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Nouvellesaffairesafricaines .pdf



Nom original: Nouvellesaffairesafricaines.pdf
Titre: Nouvelles Affaires africaines

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Couverture : Antoine Du Payrat
ISBN : 978-2-213-68549-6
© Librairie Arthème Fayard, 2014

DU MÊME AUTEUR
Pétrole, la troisième guerre mondiale, CalmannLévy, 1974.
Après Mao, les managers, Fayolle, 1977.
Bokassa Ier, Alain Moreau, 1977.
Les Émirs de la République, en collaboration avec
Jean-Pierre Séréni, Seuil, 1982.
Les Deux Bombes, Fayard, 1982 ; nouvelle édition,
1991.
Affaires africaines, Fayard, 1983.
V, enquête sur l’affaire des « avions renifleurs »…,
Fayard, 1984.
Les Chapellières, Albin Michel, 1987.
La Menace, Fayard, 1988.
L’Argent noir, Fayard, 1988.
L’Homme de l’ombre, Fayard, 1990.
Vol UT 772, Stock, 1992.
Le Mystérieux Docteur Martin, Fayard, 1993.

5/264

Une jeunesse française, François Mitterrand,
1934-1947, Fayard, 1994.
L’Extrémiste, François Genoud, de Hitler à Carlos,
Fayard, 1996.
TF1, un pouvoir, avec Christophe Nick, Fayard,
1997.
Vies et morts de Jean Moulin, Fayard, 1999.
La Diabolique de Caluire, Fayard, 1999.
Bethléem en Palestine, avec Richard Labévière, Fayard, 1999.
Manipulations africaines, Plon, 2001.
Dernières volontés, derniers combats, dernières
souffrances, Plon, 2002.
Marcel Dassault ou les ailes du pouvoir, avec Guy
Vadepied, Fayard, 2003.
La Face cachée du Monde. Du contre-pouvoir aux
abus de pouvoir, avec Philippe Cohen, Mille et une
nuits, 2003.
Main basse sur Alger : enquête sur un pillage, juillet 1830, Plon, 2004.
Noires fureurs, blancs menteurs :
1990-1994, Mille et une nuits, 2005.

Rwanda

6/264

L’Accordéon de mon père, Fayard, 2006.
L’Inconnu de l’Élysée, Fayard, 2007.
Le Monde selon K., Fayard, 2009.
Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Fayard,
2010.
La République des mallettes. Enquête sur la principauté française de non-droit, Fayard, 2011.
Le Pen. Une histoire française, avec Philippe Cohen, Robert Laffont, 2012.
Kosovo. Une guerre « juste » pour un État
mafieux, Fayard, 2013.
Une France sous influence. Quand le Qatar fait de
notre pays son terrain de jeu, avec Vanessa Ratignier,
Fayard, 2014.

À mon ami Jean-Marc
Ekoh,
toujours debout !

Table des matières
Couverture
Page de titre
Page de Copyright
Du même auteur
1. Un « enfant » de Foccart
2. Le Gabon, encore et toujours
3. « La blanche colombe s’est envolée… »
4. Le coup de pied de l’âne d’Omar
5. Les premières élections libres… mais truquées
6. « La tirelire de la Ve »
7. Les fantasmes gabonais sur les relations entre
« ABO » et « M6 »
8. Quand Omar Bongo se livre à un incroyable diagnostic sur son règne

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9. Manœuvres autour d’un Omar Bongo mourant
10. Le « Batéké corse », ou comment le « dernier parrain » a été le premier à miser sur Ali Bongo
11. Ali Bongo se fait fabriquer un faux acte de
naissance
12. André M’Ba Obame arrive en tête de l’élection
présidentielle, Ali Bongo se proclame vainqueur
13. Un commerce florissant : les « pièces détachées »
humaines
14. Maixent, chef de la « Légion étrangère »
15. La destruction symbolique de tout lien avec ce qui
est censé être sa propre histoire
16. Cécilia et Richard : le « développement par les
mondanités »
En guise d’épilogue
Annexes

1.
Un « enfant » de Foccart
Ali Bongo, actuel chef de l’État gabonais, est une
création de Jacques Foccart, le tout-puissant conseiller du général de Gaulle qui avait la haute main
sur la politique africaine de la France et sur ses services secrets. Né dans l’ex-province nigériane du Biafra, Ali fut recueilli à Libreville, et ce sont les
« réseaux Foccart » qui convainquirent Albert Bongo,
président en exercice, de l’adopter. Cette adoption
constitue un épisode de la guerre secrète menée par la
France pour aider les Biafrais à faire sécession d’avec
la fédération du Nigeria : la déclaration d’indépendance, fin mai 1967, a été suivie d’une guerre civile qui
ne s’est achevée qu’en janvier 1970.
Jacques Foccart était alors encore au faîte de sa
puissance. Le Gabon, disait-on, c’était même Foccartland. Pour comprendre dans quelle mesure le Gabon
était « sa chose », et à quel point Albert Bongo1 ne
pouvait rien lui refuser, il faut remonter au coup
d’État du 18 février 1964 qui avait destitué Léon M’Ba,

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son prédécesseur, premier président de la République
gabonaise. Sous l’impulsion du général de Gaulle2, de
Foccart et de Pierre Guillaumat, patron d’Elf, l’armée
française était alors intervenue pour chasser du
pouvoir Jean-Hilaire Aubame et ses amis, installés à
la tête du pays par les militaires. Léon M’Ba mais aussi Albert Bongo, son proche collaborateur, furent
sortis de prison, et M’Ba recouvra ses fonctions. Le
jeune Bongo, agent du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) depuis la fin
des années 1950, devint rapidement la coqueluche du
« système Foccart » qui « néocolonisa » le Gabon avec
le concours de force barbouzes, mais aussi avec un
détachement opérationnel du service Action équipé de
moyens radioélectriques et aériens, chargé d’assurer
notamment la protection rapprochée de Léon M’Ba et
son exfiltration éventuelle.
Très marqué par l’épisode de sa destitution, Léon
M’Ba voit des complots partout et réclame une protection plus affirmée. Il confie à Bob Maloubier, ancien
du service Action, le soin de constituer une Garde
présidentielle (GP) qui, rapidement, protégera moins
Léon M’Ba qu’Albert Bongo, en passe de prendre les
rênes du pouvoir. Jacques Foccart a en effet appris
par son ami le docteur Ducroquet, ancien réserviste
du service Action, que les jours du président en place

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sont comptés : il est atteint d’un cancer à un stade
avancé. Foccart songe aussitôt à promouvoir un successeur qui n’est autre que Bongo.
Il fait en outre nommer Maurice Delauney ambassadeur à Libreville. Celui-ci n’est pas un diplomate
classique. Ancien administrateur de la France d’outremer, il a notamment maté dans le sang la révolte des
Bamilékés, au Cameroun, entre 1956 et 1958. Foccart
lui confie la mission d’assurer l’ordre public et de faire
procéder aux changements constitutionnels permettant à Bongo de prendre sans heurts la succession de
Léon M’Ba. Delauney s’installe au Gabon avec les
pouvoirs d’un gouverneur. Il n’a pas à rendre compte
de ses actes au Quai d’Orsay, mais relève du seul Foccart, secrétaire général aux Affaires africaines et
malgaches.
M’Ba meurt à Paris en décembre 1967, et Bongo
devient aussitôt président de la République, chef du
gouvernement et secrétaire général du parti unique. Il
se fait désormais appeler Albert-Bernard Bongo. Il est
parfaitement conscient du fait qu’il est redevable de
son pouvoir à Foccart, lequel peut ainsi tout faire et
contrôler au Gabon.
Outre le tout-puissant Delauney, Jacques Foccart
demande au lieutenant-colonel Maurice Robert, chef

