. J’en étais sûr.
– Voilà la chambre.
Elle m’ouvre la porte, mais je reste à l’extérieur.
– Ta chambre est juste en face ?

Ma voix se brise et j’ai l’air d’un pauvre con.
– Ouais.
– Cool. T’es sûre que ça ne t’embête pas que je sois venu, hein ?
Tu me le dirais ?
– Bien sûr. Tu sais bien que tu m’as manqué.
L’enthousiasme semble disparaître de son visage.
– Ouais, mais la dernière fois que nous nous sommes vus, je t’ai
pratiquement fichue à la porte.
C’est comme si je voyais un mur se dresser entre nous tandis qu’elle me
fait un semblant de sourire.
– Je ne sais pas pourquoi j’ai parlé de ça.
Je me passe la main sur le front.
Elle jette un regard en direction de sa chambre, puis se retourne vers la
porte devant laquelle nous sommes arrêtés.
– Tu peux mettre tes affaires ici.
Elle entre dans la chambre, me prend mon sac des mains et va l’ouvrir
sur le lit. Je la regarde sortir mes t-shirts et mes boxers roulés en boule
en plissant le nez.
– Ils sont propres ?
Je secoue la tête.
– Les boxers, oui.
Elle tient le sac à bout de bras.
– Je ne veux même pas savoir dans quel état doit être
l’appartement.
Elle me regarde avec un air suffisant.
– Il vaut mieux que tu ne le revoies jamais, alors.
J’ai voulu rigoler, mais son sourire s’efface. C’est nul comme
plaisanterie – qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi, bordel ?
– Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
Je ne sais pas quoi dire pour me rattraper.
– Tout va bien. Détends-toi, ok ? Ce n’est que moi, Hardin.
– Je sais.
Je prends une profonde inspiration avant de continuer.
– C’est juste que ça m’a semblé si long, et cette relation qui n’en
est pas une, c’est trop bizarre. Et tu m’as tellement manqué. J’espère
que je t’ai manqué aussi…
Waouh ! J’ai dit tout ça d’une seule traite, beaucoup trop vite.
Elle sourit.
– Oui.
– Oui quoi ?
– Oui, tu m’as manqué. Je te l’ai dit chaque fois que nous nous
sommes parlé.

– Je sais. Je voulais juste l’entendre encore une fois.
Je passe sa mèche de cheveux derrière son oreille, et elle se blottit
contre moi.
– Quand es-tu arrivé ?
Tessa s’écarte brusquement de moi en entendant la petite voix. Super !
Absolument génial, putain ! Smith se tient devant la porte de la nouvelle
chambre de Tessa.
– À l’instant.
J’espère qu’il va s’en aller pour que je puisse reprendre là où j’en étais.
– Pourquoi es-tu venu ?
Il entre dans la chambre. Je lui montre Tessa du doigt.
– Je suis venu pour la voir.
– Oh.
Il regarde ses pieds sans rien dire de plus.
– Ça ne te plaît pas que je sois là ?
– Ça m’est égal.
Il hausse les épaules et je lui souris.
– Tant mieux, parce que je ne serais pas parti de toute façon.
– Je sais.
Smith sourit et s’en va. Dieu merci, putain.
– Il t’aime bien.
– Il est assez sympa.
Je hausse les épaules, ce qui la fait rire.
– Toi aussi, tu l’aimes bien.
– Non. J’ai simplement dit qu’il était assez sympa.
– C’est ça.
Elle a raison, je l’aime bien d’une certaine façon. Plus que tous les
autres gamins de cinq ans que j’ai rencontrés, en tout cas.
– Je le garde ce soir. Kim et Christian vont à l’inauguration d’un
club.
– Pourquoi tu ne vas pas avec eux ?
– Je ne sais pas. Je n’avais pas envie.
– Hum.
Je me pince les lèvres pour cacher mon sourire. Je suis super content
qu’elle n’ait pas voulu sortir et, au fond de moi, j’espère qu’elle prévoyait
de passer sa soirée au téléphone avec moi.
Elle me lance un regard étrange.
– Tu peux y aller, si tu veux. Tu n’es pas obligé de rester avec moi.
Je lui lance un regard indigné.
– Quoi ? Je n’ai pas fait tout ce chemin pour aller dans un club
merdique sans toi. Tu ne veux pas que je reste avec toi ?
Nos regards se croisent et elle s’accroche à mon t-shirt.

– Evidemment que j’ai envie que tu restes.
– Tant mieux, parce que je ne serais pas parti de toute façon !
Je rigole, mais elle ne sourit pas aussi franchement que Smith.
Cependant, elle plisse les yeux, ce qui est tout aussi adorable. Je
remarque qu’elle se dirige vers la porte avec mes affaires.
– Où vas-tu ?
Elle me lance un regard à la fois taquin et sensuel.
– Faire ta lessive.
Et elle disparaît dans le couloir.

