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Tome 3 Le Remède Mortel .pdf



Nom original: Tome 3 Le Remède Mortel.pdf
Titre: Le Remède mortel
Auteur: James Dashner

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JAMES DASHNER

L’ÉPREUVE
LE REMÈDE MORTEL

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Guillaume Fournier

Ce livre est pour ma mère,
la meilleure personne qui ait jamais vécu.

CHAPITRE 1

C’était l’odeur, surtout, qui commençait à porter sur les nerfs de Thomas.
Pas les trois semaines de solitude totale. Pas les murs blancs, le plafond blanc et le sol blanc. Ni
l’absence de fenêtres, ou le fait que les lumières restaient allumées en permanence. Rien de tout ça. On
lui avait pris sa montre ; on lui apportait le même repas trois fois par jour – une tranche de jambon, de la
purée, des carottes crues, un bout de pain, de l’eau – sans jamais lui adresser la parole, sans jamais entrer
dans la pièce. Pas de livres, pas de films, pas de jeux.
Un isolement complet. Pendant plus de vingt et un jours maintenant, même si son estimation du temps,
uniquement basée sur ses impressions, restait assez vague. Il essayait de deviner au mieux quand il faisait
nuit, pour dormir au bon moment. Les repas l’aidaient un peu, mais ils n’arrivaient pas toujours de façon
régulière, comme pour lui faire perdre un peu plus ses repères.
Seul. Dans une pièce capitonnée dépourvue de couleur, à l’exception d’un siège de toilettes en acier
dans un coin, d’un bureau en bois et d’une chaise. Seul dans un silence insupportable, sans rien à faire
sinon ruminer sur la maladie qui le rongeait : la Braise, ce virus insidieux qui vous dépouillait lentement
de votre humanité.
Tout cela, il le supportait assez bien.
Mais il puait, et cela le rendait fou. Depuis son arrivée, on ne l’avait pas autorisé à se laver et on ne
lui avait fourni aucun vêtement de rechange. Un simple mouchoir lui aurait suffi : en le trempant dans
l’eau qu’on lui donnait pour boire, il aurait pu au moins se débarbouiller la figure. Mais il n’avait rien,
hormis ses habits devenus crasseux. Pas même des draps : il dormait recroquevillé à même le sol dans un
coin de la pièce, les bras croisés pour tenter de se réchauffer, grelottant de froid.
Il ignorait pourquoi son odeur le dérangeait à ce point. Peut-être était-ce le signe qu’il commençait à
perdre la tête. En tout cas, la détérioration de son hygiène l’obsédait, suscitait en lui des idées horribles.
Comme s’il était en train de pourrir, de se décomposer de l’intérieur.
Il avait suffisamment à manger, assez d’eau pour étancher sa soif ; il pouvait se reposer autant qu’il le
voulait et s’entraînait de son mieux dans cet espace confiné, en courant sur place pendant des heures. La
logique lui soufflait que la crasse n’avait aucune incidence sur l’état de son cœur ou de ses poumons.
Malgré tout, il en venait à considérer cette puanteur comme le signe avant-coureur d’une mort imminente.
Ces idées noires l’amenaient à se demander si Teresa ne lui aurait pas dit la vérité lors de leur
dernière discussion : il était trop tard pour lui, la Braise avait trop progressé et il était devenu cinglé,
violent ; il avait perdu la boule avant même d’aboutir en cellule. Brenda aussi l’avait prévenu que les
choses allaient mal tourner. Peut-être avaient-elles raison toutes les deux.
Par ailleurs, il s’inquiétait pour ses amis. Qu’étaient-ils devenus ? Après tout ce qu’ils avaient subi,
comment cette histoire allait-elle se terminer ?

La colère s’insinuait en lui. Elle grandissait de jour en jour, au point que Thomas en tremblait parfois
de tous ses membres. Alors, il tâchait de se calmer et ravalait sa fureur. Il ne voulait pas la faire
disparaître pour de bon, seulement la garder de côté ; en attendant le bon moment, le bon endroit pour la
libérer. C’était le WICKED qui lui infligeait tout ça. Le WICKED avait pris le contrôle de leur vie, à ses
amis et lui, et se servait d’eux à sa guise. Sans se soucier des conséquences.
Et il allait payer pour ça. Thomas se le promettait mille fois par jour.
Voilà les idées qui lui traversaient la tête quand il s’assit dos au mur, face à la porte, le matin de ce
qu’il estimait être sa vingt-deuxième journée de captivité. Il faisait ça régulièrement : après avoir mangé,
après ses exercices. Espérant contre tout espoir que la porte finirait par s’ouvrir – s’ouvrir complètement,
jusqu’au bout –, la porte entière, pas uniquement la trappe du bas par laquelle on lui glissait ses repas.
Il avait déjà essayé de la forcer à de nombreuses reprises. Tout comme il avait fouillé les tiroirs du
bureau. Mais ils étaient vides ; il n’y avait rien là-dedans, hormis une odeur de cèdre et de moisissure. Il
vérifiait chaque matin, au cas où quelque chose y apparaîtrait comme par magie pendant son sommeil. Ce
genre de chose se produisait parfois avec le WICKED.
Il resta donc assis là, face à la porte. À attendre. Dans le silence de ces murs blancs. Il pensa à ses
amis – Minho, Newt, Poêle-à-frire, les autres blocards encore en vie ; Brenda et Jorge, qu’il n’avait plus
revus depuis leur sauvetage à bord du berg ; Harriet et Sonya, les autres filles du groupe B, Aris. Il pensa
également à l’avertissement de Brenda quand il s’était réveillé dans cette cellule. Comment avait-elle pu
lui parler par télépathie ? Était-elle de son côté, oui ou non ?
Mais il pensa surtout à Teresa. Il avait beau la détester un peu plus à chaque instant, il n’arrivait pas
à se la sortir de la tête. Ses derniers mots avaient été pour lui réaffirmer que le WICKED était bon. À tort
ou à raison, elle symbolisait désormais pour lui toutes les choses terribles qui leur étaient arrivées.
Chaque fois qu’il se la représentait, la colère s’emparait de lui.
Peut-être que cette rage était le seul lien qui le rattachait encore à la raison.
Manger, dormir, se dépenser ; ruminer sa vengeance. Il ne fit rien d’autre pendant trois jours encore.
Seul.
Le vingt-sixième jour, la porte s’ouvrit.

CHAPITRE 2

Thomas s’était imaginé la scène des centaines de fois. Ce qu’il ferait, ce qu’il dirait. Comment il
bondirait, plaquerait au sol la personne qui entrerait, sortirait dans le couloir et s’enfuirait en courant.
Mais ce n’étaient que des fantasmes, un moyen de passer le temps. Il savait bien que le WICKED ne le
permettrait pas. Non, Thomas allait devoir tout planifier dans les moindres détails avant d’abattre ses
cartes.
Quand l’occasion se présenta enfin, Thomas fut le premier surpris par sa réaction : il resta sans rien
faire. Une petite voix lui soufflait qu’un champ de force invisible s’était dressé entre le bureau et lui,
comme dans le dortoir après le Labyrinthe. Ce n’était pas le moment de passer à l’action. Pas encore.
Il s’étonna à peine de voir entrer l’homme-rat – le type qui avait informé les blocards de l’épreuve
qui les attendait dans la Terre Brûlée. Toujours le même long nez, les mêmes yeux de fouine, les quelques
cheveux gras rabattus sur son crâne à moitié chauve. Et ce costume blanc ridicule. Il avait l’air encore
plus pâle que la dernière fois ; il tenait au creux de son coude un dossier rempli de papiers en désordre.
— Bonjour, Thomas, lança-t-il avec un bref hochement de tête.
Après avoir refermé la porte, il s’assit derrière le bureau. Il posa son dossier devant lui, l’ouvrit et
commença à feuilleter les documents. Quand il eut trouvé celui qu’il cherchait, il s’arrêta, les mains à plat
sur les papiers. Il leva les yeux vers Thomas en lui adressant un grand sourire.
Quand celui-ci se décida enfin à parler, il s’aperçut qu’il ne l’avait plus fait depuis des semaines ; sa
voix lui parut rouillée.
— Ce sera un bon jour si vous me laissez sortir.
L’homme conserva son expression joyeuse.
— Oui, oui, je sais. Ne t’en fais pas, tu vas entendre toutes sortes de nouvelles positives aujourd’hui.
Fais-moi confiance.
Thomas assimila cette information, en regrettant de s’être laissé aller à espérer, ne serait-ce qu’une
seconde. Il aurait dû savoir à quoi s’en tenir, depuis le temps.
— Des nouvelles positives ? Je croyais que vous nous aviez sélectionnés pour notre intelligence ?
L’homme-rat demeura silencieux plusieurs secondes avant de répondre.
— Votre intelligence, oui. Et d’autres choses tout aussi importantes. (Il prit le temps d’étudier
Thomas avant de poursuivre.) Tu crois que ça nous amuse, ces épreuves ? Tu crois que ça nous plaît de
vous regarder souffrir ? Si vous endurez tout ça, c’est dans un but bien précis, figure-toi !
Il avait presque crié les derniers mots ; son visage s’était empourpré.
— Holà, dit Thomas, qui s’enhardissait de minute en minute. Doucement, l’ancêtre, calmez-vous un
peu. Vous êtes à deux doigts de la crise cardiaque.
Lâcher ce sarcasme lui fit du bien.

Son interlocuteur se leva de sa chaise pour se pencher par-dessus le bureau. Les veines de son cou
saillaient comme des cordes. Il se rassit lentement, en contrôlant sa respiration.
— On aurait pu croire que ces quatre semaines d’isolement t’apprendraient à fermer ta grande
bouche. Mais tu m’as l’air plus insolent que jamais.
— Vous allez me dire que je ne suis pas fou, c’est ça ? Que je n’ai pas la Braise – que je ne l’ai
jamais eue ? s’emporta Thomas, incapable de se contenir. (Il sentait la colère monter en lui ; il était sur le
point d’exploser. Il s’appliqua néanmoins à continuer d’une voix calme.) C’est ça qui m’a permis de tenir
pendant tout ce temps. Au fond de moi, je sais que vous avez menti à Teresa, qu’il s’agit encore d’un de
vos foutus tests. C’est quoi, la suite ? Vous allez m’envoyer sur la Lune ? Me faire traverser l’océan à la
nage ?
Il sourit pour appuyer son effet.
L’homme-rat l’avait écouté sans broncher.
— Tu as fini ?
— Non, je n’ai pas fini. (Il attendait l’occasion de s’exprimer depuis des jours et des jours, et
maintenant qu’il la tenait enfin, il ne trouvait plus rien à dire. Il avait oublié tous les scénarios élaborés
dans sa tête.) Je… je veux tout savoir. Maintenant.
— Mon petit Thomas, fit l’homme-rat de la voix douce de celui qui annonce une mauvaise nouvelle à
un enfant, on ne t’a pas menti. Tu as vraiment la Braise.
Thomas fut décontenancé : l’homme-rat cherchait-il à l’embobiner une fois de plus ? Il se contenta de
hausser les épaules, comme si cette affirmation ne le surprenait pas.
— En tout cas, je ne suis pas encore devenu cinglé, dit-il.
À un certain stade – après la longue traversée de la Terre Brûlée, en compagnie de Brenda, au milieu
des fondus –, il avait fini par accepter qu’il serait contaminé tôt ou tard. Mais il se répétait qu’il allait
bien pour l’instant. Qu’il restait sain d’esprit. Et que, dans l’immédiat, c’était le plus important.
L’homme-rat soupira.
— Tu ne comprends rien. Tu ne comprends pas ce que je suis venu t’expliquer.
— Comment voulez-vous que je croie un seul mot qui sort de votre bouche ? Vous me prenez
vraiment pour un naïf ?
Thomas s’aperçut qu’il était debout ; il ne se rappelait pourtant pas s’être levé. Son torse se soulevait
et s’abaissait à un rythme rapide. Il fallait qu’il se reprenne. L’homme-rat le dévisageait froidement.
Qu’il dise la vérité ou non, Thomas allait devoir l’écouter s’il voulait sortir de cette pièce. Il s’appliqua
à contrôler sa respiration et attendit la suite.
Au bout de quelques secondes de silence, son interlocuteur reprit :
— Je sais qu’on vous a déjà menti. Souvent. Nous vous avons infligé des épreuves terribles, à tes
amis et toi. Cependant, ça faisait partie d’un plan, que tu as non seulement approuvé mais aidé à mettre en
place. Il a fallu pousser les choses un peu plus loin que nous ne l’avions escompté au départ, c’est
certain. Malgré tout, nous sommes toujours restés dans la ligne de ce qui avait été envisagé.
Thomas secoua lentement la tête. Il savait qu’il avait collaboré avec ces gens autrefois, d’une
manière ou d’une autre, mais l’idée de soumettre qui que ce soit au traitement qu’ils avaient enduré lui
semblait incompréhensible.
— Vous ne m’avez pas répondu. Comment pouvez-vous espérer que je vous croie ?
Il en savait plus long qu’il n’en laissait paraître, bien sûr. Même si la lucarne sur son passé était
maculée de suie, ne lui en dévoilant que des bribes crasseuses, il savait qu’il avait travaillé pour le
WICKED. Tout comme il savait que Teresa lui avait prêté main-forte, et qu’ils avaient participé à
l’élaboration du Labyrinthe.
— Tout simplement parce qu’il n’y a plus aucune raison de te garder dans l’ignorance, Thomas,
répondit l’homme-rat. Plus maintenant.

Thomas se sentit soudain complètement vidé. Il se laissa tomber par terre avec un gros soupir et
secoua la tête.
— Que voulez-vous dire ?
À quoi bon avoir une conversation dont on ne pouvait pas croire un seul mot ?
L’homme-rat continua son discours, mais sur un ton différent : moins détaché, moins clinique, plus
pompeux.
— Tu connais cette épidémie épouvantable qui ronge la cervelle des humains partout dans le monde.
Tout ce que nous avons fait jusqu’à maintenant a été calculé dans un but précis : analyser vos schémas
cérébraux afin d’en élaborer un modèle. Notre objectif consiste à nous en servir pour trouver un remède
contre la Braise. Les vies perdues, toutes ces souffrances, tu savais que ce serait le prix à payer. Nous le
savions tous. Il s’agissait d’assurer la survie de l’espèce humaine. Et nous sommes à deux doigts de
réussir.
Les souvenirs de Thomas lui étaient revenus en plusieurs occasions. Lors de la Transformation, dans
les rêves qu’il avait faits depuis, par petites touches fugaces, comme autant de flashs mentaux. Mais en
écoutant parler cet homme en costume blanc, il avait l’impression de se tenir au bord d’un gouffre d’où
toutes les réponses étaient sur le point de remonter. L’envie de les saisir devenait presque irrésistible.
Pourtant, il se méfiait encore. Il savait qu’il avait joué un rôle actif dans cette histoire, pris la
succession des premiers Créateurs après leur mort et poursuivi le programme avec de nouvelles recrues.
— J’en sais suffisamment pour avoir honte de moi, admit-il. Mais concevoir ces épreuves et les subir
sont deux choses différentes. C’est allé trop loin.
L’homme-rat se gratta le nez en remuant sur sa chaise. Thomas semblait avoir touché une corde
sensible.
— Nous verrons si tu es toujours du même avis à la fin de la journée, Thomas. Nous verrons. Mais
laisse-moi te poser une question : ne valait-il pas la peine de sacrifier quelques vies pour en sauver une
multitude ? (Encore une fois l’homme s’exprimait avec passion, penché en avant.) Ne crois-tu pas que la
fin justifie les moyens ? Quand on n’a pas le choix ?
Thomas le dévisagea en silence. Il n’existait pas de bonne réponse à cette question.
L’homme-rat esquissa un sourire, qui tenait plutôt du ricanement.
— Tu l’as cru à une époque. Essaie de t’en souvenir, Thomas. (Il ramassa ses papiers, comme pour
partir, mais demeura assis.) Je suis venu t’informer que tout est prêt et que nos données sont quasiment
complètes. Nous sommes à l’aube de quelque chose de grandiose. Quand nous aurons enfin le modèle, tu
pourras retourner auprès de tes amis et pleurnicher tant que tu veux sur notre méchanceté.
Thomas aurait voulu riposter par quelques répliques cinglantes. Mais il se retint.
— En quoi nous torturer a pu conduire à ce fameux modèle dont vous me rebattez les oreilles ? Quel
rapport y a-t-il entre le fait d’envoyer deux groupes de jeunes dans des endroits terribles pour les
regarder mourir et la découverte d’un remède pour une foutue maladie ?
— Un rapport très direct, répondit l’homme-rat avec un soupir. Mon garçon, tu ne devrais plus tarder
à tout te rappeler, et j’ai comme dans l’idée que tu vas nourrir de gros regrets. En attendant, il y a une
chose qu’il faut que tu saches, et qui pourrait t’aider à retrouver la mémoire.
Il se leva, lissa son pantalon et tira sur sa veste. Puis il croisa les mains dans le dos.
— Le virus de la Braise est présent dans ton corps, et pourtant il n’a aucun effet sur toi, et n’en aura
jamais. Tu fais partie d’un groupe de personnes extrêmement rares. Tu es immunisé contre la Braise.
Thomas avala sa salive, stupéfait.
— Dehors, dans la rue, on appelle les gens comme toi des Imunes, continua l’homme-rat. Et je peux te
dire qu’on les déteste au plus haut point.