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de service au SDECE, de mettre sur pied des services
de sécurité performants. Sont ainsi constitués un service de contre-espionnage, des renseignements
généraux, une police des étrangers (contre-ingérence,
interceptions radio, écoutes téléphoniques…). Pierre
Debizet, patron du Service d’action civique (SAC),
deviendra peu après une pièce maîtresse du système
sécuritaire foccarto-gabonais. Grâce à cette infrastructure, complétée par celle de la SPAFE3, Foccart disposera au Gabon d’une véritable base extérieure de
renseignements et d’action pour aider en sous-main le
Biafra dans la guerre de sécession qui l’oppose à
Lagos.
Le 30 mai 1967, le lieutenant-colonel Ojukwu proclame l’indépendance du Biafra, jusque-là Nigeria oriental. La mesure fait figure de véritable déclaration de
guerre. Cette audace s’explique par l’appui clandestin
apporté au Biafra par l’Espagne de Franco, le Portugal
de Salazar et la France de… Foccart. L’Élysée estime
en effet que le mastodonte africain menace l’équilibre
des « protégés » de la France, notamment Félix
Houphouët-Boigny, le président ivoirien. Foccart a
nommé à Abidjan un fidèle collaborateur, Jacques
Moricheau-Beaupré, connu comme « Monsieur
Jean », pour coordonner les actions clandestines
d’aide aux Biafrais. Il dispose à cette fin de moyens

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très importants. Il recrute le fameux mercenaire Bob
Denard pour l’épauler.
Les États-Unis ont tôt fait de vendre la mèche par le
biais d’un communiqué de leur ambassade à Lagos,
repris par Le Monde du 17 juillet, affirmant qu’un
bombardier B26 a été fourni par l’armée française et
illégalement acheminé à Enugu, capitale du Biafra,
par des pilotes français. Le 23 août, Le Canard enchaîné met en cause l’immixtion dans le conflit des
barbouzes dépendant de Jacques Foccart. Le 16 octobre, un Super Constellation destiné au trafic
d’armes s’écrase en mer entre Lisbonne et São Tomé,
avec à son bord un pilote français. Le 27 octobre,
Maurice Delauney écrit à Ojukwu pour lui faire part
de l’arrivée d’une équipe du SDECE.
Le « gouverneur » doit se montrer encore prudent
du fait de la situation politique : le Gabon ne peut encore constituer la base arrière des « guerriers de
l’ombre ». Léon M’Ba agonise en effet à Paris, à
l’hôpital Claude-Bernard. Foccart et Delauney doivent
laisser quelques semaines au nouveau président gabonais pour s’installer au pouvoir, avant de l’embarquer dans la guerre secrète voulue et menée par la
France.

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Paris expédie en Côte d’Ivoire des armes qui sont
immédiatement acheminées vers les sécessionnistes
biafrais. Houphouët remercie le général de Gaulle.
« Si Houphouët veut des armes pour lui, je veux bien
lui en envoyer. Libre à lui, ensuite, de les envoyer au
Biafra, mais je ne veux pas en envoyer au Biafra par
son intermédiaire », dit le Général à Foccart le 5 janvier 19684. Houphouët fait bientôt le siège de Bongo
pour le convaincre de s’engager à son tour en faveur
du Biafra. Le 25 avril, celui-ci déclare : « Il faut être
prudent, il faut attendre. Il est encore trop tôt pour en
parler. » Le tout jeune président – il n’a que trentedeux ans – redoute les conséquences d’un tel engagement, notamment les menaces de bombardement
émanant du puissant Nigeria.
Houphouët et Foccart continuent à faire le forcing.
Bongo finit par céder et reconnaît le Biafra le 8 mai
1968. Le général de Gaulle commente le même jour :
« C’est très bien ! Bongo est un type courageux qui fait
ce qu’il dit, ce qui est assez rare5. » Bongo n’avait tout
simplement pas le choix !
Libreville va ainsi devenir la base arrière de l’aide à
Ojukwu. C’est Bob Denard qui est chargé d’acheminer
l’armement. Un chalutier, le Cabo verde, embarque
de vieilles armes prélevées dans les arsenaux français
de Rochefort et Toulon, et d’autres sorties d’un

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arsenal espagnol. Il vogue, protégé de loin en loin par
un escorteur de la marine nationale, puis il transborde
sa cargaison sur des barges au large du Port-Môle, à
Libreville. Débarquées dans le port, les armes sont ensuite transportées jusqu’à la base aérienne française
située face au Tropicana, le restaurant bien connu en
bord de mer. De là, elles sont expédiées nuitamment
au Biafra à bord d’un appareil sud-africain ou
gabonais…
C’est le 13 juillet 1968, d’après le mercenaire Rolf
Steiner, que « le premier avion français chargé de munitions […] venant du Gabon » atterrit à Uli, au Biafra. Toutes les nuits, on assiste à un véritable ballet
aérien à partir de l’aéroport de Libreville. D’après le
leader biafrais Ojukwu, il y a alors « plus d’avions atterrissant au Biafra que sur n’importe quel aérodrome
d’Afrique, à l’exception de celui de Johannesburg ».
Dans Kala-Kala6, Maurice Delauney fournit
quelques détails sur cette opération. Il avait reçu de
l’Élysée « les instructions nécessaires pour diriger, coordonner et animer tout ce qui devait être l’aide
française au Biafra ». Libreville sert de plate-forme à
cette aide, et plus précisément l’aéroport Léon M’Ba,
d’où décollent, le soir, vers 23 heures, les appareils
chargés d’acheminer jusque sur l’aéroport d’Uli – seul
aéroport biafrais – les armes et les médicaments,

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suivis, un peu plus tard, des French doctors. Les avions s’en reviennent à Libreville au petit jour.
Cependant, Bongo prend peur. Il est réticent à
l’idée de s’engager au-delà des opérations humanitaires7. D’autant que le général de Gaulle a décidé, pour sa part, de s’impliquer davantage aux côtés
de deux pays alors au ban des nations, l’Afrique du
Sud et la Rhodésie de Ian Smith. Sans parler du soutien du Caudillo et de Salazar. Bongo écrit début
septembre au Général pour lui faire part de ses appréhensions. Le 6 septembre, le chef de l’État en parle
à Foccart : « Il commence déjà à regretter son action…
Enfin, il se pose des questions8… » Le 9 septembre, de
Gaulle définit en ces termes son aide au Biafra : « La
France, dans cette affaire, a aidé le Biafra dans la
mesure de ses possibilités. Elle n’a pas accompli l’acte
qui, pour elle, serait décisif : la reconnaissance de la
République biafraise9. »
Mais Bongo ne peut plus enrayer la mécanique de
son engagement. Delauney continue à égrener ses
souvenirs : « Au mois de septembre 1968, les premiers enfants biafrais furent évacués sur le Gabon. » Au
début, c’est l’ordre de Malte qui a pris l’initiative de
soustraire quelques gosses à la maladie, à la faim et à
une mort certaine ; puis sont intervenus la CroixRouge française et le Comité français contre la Faim :