8
Tessa
-------------------------------------------

Mes pensées tourbillonnent tandis que je lance une lessive. Hardin est
venu à Seattle. Je n’ai pas eu à le supplier ni même à lui demander. Il
est venu de son plein gré. Même si c’est seulement pour une nuit, ça me
touche beaucoup et j’espère que ça sera un pas en avant pour nous
deux. J’ai été tellement échaudée. Nous avons tant de problèmes, tant
de disputes idiotes, tant de différences. J’en suis arrivée à un point où je
me demande si ça marchera un jour.
Mais pour l’instant, puisqu’il est ici avec moi, je veux comprendre où
cette relation bizarre va nous mener.
– J’étais sûre qu’il viendrait.
Quand je me retourne, Kimberly est appuyée contre la porte de la
buanderie.
– Pas moi.
Elle me lance un regard incrédule.
– Bien sûr que tu le savais. Je n’ai jamais vu un couple comme
vous deux.
– Nous ne sommes pas exactement un couple.
– Tu lui as sauté dans les bras comme dans les films. Il est là
depuis moins d’un quart d’heure et tu es déjà en train de faire sa
lessive.
Elle fait un signe de tête vers la machine à laver.
– Ses affaires étaient dégoûtantes.
Je ne relève pas la première partie de sa remarque.
– Vous ne pouvez pas vous passer l’un de l’autre, tous les deux,
c’est impressionnant. Je regrette vraiment que tu ne viennes pas ce soir,
tu pourrais te faire belle pour lui montrer ce qu’il perd en n’étant pas ici,
à Seattle, avec toi.
Elle sort de la buanderie en me lançant un clin d’œil.
Elle a raison quand elle dit qu’Hardin et moi ne pouvons pas nous
passer l’un de l’autre. Et c’est comme ça depuis que je l’ai rencontré.
Même quand j’ai essayé de me convaincre que je ne voulais pas de lui,
je ne pouvais ignorer les papillons qui me venaient chaque fois que

nous nous croisions par hasard.
À cette époque-là, on aurait dit qu’Hardin avait le chic pour toujours
apparaître là où je me trouvais… Il faut dire que je ne ratais pas une
occasion d’aller à sa fraternité. J’avais horreur de cet endroit, mais
quelque chose en moi m’y poussait. Je ne voulais pas l’admettre, même
pas en mon for intérieur, mais j’avais très envie d’être auprès de lui, y
compris quand il était cruel avec moi. Je me rappelle sa façon de me
dévisager pendant les cours et de prendre un air excédé quand je lui
disais bonjour. Ces moments semblent si loin, et comme sortis tout droit
d’un rêve.
La machine à laver fait un petit bip qui me rappelle à la réalité, je me
précipite dans le couloir vers la chambre d’ami dévolue à Hardin pour la
nuit. Elle est vide. Son sac est toujours sur le lit, mais lui n’est pas là. Je
traverse le couloir et le trouve penché sur le bureau de ma chambre. Il
caresse du bout des doigts la couverture d’un de mes carnets.
– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Je voulais juste voir l’endroit où tu… vis maintenant. Je voulais
voir ta chambre.
– Oh !
La façon dont il fronce les sourcils en l’appelant « ma chambre » ne m’a
pas échappé.
– C’est pour tes cours, ça ?
Il tient à la main le carnet de cuir noir.
– C’est pour le cours d’écriture créative. Tu l’as lu ?
Je ne peux réfréner une certaine nervosité à l’idée qu’il l’a peut-être fait.
Je n’ai rédigé qu’un texte pour l’instant, mais comme tout le reste de ma
vie, il tourne autour de lui.
– Un petit bout.
– C’est juste un devoir. On nous a demandé de faire une rédaction
libre pour le premier cours…
– C’est excellent.
Il me félicite en reposant le cahier sur le bureau, avant de le reprendre
et de l’ouvrir à la première page. Il lit la première ligne à voix haute :
– « Qui je suis. »
– Non, s’il te plaît.
Il me fait un petit sourire interrogateur.
– Depuis quand es-tu timide à propos de ton travail ?
– Non. C’est juste que… c’est personnel. Je ne suis même pas
sûre de vouloir le rendre.
– J’ai lu ton journal de religion.
– Quoi ?
Faites que j’aie mal entendu. Il n’aurait pas fait ça. Il ne peut pas l’avoir