CHAPITRE 3

Thomas était à court de mots. En dépit de tous les mensonges qu’on lui avait servis, il savait qu’il
venait d’entendre la vérité. À la lumière de ses expériences récentes, tout s’éclairait. Il était immunisé
contre la Braise. Ainsi que les autres blocards, probablement, et tous les membres du groupe B. Raison
pour laquelle on les avait choisis pour les Épreuves. Tout ce qu’on leur avait infligé – chaque cruauté,
chaque manipulation, chaque monstre placé sur leur chemin – faisait partie d’un processus expérimental
complexe visant à conduire le WICKED à un traitement.
Oui, cela cadrait parfaitement. Et ce n’était pas tout : cette révélation réveillait des souvenirs. Des
échos familiers.
— Je vois que tu me crois, observa l’homme-rat, brisant le silence. Quand nous avons découvert
l’existence de gens contaminés par le virus mais qui n’en montraient aucun symptôme, nous avons cherché
à regrouper les meilleurs, les plus intelligents. C’est comme ça que le WICKED est né. Bien sûr, tous les
membres de votre groupe ne sont pas immunisés. Certains sont des sujets témoins. Dans un essai clinique
il faut toujours un groupe témoin pour pouvoir comparer les résultats.
À ces mots, Thomas éprouva un sentiment de consternation.
— Qui… ?
Il ne put aller au bout de sa question. Il avait trop peur d’entendre la réponse.
— Qui n’est pas immunisé ? acheva l’homme-rat à sa place, en arquant les sourcils. Oh, je crois
qu’ils le découvriront avant toi, tu sais. Mais chaque chose en son temps. Tu empestes la charogne ; nous
allons commencer par te faire prendre une douche et te trouver des vêtements propres.
Là-dessus, il ramassa son dossier et se dirigea vers la porte. Il était sur le point de sortir quand
Thomas retrouva sa langue.
— Attendez ! cria-t-il.
Son visiteur se retourna vers lui.
— Oui ?
— Dans la Terre Brûlée, pourquoi nous avoir menti en nous affirmant qu’un remède nous attendait au
refuge ?
L’homme-rat haussa les épaules.
— Ça n’avait rien d’un mensonge. En triomphant des Épreuves, en arrivant au refuge, vous nous avez
permis de recueillir des données supplémentaires, grâce auxquelles nous finirons par découvrir un
traitement. Tôt ou tard. Et pour tout le monde.
— Et pourquoi me raconter tout ça ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi m’avoir gardé enfermé ici
pendant des semaines ? Pourquoi avoir raconté à Teresa que j’étais devenu cinglé et violent ? Quel était
l’intérêt ?

— Les variables, expliqua l’homme-rat. Tout ce qu’on t’a fait a été soigneusement calculé par nos
psys et nos médecins. Dans le but de stimuler des réactions dans la zone mortelle, où la Braise cause ses
ravages. Pour étudier les schémas de tes différentes émotions et réflexions. Voir comment elles
fonctionnent en présence du virus. Nous essayons de comprendre pourquoi, chez toi, il n’y a aucun effet
débilitant. Le but ultime de l’expérience est d’établir les schémas de cette zone, Thomas. De
cartographier tes réactions cognitives et psychologiques afin d’établir le modèle d’un traitement. Nous
faisons tout ça pour le remède.
— C’est quoi, cette fameuse zone mortelle ? demanda Thomas, qui s’efforçait vainement de s’en
souvenir. Dites-moi seulement ça, et je marche avec vous.
— Enfin, Thomas ! s’étonna son interlocuteur. J’aurais cru que la piqûre du Griffeur te l’aurait remis
en mémoire. La zone mortelle est ton cerveau. C’est là que le virus s’implante et se développe. Plus la
contamination est avancée, plus le sujet adopte un comportement paranoïaque et violent. Le WICKED
s’appuie sur ton cerveau et sur celui de plusieurs de tes camarades pour découvrir la solution au
problème. Rappelle-toi la signification de ce sigle : World In Catastrophe, Killzone Experiment
Department – département Expérience de la zone mortelle. (L’homme-rat semblait très content de lui.
Presque joyeux.) Viens, maintenant. Et je préfère te prévenir que nous sommes surveillés. N’essaie pas
de tenter quoi que ce soit.
Thomas assimilait ce qu’il venait d’apprendre. Encore une fois, tout lui semblait logique. Cela
correspondait aux souvenirs qui lui étaient revenus ces dernières semaines. Pourtant, la méfiance que lui
inspiraient l’homme-rat et le WICKED lui laissait des doutes.
Il finit par se lever, refoulant ces révélations dans un coin de son cerveau où elles se classeraient
toutes seules dans l’attente d’une analyse ultérieure. Sans un mot, il traversa la pièce et suivit l’hommerat dans le couloir, abandonnant derrière lui sa cellule aux murs blancs.
*
Il se trouvait dans un bâtiment parfaitement anonyme : de longs couloirs, du carrelage au sol, des
murs beiges agrémentés de photos de nature – des rouleaux s’écrasant sur une plage, un colibri en
suspension au-dessus d’une fleur rouge, une forêt voilée de pluie et de brume. Des tubes fluorescents
grésillaient au plafond. Bientôt, l’homme-rat s’arrêta devant une porte. Il l’ouvrit et fit signe à Thomas
d’entrer. C’était un grand vestiaire où s’alignaient des casiers et des douches. L’un des casiers, ouvert,
contenait des habits neufs, une paire de chaussures et même une montre.
— Je te laisse une demi-heure, annonça l’homme-rat. Attends-moi ici quand tu auras fini, je
repasserai te prendre. Et nous irons retrouver tes amis.
À ce mot d’amis, l’image de Teresa apparut aussitôt dans l’esprit de Thomas. Il essaya de la
contacter mentalement, mais sans résultat. Malgré le ressentiment qu’il nourrissait envers elle, son
absence creusait un vide en lui. Elle représentait un lien avec son passé, et il avait la conviction qu’elle
avait été sa meilleure amie. C’était l’une des rares certitudes qui lui restaient ; il envisageait difficilement
d’y renoncer.
L’homme-rat hocha la tête.
— À tout à l’heure, dit-il.
Puis il sortit en fermant la porte derrière lui. Thomas resta seul une fois de plus.
Il n’avait pas d’autre objectif que de revoir ses amis ; au moins, il s’en rapprochait. Et même s’il
ignorait à quoi s’attendre, il avait enfin quitté sa cellule ! Il allait prendre une douche brûlante, se
décrasser un bon coup. Cette perspective le rendait heureux. Délaissant momentanément ses soucis,
Thomas ôta ses vêtements sales et entreprit de se redonner figure humaine.

CHAPITRE 4

Un tee-shirt et un jean. Des chaussures de course, les mêmes que celles qu’il avait dans le Labyrinthe.
Des chaussettes propres, douces au toucher. Après s’être lavé de la tête aux pieds une demi-douzaine de
fois, il se sentait un autre homme. Il ne pouvait s’empêcher de penser que les choses allaient s’améliorer
à partir de maintenant. Qu’il allait reprendre le contrôle de sa vie. Si seulement le miroir ne lui avait pas
rappelé le tatouage qu’on lui avait attribué avant la Terre Brûlée… C’était le symbole indélébile de ce
qu’il avait enduré, alors qu’il aurait tant voulu pouvoir l’oublier.
Il sortit du vestiaire et patienta, dos au mur, les bras croisés. Il se demanda si l’homme-rat allait
revenir ou s’il l’avait abandonné pour le laisser déambuler au hasard, dans le cadre d’une nouvelle
épreuve. À peine cette pensée l’eut-elle effleuré qu’il entendit des pas, puis vit la silhouette blanche de
l’homme au visage de fouine apparaître au bout du couloir.
— Eh bien, quelle métamorphose ! commenta l’homme-rat avec un mince sourire.
Thomas envisagea mille réponses sarcastiques, mais jugea préférable de les garder pour lui. Dans
l’immédiat, l’important était de recueillir le plus d’informations possible puis de rejoindre ses amis.
— Je me sens mieux, c’est sûr. Merci. (Il afficha un sourire nonchalant.) Quand est-ce que je vais
revoir les autres ?
— Tout de suite, répondit l’homme-rat, indiquant la direction par laquelle il était venu et faisant signe
à Thomas de le suivre. Chacun d’entre vous a subi des tests différents lors de la phase 3 des Épreuves.
Nous espérions boucler l’inventaire des schémas de la zone mortelle à l’issue de la deuxième phase, mais
il a fallu pousser le processus un peu plus loin. Nous avons dû improviser. Comme je te l’ai dit, nous
sommes tout près de réussir. Vous allez pouvoir collaborer pleinement au processus à partir de
maintenant, et nous aider à affiner les résultats, jusqu’à ce que nous trouvions la solution de l’énigme.
Thomas plissa les yeux. Il supposait que la cellule blanche avait été sa phase 3, mais qu’en était-il
des autres ? Car s’il avait détesté cette épreuve, il imaginait sans mal que le WICKED aurait pu lui
infliger bien pire. Il souhaita ne jamais apprendre le traitement qu’on avait réservé à ses amis.
L’homme-rat arriva devant une porte. Il l’ouvrit sans hésitation et passa à l’intérieur.
Ils pénétrèrent dans un petit auditorium, et Thomas se sentit envahi par le soulagement. Éparpillés
dans les rangées de sièges, ses amis attendaient, visiblement en pleine forme. Les blocards et les filles du
groupe B. Minho. Poêle-à-frire. Newt. Aris. Sonya. Harriet. Tous avaient l’air très contents – en train de
discuter, de sourire, de s’esclaffer –, même si certains en rajoutaient peut-être un peu. On leur avait
certainement dit que les Épreuves étaient quasiment terminées, mais Thomas doutait qu’ils soient
nombreux à le croire. Lui en tout cas n’y croyait pas. Pas encore.
Il chercha des yeux Jorge et Brenda : il avait très envie de revoir Brenda. Depuis qu’elle avait
disparu après leur ramassage par le berg, il se faisait du souci à son sujet. Il avait peur que le WICKED

ne l’ait renvoyée dans la Terre Brûlée avec Jorge, comme il avait menacé de le faire. Il ne vit aucun signe
d’eux. Avant qu’il ne puisse interroger l’homme-rat à leur sujet, une voix jaillit du brouhaha et Thomas ne
put s’empêcher de sourire.
— Ça alors, par tous les fondus de ce monde pourri, c’est Thomas ! s’écria Minho.
Cette annonce fut suivie d’un concert d’acclamations, de hululements et de sifflets. Tiraillé entre
l’inquiétude et le soulagement, Thomas continua à scruter anxieusement le visage des personnes
présentes. Trop ému pour parler, il se contenta de sourire jusqu’à ce que son regard se pose sur Teresa.
Elle s’était levée de son siège au bout d’une rangée pour lui faire face. Ses cheveux noirs, propres et
brillants, tombaient en cascade sur ses épaules et encadraient ses traits pâles. Ses lèvres rouges
s’ouvrirent en un large sourire qui éclaira son visage et fit briller ses yeux bleus. Thomas se retint d’aller
à sa rencontre, troublé par le souvenir vivace de ce qu’elle lui avait infligé et de son insistance à soutenir
que le WICKED était bon malgré tout.
Est-ce que tu m’entends ? lui lança-t-il mentalement, pour vérifier si leur communication
télépathique était rétablie.
Mais elle ne lui répondit pas, et il ne sentait pas sa présence en lui. Ils étaient plantés là, à se
dévisager, quand Minho et Newt tombèrent sur Thomas, lui donnèrent de grandes claques dans le dos, lui
serrèrent vigoureusement la main et l’entraînèrent dans la pièce.
— Je suis content de voir que tu es vivant, Tommy, dit Newt sans lui lâcher la main.
Il paraissait encore plus bougon que d’habitude, surtout si on considérait qu’ils ne s’étaient pas vus
depuis des semaines, mais au moins il était entier.
Minho affichait un petit sourire supérieur, mais la dureté de son regard révélait qu’il avait dû
connaître des moments difficiles dont il n’était pas encore complètement remis.
— La bande des blocards, enfin réunie au complet ! C’est bon de te revoir en vie, mec. Je te voyais
déjà mis à mort de toutes les manières possibles et imaginables. Je t’ai manqué ? Je parie que tu pleurais
tous les soirs en prononçant mon nom.
— Oui, marmonna Thomas, qui avait encore un peu de mal à trouver ses mots.
Il se détacha de ses amis pour s’approcher de Teresa. Il éprouvait un besoin irrésistible de vider son
sac, de faire la paix avec elle avant d’envisager la suite.
— Salut.
— Salut, répondit-elle. Ça va, toi ?
Thomas hocha la tête.
— J’ai passé quelques semaines difficiles. Mais j’ai connu pire. Est-ce que tu… ?
Il s’interrompit. Il avait failli lui demander si elle avait entendu ses appels télépathiques, mais il ne
voulait pas donner l’impression qu’elle lui avait manqué.
— J’ai essayé, Tom. Tous les jours, j’ai essayé de te contacter. Ils ont rompu le lien entre nous, mais
je crois que ça en valait la peine.
Elle lui prit la main, ce qui leur valut un concert de sifflets de la part des blocards.
Thomas s’empressa de dégager sa main, en rougissant jusqu’aux oreilles. La réponse de Teresa
l’avait mis en colère, mais les autres mirent sa réaction sur le compte de la gêne.
— Rhooo, fit Minho. C’est presque aussi mignon que la fois où elle t’a collé le manche de son épieu
dans la gueule.
— C’est ça, l’amour ! soupira Poêle-à-frire, avant de lâcher son gros rire caverneux. On aura plutôt
intérêt à se planquer quand ces deux-là auront leur première vraie dispute.
Thomas se moquait pas mal de ce qu’ils pouvaient dire, il tenait à montrer à Teresa qu’il ne lui
pardonnerait pas si facilement. La confiance qui avait pu exister entre eux avant les Épreuves était morte
et enterrée. Peut-être arriveraient-ils à se reparler, mais il se promit qu’à partir de maintenant il n’aurait
plus confiance qu’en Minho et en Newt. Et personne d’autre.

Il allait le lui expliquer quand l’homme-rat descendit l’allée en tapant dans ses mains.
— Allez, asseyez-vous, tout le monde ! On a encore deux ou trois petites choses à voir avant
d’annuler l’Effacement.
Il dit cela d’un ton si naturel que Thomas faillit ne pas relever. Puis il comprit ce qu’il venait
d’entendre et se figea.
Le silence s’abattit sur la salle tandis que l’homme-rat grimpait sur l’estrade et s’avançait jusqu’au
pupitre. Il l’agrippa des deux côtés, eut un sourire forcé et déclara :
— Vous avez bien entendu, jeunes gens. Vous êtes sur le point de recouvrer la mémoire. Vous allez
récupérer tous vos souvenirs, jusqu’au dernier.

CHAPITRE 5

Thomas était abasourdi. L’esprit en ébullition, il alla s’asseoir à côté de Minho.
Alors qu’il avait cherché si longtemps à se remémorer sa vie, sa famille et son enfance – ou
simplement ce qu’il avait fait la veille de son réveil dans le Labyrinthe –, la perspective de tout retrouver
en bloc dépassait son imagination. Mais à mesure qu’il s’habituait à l’idée, il se rendit compte qu’il avait
changé. Tout se rappeler ne lui suffisait plus. Depuis que l’homme-rat lui avait annoncé la fin de leurs
épreuves, une petite voix lui soufflait que tout cela paraissait trop facile.
L’homme-rat s’éclaircit la gorge.
— Comme on vous en a informés lors de vos entretiens individuels, les Épreuves telles que vous les
avez connues sont terminées. Une fois guéris de votre amnésie, je pense que vous me croirez et nous
pourrons passer à la suite. Vous avez tous été briefés sur la Braise et l’objectif des Épreuves. Nous
sommes à deux doigts d’achever notre modèle de la zone mortelle. Pour ce qui nous reste à faire – affiner
les éléments dont nous disposons –, nous aurons besoin de vous en pleine possession de vos moyens et
nous comptons sur votre coopération. Alors, félicitations.
— J’ai bien envie de t’attraper et de te casser le nez, déclara Minho sur un ton effroyablement calme.
J’en ai marre de te voir agir comme si tout se déroulait sans accroc, comme si la moitié de nos amis n’y
avaient pas laissé leur peau.
— J’adorerais voir saigner ce sale petit nez de fouine ! grogna Newt.
La colère qu’on sentait dans sa voix surprit Thomas. Il se demanda ce que Newt avait pu subir au
cours de la phase 3.
L’homme-rat leva les yeux au plafond et soupira.
— On vous a déjà prévenus des conséquences si vous essayez de vous en prendre à moi. Je peux
vous assurer que vous êtes encore sous surveillance. Par ailleurs, je suis navré que certains d’entre vous
y soient restés, mais en fin de compte, ça en valait la peine. Ce qui m’inquiète, c’est que vous semblez
persister à ne pas vouloir comprendre ce qui est en jeu. Nous sommes en train de parler de la survie de
l’espèce humaine.
Minho prit une inspiration comme pour se lancer dans un grand discours, mais s’interrompit et
referma la bouche.
Thomas était convaincu que l’homme-rat, malgré son apparente sincérité, était en train de leur tendre
un piège. Il n’avait fait que ça depuis le début. Pourtant, cela ne leur servirait à rien de l’affronter à ce
stade – ni en paroles, ni avec les poings. Dans l’immédiat, ils devaient surtout faire preuve de patience.
— Je propose qu’on se calme tous, dit Thomas d’une voix égale. Écoutons ce qu’il a à dire.
Poêle-à-frire intervint alors que l’homme-rat se préparait à continuer.
— Pourquoi voulez-vous qu’on vous fasse confiance à propos de… comment vous appelez ça ?