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« On vit arriver une centaine d’enfants, puis cent
autres, puis deux à trois cents. » Les premiers sont
hébergés dans la vieille église Sainte-Marie transformée en hôpital ; d’autres, dans des locaux trouvés
en ville…
Maurice Delauney cite nombre de personnalités qui
ont participé à cette aventure, mais il omet d’évoquer
les « petites mains » sans lesquelles les opérations
montées à Libreville n’auraient pu se poursuivre.
D’abord, mère Jean Gabriel, petite sœur bleue de
Castres, qui dirige l’Immaculée Conception : elle
chapeautait l’ensemble des catholiques engagés dans
cette aide aux enfants biafrais. Mais aussi l’abbé Camille Nzibe, évêque coadjuteur de Libreville. Et encore Paul Okili-Boyer, recruté à dix-huit ans pour participer à certaines missions à bord du DC3 de Transgabon : après s’être pénétré de quelques rudiments
militaires au camp de Gaulle, il alla à quatre reprises
au Biafra et en ramena des enfants qu’il faisait monter
de nuit, en hâte, dans la carlingue ; il leur collait sur le
visage des sparadraps où étaient inscrits quelques
renseignements succincts sur leur identité, avant de
les faire s’allonger… Okili-Boyer se rappelle que
« ses » enfants étaient déposés à la mission SaintAndré, dans des bâtiments proches de l’église. Des
dortoirs de fortune y avaient été installés. Saint-

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André, situé aux Trois Quartiers, présentait l’avantage
de ne pas être loin de l’aéroport Léon M’Ba. Puis
d’autres enfants ont afflué sur d’autres avions pilotés
par d’autres commandants de bord, dont certains de
Transgabon – Jean-Claude Brouillet, patron de la
compagnie, était lié aux services français. Dans la
seule semaine du 18 au 25 septembre, un Super Constellation immatriculé F-BRAD a ainsi amené trois
cents petits Biafrais. La cadence des arrivées devint
telle que la France dut créer un hôpital militaire de
campagne spécialement équipé pour leur accueil et
leur traitement : deux cents lits, une salle
d’opérations, soixante-dix personnes dont douze médecins, une vingtaine d’infirmières, des soldats du
service de santé. Débarquèrent ainsi environ cinq
mille enfants.
Afin de calmer Bongo, qui redoute toujours les conséquences de son soutien, Pierre Messmer, ministre
des Armées, envoie par ailleurs cent cinquante parachutistes commandés par le capitaine Jean Varet.
Pour gérer l’arrivée en masse des petits Biafrais, le
« gouverneur » lance un appel aux familles gabonaises et françaises afin d’héberger provisoirement les
jeunes réfugiés. « Un grand mouvement de charitable
solidarité permit ainsi de parer au plus pressé et de
s’installer dans le provisoire. » Les familles Delauney

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et Bongo commencent par donner l’exemple, raconte
l’ambassadeur. La première accueille Christiane et
Françoise10. « Le président Bongo héberge quelques
enfants chez lui. »
S’estimant probablement encore tenu par le devoir
de réserve, Delauney ne fournit pas d’autres détails. Il
oublie de préciser que le 22 septembre est arrivé à
Libreville un certain Philippe Lettéron, envoyé par
Jacques Moricheau-Beaupré pour coordonner les actions clandestines à partir de la capitale gabonaise.
Homme du système Foccart, Lettéron s’est vu confier
ce rôle grâce à ses liens avec les soutiens occultes de
l’opération française, notamment Salazar, Franco,
l’amiral Luis Carrero Blanco, plus proche collaborateur du Caudillo, mais aussi avec les Sud-Africains et
les Rhodésiens. Lettéron est accompagné par Gildas
Lebeurrier, chargé de la logistique avec un officier et
une dizaine de sous-officiers, tous anciens des troupes
coloniales ou du 11e choc. Lettéron et Lebeurrier
seront bientôt rejoints par Hubert Pinaton. Tous ces
acteurs ont été « oubliés » dans les Mémoires de
Maurice Delauney.
Lettéron est évidemment au courant du « flottement » du président Bongo, dont il devient un proche
dès les jours suivant son arrivée. Il sait que Joséphine
Bongo n’a pas donné d’enfant à son époux et qu’elle

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est probablement stérile. Et si le président gabonais
adoptait un petit Biafrais ?
« C’est Maurice Delauney qui a mis en œuvre cette
idée de faire adopter des enfants biafrais par le
président gabonais. Philippe Lettéron et “Monsieur
Jean”, son patron, installé à Abidjan, en sont probablement les instigateurs. L’idée est remontée jusqu’à
Jacques Foccart, et la France a tout organisé », me raconte11 un ancien cadre de la SPAFE que Delauney
avait sollicité et convoqué pour lui expliquer les tenants et aboutissants de l’affaire.
Delauney quêtait de l’argent auprès des grosses sociétés de la place (SPAFE, Comilog, Comuf, Transgabon), de certains gros entrepreneurs, notamment
dans les travaux publics, de gros forestiers (comme
Roland Bru et le frère de Jean-Claude Brouillet, patron de Transgabon), pour compléter le financement
requis par l’accueil massif d’enfants biafrais. Bongo
réclama alors le remboursement des avances qu’il
avait déjà consenties sur sa cassette personnelle. La
comtesse d’Harcourt, qui dirigeait le Comité français
contre la faim, impliqué dans cette opération, proposa, en octobre 1968, de rembourser Bongo sur les
fonds (importants) que le Comité avait reçus12. Pierre
Guillaumat, ancien ministre du général de Gaulle,
président de la société nationale Elf-Erap, avait déjà

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été sollicité, l’année précédente, pour venir en aide
aux Biafrais. Devant verser des redevances au Nigeria,
il en avait détourné une partie au bénéfice du Biafra ;
mais, depuis le printemps, il se faisait tirer l’oreille.
« Il attend de voir venir pour savoir de quel côté la
balance va pencher », avait, le 4 mai, ironisé de
Gaulle13. À l’époque, Delauney tendait donc à nouveau sa sébile au groupe pétrolier, via la SPAFE, mais
aussi à quelques autres représentants de sociétés implantées au Gabon.
« L’ambassadeur Delauney m’a expliqué qu’il faisait
pression sur le président Bongo pour qu’il adopte un
enfant et qu’on le sache, afin de pouvoir communiquer sur cette adoption. Les autorités françaises
utilisaient alors beaucoup le drame vécu par les enfants biafrais pour mobiliser les Français. Vous vous
rappelez ces photos terribles d’enfants au ventre ballonné… », poursuit mon interlocuteur, ex-cadre de la
SPAFE.
Des propos qui coïncident avec les confidences
faites par Philippe Lettéron à un de ses proches qui a
passé lui aussi de nombreuses années à Libreville.
Les origines d’Alain Bongo n’ont posé aucun
problème pendant de nombreuses années. Tous les
Français qui travaillaient au Gabon à la fin des années