lu…
– Je l’ai lu. Tu l’as laissé dans l’appart et je l’ai trouvé.
C’est très humiliant. Je reste plantée là, sans rien dire. Hardin me fixe
de l’autre bout de la pièce. Ce carnet contient des pensées intimes que
personne ne devait lire, sauf peut-être mon professeur, et encore. Je
suis mortifiée qu’Hardin ait pénétré mes pensées les plus secrètes.
– Tu n’étais pas censé le lire. De quel droit tu as fait ça ?
J’évite de le regarder.
– Tous les articles parlaient de moi, dit-il pour se défendre.
Ma poitrine est tellement serrée que j’ai du mal à respirer.
– Ce n’est pas une raison, Hardin. J’allais vraiment mal, et ce sont
des réflexions personnelles, consignées dans mon journal. Tu n’aurais
jamais dû…
– C’est très bon, Tess. Vraiment. Ça m’a fait de la peine de lire ce
que tu pensais, mais le style, le contenu… c’est parfait.
Je sais qu’il veut me faire des compliments, mais ça ne fait
qu’augmenter ma gêne.
– Qu’est-ce que tu dirais si je lisais quelque chose que tu as écrit
pour exprimer tes sentiments les plus intimes ?
Je ne relève pas ses compliments concernant mon écriture. Un éclair de
panique passe dans son regard et je penche la tête, perplexe.
– Quoi ?
– Rien.
Il secoue la tête sans dire un mot de plus.

9
Hardin
-----------------------------------------------Son regard me laisse perplexe, mais je dois être franc avec elle et je
veux qu’elle sache combien j’ai trouvé intéressant ce qu’elle a écrit.
– Je l’ai lu au moins dix fois.
Ses yeux écarquillés évitent les miens, mais ses lèvres s’entrouvrent.
– C’est vrai ?
– Tu n’as pas à avoir honte. Ce n’est que moi, je te rappelle.
Je lui souris et elle fait un pas vers moi.
– Je sais, mais ça doit être complètement nul. Je n’avais pas les
idées claires à l’époque.
Je pose les doigts sur ses lèvres pour la faire taire.
– Non, au contraire, c’est génial.
– Je…
Elle essaie de parler malgré mes doigts qui l’en empêchent, et j’appuie
plus fort.
– Tu as fini, oui ?
Je lui souris et elle hoche la tête. Lentement, je retire mes doigts et elle
s’humecte les lèvres du bout de la langue. Je la regarde, subjugué.
– Je vais devoir t’embrasser.
Nos visages ne sont qu’à quelques centimètres. Ses yeux plongent
dans les miens et elle déglutit avant de se lécher les lèvres de nouveau.
– Ok.
Elle agrippe mon t-shirt avec des mains avides. Et elle m’attire vers elle,
en respirant fort.
Juste au moment où nos lèvres vont se rejoindre, on cogne à la porte.
– Tessa ?
La voix haut perchée de Kimberly nous parvient à travers l’embrasure.
– Débarrasse-toi d’elle.
Tessa s’écarte de moi. D’abord le gosse, maintenant sa mère. On n’a
plus qu’à inviter Vance à se joindre à nous, tant qu’on y est !
Kimberly n’entre pas.
– On y va.
On est contents de le savoir. Maintenant, barrez-vous, bordel…
– Ok, j’arrive.

Mon irritation s’amplifie.
– Merci, ma puce.
Kimberly s’éloigne en fredonnant.
– Putain ! J’aurais mieux fait de ne pas…
Le regard de Tessa me coupe le sifflet. Ce n’est pas vrai. Rien ne
pourrait m’ôter l’envie d’être là.
– Je dois aller m’occuper de Smith. Tu peux rester ici si tu veux.
– Non, je veux être avec toi, où que tu sois.
Elle sourit. Putain, j’ai trop envie de l’embrasser. Elle m’a tellement
manqué et elle a dit que je lui avais manqué aussi… Pourquoi est-ce
qu’elle ne… Elle attrape le col de mon t-shirt et elle pose ses lèvres sur
les miennes. J’ai l’impression que quelqu’un vient de me brancher sur
une prise électrique. Toutes les parcelles de mon corps se mettent à
vibrer. Sa langue pénètre ma bouche, s’enroule autour de la mienne et
la caresse. Je pose les mains sur ses hanches et l’entraîne à l’autre
bout de la chambre, jusqu’à ce que mes pieds heurtent le lit. Je me
laisse tomber en arrière et elle coule doucement sur moi. Je l’entoure de
mes bras et nous retourne pour qu’elle se retrouve en dessous. Je sens
son pouls qui bat sous mes lèvres. Je descends dans son cou pour
arriver à son point sensible, juste sous son oreille. Elle me récompense
par des petits cris étouffés et des gémissements. Lentement, j’appuie
mes hanches contre les siennes, l’enfonçant dans le matelas.
Tessa passe les mains sous mon t-shirt et caresse ma peau en feu. De
ses ongles, elle me ratisse le dos.
Quand je saisis le lobe de son oreille entre mes lèvres, l’image de Zed la
pénétrant passe comme un éclair dans mon esprit et je bondis sur mes
pieds.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
Ses lèvres sont rouges et gonflées.
– Rien. On devrait… sortir. Aller s’occuper du petit emmerdeur.
– Hardin ?
Elle insiste.
– Laisse tomber, Tessa. C’est rien.
Oh ! tu vois, c’est juste que j’ai rêvé que Zed te baisait comme un
malade, et maintenant je n’arrive plus à effacer cette image de mon
esprit.
– Très bien.