L’Effacement ? Après tout ce que vous nous avez fait, à nous, à nos amis, vous voudriez annuler
l’Effacement ? Je ne crois pas. Je préfère continuer à tout ignorer de mon passé, merci bien.
— WICKED is good, murmura Teresa.
— Hein ? fit Poêle-à-frire.
Tout le monde se tourna vers elle.
— WICKED is good, répéta-t-elle, plus fort, en pivotant sur son siège pour affronter le regard des
autres. Le méchant est bon. De tout ce que j’aurais pu écrire sur mon bras en émergeant du coma, voilà ce
que j’ai choisi de retenir. Je n’arrête pas d’y repenser ; il y a forcément une raison à ça. Alors, je serais
d’avis qu’on la boucle et qu’on fasse ce qu’il nous dit. On ne pourra pas comprendre tant qu’on n’aura
pas récupéré nos souvenirs.
— Je suis d’accord ! s’écria Aris, avec plus de force qu’il ne paraissait nécessaire.
Thomas se tut pendant qu’un débat animé éclatait dans la pièce, opposant principalement les
blocards, qui se rangeaient derrière Poêle-à-frire, et les membres du groupe B, qui soutenaient Teresa. Ils
n’auraient pas pu choisir un plus mauvais moment pour se déchirer.
— Silence ! cria l’homme-rat en frappant du poing son pupitre. (Il attendit que tout le monde se soit
calmé pour continuer.) Écoutez, personne ne peut vous en vouloir de votre méfiance. On vous a poussés à
la limite de la résistance humaine, vous avez vu mourir des camarades, expérimenté la terreur sous sa
forme la plus pure. Mais je vous promets qu’à l’arrivée, quand vous regarderez en arrière, vous ne
regretterez pas…
— Et si on est contre ? le coupa Poêle-à-frire. Si on ne tient pas à recouvrer la mémoire ?
Thomas se tourna vers son ami avec soulagement. Il se posait exactement la même question.
L’homme-rat soupira.
— Parce que vous n’avez pas envie de vous rappeler, ou parce que vous n’avez pas confiance en
nous ?
— Oh, je ne vois vraiment pas pourquoi on se méfierait, ironisa Poêle-à-frire.
— Vous ne comprenez toujours pas que, si nous voulions vous faire du mal, ce serait déjà fait ?
(L’homme baissa les yeux sur son pupitre, puis releva la tête.) Si vous préférez conserver l’Effacement,
très bien. Restez sur la touche et regardez les autres.
Un choix ou un bluff ? Thomas aurait été incapable de le dire, mais cette réponse le surprit
néanmoins.
Le silence retomba sur l’auditorium, et avant que quiconque n’ait pu dire quoi que ce soit, l’hommerat se dirigea vers la porte du fond. En l’atteignant, il se retourna vers eux une dernière fois.
— Vous tenez vraiment à passer le reste de votre vie sans rien vous rappeler de vos parents ? De
votre famille, de vos amis ? Vous seriez prêts à renoncer aux bons souvenirs que vous avez d’avant cette
expérience ? Parfait. Mais sachez que l’occasion ne se représentera peut-être pas.
Thomas soupesa la décision. Il aurait bien voulu se remémorer sa famille, certes. Il y avait souvent
pensé. Mais il commençait à connaître le WICKED. Et il n’avait pas l’intention de tomber dans un autre
de ses pièges. Il se battrait jusqu’au bout pour empêcher ces gens de lui trafiquer le cerveau encore une
fois. Quel crédit pourrait-il accorder aux souvenirs qu’on lui rendrait, de toute manière ?
Et puis, il y avait ce qu’il avait ressenti quand l’homme-rat leur avait annoncé que le WICKED
annulerait l’Effacement. Outre le fait qu’il ne pourrait pas se fier à la mémoire que lui rendrait le
WICKED, il avait peur. Si tout ce qu’il avait appris jusque-là était vrai, il ne tenait pas à replonger dans
son passé. Il ne comprenait pas la personne qu’il avait soi-disant été. Surtout, il ne l’aimait pas du tout.
Il regarda l’homme-rat ouvrir la porte et quitter la salle. Aussitôt après son départ, il se pencha entre
Minho et Newt de manière à ce qu’eux seuls puissent l’entendre.
— Pas question d’entrer dans leur jeu. Je refuse.
Minho lui pressa l’épaule.

— Pareil. D’ailleurs, même si j’avais confiance, pourquoi est-ce que je voudrais me souvenir ?
Regardez Ben et Alby, ce que ça leur a fait.
Newt hocha la tête.
— Il va falloir agir, et vite. Je crois que je vais démolir quelques-uns de ces tocards, je me sentirai
mieux après.
Thomas acquiesça de la tête, tout en sachant qu’ils devaient rester prudents.
— Pas trop vite quand même, prévint-il. On n’a pas intérêt à se rater. Mieux vaut attendre le bon
moment.
Ce sentiment lui était devenu si étranger que Thomas s’étonna de l’éprouver : il sentait une grande
force s’écouler en lui. Il était de nouveau en compagnie de ses amis, et les Épreuves étaient finies, pour
de bon. Quoi qu’il advienne, ils ne seraient plus les pions du WICKED.
Ils se levèrent et se dirigèrent vers la porte. Au moment de poser la main sur la poignée, Thomas se
figea. Consterné par ce qu’il entendait. Le reste du groupe continuait à parler, et la plupart des autres
avaient choisi de recouvrer la mémoire.
*
L’homme-rat les attendait hors de l’auditorium. Il les entraîna le long d’une succession de couloirs
aveugles jusqu’à une grande porte en acier. Fermée par un verrou imposant, elle paraissait
hermétiquement scellée. Leur guide appliqua une carte magnétique contre un renfoncement dans l’acier et,
après quelques déclics, le battant métallique coulissa avec un grincement qui n’était pas sans rappeler les
portes du Labyrinthe.
Une autre porte apparut derrière ; une fois le groupe massé dans le sas, l’homme-rat referma la
première porte avant de déverrouiller la deuxième avec la même carte. Ils découvrirent une vaste salle :
mêmes carrelage et murs beiges que dans les couloirs, de nombreux casiers et plans de travail, ainsi que
plusieurs lits alignés contre le mur du fond, surmontés chacun d’un appareillage étrange et inquiétant,
sorte de masque en métal luisant relié à des tubes en plastique. Thomas se voyait mal autoriser qui que ce
soit à lui installer ça sur le visage.
L’homme-rat indiqua les lits.
— C’est ici que nous allons annuler votre Effacement, annonça-t-il. Ne vous inquiétez pas, je sais que
le matériel a l’air impressionnant, mais la procédure n’est pas aussi douloureuse qu’on pourrait le croire.
— Pas aussi douloureuse ? répéta Poêle-à-frire. Drôlement rassurant.
— Je ne vais pas vous raconter que vous ne sentirez rien, nous parlons quand même de chirurgie,
répliqua l’homme-rat en s’approchant d’une grosse machine à gauche des lits, bardée de voyants
clignotants, de boutons et d’écrans de contrôle. Il s’agit de vous retirer un petit appareil implanté dans la
partie de votre cerveau consacrée à la mémoire à long terme. Mais c’est sans danger, je vous le promets.
Il pressa différents boutons, et un grésillement s’éleva dans la pièce.
— Minute, dit Teresa. Est-ce que vous allez aussi nous retirer ce qui vous permet de nous contrôler ?
L’image de Teresa à l’intérieur de la cabane dans la Terre Brûlée revint à Thomas. Ainsi que celle
d’Alby, se cabrant sur son lit à la ferme. Ou celle de Gally en train de poignarder Chuck. Tous avaient été
sous le contrôle du WICKED. Pendant une fraction de seconde, Thomas hésita : pouvait-il se permettre
de rester à leur merci ? Ne ferait-il pas mieux d’accepter l’opération ? Puis son doute s’évanouit. C’était
une question de méfiance. Il refusait de s’en remettre à eux.
Teresa continua :
— Et concernant, heu…
Elle s’interrompit, en regardant Thomas.
Il savait à quoi elle pensait. À leur capacité de communication télépathique. Sans parler de ce qui

allait avec : cette sensation étrange de la présence de l’autre quand tout fonctionnait normalement,
presque comme s’ils partageaient un seul et même cerveau. L’idée de perdre ce pouvoir plut beaucoup à
Thomas. Peut-être que la sensation de manque causée par l’absence de Teresa disparaîtrait aussi.
Teresa se racla la gorge et reprit :
— Est-ce que vous allez tout nous retirer ? Vraiment tout ?
L’homme-rat fit oui de la tête.
— Tout, sauf le minuscule appareil qui nous permet d’enregistrer vos schémas cérébraux. Et pas la
peine de préciser à quoi tu penses, parce que je le lis dans tes yeux : oui, Thomas, Aris et toi ne pourrez
plus profiter de votre petit avantage. Nous l’avons coupé temporairement, mais là, vous le perdrez pour
toujours. Par contre, vous retrouverez votre mémoire à long terme et nous ne serons plus en mesure de
vous manipuler. C’est une offre globale, j’en ai peur. À prendre ou à laisser.
Les autres s’agitèrent, inquiets, en se murmurant des questions à voix basse. Les esprits étaient en
ébullition. Il y avait tant de choses à considérer, tant d’implications à prendre en compte. Tellement de
raisons d’en vouloir au WICKED. Mais chez la plupart, le sentiment de colère semblait avoir cédé la
place à l’impatience d’en finir.
— Bon, eh bien, je crois que nous sommes prêts, annonça l’homme-rat. Un dernier détail, quand
même. Il faut que je vous dise une chose avant que vous ne retrouviez la mémoire. Ce sera plus facile si
vous l’apprenez de ma bouche plutôt que… qu’en vous rappelant le protocole de test.
— De quoi est-ce que vous parlez ? voulut savoir Harriet.
L’homme-rat croisa les mains dans le dos, le visage grave.
— Certains d’entre vous sont immunisés contre la Braise. Mais… pas tous. Je vais vous lire la liste.
Essayez de prendre ça le plus calmement possible, s’il vous plaît.

CHAPITRE 6

Un lourd silence s’installa dans la pièce, à peine troublé par le bourdonnement de la machine et son
bip régulier. Thomas savait qu’il faisait partie des immunisés mais ignorait qui étaient les autres. La peur
abjecte qu’il avait éprouvée en apprenant que tous ne l’étaient pas lui revint en force.
— Pour qu’un essai clinique produise des résultats fiables, expliqua l’homme-rat, on a besoin d’un
groupe témoin. Nous avons fait le maximum pour vous protéger du virus le plus longtemps possible.
Malheureusement, il circule dans l’air et il est hautement contagieux.
Il s’interrompit, le temps de croiser le regard de chacun.
— Crachez le morceau, grogna Newt. On a compris depuis longtemps qu’on était tous contaminés.
Vous n’allez pas nous briser le cœur.
Thomas s’aperçut que Teresa s’agitait à côté de lui. Était-elle au courant, elle aussi ? Il supposa
qu’elle devait être immunisée, comme lui, sans quoi le WICKED ne leur aurait pas attribué des rôles
spéciaux.
L’homme-rat s’éclaircit la voix.
— D’accord, d’accord. La plupart d’entre vous sont immunisés et nous ont aidés à rassembler des
données inestimables. Seuls deux d’entre vous sont considérés comme des Candidats potentiels, mais j’y
reviendrai plus tard. Passons à la liste, maintenant. Les personnes suivantes ne sont pas immunisées :
Newt…
Thomas eut la sensation d’avoir pris un coup en plein thorax. Il se plia en deux et fixa le sol.
L’homme-rat énuméra d’autres noms, mais Thomas leur prêta à peine attention, submergé par le
bourdonnement qui lui emplissait les oreilles et lui obscurcissait les idées. Sa propre réaction le surprit :
il ne s’était pas rendu compte à quel point il tenait à Newt avant cette déclaration. Une révélation le
frappa : l’homme-rat expliquait que les sujets témoins représentaient en quelque sorte la colle qui soudait
les différentes données du projet en un tout cohérent et pertinent.
La Colle. C’était le titre donné à Newt par son tatouage dans le cou, pareil à une cicatrice noire.
— Ho, Tommy, secoue-toi un peu !
Thomas releva la tête et découvrit Newt planté devant lui, les bras croisés, affichant un sourire forcé.
Il se redressa.
— Que je me secoue ? Ce vieux tocard vient de nous apprendre que tu n’es pas immunisé. Comment
veux-tu que je… ?
— Je me fiche pas mal d’avoir la Braise, mec. Je n’aurais jamais cru vivre aussi longtemps, de toute
manière, sans compter que notre vie n’a rien de particulièrement drôle.
Thomas n’aurait pas su dire si son ami était sérieux ou s’il s’efforçait simplement de jouer les durs.
Mais devant son rictus insistant, il s’obligea à sourire à son tour.

— Bon ! Si ça ne te dérange pas de devenir cinglé et de vouloir dévorer les petits enfants, on ne va
pas pleurer sur ton sort.
— Je ne te le fais pas dire, conclut Newt, mais son sourire s’effaça.
Thomas tourna son attention vers le reste de l’assistance. L’un des blocards – un dénommé Jackson,
qu’il ne connaissait pas très bien – regardait droit devant lui, les yeux vides ; un autre tâchait de
dissimuler ses larmes. L’une des filles du groupe B sanglotait, les yeux rougis ; deux de ses amies
tentaient de la réconforter.
— Je tenais à ce que ce soit clair, dit l’homme-rat. Ceux d’entre vous qui ne sont pas immunisés n’en
sont qu’aux premiers stades de la maladie. J’ai la conviction que nous serons en mesure de vous proposer
un traitement avant qu’il ne soit trop tard.
— Et si vous ne trouvez pas de traitement ? demanda Minho.
L’homme-rat l’ignora. Il s’approcha du premier lit et posa la main sur l’instrument métallique étrange
suspendu au plafond.
— Voici un équipement dont nous sommes très fiers, une prouesse technique et médicale
remarquable. On appelle cela un rétracteur ; c’est lui qui va faire tout le travail. On le placera sur votre
visage, et je vous garantis que vous serez toujours aussi beaux après l’opération. Des filaments vont en
sortir et s’enfoncer dans votre tête par les canaux de l’oreille. Ils se chargeront de retirer l’implant de
votre cerveau. Le personnel médical vous administrera un sédatif pour vous détendre ainsi qu’un produit
pour atténuer la sensation.
Il promena un regard circulaire sur la pièce.
— Vous tomberez dans une sorte de transe le temps que vos terminaisons nerveuses se réparent et que
vos souvenirs vous reviennent. Ce sera un peu comme ce que vous appeliez la Transformation, dans le
Labyrinthe, mais pas en aussi violent, je vous le promets. Nous disposons de plusieurs salles comme
celle-ci, et de toute une équipe de médecins qui vous attendent. Alors je suis sûr que vous avez des
millions de questions à poser, mais comme la plupart d’entre elles trouveront leurs réponses dans vos
propres souvenirs, je vais attendre la fin de l’opération pour assouvir votre curiosité.
L’homme-rat marqua une pause, puis conclut :
— Donnez-moi juste un petit moment pour m’assurer que nos équipes sont prêtes. Profitez-en pour
prendre votre décision.
Il traversa la pièce dans un silence à peine troublé par le froissement d’étoffe des jambes de son
pantalon et sortit par la première porte blindée, qu’il referma derrière lui. Puis tout le monde se mit à
parler en même temps.
Teresa s’approcha de Thomas, suivie de près par Minho. Ce dernier se pencha pour se faire entendre
dans la cacophonie.
— C’est vous deux qui en savez le plus et qui vous rappelez le plus de choses. Teresa, ce n’est pas
un secret, je ne t’aime pas. Mais je tiens quand même à savoir ce que tu en penses.
Thomas était curieux lui aussi d’entendre l’avis de son ex-amie. Il lui adressa un hochement de tête et
attendit sa réponse. Au fond de lui, il espérait bêtement qu’elle prendrait enfin position contre le
WICKED.
— On devrait le faire, dit Teresa. (Thomas n’en fut pas surpris ; son mince espoir s’éteignit pour de
bon.) Pour moi, c’est la seule solution. On a besoin de retrouver la mémoire pour avoir une vision
d’ensemble. Et décider ce qu’on veut faire ensuite.
Le cerveau de Thomas travaillait à plein régime.
— Teresa, je sais bien que tu n’es pas idiote. Seulement, tu as toujours été à fond derrière le
WICKED. Je ne sais pas exactement ce que tu manigances mais je ne marche pas.
— Moi non plus, dit Minho. Ils ont les moyens de nous manipuler, de nous trafiquer la cervelle, nom
de Dieu ! Comment voulez-vous qu’on sache si ce sont bien nos souvenirs qu’ils nous rendront, ou s’ils