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1960 étaient au courant. Mais la question est devenue
taboue lors de la campagne présidentielle de 2009.
Aujourd’hui, la plupart des protagonistes de l’époque
sont morts, et ceux qui sont encore en vie ont toujours
des liens avec le Gabon, soit pour y travailler, soit
pour y retourner en vacances, si bien que, avant de
parler, ils réclament le off.
À une exception notable. Une Gabonaise mariée à
un Français, Christine Magnat, a accepté de se rappeler à visage découvert. Travaillant alors pour la CroixRouge française, elle adopta, elle aussi, deux petits
Nigérians qui étaient arrivés à Libreville en même
temps qu’Alain : Béatrice, qui vit aujourd’hui en région parisienne, et Georges, installé à Lyon.
Lorsque j’avais mené mon enquête pour Affaires
africaines14, l’adoption d’Alain était encore un nonsujet, et j’avais donc évoqué le fait de façon anecdotique. Des officiers généraux des Forces armées
nigérianes, notamment deux anciens chefs d’État,
Ibrahim Badamasi Babangida et Sani Abacha, connaissent l’histoire d’Ali, un Ibo issu d’une famille
catholique de l’ex-Biafra. Plusieurs ont confié ce faux
secret à l’un de mes proches. Ils lui ont raconté qu’Ali
est même revenu dans son village natal, accompagné
de « la Chanteuse » (sa mère adoptive, Joséphine
Bongo, rebaptisée Patience Dabany après sa

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séparation), et y a revu sa vraie famille. Depuis
quelques mois, tous sont l’objet de fortes pressions,
notamment de la part de hauts dignitaires de la
Grande Loge nationale de France et de la Grande Loge
du Gabon, pour qu’ils ne fassent pas état publiquement des origines réelles d’Ali.
Deux petits Biafrais ont donc été choisis à la
mission Saint-André, située près de l’hôtel de la
Résidence. Le petit garçon et sa sœur ont été recueillis
dans la famille de Pierre Fanguinovény, installée à
proximité, à Batterie IV. Pierre Fanguinovény, que j’ai
connu, travaillait alors à la présidence avec le titre
d’ambassadeur itinérant. Les deux jeunes Nigérians
ont passé là près de trois semaines, couchant dans la
chambre de Michel, un fils de Pierre, qui s’en souvient
fort bien : « Les deux enfants ne parlaient pas alors un
mot de français. La petite fille était plus grande que le
garçon… Une voiture de la présidence est venue
chercher les deux enfants. » Le petit Nigérian va devenir Alain Bongo15.
Cet accueil d’enfants biafrais au sein de la famille
du président gabonais a-t-il un lien avec le nom de
code Big Papa utilisé par le lieutenant-colonel Ojukwu pour désigner Albert Bongo ? La loi gabonaise exigeant du ou des enfants une présence minimale d’un
an dans la famille avant l’adoption officielle, Albert-

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Bernard et Joséphine Bongo entameront les démarches à la fin de 1969.
C’est sous l’impulsion de Jacques Foccart que la
presse a été amplement manipulée dans l’affaire biafraise. Avec, pour culminer, l’utilisation du mot
génocide pour décrire la situation vécue par les Biafrais. Bien des années plus tard, un grand manipulateur s’est exprimé devant les caméras : « Avec le
mot génocide, nous avons manipulé la presse16 », a en
effet reconnu Maurice Robert, alors Monsieur Afrique
du SDECE et proche de Jacques Foccart. L’adoption
ayant constitué une pièce maîtresse dans le puzzle de
la guerre secrète menée là-bas par la France, Foccart a
notamment donné pour instruction de sensibiliser
l’opinion à propos du sort des enfants. Bernard
Kouchner s’est inscrit dans cette campagne en créant,
aux derniers jours de 1968, le Comité de lutte contre
le génocide au Biafra. Le mot génocide a été propagé
par Paddy Davies, responsable biafrais de la propagande, via sa structure, la Markpress Biafran Overseas
Press Division, subventionnée par les services secrets
français : « Nous avons inventé le concept de “génocide” dans le but de sensibiliser et d’ébranler la conscience internationale. » Les services secrets français
jouent un rôle important dans la diffusion de cette

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« information » par les médias. Comme le raconte
froidement Davies, « c’était la première fois dans
l’histoire de la guerre que la famine était utilisée
comme arme de propagande. C’est-à-dire retournée
contre ceux qui en faisaient une arme de guerre. »
Avant d’ajouter : « Sur le terrain, les journalistes
étaient pris en charge et encadrés par Markpress Biafran Overseas Press Division, qui leur donnait à voir
l’organisation des Biafrais, la résistance des combattants et surtout l’agonie des civils. Pour leur permettre
de gagner du temps, les autorités allèrent jusqu’à
créer un parc d’affamés : des centaines de personnes
mouraient de faim dans cet enclos, attendant les
caméras. En cette période, récemment marquée par
de grands procès de criminels nazis (procès Eichmann
en 1961, procès de Francfort 3 en 1963-196517), les
médias établirent un parallèle entre l’extermination
des Juifs et le sort des Ibos, “Juifs” de l’Afrique,
jusqu’à comparer le réduit biafrais avec le ghetto de
Varsovie. »
Des propos confirmés par Joël Calmettes dans son
documentaire réalisé sur le sujet : « Associé au Biafra,
le mot “génocide” a été une commande des services
secrets français. Ils ont demandé à leurs amis journalistes parisiens d’introduire le mot dans leurs reportages. Ensuite, l’information a été reprise dans le

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monde entier. » Propos corroboré par les confidences
de Maurice Robert…
Par-delà le cas des deux enfants biafrais recueillis
au sein de sa famille, Albert Bongo utilisera la
présence de quelque quatre mille enfants biafrais au
Gabon pour négocier en position de force avec les dirigeants nigérians et capitaliser sur son action humanitaire. Le 13 janvier 1970, soit quelques jours
après la fuite d’Ojukwu du Biafra vers Yamoussoukro
(Côte d’Ivoire), Bongo donne une conférence de
presse : « À un moment donné, on a dit que les armes
passaient par le Gabon, mais je dis que le Gabon a une
seule arme sur son territoire : ce sont les petits Biafrais qui sont chez nous. Ils savent qu’ils sont biafrais. Tôt ou tard, ils le sauront… Et je dis que la
seule arme que le Gabon a contre le Nigeria, ce sont
ces petits enfants, parce que l’histoire leur apprendra
qu’ils sont Ibos et qu’ils ont été massacrés, exterminés, et, quel que soit le temps, nous reviendrons sur
ce problème18… »
Bongo est accusé de chantage. Monseigneur Rodhain, président de Caritas, tempête dans le journal La
Croix : « Ces enfants ne sont plus des orphelins. Ils
appartiennent à une famille. Leur place normale est
dans leur famille, dans leur milieu, dans leur tribu. »