Elle se lève et s’essuie les mains sur le tissu molletonné de son pyjama.
Je ferme les yeux dans l’espoir de me débarrasser de ces images
répugnantes. Si ce connard de poseur vient encore une fois gâcher le
temps que je passe avec Tessa, je vais le réduire en miettes.

10
Tessa
-------------------------------------------Kimberly et Christian finissent par partir. Ils nous ont demandé au moins
trois fois de les appeler au moindre problème et, à chaque fois, Hardin
et Smith ont levé les yeux au ciel d’un air excédé. Quand elle nous a
montré la liste de numéros d’urgence posée sur le plan de travail de la
cuisine, ils ont échangé un adorable regard incrédule.
Je prends les choses en main :
– Tu veux te faire un film ?
Smith, assis sur le canapé, hausse les épaules. Hardin le regarde
comme s’il était une espèce de petit animal rigolo.
– Ok… Et un jeu ?
– Non.
– Je crois qu’il veut juste retourner dans sa chambre, lance Hardin.
Smith fait un petit hochement de tête pour montrer qu’il est d’accord.
– Bon ok, alors. Tu peux retourner dans ta chambre, Smith. Hardin
et moi serons là si tu as besoin de quoi que ce soit. Je vais commander
un truc pour dîner.
– Tu veux bien venir avec moi, Hardin ? demande Smith de sa voix
la plus douce.
– Dans ta chambre ? Non, je suis bien là.
Sans un mot, Smith descend du canapé et se dirige vers l’escalier. Je
lance un regard furieux à Hardin qui hausse les épaules.
– Quoi ?
– Accompagne-le dans sa chambre.
– Mais j’ai envie de rester avec toi.
Je fais un signe de tête vers le petit garçon blond qui monte les marches
lentement.
– Vas-y. Il se sent seul.
– Bon sang… D’accord.
En grommelant, il traverse le salon d’un air boudeur et emboîte le pas à

Smith. Sa réaction, tout à l’heure dans la chambre, me tracasse. Tout
allait pour le mieux, mais il s’est éloigné de moi si brusquement que j’ai
cru qu’il s’était fait mal.
Peut-être qu’après être resté loin de moi si longtemps, ses sentiments
ont changé. Peut-être que je ne l’attire plus autant qu’avant…
sexuellement. Je sais que je suis en pyjama, mais ça ne lui avait jamais
posé de problème jusque-là.
Impossible de trouver une explication rationnelle à son attitude. Au lieu
de laisser mon imagination divaguer, j’attrape la pile de flyers que
Kimberly a laissés pour qu’on puisse commander à dîner. Je me décide
pour une pizza et attrape mon téléphone avant de retourner à la
buanderie. Je mets les vêtements d’Hardin dans le sèche-linge et
m’assieds sur le banc au milieu de la pièce. Une fois les pizzas
commandées, j’attends en regardant tourner le linge dans la machine.

11
Hardin
------------------------------------Smith s’affaire dans sa chambre. Adossé à la porte, je dresse un
inventaire de tout le bordel que ce gamin possède. On peut dire qu’il est
pourri-gâté.
– Qu’est-ce que tu veux faire ?
– Je sais pas.
Il fixe le mur. Ses cheveux blonds son bien peignés, en une raie si
parfaite que c’est presque inquiétant.
– Alors, pourquoi as-tu voulu que je monte avec toi ?
– Je sais pas.
Il est têtu, ce petit chieur.
– Ok… On n‘avance pas beaucoup, là…
– Tu viens habiter ici, aussi ?
– Non, je suis là juste pour la nuit.
Je détourne les yeux.
– Pourquoi ?
Son regard se pose sur moi. Je le sens, sans même avoir besoin de le
regarder.
– Parce que je ne veux pas vivre ici.
En fait, si. D’une certaine façon.
– Pourquoi ? Tu ne l’aimes pas ?
– Si. C’est juste que… je sais pas. Pourquoi me poses-tu toujours
autant de questions ?
– Je sais pas.
Il sort un train de sous son lit.
– Tu n’as pas des amis avec qui tu peux jouer ?
– Non.
– Comment ça se fait ?
Il hausse les épaules en déconnectant deux rails. De ses petites mains,
il intervertit les deux pièces de métal avec deux autres rails qu’il attrape
dans une boîte au bout de son lit.
– Je suis sûr que tu peux te faire des potes à l’école.