se contenteront de nous en implanter de nouveaux ?
Teresa soupira.
— Vous êtes complètement à côté de la plaque ! S’ils peuvent vraiment faire de nous ce qu’ils
veulent, pourquoi se donner tant de mal pour nous laisser le choix ? En plus, ils ont dit qu’ils nous
retireraient aussi la partie qui leur permet de nous contrôler, justement. J’ai l’impression qu’ils sont
sincères.
— Bof, je n’ai jamais eu confiance en toi de toute manière, dit Minho en secouant la tête. Et en eux
encore moins. Je suis de l’avis de Thomas.
— Et Aris ? (Newt s’était montré si discret que Thomas ne l’avait pas entendu s’approcher en
compagnie de Poêle-à-frire.) Tu nous as bien dit qu’il était avec vous avant que vous ne débarquiez dans
le Labyrinthe ? Qu’est-ce qu’il en pense, lui ?
Thomas fouilla la pièce du regard et découvrit Aris en grande conversation avec plusieurs de ses
amies du groupe B. Il traînait sans arrêt avec elles, ce qui paraissait logique, vu qu’il avait subi
l’expérience du Labyrinthe dans leur groupe. Mais Thomas ne pourrait jamais lui pardonner l’aide qu’il
avait apportée à Teresa dans la Terre Brûlée, en l’attirant dans la grotte.
— Je vais lui demander, proposa Teresa.
Thomas et ses amis la regardèrent s’éloigner. Elle et son petit groupe échangèrent bientôt des
murmures furieux.
— Je déteste cette gonzesse, déclara Minho.
— Arrête, elle n’est pas si mal, plaida Poêle-à-frire.
Minho leva les yeux au plafond.
— En tout cas, si elle marche, moi je refuse.
— Moi aussi, approuva Newt. Et pourtant j’ai la Braise, alors j’ai plus à perdre que n’importe qui.
Mais je ne veux plus rentrer dans leur sale petit jeu.
Thomas, pour sa part, avait déjà pris sa décision.
— Écoutons simplement ce qu’elle va nous dire. La voilà qui revient.
La discussion entre Aris et Teresa n’avait pas duré longtemps.
— Il est encore plus convaincu que moi, leur dit-elle. Ils sont tous d’accord.
— Bon, ça tranche la question pour moi, annonça Minho. Si Aris et Teresa sont pour, je suis contre.
Thomas n’aurait pas dit mieux. Son instinct lui soufflait que Minho avait raison, mais il se garda de
formuler son opinion à voix haute. Il préféra scruter le visage de Teresa. Celle-ci se tourna vers lui avec
une expression qu’il connaissait bien : elle s’attendait à ce qu’il se range derrière elle. Le problème,
c’est qu’il doutait désormais des raisons qui la poussaient à rechercher son approbation.
Il la fixa en s’appliquant à rester indifférent, et vit son visage se décomposer.
— Comme vous voudrez, dit-elle.
Elle secoua la tête et s’éloigna.
Malgré tout, Thomas ressentit un pincement au cœur en la voyant se retirer à l’autre bout de la pièce.
— Les mecs, dit Poêle-à-frire, on ne va quand même pas les laisser nous coller ça sur la figure,
hein ? Je préférerais encore retourner dans ma cuisine à la ferme !
Newt attrapa Thomas et Minho par le bras et les entraîna à l’écart.
— J’en ai assez entendu. Pas question que je m’allonge sur l’un de ces lits.
Minho lui pressa l’épaule.
— Moi non plus.
— Pareil pour moi, dit Thomas.
Puis il formula enfin ce qui le travaillait depuis des semaines.
— On va faire profil bas, comme si on était d’accord pour jouer leur jeu, murmura-t-il. Mais à la
première occasion, on leur rentre dans le lard et on se tire d’ici !

CHAPITRE 7

L’homme-rat revint avant que Newt ou Minho n’aient pu réagir. À en juger par leur expression,
cependant, Thomas était sûr de pouvoir compter sur eux à cent pour cent.
D’autres personnes les rejoignirent dans la pièce, et Thomas porta son attention sur ce qui se passait.
Les nouveaux venus étaient tous vêtus d’une sorte de combinaison ample de couleur verte barrée du sigle
WICKED en travers du torse. Thomas fut frappé de constater à quel point chaque détail de cette
expérience avait été soigneusement pensé. Le nom de l’organisation des Créateurs était-il lui-même l’une
des variables ? Un mot chargé de menace, pour représenter une entité dont ils affirmaient par ailleurs
qu’elle était bonne ? C’était sans doute une pique de plus pour voir ce qu’ils ressentaient.
Depuis le début, ils n’arrêtaient pas de jouer aux devinettes.
Les médecins prirent place chacun auprès d’un lit. Ils entreprirent de manipuler les masques
accrochés au plafond, en réglant la longueur des tubes, en actionnant des molettes et des boutons que
Thomas ne voyait pas.
— Nous vous avons assigné vos couchettes, annonça l’homme-rat en consultant une feuille sur la
tablette à pince qu’il avait rapportée avec lui. Ceux qui restent dans cette pièce sont… (Il énuméra
plusieurs noms, dont ceux de Sonya et d’Aris, mais pas celui de Thomas ni d’aucun des blocards.) Ceux
que je n’ai pas appelés, suivez-moi, s’il vous plaît.
La situation prenait une tournure bizarre, trop banale, trop désinvolte pour la gravité de l’enjeu.
Thomas décida de suivre le mouvement en attendant le moment opportun.
Ils accompagnèrent l’homme-rat hors de la pièce et suivirent un long couloir avant de s’arrêter devant
une porte. Leur guide lut d’autres noms sur sa liste, et cette fois Newt et Poêle-à-frire en faisaient partie.
— Ne comptez pas sur moi, déclara Newt. Vous avez dit qu’on pouvait choisir, eh bien, je refuse.
Il lança à Thomas un regard furibond qui semblait indiquer qu’ils feraient mieux d’agir vite avant
qu’il ne devienne cinglé.
— Parfait, répliqua l’homme-rat. Tu finiras bien par changer d’avis. Reste avec moi en attendant
qu’on ait fini de répartir les autres.
— Et toi, Poêle-à-frire ? demanda Thomas, tâchant de cacher sa surprise devant le manque
d’insistance de l’homme-rat.
Le cuisinier eut soudain l’air gêné.
— Je… je crois que je vais opter pour l’opération.
Thomas encaissa le choc.
— Tu es cinglé ! s’exclama Minho.
Poêle-à-frire secoua la tête, adoptant une attitude défensive.
— J’ai envie de me souvenir. Faites votre choix ; laissez-moi faire le mien.

— Continuons, dit l’homme-rat.
Poêle-à-frire s’engouffra dans la pièce en hâte, pour couper court à la discussion. Thomas dut le
laisser partir. Dans l’immédiat, il devait avant tout se préoccuper de lui-même et trouver un moyen de
s’en sortir. Avec un peu de chance il pourrait revenir délivrer les autres ensuite.
L’homme-rat n’appela pas Minho, Teresa ni Thomas avant qu’ils ne soient devant la dernière porte,
en compagnie d’Harriet et de deux autres filles du groupe B. Jusque-là, Newt avait été le seul à refuser
l’opération.
— Non, merci, dit Minho quand l’homme-rat leur fit signe de passer la porte. Mais j’apprécie
l’invitation. Vous vous mettez vraiment en quatre pour vos visiteurs.
Il lui adressa une courbette moqueuse.
— Ne comptez pas sur moi non plus, annonça Thomas.
Il éprouva un frisson d’excitation. Ils allaient bientôt devoir passer à l’action, tenter quelque chose.
L’homme-rat le dévisagea longuement, avec une expression indéchiffrable.
— Tout va bien, monsieur l’homme-rat ? s’inquiéta Minho.
— Je suis le directeur adjoint Janson, rétorqua l’homme d’une voix crispée, comme s’il avait du mal
à conserver son calme. (Il ne quitta pas Thomas des yeux un seul instant.) Témoignez un peu plus de
respect à vos aînés.
— Arrêtez de traiter les gens comme des rats de laboratoire et j’y réfléchirai, promit Minho.
Pourquoi vous matez Thomas comme ça ?
L’homme-rat finit par se tourner vers Minho.
— Parce qu’il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération. (Il marqua une pause, puis se
redressa.) Mais ça ne fait rien. Nous avons affirmé que vous auriez le choix, et nous nous y tiendrons.
Passez tous à l’intérieur, et nous pourrons commencer avec ceux qui veulent bien participer.
Une fois de plus, Thomas fut parcouru d’un frisson. Le moment approchait. Il le sentait. Et à en juger
par son expression, Minho le sentait aussi. Ils échangèrent un hochement de tête discret et suivirent
l’homme-rat dans la pièce.
Celle-ci ressemblait en tout point à la première, avec six lits, les masques et tout le reste. La machine
qui contrôlait l’ensemble bourdonnait déjà. Une personne en combinaison verte de médecin se tenait au
chevet de chaque lit.
Thomas jeta un regard circulaire sur la pièce et retint son souffle. Debout à côté du dernier lit,
habillée tout en vert, se tenait Brenda. Elle avait l’air beaucoup plus jeune que les autres, fraîche et plus
propre qu’il ne l’avait jamais vue dans la Terre Brûlée. Elle lui adressa un petit signe de tête, regarda
brièvement l’homme-rat, puis, avant que Thomas n’ait le temps de réagir, elle traversa la pièce et se jeta
à son cou. Il lui rendit son étreinte, complètement abasourdi mais sans aucune envie de la repousser.
— Brenda, qu’est-ce qui te prend ? aboya Janson. Retourne à ta place !
Elle posa ses lèvres contre l’oreille de Thomas et lui murmura, si bas qu’il l’entendit à peine :
— Ne leur fais pas confiance. Ne fais confiance à per- sonne. Sauf à moi et à la chancelière Paige. À
personne d’autre, jamais.
— Brenda ! hurla presque l’homme-rat.
Elle se détacha de lui et recula.
— Désolée, s’excusa-t-elle. Je suis si heureuse de voir qu’il a survécu à la phase 3…
Elle regagna sa place et se retourna face à eux, le visage neutre.
Janson la foudroya du regard.
— Si tu crois que nous avons le temps pour ce genre de choses…
Incapable de détourner les yeux de la jeune fille, Thomas ne savait plus quoi penser. Il n’avait aucune
confiance dans le WICKED, son avertissement les plaçait donc dans le même camp. Mais dans ce cas,
pourquoi semblait-elle travailler avec eux ? Il la croyait contaminée. Et qui était cette chancelière Paige ?

S’agissait-il d’un autre test ? D’une autre variable ?
Une sensation puissante l’avait envahi pendant leur étreinte. Il repensa au bref contact télépathique
qu’ils avaient eu, Brenda et lui, après qu’on l’avait enfermé dans la pièce blanche. Elle l’avait prévenu
que les choses allaient mal tourner. Il ne comprenait toujours pas comment elle avait fait. Était-elle
vraiment de son côté ?
Teresa, qui n’avait pas prononcé un mot depuis leur départ de la première pièce, s’approcha de lui,
interrompant le cours de ses pensées.
— Qu’est-ce qu’elle fabrique ici ? murmura-t-elle, du venin dans la voix. (Désormais, tout ce qu’elle
pouvait dire ou faire portait sur les nerfs de Thomas.) Je la prenais pour une fondue.
— Aucune idée, grommela Thomas.
Des images fugaces de son errance avec Brenda dans la ville en ruine lui revinrent en mémoire.
Curieusement, cet endroit lui manquait. Il avait apprécié ces moments passés seul avec elle.
— Peut-être que… qu’elle m’a simplement balancé une nouvelle variable.
— Tu crois qu’elle était dans le coup ? Qu’on l’avait envoyée dans la Terre Brûlée pour veiller à ce
que tout se passe bien ?
— Probablement.
Thomas en avait mal au cœur. Il paraissait logique que Brenda ait été de mèche avec le WICKED
depuis le début. Mais cela voulait dire qu’elle lui avait menti, encore et encore. Il aurait tellement voulu
qu’elle soit différente.
— Je ne l’aime pas, avoua Teresa. Je lui trouve un air… hypocrite.
Thomas se retint de lui hurler dessus. Ou d’éclater de rire. Il se contenta de lui déclarer calmement :
— Va donc les laisser jouer avec ton cerveau.
L’aversion de Teresa pour Brenda était peut-être la meilleure incitation possible à lui faire
confiance.
Teresa le dévisagea durement.
— Juge-moi si ça t’amuse. Je fais simplement ce qui me paraît le mieux.
Puis elle s’écarta de lui, pour attendre les instructions de l’homme-rat.
Janson assigna les volontaires à leurs lits tandis que Thomas, Newt et Minho se tenaient en retrait et
observaient. Thomas jeta un coup d’œil vers la porte, en se demandant s’ils ne devraient pas essayer de
s’enfuir. Il était sur le point de décocher un petit coup de coude à Minho quand l’homme-rat s’adressa à
eux comme s’il avait lu dans ses pensées :
— On vous surveille, les trois rebelles. N’essayez pas de tenter quoi que ce soit. Des vigiles armés
vont arriver d’un instant à l’autre.
Thomas eut la sensation troublante qu’on avait effectivement lu dans son esprit. En étaient-ils
capables, grâce à ses schémas cérébraux recueillis avec tant de soin ?
— C’est des conneries, souffla Minho en voyant Janson ramener son attention sur les personnes en
train de s’allonger sur les lits. On devrait tenter notre chance ; on verra bien ce qui se passera.
Au lieu de répondre, Thomas regarda Brenda. Le regard rivé au sol, elle paraissait plongée dans ses
pensées. Il avait très envie d’une discussion en tête à tête avec elle. Et pas uniquement à cause de ce
qu’elle lui avait dit.
Des bruits de pas précipités retentirent dans le couloir. Trois hommes et deux femmes firent irruption
dans la pièce, habillés en noir, bardés de matériel – cordes, outils, munitions. Tous brandissaient des
armes massives que Thomas fixa avec ébahissement. Elles éveillaient un vague écho chez lui, et pourtant,
on aurait dit qu’il les voyait pour la première fois. Elles émettaient une lueur bleutée – leur canon central
transparent était bourré de grenades métalliques crépitant d’électricité – et les vigiles les pointaient droit
sur ses amis et lui.
— On a trop attendu, bon sang ! murmura Newt avec colère.

Thomas était certain qu’une opportunité se présenterait bientôt.
— Ils nous seraient tombés dessus dans le couloir de toute manière, répondit-il à voix basse, sans
presque bouger les lèvres. Sois patient.
Janson s’approcha des vigiles. Il indiqua l’une de leurs armes.
— On appelle ça des lanceurs. Ces agents n’hésiteront pas à s’en servir si vous nous créez des
difficultés. Ça ne vous tuera pas, mais croyez-moi, vous passerez les cinq minutes les plus désagréables
de toute votre vie.
— Qu’est-ce qui vous prend ? s’indigna Thomas, surpris de ne pas éprouver plus de peur. Vous aviez
promis de nous laisser le choix. Pourquoi rameuter vos gorilles ?
— Parce que je me méfie de vous. (Janson marqua une pause, le temps de choisir chacun de ses mots
avec précision.) Nous espérions pouvoir compter sur votre collaboration une fois que vous auriez
récupéré vos souvenirs. Ça aurait rendu la suite beaucoup plus facile. Mais je ne vous ai jamais dit que
nous n’avions plus besoin de vous.
— Vous nous avez encore menti, quoi, résuma Minho. Quelle surprise !
— Je ne vous ai pas menti. Vous avez fait votre choix, vous allez devoir vivre avec. (Janson indiqua
la porte.) Gardes, escortez Thomas et les deux autres jusqu’à leur chambre, où ils pourront réfléchir à la
situation en attendant les tests de demain matin. Employez la force si nécessaire.