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Albert Bongo exige que le prince Sadruddin Aga
Khan, pour le compte de l’ONU, serve de médiateur
afin d’organiser le rapatriement des enfants.
Les structures clandestines mises en place pour la
guerre du Biafra sont ensuite restées pour l’essentiel
au Gabon. Bob Denard s’y est installé dans une ferme.
Philippe Lettéron y est demeuré et y a recruté
quelques collaborateurs. Il a également maintenu des
liens avec Jack Malloch, ami de Ian Smith, et avec ses
collaborateurs rhodésiens, ainsi qu’avec des Sud-Africains. Malloch a ainsi créé Affretair, une compagnie
d’aviation qui, à partir de Libreville, a contourné l’embargo de l’ONU contre la Rhodésie. Connue sous le
surnom d’« Air Bidoche », elle a notamment approvisionné le Gabon en viande en provenance de
Rhodésie.
En 1977, Bob Denard et ses mercenaires ont mené
une opération militaire destinée à déstabiliser le
Dahomey. Plus généralement, le Gabon est resté
pendant plusieurs années la base d’opérations
secrètes menées dans toute l’Afrique centrale. Mais
Bob Denard et Pierre Debizet ne vont pas se limiter à
ce genre d’actions : ils vont également – principalement ? – aider le président Bongo à régler ses
problèmes de couple…

29/264

1. Devenant président, il ajouta Bernard à son premier
prénom, et ce n’est qu’en 1973, à la suite d’un voyage en
Libye, qu’il devint musulman et remplaça Albert-Bernard
par Omar.
2. Sur une dépêche de Paul Cousseran, ambassadeur de
France au Gabon, expliquant que les putschistes gabonais
n’étaient pas vraiment antifrançais et qu’il serait possible de
dialoguer avec eux, le général de Gaulle écrivit dans la
marge : « On ne discute pas avec les mutins, on les
réduit… »
3. Société des pétroles d’Afrique équatoriale, qui
deviendra Elf-Gabon.
4. In Jacques Foccart, Le Général en Mai, Journal de
l’Élysée, tome 2, Fayard/Jeune Afrique, 1998.
5. Ibid.
6. Kala-Kala. De la grande à la petite histoire. Un ambassadeur raconte, Robert Laffont, 1986.
7. Encore que l’« aide humanitaire » ait servi à acheter des
armes par le biais de la Croix-Rouge biafraise, ainsi que l’a
raconté Ojukwu dans le documentaire Histoires secrètes du
Biafra, de Joël Calmettes (2001).
8. Foccart, Le Général en Mai, op. cit.
9. Ibid.
10. Celle-ci est aujourd’hui médecin, installée en France.
11. Rencontre avec l’auteur, le 21 octobre 2013.

30/264

12. Mais Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires
étrangères, s’y opposa… Voir les archives de Philippe
Lettéron, CARAN, 90 AJ 75.
13. Foccart, Le Général en Mai, op. cit.
14. Publié en 1983 chez Fayard.
15. Voir la photo d’Alain dans sa famille adoptive en 1970,
p. 241.
16. In Histoires secrètes du Biafra, le documentaire de
Joël Calmettes déjà cité.
17. Ou second procès d’Auschwitz, où ont comparu 22
prévenus.
18. Archives Lettéron, op. cit.

2.
Le Gabon, encore et toujours
Cinquante-deux ans déjà que j’ai foulé la terre gabonaise pour la première fois, et trente et un ans que
mon livre Affaires africaines a été publié. Ma relation
avec le Gabon est un important fil rouge dans ma vie.
Elle a commencé par une rencontre à bord d’une voiture de grande remise avec Jean-Marc Ekoh, alors
ministre gabonais de l’Éducation nationale, au printemps 1962. Faisant office de chauffeur, je l’ai
véhiculé à l’ambassade du Gabon et en différents ministères parisiens. Nous avons sympathisé. De retour
dans son pays, il a conseillé à François Méyé, ministre
des Finances, de me prendre à son tour comme chauffeur lors de son prochain voyage à Paris. Rapidement,
Méyé m’a demandé si j’étais prêt à venir travailler au
Gabon. « Si vous m’envoyez un billet et un contrat,
j’arrive », ai-je répondu.
J’ai commencé mon travail là-bas comme attaché
de cabinet. Le multipartisme était encore de mise. Pas
pour longtemps. Mes deux amis se sont bientôt

32/264

retrouvés dans l’opposition. Le coup d’État militaire
de février 1964 installa Ekoh au gouvernement. Pour
quelques heures seulement. La France, par la voix de
Jacques Foccart, n’acceptant pas le renversement de
Léon M’Ba, fomenta un contre-coup d’État pour le
réinstaller au pouvoir. Mon ami Ekoh m’écrivit du lieu
qu’il appelait « camp de concentration de Dom-lèsBam », avant d’être jugé lors du procès de Lambaréné.
Par un heureux hasard, Aristide Issembé, ambassadeur du Gabon à Washington et à l’ONU, que je
connaissais bien, fut nommé procureur et me demanda de lui rédiger l’introduction de son réquisitoire. Espérant pouvoir faire porter la responsabilité
du putsch sur les militaires plutôt que sur les civils qui
avaient accepté de combler le vide politique, j’acceptai
après beaucoup d’hésitations…
Pendant le coup d’État de février 1964 et jusqu’à
mon départ, dix mois plus tard, j’étais particulièrement bien renseigné sur la dégradation du climat politique dans le pays. J’avais et possède toujours, probablement, la plus riche collection de tracts distribués
durant cette période troublée. J’avais noué de solides
amitiés avec des cadres gabonais qui, pour la plupart,
ont fait une belle carrière sous Bongo, ce que leurs
discours de l’époque ne laissaient pas présager.

33/264

Je n’ai toujours pas compris ce qui a motivé mon
attachement pour le Gabon et les Gabonais. Moi qui
me croyais profondément rationnel, j’ai été fasciné
par leur univers magique. Mon livre de chevet était
Rites et croyances des peuples du Gabon, d’André
Raponda-Walker et Roger Sillans, publié par Présence
africaine en 1962, année de mon arrivée à Libreville.
J’ai toujours près de moi ce livre usé et surligné. Je
m’étais évidemment intéressé au Grand Bwiti, la société secrète la plus connue du pays. « Toutes réserves
quant aux difficultés d’obtention des informations
mises à part, il semble à première vue que le but soit
le souvenir dû aux grands ancêtres (ou à ceux du clan)
dont le crâne ou les tibias sont précieusement conservés, écrit Raponda-Walker. Il est probable que dans
cette société à laquelle appartiennent tous les personnages tant soit peu importants du village, on discute
parfois de certains problèmes sociaux concernant le
village ou le clan, ainsi que de ses rapports avec
d’autres tribus, d’autres villages, avec les commerçants, planteurs ou coupeurs de bois des environs. Il
est vraisemblable qu’autrefois on y discutait des rapports du village avec l’administration française. »
Ce qui m’intéressait vraiment venait après : « Les
adeptes du Bwiti se vantent d’avoir une connaissance
du monde et des choses plus vaste, voire même

34/264

infiniment plus grande, que celle des autres hommes.
Quoi qu’il en soit, il est à notre avis certain que cette
connaissance, dont ils se targuent devant les profanes,
ne consiste pas dans les cauchemars et les visions hallucinantes provoqués par l’absorption d’iboga1 et les
sensations voluptueuses qui s’ensuivent, car n’importe qui peut, sans être nécessairement affilié au
Bwiti, obtenir le même résultat en mastiquant de
l’iboga […]. Il semble y avoir dans le Bwiti un enseignement ésotérique d’une importance peut-être insoupçonnée, qui, comme tous les enseignements initiatiques, dure la vie entière. »
Édouard Gondjout me faisait l’amitié de partager
avec moi des bribes de son univers, que je trouvais
aussi merveilleux que surprenant. Il me proposa
même de me faire initier au Grand Bwiti. Avant que je
n’accepte, la raison en moi reprit le dessus. Je me renseignai sur les rites d’initiation, notamment sur l’absorption d’un bol d’écorce d’iboga. J’en achetai au
marché quelques grammes, les absorbai, et conclus
qu’un bol entier me ferait littéralement exploser… Je
compris alors que je ne réussirais jamais à appréhender dans sa globalité la réalité gabonaise, voire,
plus généralement, africaine, à cheval sur deux
mondes. Faute de comprendre celui de la nuit, j’ai
modestement accepté de n’avoir du continent noir