– Non.
– Les gamins sont des petits cons avec toi, ou quoi ?
Je ne prends pas la peine de corriger mon langage. Vance parle comme
un charretier et je suis sûr que son fils a entendu bien pire.
– Des fois.
Il tord les extrémités d’une espèce de fil électrique et le connecte à un
petit wagon. Le fil fait une étincelle dans ses mains, mais il ne sursaute
pas. Quelques secondes plus tard, le train commence à avancer sur les
rails, lentement au début puis, petit à petit, il prend de la vitesse.
– Qu’est-ce que tu as fait ?
– C’est pour le faire avancer plus vite. Il était trop lent.
– Pas étonnant que tu n’aies pas d’amis.
Je ris, puis je me reprends. Merde. Il reste assis là, à regarder son train.
– Je voulais dire que tu es trop intelligent. Parfois, les gens
intelligents ne sont pas très sociables, et personne ne les aime. C’est
comme Tessa, les gens se sentent mal à l’aise avec elle.
– Ok…
Il lève les yeux pour me dévisager, et je ne peux pas m’empêcher d’être
triste pour lui. Je suis nul pour donner des conseils. Je n’aurais même
pas dû essayer.
Je sais ce que c’est que de grandir sans amis. Quand j’étais enfant, je
n’en avais aucun. Jusqu’à la puberté, quand j’ai commencé à picoler, à
fumer du shit et à traîner avec des sales types. Ce n’étaient pas
vraiment mes amis, d’ailleurs. Ils ne m’appréciaient que parce que je
faisais tout ce que je voulais, et ils trouvaient ça « cool ». Ils n’aimaient
pas lire, contrairement à moi. Tout ce qui les intéressait, c’était de faire
la fête.
J’étais toujours ce petit garçon en colère qui restait dans son coin, et
personne ne me parlait parce qu’ils avaient peur de moi. Les choses
n’ont pas beaucoup changé, en réalité…
Et puis j’ai rencontré Tessa. C’est la seule personne qui tienne
sincèrement à moi. Mais ça lui arrive aussi d’avoir peur, parfois. Des
images de Noël et de son cardigan blanc tout éclaboussé de vin rouge
me reviennent à l’esprit. Je soupçonne aussi Landon de tenir à moi,
d’une certaine façon. Mais d’une étrange façon, j’ai l’impression que
c’est surtout à cause de Tessa. Elle a tendance à produire cet effet sur
les gens.
Sur moi, en particulier.

12
Tessa
-----------------------------------------– C’est bon ?
Smith me regarde, la bouche pleine de pizza, et fait signe que oui. Il
utilise un couteau et une fourchette. Peu surprenant de sa part.
Quand son assiette est vide, il se lève et va la mettre avec ses couverts
dans le lave-vaisselle.
– Je vais me retirer pour la nuit. Je suis prêt à aller au lit
maintenant.
Hardin semble amusé par la maturité du gamin.
Je me lève.
– Tu n’as besoin de rien ? Tu veux de l’eau ? Je peux monter avec
toi, si tu veux ?
Mais il refuse et prend sa couverture sur le canapé avant de monter
dans sa chambre.
Je le regarde disparaître en haut de l’escalier avant de me rasseoir. Je
me rends compte soudain qu’Hardin n’a pas décroché un mot depuis
une heure. Je ne peux m’empêcher de comparer son attitude à nos
conversations au téléphone de cette semaine. Quelque part, je
préférerais que nous soyons en ligne, plutôt que de rester assis en
silence sur ce canapé.
– Je vais pisser.
Je zappe d’une chaîne à l’autre sur l’écran plat de la télé.
Peu de temps après, Kimberly et Christian apparaissent à la porte,
suivis d’un autre couple. Une grande femme blonde vêtue d’une courte
robe dorée entre d’un pas nonchalant. Rien qu’à regarder la hauteur de
ses talons, j’ai mal aux chevilles. Elle me lance un petit sourire en
suivant Kimberly dans le salon. Hardin s’approche dans le couloir mais
n’entre pas dans la pièce.
– Sasha, je te présente Tessa et Hardin.
– Ravie de vous rencontrer.
Je souris, gênée d’être en pyjama.
– Moi de même.
Mais elle n’a d’yeux que pour Hardin, qui lui jette à peine un regard sans