CHAPITRE 8

Les deux gardes femmes levèrent leurs armes encore plus haut, le canon béant pointé droit sur les
trois garçons.
— Ne nous obligez pas à nous en servir, prévint l’une d’elles. Vous n’avez aucune marge d’erreur.
Au premier geste de travers, on appuie sur la gâchette.
Les trois autres gardes mirent leurs lanceurs en bandoulière puis s’approchèrent des blocards.
Thomas éprouvait un calme étrange, découlant en partie de sa détermination farouche à se battre jusqu’au
bout de ses forces, ainsi qu’un sentiment de satisfaction à voir le WICKED envoyer cinq vigiles armés
pour maîtriser trois adolescents.
Le type qui empoigna Thomas par le bras était deux fois plus costaud que lui. Il franchit la porte et
partit d’un pas vif dans le couloir en tirant Thomas derrière lui. Ce dernier jeta un coup d’œil par-dessus
son épaule et vit un autre garde traîner à moitié Minho sur le sol, suivi de Newt, qui se débattait
vainement.
Les garçons furent emmenés ainsi le long d’une succession de couloirs, sans autres bruits que les
protestations de Minho. Thomas essaya bien de lui dire que cela ne servait à rien, mais Minho l’ignora et
continua à lutter bec et ongles jusqu’à ce que les gardes s’arrêtent devant une porte.
L’une des femmes se servit d’une clé magnétique pour déverrouiller la porte. Elle l’ouvrit, dévoilant
une petite chambre avec quatre lits superposés, une kitchenette ainsi qu’une table et des chaises dans un
coin. Thomas ne s’attendait pas à cela ; il avait plutôt imaginé une sorte de gnouf, comme celui du Bloc,
avec son sol crasseux et sa chaise défoncée.
— Entrez là-dedans, ordonna la femme. On vous apportera à manger tout à l’heure. Estimez-vous
heureux qu’on ne vous laisse pas crever de faim quelques jours, vu votre comportement. Les tests
commencent demain, alors je vous conseille de dormir.
Les trois vigiles hommes poussèrent les blocards dans la pièce et claquèrent la porte derrière eux ; le
déclic du verrou résonna dans l’air.
La sensation d’emprisonnement que Thomas avait connue dans sa cellule lui revint aussitôt. Il se jeta
sur la porte et secoua le bouton de toutes ses forces. Il martela le battant avec ses poings, en hurlant à
pleins poumons qu’on les laisse sortir.
— Écrase, maugréa Newt dans son dos. Tu crois vraiment que quelqu’un va venir nous ouvrir ?
Thomas pivota avec colère, mais face à son ami il s’immobilisa. Minho intervint avant qu’il ne
puisse ouvrir la bouche.
— J’ai l’impression qu’on a raté notre chance, dit-il en se laissant choir sur l’un des lits du bas. On
sera vieux ou morts avant que l’occasion idéale ne se présente, Thomas. Ce n’est pas comme s’ils allaient
faire une annonce : « Attention, nous allons être très occupés pendant les dix prochaines minutes, ce serait

le bon moment pour vous évader. » Il faudra bien qu’on prenne un risque tôt ou tard.
Même s’il en coûtait à Thomas de le reconnaître, son ami avait raison. Ils auraient dû tenter le tout
pour le tout avant l’apparition des gardes.
— Désolé. Je ne le sentais pas. Et une fois qu’ils nous agitaient leurs armes sous le nez, c’était trop
tard pour essayer quoi que ce soit.
— Oui, bah…, fit Minho. En tout cas, c’était touchant, tes retrouvailles avec Brenda.
Thomas inspira profondément.
— Elle m’a dit quelque chose.
Minho se redressa.
— Comment ça ?
— Elle m’a recommandé de ne pas me fier à eux, de n’avoir confiance qu’en elle, et en une certaine
chancelière Paige.
— Qu’est-ce que c’est que ça, encore ? demanda Newt. Elle travaille pour le WICKED, non ? Elle
nous a bien joué la comédie, dans la Terre Brûlée.
— Oui, elle ne vaut pas mieux que les autres, renchérit Minho.
Thomas n’était pas d’accord. Mais il ne se l’expliquait pas lui-même et pouvait encore moins le
justifier auprès de ses amis.
— Écoutez, j’ai travaillé pour eux, moi aussi, et pourtant vous avez confiance en moi, non ? Ça ne
veut rien dire. Peut-être qu’on lui a forcé la main, ou peut-être qu’elle a changé. Je ne sais pas.
Minho plissa les yeux, comme s’il réfléchissait, mais ne dit rien. Newt s’assit à même le sol et croisa
les bras comme un enfant boudeur.
Thomas secoua la tête. Il en avait assez de se creuser la cervelle. Il alla ouvrir le petit réfrigérateur.
Il trouva du fromage et du raisin, qu’il partagea avec ses amis ; il engloutit sa part en quelques bouchées
avant d’avaler d’un trait une bouteille de jus de fruits. Les autres l’imitèrent sans prononcer un mot.
Une femme leur apporta bientôt des assiettes de travers de porc et de pommes de terre qu’ils
dévorèrent également. C’était le début de soirée d’après la montre de Thomas, mais il n’avait absolument
pas sommeil. Assis sur une chaise, il s’interrogea longuement sur la suite des événements. Il se sentait
fautif de n’avoir rien tenté, mais cela ne lui soufflait pas de solution pour autant.
Minho fut le premier à parler depuis qu’on leur avait apporté à manger.
— Peut-être qu’on ferait mieux de leur donner ce qu’ils veulent. Et un de ces jours on sera tous assis
ensemble, tranquilles et gras comme des cochons.
Thomas savait qu’il n’en pensait pas un mot.
— Oui, et peut-être que tu pourrais te trouver une copine, une fille gentille qui travaillerait ici, avec
laquelle tu pourrais te marier et avoir des enfants. Juste à temps pour voir le monde se noyer sous une
marée de fous furieux.
Minho poursuivit dans la même veine.
— Le WICKED va bien finir par mettre au point son foutu modèle, et après, on vivra tous heureux
jusqu’à la fin des temps.
— Vous n’êtes pas drôles, bougonna Newt. Même s’ils découvraient un remède, vous avez vu à quoi
ça ressemble, dehors, dans la Terre Brûlée. Il faudra un sacré bout de temps avant que les choses ne
reviennent à la normale. Même en supposant que ce soit possible, on ne sera plus là pour le voir.
— Après tout ce qu’ils nous ont fait, je ne crois plus un mot de ce qu’ils nous racontent, dit Thomas.
Il n’arrivait pas à accepter ce qu’il avait appris sur Newt, son ami, qui aurait fait n’importe quoi pour
les autres. On lui avait annoncé qu’il était condamné à mort dans le seul but d’observer ce qui se
passerait.
— Ce type, Janson, il croit savoir ce qu’il fait, continua Thomas. Il est persuadé d’agir pour la bonne
cause. Que l’espèce humaine va finir par s’éteindre à moins qu’on ne commette le pire pour la sauver.

Même les quelques personnes immunisées ne feraient sans doute pas de vieux os dans un monde où
quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population sont constitués de tueurs psychotiques.
— Où veux-tu en venir ? demanda Minho.
— Ce que je veux dire, c’est qu’avant qu’on m’efface la mémoire je croyais probablement à ces
conneries. Mais plus maintenant.
Et ce qui le terrifiait le plus, c’était l’idée que recouvrer la mémoire risquait de le faire changer
d’avis là-dessus.
— Alors essayons de ne pas gâcher notre prochaine chance, Tommy, dit Newt.
— Demain, proposa Minho. D’une manière ou d’une autre.
Thomas les dévisagea longuement l’un et l’autre.
— D’accord. D’une manière ou d’une autre.
Newt bâilla, déclenchant une réaction similaire chez les deux autres.
— Dans ce cas, on ferait mieux de la boucler et de roupiller un peu.

CHAPITRE 9

Il lui fallut plus d’une heure, les yeux ouverts dans le noir, mais Thomas finit par s’endormir. Et
quand il le fit, ses rêves brassèrent pêle-mêle des images et des souvenirs épars.
*
Une femme, assise à une table, sourit en le regardant droit dans les yeux par-dessus la surface de bois
poli. Il la regarde soulever une tasse d’un liquide fumant et en boire prudemment une gorgée. Nouveau
sourire. Puis elle lui dit :
— Mange tes céréales. Sois gentil.
C’est sa mère. La tendresse se lit sur son visage ; son amour pour lui éclate quand elle sourit. Elle le
regarde manger jusqu’à ce qu’il ait fini, puis elle attrape son bol pour le mettre dans l’évier après lui
avoir ébouriffé les cheveux.
Il se retrouve alors dans une petite pièce tapissée de moquette, en train de construire un château
gigantesque avec des blocs argentés qui donnent l’impression de fusionner les uns avec les autres. Assise
dans un coin, sa mère sanglote. Il comprend aussitôt pourquoi. On vient de diagnostiquer la Braise à son
père, qui en montre déjà les premiers symptômes. Il ne fait aucun doute que sa mère est contaminée aussi,
ou qu’elle le sera bientôt. Le Thomas du rêve sait qu’il ne faudra pas longtemps aux médecins pour se
rendre compte qu’il a le virus lui aussi mais qu’il est immunisé contre ses effets. Ils achèvent la mise au
point du test qui permettra de l’établir.
Ensuite il fait du vélo par une chaude journée. L’air ondule au-dessus de la chaussée, et les pelouses
des deux côtés de la route sont sèches et jaunies. Il sourit, en nage. Sa mère l’accompagne, et il voit bien
qu’elle savoure chaque instant. Ils se dirigent vers un étang voisin. L’eau dégage une odeur nauséabonde.
Elle ramasse des cailloux pour qu’il s’amuse à les jeter dans les profondeurs vaseuses. Au début il les
lance le plus loin possible mais après il essaie de faire des ricochets comme son père le lui a montré
l’été dernier. Il n’y arrive toujours pas. Fatigués, vidés de leur force par la chaleur suffocante, sa mère et
lui finissent par retourner à la maison.
Puis les images de son rêve – ses souvenirs – prennent une tonalité plus sombre.
Il est de retour à l’intérieur, en présence d’un homme en costume sombre assis sur le canapé. Le
visage grave, des documents à la main. Thomas est debout à côté de sa mère et lui tient la main. Le
WICKED vient d’être fondé à l’initiative de tous les gouvernements du monde – du moins de ceux qui ont
survécu aux éruptions solaires, lesquelles ont eu lieu bien avant la naissance de Thomas. Son objectif est
d’étudier ce qu’il convient désormais d’appeler la zone mortelle, où la Braise effectue ses ravages. Le
cerveau.

L’homme affirme que Thomas est immunisé. Que d’autres le sont aussi. Moins de un pour cent de la
population, presque tous sous la barre des vingt ans. Et que le monde est dangereux pour eux. On leur en
veut d’échapper à ce virus effroyable, on les traite d’Imunes. On leur fait des choses terribles. Le
WICKED prétend être en mesure de protéger Thomas, qui peut l’aider à rechercher un remède. Il affirme
qu’il est très intelligent, l’un des plus intelligents de tous ceux qui ont passé les tests. Sa mère n’a pas
d’autre choix que de le laisser partir. Elle n’a pas envie de voir son garçon la regarder sombrer lentement
dans la folie.
Plus tard, elle dit à Thomas qu’elle l’aime et qu’elle est bien contente de savoir qu’il ne connaîtra
pas le même sort épouvantable que son père. Ils ont vu la folie le dépouiller peu à peu de tout ce qu’il
était, de tout ce qui faisait de lui un être humain.
Après cela, le rêve se brouille et Thomas s’enfonce dans un sommeil comateux.
*
Des coups brutaux frappés à la porte le réveillèrent le lendemain matin. Il eut à peine le temps de se
redresser sur les coudes que les cinq vigiles de la veille pénétraient dans la pièce, l’arme à la main.
Janson les accompagnait.
— Debout, les garçons ! lança l’homme-rat. Nous avons décidé de vous rendre la mémoire, en fin de
compte. Que ça vous plaise ou non.

CHAPITRE 10

Thomas avait l’esprit encore engourdi par son rêve. Il ne comprit pas tout de suite ce que l’autre
venait de dire.
— Mon cul, oui ! répliqua Newt.
Il était levé, les poings serrés, en train de fixer Janson d’un regard furieux.
Thomas ne l’avait jamais vu aussi en colère. Puis la force des paroles de l’homme-rat l’arracha à son
hébétude.
Il fit basculer ses jambes hors du lit.
— Vous aviez dit qu’on pourrait décider.
— J’ai peur que nous n’ayons pas le choix, s’excusa Janson. L’heure n’est plus aux faux-semblants.
Ça ne pourra pas fonctionner si vous restez dans le brouillard tous les trois. Je suis désolé, mais c’est
nécessaire. Newt, c’est quand même toi qui as le plus à gagner d’un remède, après tout.
— Je me fiche pas mal de ce que je vais devenir, grogna Newt d’une voix sourde.
L’instinct de Thomas prit les commandes. L’heure était venue de passer à l’action.
Il dévisagea Janson avec attention. Celui-ci se radoucit et respira profondément, comme s’il sentait la
tension grandir dans la pièce et cherchait à la désamorcer.
— Écoutez, Newt, Minho, Thomas. Je comprends ce que vous ressentez. Vous avez traversé des
moments effroyables. Mais le pire est derrière vous. Nous ne pouvons pas modifier le passé, ni effacer ce
qui vous est arrivé, à vos amis et à vous. Mais à ce stade, il serait dommage de ne pas compléter le
modèle, vous ne croyez pas ?
— Vous ne pouvez rien effacer ? s’écria Newt. C’est tout ce que vous avez à dire ?
— Reste où tu es ! prévint l’un des gardes en pointant son arme sur Newt.
Le silence s’abattit sur la pièce. Newt paraissait hors de lui.
Janson continua :
— Nous n’avons pas toute la journée. Ou bien vous nous suivez de votre plein gré, ou nous allons
devoir recommencer comme hier. Mes hommes sont prêts à tirer, je vous le garantis.
Minho se laissa tomber de la couchette au-dessus de celle de Newt.
— Il a raison, déclara-t-il tranquillement. Si on a une chance de te sauver, Newt – et Dieu sait
combien d’autres tocards par la même occasion –, ce serait crétin de rester une seconde de plus dans
cette chambre. (Il jeta un bref regard à Thomas puis indiqua la porte d’un signe de tête.) Allez, amenezvous.
Il passa devant l’homme-rat et ses gardes et sortit dans le couloir sans se retourner.
Janson haussa les sourcils à l’intention de Thomas, lequel s’efforçait de cacher sa surprise. Cette
volte-face de Minho était tellement inattendue : il devait avoir un plan. Faire semblant de collaborer leur

ferait gagner du temps.
Thomas tourna le dos à l’homme-rat et aux gardes pour adresser un clin d’œil à Newt.
— Ça ne coûte rien d’écouter ce qu’ils veulent, dit-il avec toute la désinvolture et la sincérité qu’il
put rassembler. J’ai travaillé pour ces tocards avant le Labyrinthe, après tout. Je ne pouvais pas avoir
complètement tort à ce moment-là, si ?
— Ben voyons, fit Newt.
Il leva les yeux au ciel, mais se dirigea vers la porte, et Thomas sourit intérieurement de cette petite
victoire.
— Vous serez des héros à la fin de cette histoire, vous verrez, promit Janson tandis que Thomas
sortait dans le couloir à la suite de Newt.
— Oh, fermez-la, répliqua Thomas.
Les trois blocards suivirent l’homme-rat dans le dédale des couloirs. Tout en marchant, Janson se mit
à jouer les guides touristiques. Il leur expliqua que les bâtiments comportaient peu de fenêtres en raison
de la violence des intempéries et des attaques fréquentes de contaminés. Il mentionna l’orage qui avait
éclaté le soir où les blocards avaient été emmenés hors du Labyrinthe, et la meute de fondus qui avaient
franchi le périmètre extérieur pour les regarder embarquer dans le bus.
Thomas n’avait pas oublié cette nuit-là. Il se rappelait encore la secousse des pneus roulant sur la
femme qui l’avait accosté avant qu’il ne monte dans le bus. Le chauffeur n’avait même pas ralenti. Il avait
du mal à croire que cela remontait à quelques semaines tout au plus.
— Écoutez, sérieusement, bouclez-la, finit par lâcher Newt.
Et contre toute attente, l’homme-rat s’exécuta, quoique sans effacer son petit sourire narquois.
En arrivant dans la partie du bâtiment qu’ils avaient quittée la veille, il s’arrêta et se retourna pour
leur parler.
— J’espère que tout va bien se passer aujourd’hui. J’attends de votre part une coopération complète.
— Où sont les autres ? s’enquit Thomas.
— Les autres sujets sont en train de récupérer…
Avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, Newt bondit, le saisit par les revers de sa veste blanche et
le plaqua contre une porte.
— Appelez-les « sujets » encore une fois, et je vous casse la gueule !
Deux gardes lui tombèrent dessus aussitôt ; ils le jetèrent au sol et lui braquèrent leurs lanceurs sous
le nez.
— Attendez ! s’écria Janson. Attendez. (Il remit de l’ordre dans sa tenue.) Ne tirez pas. Finissons-en,
c’est tout.
Newt se releva lentement, les bras levés.
— Ne nous traitez pas de « sujets ». On n’est pas des rats de laboratoire. Et dites à vos gorilles de se
calmer. Je n’allais pas vous faire de mal. Enfin, pas trop.
Il glissa un regard interrogateur vers Thomas.
Le WICKED est bon.
Sans qu’il sache pourquoi, Thomas se remémora brusquement ces mots. À croire que son ancien moi
essayait de le convaincre de leur importance. De le persuader qu’il fallait coûte que coûte trouver un
remède à la Braise.
Quelque chose avait changé, pourtant. Comment avait-il pu tomber dans ce panneau ? Il n’était plus le
même aujourd’hui… mais il allait leur donner l’ancien Thomas une dernière fois.
— Newt, Minho, déclara-t-il avant que l’homme-rat ne reprenne la parole, je crois qu’il a raison. Je
crois qu’il est temps d’arrêter de traîner les pieds. Et de faire ce qu’on a convenu hier soir.
Minho lui adressa un sourire nerveux. Newt serra les poings.
C’était maintenant ou jamais.