35/264

qu’une approche parcellaire. Je sais avec une quasicertitude que l’approche occidentale, universaliste, ne
saurait tenir lieu de passe-partout ouvrant toutes les
portes de ce monde-là…
Ma première rencontre avec Omar Bongo date de
1964, au bar du Frigidaire, une boîte de nuit de Libreville située dans les sous-sols de l’hôtel de la Résidence. Bongo s’appelait encore Albert et n’était que directeur adjoint du cabinet de Léon M’Ba. J’exerçais alors les fonctions de chef de service au ministère des
Affaires étrangères du Gabon. Le 12 décembre de cette
année-là, Le Monde publia une lettre dans laquelle je
racontais avoir été témoin de bastonnades d’opposants par Léon M’Ba en personne. Un Français,
probablement des « services », me conseilla fortement, avant même la publication, de quitter Libreville
au plus tard à la veille de Noël2, faute de quoi je serais
expulsé. Déjà, dans Le Monde daté du 17, était annoncée l’interdiction au Gabon du quotidien parisien par
Georges Rawiri, alors ministre de l’Information. Je
quittai le Gabon le 24 décembre et l’arrêté d’expulsion
fut pris le 26…
Devenu journaliste économique, je revins plusieurs
fois au Gabon avant 1981. Jean-Marc Ekoh crut innocemment que l’arrivée à l’Élysée de François

36/264

Mitterrand allait changer les relations incestueuses
entre son pays et la France. Il le cria haut et fort, et fut
mis en prison. Je me démenai pour l’en faire sortir,
agissant de concert avec Jacques Maury, président de
la Fédération protestante de France. Sans succès. Je
décidai alors de décrire le système néocolonialiste mis
en place en Afrique par Jacques Foccart, en m’appuyant sur son exemple le plus caricatural : le Gabon.
Je subis de très fortes pressions, françaises et gabonaises, pour renoncer à mon projet. De grosses sommes
d’argent me furent proposées. L’entourage d’Omar
Bongo essaya de me faire plier en se servant de JeanMarc Ekoh. Je consultai Jacques Maury, qui m’encouragea à tenir bon, affirmant que son ami (protestant) Ekoh préférait sûrement la vérité à la liberté. Affaires africaines sortit en octobre 1983. Son succès fut
à la mesure du scandale qu’il provoqua.
Omar Bongo fit porter la responsabilité de ce
« brûlot » aux socialistes et à François Mitterrand. Pierre Mauroy, Roland Dumas et François de Grossouvre furent désignés pour éteindre l’incendie et
tenter d’éviter une grave crise dans les relations entre
Libreville et Paris. Le « clan des Gabonais » ne décolérait pas. J’eus une dizaine de procès à gérer avec
mon éditeur. Les menaces physiques se succédèrent.
Pour ne pas irriter Bongo, l’appareil d’État refusa de

37/264

me protéger, et un conseiller de l’Élysée me recommanda même de quitter mon domicile avec ma famille. Nous nous réfugiâmes chez des amis parisiens
qui habitaient quai de Bourbon, dans l’ancien appartement de Léon Blum, à charge pour moi de rester
en contact avec un fonctionnaire de la préfecture de
police dont on me donna le numéro de téléphone
– mais sous un faux nom. Un peu plus tard, une
charge explosive défonça la porte de mon garage.
Dans un premier temps, le SRPJ de Versailles m’accusa d’avoir déposé moi-même cette « bombinette »,
avant, quelques jours plus tard – et sur intervention
de Maurice Grimaud, directeur de cabinet de Gaston
Defferre, ministre de l’Intérieur –, de déchirer le
procès-verbal de l’audition, qui, dans un premier
temps, me chargeait…
Puis, fin octobre 1984, un contrat fut mis sur ma
tête à la demande de Libreville, avec la bénédiction
d’amis politiques français d’Omar Bongo. Il avait été
élaboré à Paris, rue d’Artois. Quelques années plus
tard, j’ai retrouvé un exécutant de l’opération. Je sais
les noms des principales personnes qui, d’une façon
ou d’une autre, ont trempé dans ce projet, mais, faute
de preuves écrites, je ne peux aller bien loin dans la
relation de cette affaire. Un aperçu de la réalité a
néanmoins été rendu public après la perquisition

38/264

opérée en 1998 par la juge Eva Joly dans les bureaux
de Jean-Pierre Daniel, au 42e étage de la tour Elf. Une
note de Daniel3 parlait en effet de ce projet d’assassinat : « André Tarallo confirme ce que P.P. m’avait appris : fin 1984, on a voulu l’assassiner. Depuis, il connaît l’exécuteur et le commanditaire. L’affaire devait
être mise sur le compte du Gabon. A.T. m’apprend
qu’il s’agit de B. B. qui s’occupe actuellement du Burundi. Il vient de voir Sassou et lui a proposé d’exécuter les opposants qui lui seraient désignés. »
Daniel a commis là une légère erreur : il ne s’agit pas
de B.B., mais de P.B.
Je continuais à rencontrer régulièrement le père
spiritain Paul M’Ba Abessole, alors farouche opposant
que j’avais croisé au cours de mon enquête pour Affaires africaines. Après le discours de La Baule du
26 juin 1990 liant l’aide aux progrès de la démocratie,
et les débuts de l’ouverture politique dans les pays de
l’ancien pré carré, j’ai encouragé M’Ba à rentrer au
pays. Dès lors, j’ai tout fait pour l’aider. C’est dans ce
cadre, persuadé qu’Omar Bongo était sincère dans ses
déclarations sur le changement démocratique en
cours, que j’ai poussé M’Ba à jouer le jeu après ses dix
ans de bannissement.
Si je n’exclus pas, même aujourd’hui, qu’Omar
Bongo ait été sincère, c’est que je pense qu’il était

39/264

persuadé de gagner. L’élection présidentielle eut lieu
début décembre 1993. Il aurait dû y avoir deux tours,
mais, encouragé par l’ambassadeur Louis Dominici,
Bongo se proclame élu dès le premier. Toutes les élections qui suivront seront pareillement truquées, y
compris celle censée avoir adoubé Ali Bongo, successeur d’Omar.
Le duo AMO-ABO (André M’Ba Obame4 et Ali
Bongo Ondimba) prend de plus en plus d’importance
au début des années 2000, à tel point qu’Omar Bongo
le soupçonne souvent de vouloir l’éjecter. Pourtant, le
« Vieux » a placé son fils et le gourou de celui-ci aux
postes clés de la sécurité : la Défense et l’Intérieur. À
partir de 2002, le président gabonais n’a plus la
même énergie. Il supporte de moins en moins les attaques lancées contre lui, notamment depuis Paris.
Est-ce pour cette raison qu’il accepte de m’aider à
rédiger un livre sur sa vision de l’Hexagone et des
hommes politiques français, alors que j’avais déjà engrangé nombre d’anecdotes au cours de nos rencontres antérieures ? Il estimait que, après tout ce
qu’il avait fait pour la France, celle-ci se montrait bien
ingrate. N’avait-il pas, de surcroît, « arrosé » une
bonne partie de ses élites ? Un arrosage souvent dispensé sous couleur d’aide au financement des partis.
Comme à chaque élection présidentielle française, il