la saluer et reste collé à la porte.
– Sasha est une amie de l’associé de Christian.
Hardin a les yeux rivés sur le documentaire animalier qui passe à la télé,
et ne fait pas du tout attention aux invités.
– Et voici Max, qui fait des affaires avec Christian.
L’homme, qui était en train de plaisanter avec Christian, passe devant
Sasha. Quand je l’aperçois enfin, quelle n’est pas ma surprise de
reconnaître le copain de fac de Ken, le père de la fameuse Lillian !
J’essaie d’attirer l’attention d’Hardin sur le visage familier en face de
nous. Intriguée, Kimberly nous regarde tour à tour, Max et moi.
– Vous vous connaissez ?
– Nous nous sommes vus une fois, à Sand Point.
Les yeux sombres de Max sont intimidants, mais son visage sévère se
radoucit légèrement quand il me reconnaît.
– Ah, oui. Vous êtes… une amie d’Hardin Scott.
Hardin se décide à nous rejoindre dans le salon.
– En fait, c’est…
Agacée, je regarde Sasha dévorer Hardin des yeux tandis qu’il traverse
la pièce. Elle ajuste les bretelles dorées de sa robe et se passe la
langue sur les lèvres. Je me maudis de porter ce foutu pantalon
molletonné. Les yeux d’Hardin se tournent vers elle, je les vois se
balader sur son corps élancé aux courbes voluptueuses, avant de
revenir sur Max.
– Elle n’est pas qu’une amie.
Ils échangent une poignée de main rapide et embarrassée.
– Je vois. Eh bien, quoi qu’il en soit, c’est une jolie fille.
– En effet.
Je sens bien qu’Hardin est très agacé par la présence de Max.
Kimberly, en hôtesse parfaite comme toujours, se dirige vers le bar et
sort des verres pour ses invités. Elle prend les commandes poliment
tandis que je m’efforce de ne pas dévisager Sasha qui se présente à
Hardin. Il lui lance un petit signe de tête et vient s’asseoir sur le canapé,
laissant un espace libre entre nous, à ma grande déception.
Pourquoi est-ce que je me sens si possessive tout à coup ?
Est-ce parce que Sasha est vraiment belle et que les yeux d’Hardin se
sont baladés sur son corps, ou bien parce qu’il a été trop bizarre toute la
soirée ?
– Comment va Lillian ?
Je pose cette question à Max pour rompre le malaise et pour stopper les
affres de la jalousie qui monte en moi.
– Elle va bien. Mais ses études lui prennent beaucoup de temps.
Kimberly lui tend un verre d’un alcool brun dont il avale la moitié d’un

trait.
Il se tourne vers Christian.
– Bourbon ?
– Le meilleur, répond Christian avec un sourire.
– Vous devriez appeler Lillian de temps en temps. Vous auriez une
bonne influence sur elle.
Les yeux de Max se tournent vers Hardin.
– Je ne pense pas qu’elle ait besoin de l’influence de quiconque.
Je n’ai pas particulièrement apprécié Lillian, mais j’éprouve un besoin
irrépressible de prendre sa défense contre son père. Je ne peux pas
m’empêcher de penser qu’il fait référence à son orientation sexuelle, et
ça m’ennuie profondément.
– Oh ! permettez-moi de ne pas être d’accord.
Il sourit de toutes ses dents blanchies et je me renfonce dans les
coussins du canapé. Cet échange m’a mise mal à l’aise. Max est
charmeur, mais je ne parviens pas à ignorer la noirceur que je perçois
au fond de ses yeux bruns, tout comme la malveillance cachée sous son
large sourire.
Qu’est-ce qu’il fait ici avec Sasha, d’ailleurs ? Il est marié et si j’en juge à
la longueur de sa robe et à la façon dont elle lui sourit, je doute que leur
relation soit seulement amicale.
– Lillian est notre baby-sitter, dit Kimberly d’une voix chantante.
– Le monde est petit.
Hardin essaie de paraître aussi peu intéressé que possible, mais je sais
qu’il fulmine.
– C’est incroyable, non ?
Max sourit à Hardin. Son accent britannique est encore plus prononcé
que celui d’Hardin ou de Christian, mais moins agréable à entendre.
– Tessa, en haut.
Hardin m’a parlé à voix basse. Max et Kimberly se tournent vers lui, ils
ont apparemment entendu son ordre.
Cette situation devient de plus en plus embarrassante. Maintenant que
tout le monde a entendu qu’Hardin me sommait de monter, je n’ai pas la
moindre envie d’obéir. Cependant, je connais Hardin et je sais qu’il va
m’obliger à le faire, quitte à me porter.
– Moi, je pense qu’elle devrait rester boire un verre de vin ou une
lichette de ce vieux bourbon qui est excellent.
En disant ça, Kimberly se dirige vers le petit bar.
– Qu’est-ce que ce sera ?
Elle sourit, défiant clairement Hardin. Il la fusille du regard. J’ai envie de
rire en la voyant le taquiner ainsi.