CHAPITRE 11

Thomas n’hésita pas. Il balança son coude dans la figure du vigile placé derrière lui tout en assénant
un coup de pied dans le genou de son collègue devant lui. Les deux s’écroulèrent, stupéfaits, mais se
reprirent rapidement. Du coin de l’œil Thomas vit Newt plaquer un garde au sol ; Minho en cognait un
autre. Mais le cinquième – une femme – n’avait pas été touché, et épaulait son lanceur.
Thomas se jeta sur elle, déviant son arme vers le plafond avant qu’elle ne puisse faire feu, mais elle
se dégagea et le frappa sur la tempe avec le canon. Une douleur lui explosa dans les joues et la mâchoire.
Déséquilibré, il tomba à genoux, puis s’étala à plat ventre. Il prit appui sur les mains pour se redresser
mais une masse pesante lui tomba sur le dos, le plaquant sèchement contre le carrelage, vidant l’air de ses
poumons. Il sentit la pression d’un genou au creux de son dos et celle d’un objet en métal dur contre son
crâne.
— Donnez-moi l’ordre ! cria la femme. Docteur Janson, vous n’avez qu’un mot à dire, et je lui grille
la cervelle.
Thomas ne voyait pas les autres, mais les bruits de lutte avaient déjà cessé. Il comprit que leur
mutinerie avait tourné court, qu’on les avait maîtrisés en moins d’une minute. Son cœur se serra.
— Mais qu’est-ce que vous croyiez ? rugit Janson derrière Thomas. (Il ne pouvait qu’imaginer la
fureur sur les traits de l’homme-rat.) Vous pensiez vraiment que trois… gamins allaient avoir le dessus
sur cinq gardes armés ? Vous êtes censés être des génies, pas des… crétins de rebelles qui se font des
illusions. Peut-être bien que la Braise vous prive de vos moyens, en fin de compte.
— La ferme ! hurla Newt. Fermez votre grande…
Il acheva sa phrase par un grognement étranglé. Thomas trembla de rage en imaginant l’un des gardes
en train de faire du mal à son ami. La femme lui écrasa son arme contre le crâne.
— N’y pense même pas, lui souffla-t-elle à l’oreille.
— Relevez-les ! aboya Janson. Relevez-les !
La femme hissa Thomas sur ses pieds par sa chemise, en gardant le canon de son lanceur collé contre
sa tête. Newt et Minho étaient tenus en respect de la même manière, et les deux autres vigiles les tenaient
en joue.
Le visage de Janson était cramoisi.
— Complètement ridicule ! Il est hors de question que ça se reproduise !
Il fit face à Thomas.
— Je n’étais qu’un gosse, bredouilla Thomas, à sa propre surprise.
— Pardon ? dit Janson.
Thomas le foudroya du regard.
— Je n’étais qu’un gosse ! On m’a endoctriné pour me convaincre de collaborer.

Voilà ce qui le rongeait depuis que ses souvenirs avaient commencé à lui revenir.
— Je n’étais pas là au tout début, reconnut Janson d’une voix neutre. Mais c’est toi-même qui m’as
embauché pour ce travail après la purge des fondateurs. Et je peux te dire que je n’ai jamais vu personne
avoir autant le feu sacré.
Il sourit. Thomas aurait voulu lui arracher le visage.
— Je me fiche pas mal de…
— Ça suffit ! le coupa Janson. On va commencer par lui. (Il fit signe à l’un des gardes.) Appelez une
infirmière. Brenda est à l’intérieur, elle a insisté pour participer. Il se laissera peut-être faire plus
facilement par elle. Emmenez les autres dans la salle d’attente. Je dois vérifier quelque chose ; je vous
retrouverai tout à l’heure.
Thomas était si en colère qu’il ne tiqua même pas à la mention de Brenda. Un autre garde s’approcha
de lui et ils l’empoignèrent chacun par un bras.
— Je ne me laisserai pas faire ! cria Thomas avec une pointe d’hystérie dans la voix, terrifié à l’idée
d’apprendre qui il avait été.
Janson l’ignora pour s’adresser directement aux gardes :
— Dites-lui de lui administrer un sédatif.
Puis il s’éloigna.
Les deux gardes entraînèrent Thomas en direction de la porte. Il tenta de se débattre, de dégager ses
bras, mais leurs mains le serraient comme des pinces et il finit par renoncer avant de s’épuiser. Il comprit
soudain qu’il avait peut-être perdu la partie. Seule Brenda pouvait encore le sauver.
*
Elle se tenait à l’intérieur de la pièce, le visage de marbre. Thomas chercha son regard mais il
demeura indéchiffrable.
Son escorte le poussa en avant.
— Pourquoi est-ce que tu travailles pour eux ? demanda-t-il d’une voix faible.
Les gardes le firent pivoter.
— Tu ferais mieux de la boucler, lui conseilla Brenda. Je vais avoir besoin que tu me fasses
confiance, comme dans la Terre Brûlée. Tout va bien se passer.
Il lui tournait le dos, mais il crut déceler quelque chose dans sa voix. Une certaine chaleur, qui
démentait la sécheresse de ses paroles. Se pouvait-il qu’elle soit de son côté ?
Les gardes poussèrent Thomas jusqu’au dernier lit de la rangée. Puis la femme le lâcha et braqua son
arme sur lui tandis que son collègue maintenait Thomas contre le lit.
— Allonge-toi, ordonna l’homme.
— Non, grogna Thomas.
Le garde le gifla d’un revers de main.
— Allonge-toi ! Tout de suite !
— Non.
L’homme souleva Thomas par les épaules et le plaqua de force sur le lit.
— Que ça te plaise ou non, tu vas passer sur le billard.
Le masque métallique pendait au-dessus de lui avec ses fils et ses tubes, pareil à une araignée géante
prête à l’étouffer.
— Pas question que vous me colliez ça sur la figure !
Le pouls de Thomas accélérait dangereusement ; la peur qu’il avait refoulée jusque-là s’emparait de
lui, menaçant de lui faire perdre tous ses moyens.
Le garde saisit Thomas aux poignets et lui plaqua les bras contre le matelas en pesant sur lui de tout

son poids.
— Donnez-lui un sédatif.
Thomas s’obligea au calme. Il voulait garder son énergie pour une dernière tentative d’évasion. Voir
Brenda lui faisait mal au cœur ; il s’était davantage attaché à elle qu’il ne l’avait cru. Mais puisqu’elle
les aidait à lui forcer la main, cela voulait dire qu’elle était son ennemie, elle aussi.
— Je t’en prie, Brenda, supplia-t-il. Ne fais pas ça. Ne les laisse pas faire.
Elle s’approcha de lui et lui toucha l’épaule.
— Ça va bien se passer. Tout le monde n’est pas là pour te faire des misères. Tu me remercieras plus
tard, tu verras. Maintenant, arrête de pleurnicher et détends-toi.
Il n’arrivait toujours pas à déchiffrer son expression.
— Alors, c’est comme ça ? Après tout ce qu’on a vécu dans la Terre Brûlée ? Après le nombre de
fois où on a failli mourir dans cette ville ? Tu vas me laisser tomber comme une vieille chaussette ?
— Thomas…, dit-elle, sans chercher à dissimuler son exaspération, c’était mon boulot.
— Je t’ai entendue me parler dans ma tête. Pour me prévenir que les choses allaient mal tourner. Je
t’en prie, dis-moi que tu n’es pas vraiment de leur côté.
— Après notre retour de la Terre Brûlée, j’ai eu recours à la télépathie parce que je voulais te
prévenir. Te préparer. Je ne m’attendais pas à ce qu’on devienne amis dans cet enfer.
Cet aveu rendit les choses plus supportables pour Thomas, qui ne put s’empêcher de demander :
— Est-ce que tu as vraiment la Braise ?
— Je jouais la comédie. Jorge et moi sommes immunisés ; on le sait depuis longtemps. C’est pour ça
qu’ils se sont servis de nous. Tais-toi, maintenant.
Elle jeta un coup d’œil furtif en direction du garde.
— Assez discuté ! rugit l’homme.
Brenda lui adressa un regard sévère mais ne dit rien. Puis elle se retourna vers Thomas, et le surprit
par un léger clin d’œil.
— Une fois que je t’aurai fait ton injection, tu vas t’endormir en quelques secondes. Tu comprends ?
Elle insista sur ce dernier mot, en le soulignant d’un nouveau clin d’œil. Heureusement, les deux
gardes se focalisaient sur leur prisonnier et non sur elle.
En proie à la confusion, Thomas sentit toutefois un regain d’espoir le parcourir. Brenda mijotait
quelque chose.
Elle se pencha sur le plan de travail derrière elle et commença à préparer le matériel dont elle aurait
besoin. Le garde continua à écraser les poignets de Thomas, lui coupant la circulation. Malgré les gouttes
de sueur qui perlaient sur son front, il semblait clair qu’il ne comptait pas le relâcher avant que Thomas
ne soit endormi. Sa collègue se tenait juste à côté de lui, l’arme à l’épaule.
Brenda se retourna, une seringue à la main gauche, l’aiguille pointée vers le haut. Un liquide jaune
emplissait le réservoir.
— OK, Thomas. Je vais essayer de faire vite. Tu es prêt ?
Il hocha la tête, ne sachant pas à quoi s’attendre mais bien résolu à y faire face.
— Tant mieux, continua-t-elle. Tu as intérêt.

CHAPITRE 12

Brenda sourit, s’approcha de Thomas puis buta sur quelque chose et trébucha. Elle se retint au lit de
la main droite, mais, dans son élan, elle planta malencontreusement la seringue dans le bras du garde qui
maintenait Thomas. Et elle pressa le piston. L’homme s’écarta d’un bond.
— Nom de Dieu ! s’écria-t-il, mais il avait déjà le regard vitreux.
Thomas réagit instantanément. Désormais libre de ses mouvements, il balança les jambes en arc de
cercle vers la femme. L’un de ses pieds cueillit son arme, l’autre la toucha à l’épaule. Elle poussa un cri,
puis se cogna la tête contre le sol avec un bruit sourd.
Thomas se jeta sur le lanceur, le ramassa avant qu’il ne glisse hors d’atteinte et le braqua sur la
femme, qui se tenait la tête à deux mains. Brenda avait fait le tour du lit et saisi l’arme de l’homme,
qu’elle braquait sur son corps inerte.
Haletant, tremblant sous la décharge d’adrénaline, Thomas chercha son souffle. Il ne s’était pas senti
aussi bien depuis des semaines.
— Je savais bien que tu…
Avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, Brenda fit feu.
Un son strident fusa dans la pièce ; Brenda sursauta sous l’effet du recul. L’une des grenades
scintillantes jaillit, s’écrasa contre la poitrine de la femme et explosa en faisant courir des décharges
électriques sur tout son corps. La malheureuse se mit à tressauter de manière incontrôlable.
Thomas fixa la scène, éberlué devant les effets du lanceur, et stupéfait de voir que Brenda avait tiré
sans hésitation. S’il avait eu besoin d’une preuve supplémentaire que Brenda n’était pas entièrement au
service du WICKED, il venait de l’avoir. Il dévisagea la jeune fille.
Elle lui retourna son regard en amorçant un léger sourire.
— J’avais envie de faire ça depuis un bon moment. J’ai bien fait de convaincre Janson de me
désigner pour m’occuper de toi. (Elle se pencha sur le garde endormi et lui prit sa clé magnétique, qu’elle
glissa dans sa poche.) Avec ça, on va pouvoir aller partout.
Thomas se retint de la serrer dans ses bras.
— Amène-toi, dit-il. Il faut qu’on retrouve Newt et Minho. Et tous les autres.
*
Sous la conduite de Brenda, ils enfilèrent plusieurs couloirs au pas de course. Cela rappela à Thomas
leur fuite à travers les tunnels sous la Terre Brûlée. Il cria à la jeune fille de se presser, sachant que
d’autres gardes pouvaient surgir à tout moment.
Ils parvinrent devant une porte, que Brenda ouvrit au moyen de sa clé magnétique ; il y eut un

chuintement bref, et le panneau blindé coulissa. Thomas s’engouffra à l’intérieur, suivi de près par
Brenda.
L’homme-rat était assis dans un fauteuil mais en les voyant il se dressa avec une expression horrifiée.
— Nom de Dieu, mais qu’est-ce que vous faites ?
Brenda avait déjà tiré deux grenades sur les gardes. Un homme et une femme s’écroulèrent au sol, en
tressaillant dans un nuage de fumée et d’éclairs minuscules. Newt et Minho maîtrisèrent le troisième
garde ; Minho lui arracha son arme.
Thomas braqua son lanceur sur Janson et posa le doigt sur la détente.
— Donnez-moi votre passe magnétique puis allongez-vous par terre, mains sur la tête.
Il s’exprimait d’une voix calme, mais son cœur battait la chamade.
— C’est de la folie furieuse, dit Janson en passant sa clé à Thomas. (Il parlait d’une voix douce,
étonnamment calme au vu des circonstances.) Vous n’arriverez jamais à quitter le centre. D’autres gardes
sont déjà en chemin.
Thomas ne se faisait guère d’illusions sur leurs chances, mais ils n’avaient pas le choix.
— Après ce qu’on a traversé, ce sera un jeu d’enfant. (Il sourit en réalisant que c’était vrai.) Merci
pour l’entraînement. Et maintenant, fermez-la ou vous allez connaître… Comment c’était, déjà ? « Les
cinq minutes les plus désagréables de votre vie » ?
— Comment oses-tu… ?
Thomas pressa la détente. Le son strident emplit la pièce, suivi du départ d’une grenade. Celle-ci
frappa l’homme en plein torse où elle explosa en gerbe aveuglante d’électricité. Janson s’écroula en
hurlant, pris de convulsions, de la fumée montant de ses cheveux et de ses vêtements. Une odeur âcre se
répandit dans la pièce, une puanteur qui rappela à Thomas la Terre Brûlée, quand Minho avait été frappé
par la foudre.
— Ça doit faire mal, confia Thomas à ses amis.
Il dit cela avec tant de calme qu’il en fut lui-même troublé. En regardant leur bourreau se tordre de
douleur, il s’en voulut presque de n’éprouver aucun remords.
— En principe, on n’en meurt pas, dit Brenda.
— Dommage, grogna Minho. (Il se releva, après avoir attaché le garde indemne au moyen de sa
ceinture.) Dans son cas ça n’aurait pas été une grosse perte.
Thomas détourna son attention de l’homme qui tressaillait à ses pieds.
— On se taille. Maintenant.
— J’allais vous le suggérer, dit Newt.
— Exactement ce que j’étais en train de penser, renchérit Minho.
Ils se tournèrent vers Brenda. Elle raffermit sa prise sur son lanceur et hocha la tête. Elle paraissait
prête à se battre.
— Je déteste ces salopards autant que vous, dit-elle. Je vous suis.
Pour la deuxième fois en l’espace de quelques jours, Thomas se sentit envahi par une étrange
sensation de bonheur. Brenda était de retour. Il baissa les yeux sur Janson. Les crépitements d’électricité
commençaient à mourir. L’homme avait les yeux clos, il ne bougeait plus mais respirait toujours.
— Vous avez un plan ? demanda Newt.
— On n’aura qu’à improviser, répondit Thomas.
— Jorge sait piloter, intervint Brenda. Si on arrive à retourner au hangar, et à monter dans le berg…
Avant que les autres ne puissent lui répondre, des cris et des bruits de pas rapides résonnèrent dans le
couloir.
— Ils arrivent, dit Thomas.
Minho courut se poster à côté de la porte, contre le mur.
— Ils vont devoir entrer par ici.

— Newt, dit Thomas, va te placer de l’autre côté de la porte. Brenda et moi, on descend les premiers
qui rentrent. Vous deux, vous prenez les autres en tenailles et puis vous sortez dans le couloir. On vous
suivra juste derrière.
Ils se mirent en position.