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mit encore généreusement la main à la poche en
2007. Il fut ensuite très choqué par l’usage que fit Nicolas Sarkozy du mot rupture pour qualifier les relations à venir de Paris avec ce qu’on appelait alors la
« Françafrique ».
Je l’ai revu en 2008. Il était on ne peut plus amer. Il
ne supportait pas que certains hommes politiques qui
avaient bénéficié de ses largesses jouent les chevaliers
blancs. Pourquoi me suis-je alors retrouvé avec les
preuves des sommes versées aux sociétés de Bernard
Kouchner pour des travaux bidon5 ? Bongo soupçonnait le pouvoir d’être à la manœuvre dans le déferlement des révélations sur les bien mal acquis (BMA),
notamment à propos d’un reportage de France 2 diffusé début mars 2008. Il soupçonnait des proches de
Sarkozy de comploter avec son fils Ali pour l’acculer à
la sortie. Abattu par l’agonie et la mort de sa femme
Édith, fille de Denis Sassou-Nguesso, il choisit un
hôpital espagnol pour y mourir. Mon projet de livre
resta donc en plan. Le 25 mai 2009, soit une quinzaine de jours avant sa mort, je lui adressai un tout
dernier signe par courrier… Nos rapports avaient été
tumultueux. Je crois savoir un peu qui il était – en
partie nous-mêmes, qui avions bâti et perpétué l’empire –, et, au risque de choquer, je reconnais avoir été
attristé quand, à Washington, j’appris sa mort.

41/264

Mon premier contact indirect avec Ali Bongo,
devenu président après un coup d’État électoral, fit
suite à sa demande d’un démenti sur quelques lignes
que j’avais naguère écrites dans Affaires africaines. Il
était alors confronté à une contestation de son élection au titre de l’article 10 de la Constitution gabonaise, qui stipule qu’un enfant adopté ne peut devenir
chef de l’État. Cette contestation s’appuyait en partie
sur mon livre pour affirmer qu’Ali Bongo était nigérian et avait été adopté, enfant, par Omar Bongo.
J’avais écrit ceci : « La propre épouse du président gabonais n’a pas non plus d’enfant. La progéniture de
Bongo n’est pas de Marie-Joséphine. Ses enfants viennent d’autres lits, notamment ceux des sœurs de sa
femme, ou ont été adoptés par le couple présidentiel
lors de la guerre du Biafra. […] Le patron du CIRMF
(Centre international de recherches médicales de
Franceville6) affirme que le centre a déjà trouvé certaines causes d’infertilité : parasites, paludisme, filaires… En attendant que le miracle – national et
présidentiel – ait lieu, Marie-Joséphine Bongo hante
les maternités du Gabon. C’est la seule activité inhérente à sa fonction qui lui tienne à cœur. Elle aime
être prise en photo avec des bébés dans les bras. La
présidente hante aussi, dit-on, les consultations des

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grands gynécologues, ceux de Franceville et
d’ailleurs. » Je refusai de démentir, sachant qu’Ali
venait bel et bien du Biafra…
Alors conseiller à la présidence du Gabon, Guy-Bertrand Mapangou me contacte, fin novembre 2010,
après avoir lu mon livre Carnages7, plus précisément
à propos de la thèse que j’y développe sur les BMA. Il
souhaite m’inviter à une émission intitulée « Questions politiques », à la Radio-télévision gabonaise,
pour en parler. Tout en sachant que passer à la télé officielle est casse-gueule, j’accepte. Léon M’Ba parlait
des « Gabonais d’adoption » ; je crois en être un et ne
pouvais refuser l’idée de retourner « au pays ».
Le 3 décembre, je suis reçu par Ali Bongo dès ma
descente d’avion. À ses côtés, Maixent Accrombessi,
son directeur de cabinet. Je sens d’emblée que celui-ci
est tout-puissant et qu’il a barre sur le président.
Nous discutons d’abord de l’affaire des BMA et de
mon sentiment que le Palais de justice français s’est
érigé en ministère des Colonies avec l’aide d’un nouveau type de lobby colonial qui veut, comme au temps
de Jules Ferry, imposer ses idées à l’Afrique et aux
Africains8. « Il est clair que si cette affaire prend de
l’ampleur, elle affectera très fortement les relations
entre la France et les pays africains », dit Ali Bongo.

43/264

Connaissant probablement ma détestation du
président rwandais Paul Kagame, il me parle longuement de son rapprochement avec ce dernier. Il est fasciné par sa personnalité, par ce qu’il a fait, par sa
puissance militaire. Impressionné aussi par le « mémorial contre la France9 ».
Il me parle ensuite longuement de Nicolas Sarkozy,
qui commence, dit-il, à s’intéresser pour de bon à
l’Afrique et qui ne prononcerait certes plus le discours
de Dakar10.
J’ai un second rendez-vous avec Ali Bongo avant de
repartir. Il revient de jouer au foot et porte toujours
son maillot no 9 à dominante verte. Il va cette fois essayer d’endosser le costume de son père, dont il sait,
sans trop comprendre pourquoi, qu’il se confiait à
moi. Je suis surpris de constater à quel point, comme
son père, il connaît les dessous de la politique intérieure française. Non seulement parce qu’il s’y intéresse, mais parce que les principaux acteurs se servent parfois de lui pour faire passer des messages. Il
me raconte comment Omar Bongo est intervenu dans
le différend entre Nicolas Sarkozy et Dominique de
Villepin, avant 2007, et a pris l’initiative de les inviter
à se rendre tous deux à Libreville. « Sarko a accepté,
DDV a refusé. À partir de ce moment, mon père a
régulièrement conseillé Sarko, qui l’a beaucoup

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écouté. En 2007, avant même la proclamation officielle des résultats, vers 19 h 20/25, Sarkozy lui a annoncé sa victoire. »
Ali me parle des interventions de son père dans le
choix des ministres. Il commente les affrontements
entre Guéant-Proglio, d’une part, et Fillon-Lagarde et
Lauvergeon, de l’autre, à propos de la politique nucléaire de la France. Il me raconte comment Jean-Marie Bockel a perdu son poste de secrétaire d’État à la
Coopération à la suite des interventions de Robert
Bourgi, puis comment tous deux l’avaient attendu
plusieurs heures dans un grand hôtel parisien pour le
prier de suggérer à Sarkozy de revenir sur ce limogeage : « Bockel était prêt à se mettre à plat ventre…
J’ai dit que mon père était déjà accusé de trop intervenir dans la politique française… Une telle intervention aurait été contre-productive. Quand j’ai vu ensuite le président, je ne lui en ai pas parlé… » Il tient à
me raconter qu’en septembre 2010, à l’Assemblée
générale de l’ONU, Bernard Kouchner a fait ses
adieux de ministre et lui a proposé, dans les couloirs,
de reprendre le projet d’assurance-maladie qu’il avait
lancé du temps de son père : « Il n’a pas eu honte. »
Et de rappeler un souvenir datant du 14 juillet
précédent, quand Kouchner lui avait dit qu’il allait
quitter le Quai d’Orsay, le temps de l’« ouverture »