– Je prendrai un verre de vin.
Kimberly acquiesce, verse le vin blanc dans un verre à pied et me
l’apporte.
L’espace entre Hardin et moi semble s’accroître de minute en minute. Je
sens la fureur monter en lui.
Il fixe le mur. Son humeur a changé radicalement depuis notre baiser, ce
qui m’inquiète vraiment.
– Vous vivez tous les deux à Seattle ? demande Sasha à Hardin.
Je sirote une nouvelle gorgée. Je bois beaucoup, ces temps-ci.
Il lui répond sans la regarder.
– Pas moi.
– Hum, où habitez-vous, alors ?
– Ailleurs.
Dans d’autres circonstances, je lui aurais reproché sa grossièreté, mais
là, je suis ravie. Sasha fronce les sourcils et se colle contre Max. Il la
repousse gentiment en me regardant.
J’ai bien compris ce qui se passait, pas la peine de faire semblant.
Sasha ne réagit pas, et Kimberly se tourne vers Christian pour qu’il
lance une conversation plus agréable.
– Eh bien…
Il s’éclaircit la gorge.
– L’ouverture du club s’est super bien passée, je ne pensais pas
qu’il y aurait autant de monde !
– Il était très bon, ce groupe… J’ai oublié leur nom…
– Les Reford quelque chose ? suggère Kimberly.
Christian rigole.
– Non, chérie.
Kimberly va s’asseoir sur ses genoux.
– En tout cas, il faudra les réengager le week-end prochain.
Très vite, Hardin se lève et disparaît dans le couloir…
– Il n’est pas aussi grossier d’habitude, dit Kimberly à Sasha.
– Si, il l’est. Mais c’est comme ça qu’on l’aime.
Christian explose de rire et tout le monde l’imite.
– Je vais…
– Vas-y.
Kimberly me fait signe d’y aller et je salue les invités d’un petit geste de
la main en sortant.
Le temps que j’arrive au bout du couloir, Hardin est déjà enfermé dans
la chambre d’amis. J’hésite un moment devant sa porte avant de tourner
la poignée et de la pousser. Quand je finis par entrer, je le trouve qui

arpente la chambre à grands pas.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Rien.
– Tu es sûr ? Tu es tellement bizarre depuis…
– C’est bon. Je suis juste énervé.
Il s’assied sur le bord du lit et frotte ses mains sur ses genoux.
J’adore ce jean. Il était resté caché au fond de notre – de son – dressing
à l’appart. C’est un cadeau de Trish pour Noël et il le déteste.
– Et pourquoi ça ?
Je m’efforce de parler à voix assez basse pour qu’on ne m’entende pas
du salon.
– Max est un con.
Hardin explose. Visiblement, lui se moque d’être entendu. Je rigole.
– Comme tu dis.
– Il essayait juste de me faire péter les plombs en étant grossier
avec toi.
– Il n’était pas spécialement grossier avec moi, je pense qu’il est
comme ça avec tout le monde.
– En tout cas, je ne peux pas le sentir, putain. Et c’est chiant que
pour la seule soirée que nous pouvons passer ensemble, on soit pas
tranquille.
Hardin repousse ses cheveux en arrière et attrape un oreiller pour se le
mettre sous la tête.
– Je sais. (J’espère que Max et sa maîtresse vont bientôt s’en
aller.) Ça ne me plaît pas qu’il trompe sa femme. Denise avait l’air
sympa.
– Je n’en ai rien à foutre de tout ça. Je ne l’aime pas, c’est tout.
Je suis un peu étonnée qu’il balaie cette trahison d’un revers de main
aussi rapidement.
– Tu ne trouves pas ça triste pour elle ? Même un tout petit peu ?
Je suis sûre qu’elle ne se doute de rien.
Il croise les bras derrière sa tête.
– Moi, je suis persuadé qu’elle est au courant. Max est un connard.
Elle ne peut pas être aussi stupide que ça.
Je me représente la femme de Max assise dans une énorme villa sur la
colline, vêtue d’une robe hors de prix, coiffée et maquillée, en train
d’attendre son mari. Cette image me rend triste et je ne peux qu’espérer
qu’elle s’est trouvé un « ami » elle aussi.
Je ne la connais pratiquement pas, pourtant j’ai envie qu’elle ait un peu
de bonheur, même si ce n’est pas la meilleure décision qui soit.