CHAPITRE 13

Le visage de Brenda reflétait un mélange curieux de colère et d’excitation. À côté d’elle Thomas se
tenait prêt, les mains crispées sur son lanceur. Il savait qu’il prenait un risque en se fiant à elle. Presque
tout le monde au sein de cette organisation l’avait piégé à un moment ou à un autre ; il ne devait surtout
pas sous-estimer le WICKED. Mais sans Brenda, il ne serait jamais arrivé aussi loin. Et pour continuer
l’aventure avec elle, il avait besoin de lui faire confiance.
Le premier garde arriva. Il était vêtu de la même tenue noire que ses collègues mais il brandissait une
arme plus petite, aux lignes plus épurées. Thomas fit feu, et vit la grenade s’écraser contre le torse de
l’homme. Celui-ci recula en titubant, pris de convulsions dans un filet d’éclairs.
Deux autres personnes – un homme et une femme – suivaient juste derrière, des lanceurs à la main.
Minho agit avant que Thomas n’ait pu bouger. Il empoigna la femme par sa chemise, l’attira vers lui
puis la fit basculer par-dessus son épaule et la projeta contre le mur. Elle eut le temps de tirer, mais sa
grenade frappa le sol sans autre résultat que d’exploser en une gerbe d’électricité crépitante sur le
carrelage.
Brenda tira sur l’homme, qu’elle toucha aux jambes ; il s’écroula dans le couloir en hurlant et son
arme lui échappa des mains.
Minho avait désarmé la femme et l’avait obligée à s’age- nouiller. Il lui braquait maintenant un
lanceur sur la tête.
Un quatrième homme passa la porte, mais Newt le cogna au visage. L’autre tomba à genoux en portant
la main à sa bouche ensanglantée. Il paraissait sur le point de dire quelque chose, quand Newt recula d’un
pas et lui tira dessus.
— Ce scaralame est en train d’enregistrer tout ce qu’on fait, grogna-t-il en indiquant d’un signe de
tête le fond de la pièce. Il faut se tirer d’ici, ils vont continuer à nous en envoyer d’autres.
Thomas se tourna vers le robot à apparence de petit lézard tapi dans un coin avec son voyant rouge
allumé. Puis il jeta un coup d’œil à la porte, déserte. Il vint se planter devant la femme. Le canon de
l’arme de Minho n’était qu’à quelques centimètres de sa tête.
— Combien êtes-vous en tout ? lui demanda Thomas. Est-ce qu’il y en a encore beaucoup qui vont
venir ?
Elle commença par garder le silence, mais Minho se pencha jusqu’à lui coller son arme contre la
joue.
— Nous sommes toujours au moins une cinquantaine en service, s’empressa-t-elle de répondre.
— Alors où sont-ils ? demanda Minho.
— Je ne sais pas.
— Ne nous racontez pas d’histoires !

— Nous… Il se passe autre chose ailleurs. J’ignore quoi. Je vous jure que c’est vrai.
Thomas l’examina et crut lire plus que de la peur dans ses yeux. De la frustration ? Il avait
l’impression qu’elle disait la vérité.
— Autre chose ? De quel genre ?
Elle secoua la tête.
— Je sais simplement qu’une partie d’entre nous a été appelée ailleurs, c’est tout.
— Et vous ne savez vraiment pas pourquoi ? s’étonna Thomas, dubitatif. Je trouve ça difficile à
avaler.
— Je vous le jure.
Minho l’empoigna par sa chemise et la releva brutalement.
— Très bien ; dans ce cas, on n’a plus qu’à emmener la gentille dame en otage. Allons-y.
Thomas s’interposa.
— Laisse passer Brenda la première : elle connaît l’endroit. Ensuite moi, puis toi et ta nouvelle
copine, et Newt à l’arrière.
Brenda rejoignit Thomas.
— Je n’entends arriver personne, mais on n’a sûrement pas beaucoup de temps devant nous. Venez.
Elle glissa un coup d’œil dans le couloir, puis se faufila hors de la pièce.
Thomas prit une seconde pour essuyer ses paumes moites sur son pantalon, reprit son lanceur et la
suivit. Elle tourna à droite. Il entendit les autres leur emboîter le pas ; un bref regard lui montra que la
prisonnière de Minho suivait sans résistance, visiblement peu désireuse de se prendre une explosion
électrique en plein visage.
Ils parvinrent au bout du couloir et tournèrent à droite sans s’arrêter. Le nouveau couloir ressemblait
en tout point au premier : un boyau beige sans fenêtres d’une quinzaine de mètres qui conduisait à une
porte à double battant. La scène lui fit penser à la dernière portion du Labyrinthe, juste avant la Falaise,
quand Teresa, Chuck et lui couraient vers la sortie pendant que les autres retenaient les Griffeurs.
En approchant de la porte, Thomas sortit de sa poche la clé magnétique de l’homme-rat.
Leur otage leur cria :
— Ne faites pas ça ! Je parie que vous allez vous retrouver nez à nez avec une vingtaine de canons.
Mais sa voix prenait des accents désespérés. Se pouvait-il que le WICKED ait péché par excès de
confiance et négligé son dispositif de sécurité ?
Il se tourna vers Minho et Newt.
— On n’a que quatre lanceurs, et je veux bien croire qu’il y a d’autres gardes en train de nous
attendre derrière cette porte. Vous croyez qu’on est de taille ?
Minho s’avança en traînant son otage.
— C’est vous qui allez nous ouvrir, pour qu’on puisse se concentrer sur vos petits copains. Restez là
et ne faites rien avant qu’on vous le dise. Pas d’entourloupes. (Il pivota vers Thomas.) Commence à tirer
dès l’ouverture de la porte.
Thomas hocha la tête.
— Je vais m’accroupir. Minho, tire par-dessus mon épaule. Brenda à ma gauche, et Newt à ma droite.
Thomas se baissa et braqua son arme au centre de la porte, à l’endroit où les deux battants se
touchaient. Minho vint se placer derrière lui et fit de même. Newt et Brenda se mirent en position.
— À trois, annonça Minho. Et ma petite dame, si vous tentez quoi que ce soit ou que vous essayez de
vous enfuir, je vous garantis que l’un d’entre nous vous descendra. Thomas, à toi de compter.
La femme sortit sa clé magnétique sans faire de commentaire.
— Un, compta Thomas. Deux…
Il marqua une pause, respira à fond, mais avant qu’il ne puisse crier « Trois ! » une sirène se mit à
retentir et toutes les lumières s’éteignirent.

CHAPITRE 14

Thomas cligna vivement des paupières pour essayer de s’habituer à l’obscurité. La sirène mugissait,
assourdissante.
Il sentit Minho chercher à tâtons autour de lui.
— Elle s’est tirée ! s’écria le blocard. Je ne la trouve plus !
À peine eut-il prononcé ces mots que le bruit d’une arme en charge se fit entendre entre deux
mugissements, suivi de l’explosion d’une grenade au ras du sol. Les éclairs électriques éclairèrent les
alentours ; Thomas vit une forme sombre s’éloigner en courant dans le couloir, puis se perdre dans le
noir.
— C’est ma faute, grommela Minho, à peine audible.
— Tout le monde en place, dit Thomas, redoutant la signification de la sirène. Guettez la fente à
l’endroit où les portes vont s’ouvrir. Je vais me servir de la clé de l’homme-rat. Soyez prêts !
Il tâtonna le long du mur, trouva la serrure et passa la clé magnétique dans la fente ; on entendit un
déclic, puis l’un des battants pivota lentement vers l’intérieur.
— Tirez ! cria Minho.
Newt, Brenda et Minho se mirent à tirer des grenades à l’aveuglette à travers l’ouverture. Thomas fit
comme eux, en visant les entrelacs électriques qui crépitaient de l’autre côté de la porte. Malgré les
quelques secondes qui séparaient chaque tir, ils eurent bientôt créé une débauche aveuglante de lumière et
d’explosions. Sans aucun signe d’une quelconque riposte de l’autre côté.
Thomas abaissa son arme.
— Arrêtez ! cria-t-il. On est en train de gaspiller nos munitions !
Minho lâcha une dernière grenade, puis ils attendirent que les éclairs se dissipent dans l’autre pièce.
Thomas se tourna vers Brenda, en parlant suffisamment fort pour se faire entendre par-dessus la
sirène.
— On est des pauvres amnésiques. Mais toi, tu ne saurais pas quelque chose qui pourrait nous aider ?
Par exemple où sont passés les autres ? Ou ce qui a déclenché cette sirène ?
Elle secoua la tête.
— Je vous parie que c’est encore un de leurs foutus tests ! cria Newt. Que tout est prévu depuis le
début, et qu’ils sont en train d’analyser nos réactions.
Thomas releva son lanceur et franchit le seuil. Il voulait se mettre en sécurité avant que la lumière des
grenades ne s’éteigne complètement. D’après les maigres souvenirs qu’il avait récupérés, il était sûr
d’avoir grandi dans cet endroit. Si seulement il avait pu s’en rappeler le plan ! Encore une fois, il put se
rendre compte de l’importance que Brenda avait pour eux. Jorge aussi, s’il voulait bien piloter le berg
pour les emmener loin d’ici.

La sirène se tut.
— Que… ? commença Thomas d’une voix forte, avant de baisser le ton. Qu’est-ce qui se passe
encore ?
— Ils ont dû en avoir marre de se ruiner les tympans, grommela Minho. Alors, ils ont coupé le son.
Ça ne veut probablement rien dire de plus.
La lumière des éclairs électriques s’était éteinte mais la pièce comportait un éclairage d’urgence qui
diffusait une lueur rougeâtre. C’était une grande salle de réception meublée de canapés, de fauteuils et de
quelques bureaux. L’endroit paraissait désert.
— Je n’ai jamais vu personne par ici, dit Thomas, qui croyait reconnaître les lieux. Ces salles ont
toujours été comme ça, vides et sinistres.
— J’imagine que ça fait un bout de temps qu’on n’y accueille plus de visiteurs, dit Brenda.
— Et maintenant, Tommy ? demanda Newt. On ne va pas rester plantés là toute la journée.
Thomas réfléchit. Ils devaient retrouver leurs amis, mais la priorité lui semblait de s’assurer qu’ils
disposaient d’une issue.
— Brenda, dit-il, on va avoir besoin de ton aide. Il faut qu’on aille au hangar et qu’on trouve Jorge,
pour qu’il nous prépare un berg. Newt, Minho, vous n’aurez qu’à rester avec lui pour le couvrir pendant
que Brenda et moi irons chercher les autres. Brenda, tu sais où on pourrait armer tout le monde ?
— Le dépôt d’armes est sur le chemin du hangar, répondit-elle. Mais il sera sûrement gardé.
— On a connu pire, dit Minho. Il suffira de tirer jusqu’à ce qu’ils tombent.
— On va les massacrer, renchérit Newt avec un grognement. Les exploser jusqu’au dernier.
Brenda indiqua l’un des deux couloirs qui partaient de la salle de réception.
— C’est par ici.
*
La jeune fille conduisit Thomas et ses amis à travers plusieurs couloirs, baignés dans la lumière
rougeâtre de l’éclairage de secours. Ils ne rencontrèrent aucune résistance, mais croisèrent parfois un
scaralame qui détalait en cliquetant sur le carrelage. Minho essaya d’en abattre un, le manqua
complètement et faillit brûler Newt, lequel poussa un cri et se retint de justesse de lui tirer dessus, à en
juger par son expression.
Au bout d’un quart d’heure de course, ils atteignirent le dépôt d’armes. Thomas s’arrêta, surpris de
découvrir la porte grande ouverte. D’après ce qu’ils pouvaient voir, les râteliers à l’intérieur étaient
pleins.
— Cette fois, c’est sûr, déclara Minho.
Thomas savait exactement de quoi il parlait. Il en avait trop vu pour se méprendre.
— On nous mène en bateau, murmura-t-il.
— Oh oui, renchérit Minho. Tout le monde disparaît comme ça, les portes ne sont pas verrouillées et
les armes nous attendent là, bien gentiment ? À tous les coups ils sont en train de nous observer à travers
ces foutus scaralames.
— Clair que ça sent le coup fourré, reconnut Brenda.
Minho se tourna vers elle.
— Comment peut-on être sûrs que tu n’es pas de mèche avec eux ?
— Je peux te jurer que non, répondit-elle d’une voix lasse. Je ne sais absolument pas ce qui se passe.
Thomas rechignait à l’admettre, mais la suggestion de Newt comme quoi leur évasion n’était peut-être
qu’un exercice orchestré en coulisses devenait de plus en plus crédible. Il pria très fort pour se tromper.
Newt s’était déjà enfoncé dans le dépôt d’armes.
— Venez voir, les appela-t-il.

Quand Thomas pénétra dans la pièce, Newt indiquait une section de mur avec des râteliers nus.
— Regardez les traces dans la poussière. Quelqu’un s’est servi récemment. Peut-être même il y a
moins d’une heure.
Thomas examina les lieux. La salle était très poussiéreuse mais les emplacements pointés par Newt
étaient parfaitement propres. Il avait raison.
— Et alors ? demanda Minho dans leur dos.
Newt pivota vers lui.
— Tu ne pourrais pas faire un peu fonctionner ta cervelle pour une fois, foutu tocard ?
Minho fit la grimace. Il paraissait plus choqué que furieux.
— Hé ho, Newt ! intervint Thomas. Ça craint, c’est sûr, mais on n’y peut rien, d’accord ? Qu’est-ce
qui t’arrive ?
— Je vais te dire ce qui m’énerve. C’est que tu aies décidé de jouer les gros bras sans avoir aucun
plan, et qu’on se retrouve à courir partout comme des poulets sans tête. Avec Minho qui ne peut pas faire
un pas sans te demander quel pied il doit bouger en premier.
Minho avait suffisamment repris ses esprits pour se vexer.
— C’est toi qui te prends pour un génie parce que tu as su voir que des gardes avaient pris des armes
dans le dépôt d’armes. Je voulais simplement t’accorder le bénéfice du doute, faire comme si ta
découverte allait peut-être plus loin que ça. La prochaine fois, je te taperai dans le dos pour avoir si bien
su formuler des évidences.
Thomas vit Newt changer d’expression. Son ami paraissait abattu, au bord des larmes.
— Désolé, murmura Newt, avant de tourner les talons et de quitter la pièce.
— Non mais, vous avez vu ça ? murmura Minho.
Thomas ne voulait pas formuler à voix haute ce qu’il pensait, à savoir que Newt commençait peu à
peu à perdre la raison. Fort heureusement, il n’eut pas à le faire : Brenda prit la parole.
— Vous devriez suivre son conseil, vous savez.
— Comment ça ? s’étonna Minho.
— Réfléchir un peu. Il devait y avoir plusieurs dizaines de fusils et de lanceurs sur ce râtelier, et ils
ont tous disparu. Très récemment. Il y a sans doute moins d’une heure, comme vous l’a dit Newt.
— Et alors ? l’encouragea Minho, alors que Thomas comprenait enfin où elle voulait en venir.
Brenda écarta les mains, comme si la réponse était évidente.
— Les gardes ne viennent ici que pour remplacer une arme défectueuse, ou s’équiper d’autre chose
que d’un lanceur. Pourquoi auraient-ils eu tous besoin de faire ça au même moment ? Précisément
aujourd’hui ?

CHAPITRE 15

Minho fut le premier à proposer une explication.
— Peut-être qu’ils s’attendaient à une action de notre part, et qu’ils n’avaient pas envie de nous tuer.
D’après ce qu’on a pu voir, à moins d’un tir en pleine tête, ces lanceurs se contentent de vous assommer
un moment. Alors ils sont passés en prendre en plus de leur armement habituel.
Brenda secoua la tête avant même qu’il ait fini.
— Non. Leur armement habituel, c’est le lanceur, et je doute qu’ils aient tous eu besoin de le
remplacer au même moment. Quoi qu’on puisse penser du WICKED, il ne cherche pas à tuer le plus de
monde possible. Même quand des fondus arrivent à pénétrer dans le périmètre.
— Des fondus ont déjà réussi à s’introduire ici ? demanda Thomas.
Brenda hocha la tête.
— Plus la contamination est avancée, plus ils sont au bout du rouleau, plus ils deviennent désespérés.
Franchement, je doute que les gardes…
Minho l’interrompit.
— C’est peut-être ça qui a déclenché la sirène. Peut-être que des fondus sont entrés, qu’ils ont volé
des armes, tiré sur les gardes et qu’ils sont en train de les bouffer. Peut-être qu’on n’a pas vu plus de
gardes parce que tous les autres sont morts !
Thomas avait déjà vu des fondus au bout du rouleau ; ses souvenirs n’avaient rien de plaisant.
Certains vivaient avec la Braise depuis si longtemps qu’elle leur avait complètement rongé la cervelle.
Devenus fous à lier, ils n’étaient plus que des fauves à apparence humaine.
Brenda soupira.
— Ça ne me plaît pas plus qu’à toi, mais tu pourrais bien avoir raison. (Elle réfléchit un moment.)
Oui, c’est une explication possible. Quelqu’un s’est introduit ici et a raflé toutes ces armes.
Un frisson glacial parcourut Thomas.
— Si c’est ça, la situation est encore plus grave qu’on ne le pensait.
— Content de voir que le gars qui n’est pas immunisé n’est pas le seul à conserver un cerveau en état
de marche.
Thomas se retourna et découvrit Newt sur le pas de la porte.
— La prochaine fois, explique-toi au lieu de monter sur tes grands chevaux, grogna Minho d’un ton
dépourvu de compassion. Je te croyais pas aussi atteint. En tout cas, je suis content que tu sois là. On aura
peut-être besoin d’un fondu pour renifler les autres fondus s’il y en a vraiment dans les locaux.
Thomas fit la grimace et se tourna vers Newt pour voir comment il prenait cette remarque.
Son ami n’appréciait pas beaucoup, son expression le manifestait clairement.
— Tu n’as jamais su la boucler, hein, Minho ? Il faut toujours que tu aies le dernier mot.