45/264

étant fini. « Quelques minutes plus tard, Claude
Guéant corrigeait son propos : Non, il est vidé ! » Il
évoque ensuite le combat souterrain que se livraient
Hortefeux et Guéant.
L’essentiel de l’entretien est ensuite consacré à la
dernière phase de la maladie de son père, à l’inquiétude de Nicolas Sarkozy à propos de sa succession, à la maladie d’Édith, sa belle-mère, au comportement du président congolais durant cette période, à celui de Pascaline, sa sœur, à Paul Toungui,
mari de Pascaline, et à Jean Ping, ex-président de la
Commission de l’Union africaine, avec qui Pascaline a
eu deux enfants qui cherchaient à l’éliminer, lui, Ali
Bongo et avaient tout fait pour obtenir d’Omar mourant un testament en leur faveur : « Ils ne m’ont même
pas téléphoné, d’Espagne, après la mort de mon père !
Les militaires étaient prêts à perpétrer un coup d’État
pour déjouer leurs manigances… »
Je revois Ali Bongo le 18 février 2011. Malgré la
mort de son père adoptif, j’envisage encore de poursuivre la rédaction de « OBO, l’acteur de la Ve République à la plus grande longévité ». Le nouveau président me propose de me donner, entre autres documents, toutes les coupes qui ont été faites dans les
confessions d’Omar Bongo à Airy Routier, publiées
sous le titre Blanc comme nègre11.

46/264

L’omniprésence de Maixent Accrombessi ne laisse
pas de m’inquiéter. Pendant tout l’entretien, qui se
déroule à sa résidence de La Sablière, d’une bassine
glissée sous son fauteuil s’élève une odorante fumée
blanche…
Ali Bongo parle longuement de la trahison des pays
occidentaux à l’égard de la Tunisie et surtout de
l’Égypte, d’Obama, « l’intellectuel qui ne voit pas les
problèmes quotidiens ». Il ne comprend pas pourquoi
la France et Sarkozy ont suivi le mouvement : « Il n’y
a plus d’exception française, la France est alignée.
Avant la chute de Moubarak, Sarkozy m’a téléphoné
pour me dire qu’Obama non seulement avait mis la
tête de Moubarak sous l’eau, mais qu’il l’y avait maintenue. Quelques jours plus tard, le président français
signait un communiqué pour enfoncer à son tour
Moubarak. Je suis parfaitement conscient que je
risque, comme les autres, d’être lâché et que je n’ai rien à attendre de mes prétendus amis. »
Travaillant sur un autre ouvrage à paraître en 2015,
j’ai été amené à m’intéresser à nouveau au Gabon, et
j’ai repris la longue enquête que je mène sur ce pays
depuis cinquante-deux ans. Je me suis ainsi penché
de plus près sur le cas du tout-puissant Béninois
Maixent Accrombessi, que j’avais trouvé si

47/264

encombrant lors de mes rencontres avec Ali Bongo.
J’ai eu tôt fait de constater qu’il était devenu à la fois
le véritable patron de « mon » petit État équatorial et
l’homme le plus haï de ce pays. Pour faire main basse
sur ses richesses, il s’était entouré de quelques nonGabonais, au point d’être catalogué comme chef de la
« Légion étrangère ».
Le 2 octobre 2013, La Lettre du Continent diffusait
un articulet intitulé « Pierre Péan approché par Accrombessi » à propos de mon « enquête sur le Gabon ». À ce moment, je n’envisageais de parler d’Accrombessi que dans le livre suivant celui-ci. La « machine à rumeurs » gabonaise s’est alors emballée. La
Une, journal satirique d’information copié sur Le
Canard enchaîné, titra le 4 novembre : « En vedette
dans le nouveau brûlot de Pierre Péan », et, en gros
caractères : « ACCROMBESSI EST “MORT”. AÏE !12 ». Un
autre titra : « QUAND PÉAN SE PAIE ACCROMBESSI ». La
présidence du Gabon était persuadée que le livre visant surtout Accrombessi était programmé pour le
début de décembre 2013, à l’occasion du sommet africain prévu à cette date à l’Élysée.
Le sulfureux Ziad Takieddine me fit alors contacter
par Fara Mbow13, fils d’un ancien directeur de
l’UNESCO, dont j’avais fait la connaissance lors de
mon enquête sur La République des mallettes. Pour

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m’appâter, le Libanais me fit dire qu’il était prêt à me
faire des révélations sur le financement de la campagne électorale de Sarkozy par Kadhafi. J’acceptai de
voir les deux hommes et eus vite compris qu’ils
voulaient en réalité me faire rencontrer Alain-Claude
Billie By Nzé, conseiller en communication d’Ali
Bongo. Malgré maintes réticences, j’acceptai l’entrevue avec le Gabonais, dont la mission consistait à organiser un rendez-vous avec le président. J’appris peu
après que Ziad Takieddine – ou plutôt sa société Helliu Group, basée au Panama – aurait tenté de faire
signer au chef de l’État gabonais un protocole d’accord stipulant qu’il acceptait « la mission qui lui était
confiée aux termes des présentes, consistant à faire en
sorte que l’ouvrage en question ne soit pas publié ».
Et ce, pour des millions d’euros ! Ledit protocole ne
fut pas paraphé par Bongo. Mais, comme le livre
n’existait pas, il ne sortit évidemment pas en librairie
début décembre.
À partir d’on-dits gabonais, un site sénégalais,
Lera.net, laissa alors entendre que j’avais été acheté
pour renoncer à la publication. Plusieurs personnalités revenant du Gabon me rapportèrent que Maixent
Accrombessi colportait la rumeur. Agacé par cet embrouillamini, je décidai de réagir tout en continuant
de rédiger mon prochain livre. Je penchai d’abord

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pour une cover-story dans Marianne. Une fois lancé,
il m’apparut qu’il était plus pertinent d’ajouter
quelques chapitres à Affaires africaines. Une suite à
la Dumas, en quelque sorte : Trente ans après…
1. Écorce d’un arbre tropical aux effets aphrodisiaques.
2. J’ai su, un quart de siècle plus tard, qui, au Monde,
avait livré mon nom au SDECE…
3. In Libération du 21 juillet 1998, article de Karl Laské :
« Un été 98. À suivre : l’affaire Elf ».
4. Proche d’Omar Bongo, dont il est ministre en 1990, il
crée un « mouvement des Rénovateurs » au sein du Parti
démocratique gabonais, devient ministre de l’Intérieur en
2005 et se présente à la présidentielle en 2009 après la mort
d’Omar Bongo.
5. Cf. Le Monde selon K., Fayard, 2009. Kouchner était alors ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy.
6. Pour faire plaisir à Bongo, tracassé par la stérilité de
nombreuses femmes gabonaises, notamment son épouse,
Elf créa le CIRMF pour étudier les causes de l’infertilité des
couples gabonais.
7. Fayard, 2010.
8. Survie, William Bourdon, Transparency International
et quelques autres en sont de bons exemples. Cf. Carnages,
Fayard, 2010.


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