– Dans tous les cas, ce n’est pas bien.
– Ouais, mais c’est ça le mariage. Tromperies, mensonges, et tutti
quanti.
– Ça ne se passe pas toujours comme ça.
– Neuf fois sur dix.
Il hausse les épaules. Je déteste cette vision qu’il a du mariage,
tellement négative.
– Non, ce n’est pas vrai.
Je croise les bras sur ma poitrine.
– Tu veux remettre le sujet sur le tapis, une fois de plus. Je ne
pense pas que nous devrions nous aventurer sur ce terrain glissant.
Nos regards se croisent. Je n’ai pas envie de lâcher prise, j’ai envie de
lui prouver qu’il a tort et de le faire changer d’avis, mais je sais que c’est
inutile. Hardin s’est forgé une opinion sur le sujet bien avant de me
connaître.
– Tu as raison. Inutile de parler de ça, surtout quand tu es déjà si
remonté.
– Je ne suis pas remonté.
– Si tu le dis !
Il se lève d’un bond.
– Arrête de lever les yeux au ciel !
Je ne peux pas m’empêcher de recommencer.
– Tessa…
Il gronde, mais je ne me laisse pas impressionner et je reste immobile. Il
n’a aucune raison d’être désagréable avec moi. Est-ce que c’est de ma
faute si Max est un sale con, imbu de lui-même ? C’est typique des
rages d’Hardin, et je ne vais pas céder cette fois.
– Je te rappelle que tu n’es là que pour une nuit.
J’observe ses traits s’adoucir.
– Bon sang, tu as raison. Excuse-moi.
Je suis impressionnée par ce changement d’humeur subit et par sa
capacité à se contrôler.
– Viens là.
Il ouvre les bras comme il fait toujours, et je m’y réfugie, comme je ne
l’ai pas fait depuis longtemps. Il se tait et se contente de me serrer
contre lui, en posant son menton sur le dessus de ma tête.
Son souffle s’est ralenti depuis sa petite crise, et il est chaud, si chaud.
Quelques secondes, ou quelques minutes plus tard, il s’écarte de moi et
relève mon menton vers lui.
– Je suis désolé de m’être conduit comme un con. Je ne sais pas
ce qui m’a pris. Max a le don de me taper sur le système, tout comme

cette emmerdeuse de Stacey, je te demande pardon.
– C’est Sasha, pas Stacey.
– On s’en fout. Une pute est une pute.
– Hardin !
Je lui donne une petite tape sur la poitrine. Ses muscles sous ma main
sont plus fermes que dans mon souvenir. Il faut dire qu’il est allé à
l’entraînement tous les jours… Brièvement, mes pensées vagabondent
vers ce qu’il y a sous son t-shirt noir, et je me demande si son corps a
changé depuis la dernière fois où j’ai posé les yeux sur lui.
– Oh, ça va !
Il hausse les épaules et effleure du bout des doigts le contour de mon
visage.
– Je suis sincèrement désolé. Je ne veux pas gâcher les moments
passés avec toi. Tu me pardonnes ?
Sa voix est si tendre, ses doigts sont si doux sur ma peau, c’est trop
bon. Je bats des paupières et je les ferme quand, de son pouce, il
dessine mes lèvres.
– Réponds-moi.
– Je te pardonne toujours, non ?
Je pose les mains sur ses hanches et passe mes doigts sous son t-shirt.
Je m’apprête à sentir ses lèvres se poser sur les miennes mais, quand
je rouvre les yeux, il a remonté sa garde. J’hésite.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– J’ai… mal à la tête.
– Tu veux prendre quelque chose ? Je peux demander à Kim si…
– Non, surtout pas elle. Je pense que j’ai juste besoin de dormir. Il
est tard.
Mon cœur défaille en entendant ça.
Qu’est-ce qui lui arrive ?
Pourquoi ne veut-il plus m’embrasser ?
Il y a quelques minutes à peine, il me disait qu’il ne voulait pas gâcher le
peu de temps que nous avons, et maintenant il veut aller dormir ?
Je pousse un soupir.
– D’accord.
Je ne vais quand-même pas le supplier de veiller pour passer du temps
avec moi. Son rejet me met mal à l’aise, et j’ai franchement besoin de
me retrouver seule.
Je traîne un peu, dans l’espoir qu’il me demande de dormir avec moi.
Il ne le fait pas.
– À demain matin, alors ?
– Ouais, bien sûr.


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