— Ferme ta grande gueule, répliqua Minho.
Une tension palpable régnait dans la pièce.
Newt s’approcha lentement et s’arrêta face à Minho. Puis, vif comme un serpent, il le cogna en plein
visage. Minho tituba en arrière avant de s’écraser contre le râtelier vide. Puis il se jeta sur Newt et le
plaqua au sol.
Tout s’était déroulé si vite que Thomas n’en croyait pas ses yeux. Il courut empoigner Minho par le
tee-shirt.
— Arrêtez ! cria-t-il, mais les deux blocards continuèrent à se rouer de coups, en moulinant des bras
et des jambes.
Brenda se précipita pour l’aider. Ils réussirent à saisir Minho par les chevilles pour le traîner en
arrière. Thomas prit un coup de coude au menton, qui le mit encore plus en colère.
— Arrêtez un peu vos conneries ! rugit-il, en bloquant les bras de Minho derrière son dos. Vous
croyez vraiment que c’est le moment de vous taper dessus ?
— C’est lui qui a commencé ! cracha Minho, en postillonnant au visage de Brenda.
Elle s’essuya.
— Tu te crois où ? Dans la cour de récré ?
Minho ne répondit pas. Il continua à se débattre un instant puis finit par renoncer. Thomas était
dégoûté. Il ne savait pas ce qui était le pire : que Newt donne déjà l’impression de sombrer, ou que
Minho – qui aurait dû être en état de se maîtriser – se comporte comme un parfait crétin.
Newt se releva en palpant prudemment une marque rouge sur sa pommette.
— C’est ma faute, dit-il. Le moindre truc me fait réagir au quart de tour. Trouvez-nous un plan ; moi,
j’ai besoin de faire une pause.
Là-dessus, il ressortit de la pièce.
Thomas poussa un soupir ; il lâcha Minho et rajusta sa chemise. Ils n’avaient pas le temps de se
disputer. S’ils voulaient sortir de là, ils allaient devoir fonctionner en équipe.
— Minho, prends-nous quelques lanceurs supplémentaires, et aussi deux ou trois de ces pistolets, là,
sur l’étagère. Brenda, tu veux bien remplir un carton avec le plus de munitions possible ? Je vais chercher
Newt.
— Ça me va, répondit Brenda en regardant autour d’elle.
Minho, pour sa part, se mit à piller les râteliers sans dire un mot.
Thomas sortit dans le couloir ; il trouva Newt assis par terre à une dizaine de mètres, dos au mur.
— Je n’ai pas envie de parler, bougonna le blocard quand Thomas le rejoignit.
« Ça commence bien », se dit Thomas.
— Écoute, il se passe un truc : soit le WICKED est en train de nous tester, soit il y a des fondus dans
le centre, en train de massacrer tout ce qui bouge. Dans les deux cas, il faut qu’on retrouve nos amis et
qu’on se tire d’ici.
— Je sais.
— Alors, lève ton cul et viens nous donner un coup de main. C’était toi le plus impatient, toi qui
disais qu’on n’avait pas de temps à perdre. Et maintenant, tu voudrais rester assis là à bouder ?
— Je sais.
Thomas n’avait jamais vu Newt aussi abattu. Devant ce spectacle, une vague de désespoir le
submergea.
— On est tous en train de devenir un peu cingl… (Il s’interrompit ; il n’aurait pas pu trouver pire.)
Enfin, je veux dire…
— Oh, ta gueule, le coupa Newt. Je sais que ça tourne de moins en moins rond dans ma tête. Je le
sens bien. Mais ne t’en fais pas pour moi. Donne-moi deux minutes et ça va aller mieux. Vous allez sortir
d’ici, et ensuite, je me débrouillerai.

— Comment ça, « vous » ?
— D’accord, on va tous se tirer d’ici, si tu préfères. Laisse- moi juste souffler deux minutes.
L’époque du Bloc semblait remonter à une éternité. Là-bas, Newt était toujours le plus calme, le plus
posé, et maintenant, c’était lui qui causait des tiraillements dans le groupe. Il paraissait penser que son
évasion importait peu, tant que les autres parvenaient à s’enfuir.
— Très bien, dit Thomas, réalisant que la seule chose à faire consistait à traiter Newt comme il
l’avait toujours fait. Mais tu sais qu’on n’a pas de temps à perdre. Brenda est en train de ramasser des
munitions. Il faudra l’aider à les porter jusqu’au hangar du berg.
— Je le ferai. (Newt se leva.) Mais d’abord, j’ai un truc à faire. Ça ne prendra pas longtemps.
Il commença à s’éloigner en direction de la salle de réception.
— Newt ! cria Thomas (Il se demandait ce que son ami pouvait bien avoir dans la tête.) Ne sois pas
stupide, il faut qu’on bouge. Et on doit rester tous ensemble !
Mais Newt ne s’arrêta pas. Il ne se retourna même pas.
— Fais ce que tu as à faire ! Je reviens dans deux minutes.
Thomas secoua la tête. Il ne voyait pas que dire ou que faire pour retrouver l’ami raisonnable qu’il
connaissait. Il retourna dans le dépôt d’armes.
*
Thomas, Minho et Brenda rassemblèrent tout l’armement qu’ils pouvaient emporter à eux trois.
Thomas avait un lanceur en bandoulière sur chaque épaule en plus de celui qu’il tenait à la main. Il avait
glissé deux pistolets dans son pantalon et plusieurs chargeurs dans ses poches arrière. Minho avait fait de
même, et Brenda tenait un grand carton rempli de grenades et de balles, avec son lanceur posé pardessus.
— On dirait que c’est lourd, observa Thomas. Tu veux que… ?
Brenda le coupa.
— Ça ira jusqu’au retour de Newt.
— Je me demande ce qu’il bricole, marmonna Minho. Il n’était pas comme ça, avant. La Braise est en
train de lui ronger la cervelle.
— Il a dit qu’il n’en avait pas pour longtemps, protesta Thomas. (L’attitude de Minho lui portait sur
les nerfs ; il ne faisait qu’empirer les choses.) Et fais attention à la façon dont tu lui parles. On n’a
vraiment pas besoin que vous recommenciez à vous battre.
— Est-ce que tu te souviens de ce que je t’ai dit dans le camion, en ville ? lui demanda Brenda.
Ce changement de sujet soudain, et à plus forte raison cette évocation de la Terre Brûlée, prit Thomas
au dépourvu. Cela lui rappelait surtout qu’elle lui avait menti.
— Pourquoi ? répliqua-t-il. Il y avait des trucs vrais dans ce que tu m’as raconté ?
Il s’était senti si proche d’elle cette nuit-là. Il se rendit compte qu’il espérait qu’elle répondrait oui.
— Je suis désolée de t’avoir menti sur les raisons de ma présence, Thomas. Et en affirmant que je
pouvais sentir la Braise agir sur moi. Mais pour le reste, j’étais sincère, je te jure. (Elle le dévisagea
d’un air implorant.) Bref, je t’avais expliqué qu’un niveau élevé d’activité cérébrale accélérait les
ravages du virus ; on appelle ça la destruction cognitive. C’est pour ça que cette drogue – le bliss – est si
populaire auprès de ceux qui ont les moyens de se l’offrir. Parce qu’elle ralentit le fonctionnement du
cerveau. Elle te fait gagner du temps avant de devenir fou à lier.
— Il faut absolument que je mette la main sur cette came, grommela Minho.
— Pensez un peu à l’enfer que Newt a traversé, continua Brenda, toutes les décisions qu’il a dû
prendre. Pas étonnant que la Braise progresse plus vite chez lui. Il a été soumis à une stimulation trop
importante, beaucoup plus que n’importe qui dans sa vie de tous les jours.

Thomas soupira, rattrapé par la tristesse qu’il avait déjà éprouvée plus tôt.
— Oui, eh bien, je ne vois pas ce qu’on peut y faire tant qu’on ne sera pas en sécurité.
— Vous parlez de quoi ?
Thomas se retourna et découvrit Newt debout dans l’encadrement de la porte. Il ferma les yeux un
moment, le temps de se reprendre.
— De rien, laisse tomber. Où étais-tu passé ?
— Il faut que je te parle, Tommy. Rien qu’à toi. Ça ne prendra qu’une seconde.
« Quoi, encore ? » se demanda Thomas.
— Allez-y, grogna Minho en remontant les sangles des lanceurs sur ses épaules. Mais grouillez-vous.
Thomas suivit Newt hors de la pièce, terrifié à la perspective de ce que son ami avait à lui dire, des
propos délirants qu’il allait peut-être tenir. Les secondes s’égrainaient lentement.
Ils firent quelques pas dans le couloir puis Newt lui tendit une petite enveloppe cachetée.
— Mets ça dans ta poche.
Thomas prit l’enveloppe et la retourna. Elle ne comportait aucune indication.
— Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
— Mets-la simplement dans ta poche !
Thomas s’exécuta, partagé entre la perplexité et la curiosité.
— Et maintenant, regarde-moi dans les yeux, dit Newt en claquant des doigts.
On lisait une telle angoisse dans son regard que Thomas en eut le cœur serré.
— Dis-moi ce qu’il y a dedans.
— Tu n’as pas besoin de le savoir tout de suite. En fait, tu ne dois pas le savoir. Il faut que tu me
fasses une promesse.
— Laquelle ?
— Tu dois me jurer de ne pas lire ce que j’ai écrit dans cette foutue enveloppe avant que ce soit le
bon moment.
Thomas était dévoré par la curiosité. Il fit le geste de sortir l’enveloppe de sa poche, mais Newt
retint son bras.
— Le bon moment ? répéta Thomas. Mais comment veux- tu que je… ?
— Oh, tu le sauras ! répondit Newt avant même que Thomas n’ait pu terminer sa question.
Maintenant, jure-le-moi. Jure-le !
Le garçon tremblait de la tête aux pieds.
— D’accord ! céda Thomas, malade d’inquiétude pour son ami. Je te promets de ne pas ouvrir cette
enveloppe avant que ce soit le bon moment. Je te le jure. Mais pourquoi… ?
— Alors, c’est réglé, l’interrompit Newt. Tiens ta parole, ou je ne te le pardonnerai jamais.
Thomas aurait voulu empoigner son ami et le secouer, ou cogner contre le mur pour évacuer sa
frustration. Mais il s’abstint. Il demeura immobile tandis que Newt le contournait pour retourner au dépôt
d’armes.

CHAPITRE 16

Newt ressortit du dépôt d’armes chargé du carton de munitions, suivi de Minho, puis de Brenda qui
emportait deux lanceurs en plus des pistolets fourrés dans son pantalon.
— Allons retrouver nos amis, dit Thomas.
Puis il partit dans la direction par laquelle ils étaient venus, et les autres lui emboîtèrent le pas.
Ils cherchèrent pendant une heure, mais leurs amis semblaient s’être volatilisés. L’homme-rat et les
gardes qu’ils avaient laissés avec lui avaient disparu. La cafétéria, les dortoirs, les salles de bain et les
salles de réunion étaient déserts. Ils ne virent personne, pas même un fondu. La plus grande crainte de
Thomas était que les autres aient connu un sort horrible et qu’ils n’aient pas encore découvert les
cadavres.
Une fois qu’ils eurent fouillé les moindres coins et recoins du complexe, une idée le frappa.
— Dites, est-ce qu’on vous a permis de vous balader un peu pendant que j’étais enfermé dans ma
cellule ? demanda-t-il. Vous êtes sûrs qu’on n’a rien oublié ?
— Pas à ma connaissance, répondit Minho, mais je ne serais pas surpris qu’il y ait une ou deux
pièces secrètes quelque part.
Thomas était du même avis. Hélas, le temps manquait pour poursuivre les recherches. Ils n’avaient
pas d’autre choix que d’abandonner.
Il hocha la tête.
— Tant pis. Dirigeons-nous vers le hangar, et continuez à ouvrir l’œil en chemin.
*
Ils marchaient depuis un moment quand Minho s’immobilisa brusquement dans un couloir. Il tendit
l’oreille. On n’y voyait pas grand-chose dans la lueur rougeâtre de l’éclairage d’urgence.
Thomas s’arrêta comme les autres, en s’efforçant de ralentir son souffle. Il entendit tout de suite : un
gémissement sourd, qui lui fit froid dans le dos. Cela provenait d’une des rares fenêtres qui donnaient sur
une pièce adjacente. De là où il se tenait, la pièce en question semblait plongée dans le noir. La vitre
avait été brisée de l’intérieur : des éclats de verre jonchaient le carrelage du couloir.
Le gémissement reprit.
Minho posa un doigt sur ses lèvres ; puis lentement, prudemment, il se débarrassa de ses deux
lanceurs supplémen- taires. Thomas et Brenda l’imitèrent, tandis que Newt posait son carton à ses pieds.
Tous les quatre empoignèrent leurs armes, et Minho ouvrit la marche en direction du bruit. On aurait dit
les grognements d’un homme en plein cauchemar. Thomas sentit son appréhension se renforcer à chaque
pas.

Minho s’arrêta, dos au mur, juste au bord de l’ouverture. La porte de la pièce, fermée, se trouvait de
l’autre côté de la fenêtre.
— Prêts ? chuchota Minho. Maintenant !
Il pivota en braquant son lanceur sur la pièce obscure tandis que Thomas venait se placer à sa gauche
et Brenda à sa droite l’arme à l’épaule. Newt couvrait leurs arrières.
Thomas avait le doigt sur la détente, prêt à faire feu à tout moment, mais rien ne bougeait à l’intérieur.
Il s’interrogea brièvement sur ce qu’il voyait. La lueur rouge de l’éclairage d’urgence ne révélait pas
grand-chose, sinon que le sol semblait jonché de masses sombres. Puis il en vit certaines remuer. À
mesure que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il commença à distinguer des corps, des vêtements noirs.
Et des cordes.
— Ce sont des gardes ! s’exclama Brenda, brisant le silence.
Des geignements étouffés s’échappèrent de la pièce, et Thomas finit par voir des visages. Bâillonnés,
roulant des yeux paniqués. Les gardes étaient attachés et alignés en rangs d’oignons sur le sol à travers
toute la pièce. Certains restaient immobiles, mais la plupart se débattaient dans leurs liens.
— Alors c’est là qu’ils sont tous, souffla Minho.
Newt se pencha à l’intérieur.
— Au moins, eux, ils ne sont pas accrochés au plafond la langue pendante.
Thomas n’aurait pas mieux dit ; il ne se souvenait que trop bien de cette image épouvantable, qu’elle
ait été vraie ou non.
— Il faut qu’on les interroge sur ce qui s’est passé, dit Brenda en s’avançant vers la porte.
Thomas la retint sans prendre le temps de réfléchir.
— Non.
— Comment ça, non ?
Elle dégagea son bras mais attendit pour voir ce qu’il avait à dire.
— C’est peut-être un piège, ou peut-être que ceux qui leur ont fait ça vont revenir. Le plus urgent,
c’est de nous tirer d’ici.
— Absolument, confirma Minho. Je me fiche pas mal de savoir si cet endroit est infesté de fondus, de
rebelles ou de babouins, et je me fiche encore plus de ces tocards de vigiles.
Brenda haussa les épaules.
— D’accord. Je me disais simplement qu’on pourrait obtenir des informations. (Elle marqua une
pause, puis tendit le doigt.) Le hangar est par là.
*
Après avoir ramassé armes et munitions, Thomas et les autres suivirent au petit trot une enfilade de
couloirs, sans cesser de guetter ceux qui avaient enfermé les gardes. Finalement, Brenda s’arrêta devant
une porte à double battant. Légèrement entrebâillée, elle laissait passer un courant d’air qui lui ébouriffa
les cheveux.
Minho et Newt prirent spontanément position de chaque côté de la porte. Brenda saisit la poignée de
la porte, un pistolet braqué sur l’ouverture. On n’entendait aucun bruit de l’autre côté.
Thomas assura sa prise sur son lanceur, la crosse contre l’épaule, le canon pointé.
— Ouvre, dit-il, le cœur battant.
Brenda ouvrit grand la porte et Thomas se rua à l’intérieur. Il braqua son lanceur à gauche et à droite,
tournant sur lui-même en s’avançant.
Le hangar avait l’air assez vaste pour accueillir trois bergs mais n’en contenait que deux sur leur baie
de chargement. Ils ressemblaient à d’énormes crapauds accroupis, tout en métal noirci et en angles usés,
comme s’ils avaient transporté des soldats au sein de centaines de batailles. Hormis quelques caisses et


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